9 février 2018

[Lettre à Nos Frères Prêtres - FSSPX (France)] L'idéal sacerdotal avant le Concile de Trente

SOURCE - Lettre A Nos Frères Prêtres (FSSPX) - Lettre trimestrielle de liaison de la Fraternité Saint-Pie X avec le clergé de France - décembre 2017

Comme l’Histoire nous l’apprend, le concile de Trente (1545-1563) fut la source d’un extraordinaire renouveau de la vie sacerdotale. Pourtant, il ne proposa pas un exposé systématique de l’idéal sacerdotal : il se contenta, en réponse aux négations protestantes, de formuler la doctrine catholique du sacerdoce, et de réformer certains abus qui en déformaient le visage. En fait, il fut plutôt l’authentification d’un mouvement de réforme qui avait débuté avant lui, et qui prit appui sur lui pour se développer de façon encore plus forte. Donnons à ce propos quelques brefs éléments. 
     
En 1519, parut à Paris l’ouvrage de Josse Clichtove, professeur à la Sorbonne : De vita et moribus sacerdotum. C’est un produit de l’humanisme chrétien, comme cela ressort des citations qui s’y rencontrent. Clichtove renvoie en effet treize fois à saint Jean Chrysostome, onze fois à saint Jérôme et dix fois à saint Grégoire le Grand. Il utilise donc les mêmes sources que celles où puisaient les « miroirs d’évêques » qui parurent à la même époque dans le cadre de la Réforme catholique antérieure à Trente. Le livre de Clichtove connut au XVIe siècle quatorze éditions. 
     
L’évêque d’Astorga, Juan Bernal Diaz de Luco, publia en 1530 un manuel pour la vie de l’évêque : Instruccion de prelados, puis, dix ans plus tard, un manuel destiné aux prêtres impliqués dans le ministère pastoral : Avviso de curas. Il y rappelle au prêtre qu’il est par son sacerdoce « pasteur, capitaine, guide, médecin, pilote et juge des âmes ». 
     
En 1558, le dominicain Pedro Soto publiait à Dillingen un Tractatus de institutione sacerdotum, qui sub episcopis animarum curam geret. Soto donne comme vertus principales du prêtre une piété solide, une haute moralité et le détachement des biens matériels. Il n’entend pas prescrire et obliger, mais plutôt convaincre et entraîner. Le livre de Soto connut au XVIe siècle huit éditions. 
     
Cet idéal sacerdotal fut également réalisé dans les nouvelles congrégations de prêtres comme les Barnabites, les Théatins ou les Jésuites, qui tous au début furent appelés preti riformati. Il n’est pas douteux que des prêtres zélés comme saint Pierre Canisius, plus tard Philippe Neri et les membres de son Oratoire, et bien d’autres restés anonymes, ont infusé une vie et une fécondité nouvelles à l’idéal sacerdotal au temps de la Réforme catholique. 
     
Cet idéal sacerdotal fut connu des Pères du concile de Trente. Pedro Soto y participa, ainsi que l’évêque d’Astorga. L’évêque de Braga, Barthélemy des Martyrs, y vint en apportant en manuscrit le livre qu’il avait rédigé pour sa propre gouverne, intitulé Stimulus pastorum et composé d’extraits des Pères portant sur l’excellence et la sainteté du sacerdoce. Cet ouvrage, qui devint l’un des livres de chevet de saint Charles Borromée, fut ensuite édité en latin, et finalement traduit en français par Guillaume de Mello en 1672, sous le titre Devoirs et vertus des évêques. 
     
Enfin, en imposant aux évêques, par le dix-huitième canon de la session XXIII, l’obligation de fonder un séminaire, le concile de Trente ouvrit la voie à la renaissance du clergé dont les protagonistes furent notamment en France saint François de Sales, saint Vincent de Paul, saint Jean Eudes, Monsieur Olier, Charles de Condren, le cardinal de Bérulle, Adrien Bourdoise, Henry-Marie Boudon, etc.