29 janvier 2018

[Peregrinus] La liturgie en Révolution (6) : La liturgie en français, rigorisme, pastorale et sentiment

SOURCE - Peregrinus - 28 janvier 2018

Parmi les promoteurs les plus actifs de la traduction de la liturgie en français après la Terreur, on trouve Jean-Charles-Augustin Clément, peut-être l’une des figures les plus marquantes de la seconde Eglise constitutionnelle. Né en 1717, Clément est avant tout un vétéran des luttes jansénistes non seulement françaises, mais aussi européennes. Devenu chanoine et trésorier de la cathédrale d’Auxerre grâce à la protection de Mgr de Caylus, qui fait de son chapitre un repaire de jansénistes, il mène en 1757 la lutte des chanoines contre le nouvel évêque Mgr de Condorcet et les prédicateurs jésuites invités par celui-ci, assiste au concile de l’Eglise d’Utrecht et voyage dans l’Europe entière pour défendre les intérêts du parti janséniste. En 1790, l’abbé Clément adhère avec quelques autres chanoines auxerrois aux réformes de la Constituante, dans lesquelles il voit l’occasion d’un premier pas vers le retour aux usages de l’Eglise primitive. Après la Terreur, alors que le chanoine Moreau, dont il est initialement très proche, rétracte son serment et demande sa réconciliation au clergé fidèle, Clément, quant à lui, joue un rôle essentiel auprès des « évêques réunis » qui organisent à Paris la reprise du culte.

Elu en 1796 à la tête du diocèse de Versailles, Clément devient alors le plus notable défenseur, au sein de l’épiscopat constitutionnel, d’une ligne résolument janséniste, collégialiste, rigoriste, intransigeante à l’égard des réfractaires comme à l’égard des « traditeurs ».

On reviendra ultérieurement sur la manière dont le débat sur la liturgie en langue vulgaire s’est déroulé dans l’Eglise constitutionnelle de 1795 à 1801. En effet, il convient tout d’abord de donner un aperçu des conceptions liturgiques de Clément.

L’intérêt de l’évêque intrus pour la liturgie n’est pas nouveau. Chanoine d’Auxerre, l’abbé Clément, nourri du traité de l’abbé Duguet sur la prière publique, a défendu contre les curés du diocèse la dignité de l’office célébré par le chapitre de la cathédrale. Ainsi évoque-t-il en 1780 la « majesté des Offices, qui à la paix de l’Eglise pénétroit encore de respect & de saisissement les Empereurs convertis & toute leur Cour (1) ». A la fin de l’Ancien Régime, il dénonce également l’ultramontanisme qu’il découvre dans le Rituel de Paris (2). Il est très probable qu’il partage alors, comme le chanoine Moreau, son confrère dans le chapitre d’Auxerre, l’opinion assez répandue dans les milieux jansénistes sur la liturgie en langue vulgaire : celle-ci est associée aux idylliques « beaux jours de l’Eglise » où le peuple entier s’associait pleinement à la prière du clergé ; sa disparition est regrettable, mais son retour ne paraît guère envisageable à court ou même à moyen terme.

Comme on l’a vu, tout change avec la Révolution, l’expérience de la rupture avec Rome, puis celle de la persécution terroriste, perçues comme l’occasion providentielle d’un retour aux premiers temps du christianisme. Pour Clément, depuis que le latin a cessé d’être une langue vulgaire, les fidèles « ont porté le fléau d’une Langue étrangère, par une sévère permission de Dieu sur eux (3) ». Le prélat constitutionnel applique ainsi à la liturgie le thème, classique dans les milieux jansénistes, de l’obscurcissement de la vérité dans l’Eglise. Louis-François Ponsignon, vicaire épiscopal de Clément et l’un des plus ardents défenseurs de la liturgie en français, ne s’exprime pas autrement :
L’usage de la langue vulgaire n’a commencé à être inoui que dans des siècles de ténèbres et de barbarie. […] Il eût été inoui, au contraire, dans les beaux siècles de la religion, qu’on administrât les choses saintes aux Fidèles dans une langue inintelligible pour eux (4).
En effet, la promotion par Clément de la liturgie en langue vulgaire porte le sceau de son primitivisme rigoriste. C’est au nom d’une « exacte théologie » que l’évêque intrus se prononce en faveur des cérémonies en français. Le principe de cette théologie des sacrements est clairement formulé : « Les Sacremens n’opèrent pas sur un homme qui n’y prend point de part. » Certes, Clément ne nie pas que les sacrements agissent ex opere operato, mais, dit-il encore, « l’intelligence et l’adhésion de celui qui les reçoit, tiennent à cet effet même du Sacrement (5) ». Pour le prélat, il manque quelque chose au sacrement lui-même lorsqu’il est administré à un fidèle qui n’en comprend pas les cérémonies. Seul vit vraiment de la grâce des sacrements le petit nombre de chrétiens capables d’en saisir pleinement les formules. La réforme liturgique voulue par Clément s’inscrit dans une vision de l’Eglise selon laquelle la majorité des chrétiens, même fidèles, ne le sont que de nom.

De cette « exacte théologie », adossée en réalité à des conceptions rigoristes, découle une pastorale des sacrements qui prend également prétexte de la déchristianisation révolutionnaire pour imposer le passage au français : la liturgie en français est vantée au nom de son efficacité apostolique. Cet aspect apparaît surtout chez l’abbé Ponsignon. Il ne sert à rien, estime le collaborateur de l’évêque intrus, de multiplier les instructions sur les sacrements pour pallier l’ignorance du peuple chrétien ; en effet, écrit-il, les « fidèles les plus assidus et les plus avides d’instruction sont ceux à qui elles sont le moins nécessaires ».
Que diront-ils [les prêtres] à ce grand nombre de chrétiens qui par le malheur des tems sont devenus comme étrangers à la religion, et que des circonstances cependant amènent encore quelquefois dans nos temples ou auprès de malades qui les intéressent, pour y être témoins de l’administration des Sacremens ? Voilà ceux qu’il importe d’éclairer, de toucher, de frapper par des objets présens et sensibles.
Ponsignon donne donc aux prêtres le conseil suivant :
Rendez-vous donc intelligible ; que vos cérémonies s’expliquent d’elles-mêmes ; que vos prières soient touchantes (6).
La pastorale liturgique proposée par Ponsignon est en effet, en même temps qu’une pastorale que l’on pourrait qualifier de rationaliste, fondée sur la compréhension littérale de tous les textes prononcés, une pastorale du sentiment, où semble percer parfois le goût des larmes du XVIIIe siècle finissant. Pour Ponsignon, instruction et sentiment sont indissociables :
Si vous récitez du latin devant eux [les fidèles peu instruits], vous ne leur procurez aucune instruction ; vous n’excitez en eux aucun sentiment ; ils ne savent ni ce que vous dites ni ce que vous faites (7).
Au « défenseur du Latin », pour qui « ce ne sont pas les paroles qui en imposent à la multitude ; mais la majesté de nos cérémonies, la gravité du ministre, son attention scrupuleuse à observer tous les points marqués dans le Rituel », Ponsignon répond qu’il ne voit pas là « de quoi répandre l’instruction et exciter la piété : quand on n’a que de pareils moyens à proposer, ne feroit-on pas mieux de garder le silence (8) ? » La compréhension littérale des textes, seule susceptible de provoquer l’adhésion sentimentale du fidèle, est la seule solution aux difficultés pastorales où se débat l’Eglise de France. Ainsi Ponsignon n’hésite-t-il pas à appuyer son opinion par des considérations arithmétiques. Si l’on confère huit cents baptêmes dans le cours d’une année, ces célébrations entraînent logiquement la présence de deux mille quatre cents témoins, sans compter les assistants, soit peut-être deux mille chrétiens peu instruits, voire très détachés, que certainement la célébration des sacrements en français édifiera.

Telles sont donc les principales raisons qu’invoquent les prêtres de la seconde Eglise constitutionnelle en faveur de la liturgie en français : dans un contexte de séparation de l’Eglise et de l’Etat, où la reprise du culte demeure extrêmement précaire, il ne s’agit plus de seconder les efforts des autorités civiles pour diffuser l’esprit républicain, mais de revenir aux usages supposés des « beaux siècles de la religion ». Primitivisme, rigorisme, rationalisme et sentimentalisme concourent ainsi à présenter le passage au français comme une nécessité tant doctrinale que pastorale.

(A suivre)

Peregrinus
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(1) Augustin Clément, Mémoire sur le rang que tiennent les chapitres de cathédrale dans l’ordre hiérarchique, contre les principes de trois Lettres publiées à Auxerre en 1779, s. n., Auxerre, 1780, p. 9.
(2) Augustin Clément, Lettre à l’auteur des observations sur le rituel de Paris, s. n., 1787, p. 1-2.
(3) Mémoires du révérend évêque de Versailles au clergé de France, Imprimerie de Jacob, Versailles, 1800, p. 15.
(4) Louis-François Ponsignon, Apologie de l’usage de la langue française dans l’administration des sacremens, Imprimerie-Librairie Chrétienne, Paris, 1800, p. 27.
(5) Mémoires du révérend évêque de Versaillesop. cit., p. 18-19.
(6) Louis-François Ponsignon, op. cit., p. 51.
(7) Ibid., p. 52.
(8) Ibid., p. 53.

[Mgr Williamson - Initiative St Marcel] Mozart à Broadstairs

SOURCE - Mgr Williamson - Initiative St Marcel - 27 janvier 2018

Dans ce monde bancal, de dissonante tristesse,
L’âme accueille Mozart, sa joie et sa sagesse.

Du vendredi soir 23 février, 18 heures, au dimanche 25 février midi, se tiendra à la Queen of Martyrs House, à Broadstairs, un modeste week-end musical entièrement consacré à la musique du célèbre compositeur autrichien de la fin du XVIIIe siècle, Wolfgang Amadeus Mozart (1756–1791). Pourquoi la musique, alors qu’on pourrait employer ces instants à quelque chose de plus directement religieux ? Et pourquoi choisir Mozart en particulier ?

Pourquoi la musique ? Parce que la musique est un don que Dieu a fait au monde, et qui exprime l’harmonie qu’il a implanté au centre de Son univers, harmonie à laquelle correspondent tous les êtres vivants, non seulement les anges et les hommes mais aussi, à leur manière, les plantes et les animaux. Prenons l’exemple des plantes. Des chercheurs du Colorado, aux États-Unis, ont mis des plantes dans quatre boîtes remplies de lumière, air, humidité et terre identiques. Dans trois d’entre elles, ils ont diffusé du chant grégorien ou de la musique classique ou du rock, tandis que dans la quatrième ils ont laissé le silence. Avec la musique rock, la plante a poussé mais a fané ; avec le chant grégorien, elle a fleuri ; tandis qu’avec la musique classique et le silence, le résultat était entre les deux. Pour ce qui est des animaux, il y a des éleveurs de vaches qui diffusent de la musique douce dans l’étable au moment de la traite pour augmenter la production du lait, tout comme les supermarchés diffusent de la musique pour augmenter le volume d’achats de la clientèle humaine. Faut-il en être surpris ? C’est Dieu qui nous a créés et non pas nous-mêmes (Ps. IC, 3), nous sommes Ses créatures telles qu’Il nous a conçues pour que nous prenions notre part à l’harmonie de Son univers tout entier.

Pour les êtres humains, la musique est ce langage supérieur donné par Dieu qui permet d’accéder à l’harmonie divine, même si, comme Brahms, on ne croit pas en Dieu. La musique est donc naturelle aux êtres humains ; elle exerce sur eux une énorme influence morale, pour le meilleur ou pour le pire. Comme notre mère l’Église a recours au chant grégorien et à la polyphonie pour élever les âmes vers le Ciel, de même le Diable utilise le rock et toutes sortes de musiques modernes pour pousser les âmes vers l’enfer. “Dis-moi quelle est ta musique, et je te dirai qui tu es”, ainsi va le dicton. D’après Shakespeare tout homme, ou presque, a de la musique en lui, et malheur à lui si ce n’est pas le cas :
“Un homme qui n’a pas de musique en lui-même
Est propre aux trahisons, aux complots, aux rapines . . .
Méfiez-vous de lui . . . . Écoutez la musique ! “(Merchant of Venice, V, 1)
Et s’il faut plutôt se méfier de l’homme qui n’ait pas de musique en lui, n’est-ce pas parce qu’il n’est pas sur la longueur d’ondes du Bon Dieu?

Voilà le cas du monde moderne. C’est pourquoi ce qui, aujourd’hui, tient souvent lieu de musique n’est en fait qu’une misérable cacophonie. Mais la musique est si naturelle à l’homme, si profondément enracinée dans l’âme humaine que, malgré tout, les gens aiment ça. Ce bruit affreux stagne dans l’âme d’innombrables personnes autour de nous, si bien qu’à travers elles, il déteint sur nous-mêmes et nous éloigne de Dieu, si nous n’y prenons garde. Au fond, il y va de Dieu et de la religion. En effet tout ce qui est profondément humain se rapporte à Dieu, et la musique est assurément profondément humaine.

D’autre part, Mozart venait d’un monde bien plus sain que le nôtre. Sa musique correspond à un moment particulier de l’histoire, moment fait d’harmonie et d’équilibre entre l’ordre ancien et l’émotivité moderne. Mozart est le musicien des musiciens. Voici quelques témoignages de musiciens célèbres – Tchaïkovski confiait : “Je trouve repos et consolation dans la musique de Mozart. Elle exprime cette joie de vivre propre à sa nature saine et pleine d’entrain.” Schubert affirmait : “ C’est l’image d’un monde meilleur que vous nous avez donnée, O Mozart ! “ Gounod déclarait : “ Mozart, le Ciel dans sa munificence vous a tout donné : grâce et force, abondance et modération, équilibre parfait. “ De son côté, Brahms disait :” C’est un réel plaisir d’entendre une musique si brillante et si spontanée, exprimée avec tant d’aisance et de grâce. “

Mozart a écrit toutes sortes de musique, mais ses opéras et ses concertos pour piano sont exceptionnels. Dans notre maison de Broadstairs, il ne nous est pas possible de reproduire les opéras. En revanche, John Sullivan, qui en 2016 a osé jouer ici en 42 heures la moitié des sonates pour piano de Beethoven, pourra facilement réaliser un exploit simila ire en interprétant des sonates et des concertos pour piano de Mozart. Faites-nous savoir si vous voulez venir, afin que nous puissions avoir une idée du nombre de personnes à prévoir. Pas de billets à acheter. Mozart n’a pas de prix.

Kyrie eleison.

27 janvier 2018

[Mgr Andrés Morello - Compagnie de Jésus et de Marie] Le danger des vieux manuels

SOURCE - Mgr Andrés Morello - Compagnie de Jésus et de Marie - traduction française de l'original espagnol - 9 janvier 2018

La charité d'un bon ami nous a fait connaître l'article auquel nous nous référons, lequel éveilla en nous un intérêt qui s'est dilué à mesure qu'avançait la lecture.
   
L'article en question appartient à un prêtre de la FSSPX, édité sur le site officiel italien de la Fraternité, et par conséquent, nous comprenons avec l'accord et l'approbation de la ladite Fraternité ; il est divisé en cinq points et, dans le dernier paragraphe du cinquième point, c'est-à-dire comme conclusion, il pose en principe la charité qui doit régir les discussions théologiques. Cette intention de l'auteur est très certaine et très louable et, essayant d'y correspondre, nous nous permettrons quelques commentaires. Sans doute la rédaction de cet article a exigé quelque effort de la part de son auteur, même comme cela, il part d'une distinction mal appliquée, il fait des affirmations insuffisamment prouvées ou contraires à la réalité historique que racontèrent les témoins contemporains des faits, il affirme et défend le principe de non-contradiction pour se contredire plus avant, il cite des auteurs en défense de ses arguments qui réfutent ces mêmes arguments dans leurs œuvres.
     
Nous allons essayer de montrer ce que nous disons.
   
L'article part de l'insertion dans les Acta Apostolicæ Sedis d'une lettre de François adressée aux évêques de la région de Buenos Aires en Argentine soutenant de manière définitive ce qu'il a enseigné dans son document «Amoris Lætitia» au sujet de la possibilité de donner la communion à des gens auxquels, auparavant, l'Église la refusait. Mis en présence d'un enseignement officiel, d'un acte du Magistère, contraire aux enseignements antérieurs de l'Église, l'auteur tente d'expliquer la vraie notion du Magistère et sa nécessité, et il indique deux erreurs contraires selon son sentiment. Pour justifier sa solution, «intermédiaire entre deux erreurs», il cite le Père Réginald Garrigou-Lagrange dans son livre «Les trois âges de la vie intérieure» et affirme: «La Vérité se trouve toujours entre deux extrêmes».
Ad Primum:
 Le Père Garrigou-Lagrange connaissait trop bien la philosophie pour se tromper si basiquement. La citation de son livre «Les trois âges de la vie intérieure» est bien celle indiquée par l'auteur de l'article mais elle ne se réfère pas à la vérité qui correspond à la nature de quelque chose mais à la vérité d'une attitude morale par laquelle l'homme s'oppose bien ou mal au désordre causé par le péché. Voici la citation complète du Père Garrigou-Lagrange:
«Chapitre II: Le naturalisme pratique et la mortification selon l'Évangile Après avoir donné une idée générale de l'âge spirituel des commençants, il faut parler du principal travail qui s'impose à eux pour éviter de retomber dans le péché. (…) 
Tout d'abord, il convient de noter ici deux tendances extrêmes et erronées, d'une part le naturalisme pratique très fréquent, dans lequel tombèrent les quiétistes, d'autre part la superbe austérité janséniste qui ne vient pas de l'amour de Dieu. La vérité s'élève comme un sommet au milieu de ces deux extrêmes, qui représentent les déviations contraires de l'erreur.» 
(Œuvre citée, édition du Cerf, Paris, 1938, p. 376 in capite).
La Vérité par rapport au Magistère correspond à la nature dudit Magistère, avec les limites et l'extension que lui a données Notre-Seigneur Jésus-Christ et que l'Église, elle-même, a expliquées, et elle ne correspond certes pas à l'attitude morale avec laquelle les sujets passifs du Magistère veulent le voir.
   
Prenons un exemple similaire. Si nous parlions de la Royauté propre de Notre-Seigneur Jésus-Christ, la vérité ne serait pas entre deux extrêmes, un qui l’exalterait jusqu'à l'infini, et l'autre qui la rabaisserait et la restreindrait. La Royauté propre de NotreSeigneur, justement, n'a pas de limites et elle est infinie, et il serait erroné de la rabaisser si peu que ce soit ; la Royauté qu'Il a par sa nature divine le fait nécessairement régner sur tout ce qui n'est pas Dieu, par droit propre, puisque uni à sa nature humaine, Il est, nécessairement, la Tête de l'humanité par la prérogative d'être en même temps Personne Divine, et par conquête, en raison de ses mérites infinis.
   
Ainsi donc la vérité n'est pas toujours, comme le dit l'auteur de l'article un moyen terme entre deux erreurs extrêmes.
   
L'article étant appuyé sur une distinction fausse, tout son contenu vacille.
Ad secundum:
La première erreur, à l'extrême droite de la solution de l'auteur, serait celle de la solution Sédévacantiste, avec ses explications variées, qui irait contre le «sens ecclésial». Ici, l'auteur cite le Pape Pie XII enseignant que le Magistère dans l'Église est la Règle prochaine de la Foi.
      
Il est clair que le Magistère est la Règle prochaine de la Foi, mais de là, l'auteur en tire deux affirmations qui ne s'ensuivent pas nécessairement:
  • La Sainte Église ne pourrait subsister un temps trop long sans un Pape régnant ;
  • Elle ne pourrait pas non plus subsister sans le Magistère (exercé «in actu», en acte).
La vacance possible du Saint Siège n'a pas eu de définition de limite de temps en aucun document officiel de la Sainte Église et, de fait, durant le schisme d'Occident lors duquel il y eut trois Papes simultanés (auxquels fit renoncer le Conclave définitif qui élut un quatrième Pape que reconnut l'Église universelle) ; la vacance (l'incertitude concernant le Pape) dura plus de quarante ans. La Tête réelle de la Sainte Église, laquelle lui donne vigueur, est Notre-Seigneur Jésus-Christ et non son vicaire, et cette Tête jamais ne fait défection ni ne le fera.
   
Le Magistère ne se limite pas aux enseignements actuels d'un Pape déterminé. L’auteur se réfère au Magistère comme à quelque chose de constitutif de la Sainte Église et cela est correct, mais il l'applique au Magistère d'un sujet concret, qui en tant que tel n'est pas constitutif de la Sainte Église. Je m'explique, la papauté est de Pierre et Pierre se perpétue comme vicaire en ses successeurs, de sorte que l'enseignement n'est pas restreint au Pape contemporain (in actu) mais à tout ce qui est enseigné depuis toujours. Ce qui est la source plus que suffisante pour discerner la vérité de l'erreur par rapport à la doctrine, au moins suffisant jusqu'à ce qu'il y ait un vrai Pape dans l'Église.
   
Dans le deuxième point, quatrième paragraphe, l'auteur fait une affirmation qu'il niera plus avant (troisième point, cinquième et sixième paragraphes)
     
 La première affirmation (Deuxième point, quatrième paragraphe)
 «… car ce n'est pas nous qui pouvons déterminer a priori, sur la base d'une thèse toute faite, quelle est l'autorité d'un texte promulgué par le Pape, mais c'est le Pape lui-même qui manifeste son intention (sa mens, selon le terme consacré) et c'est à nous qu'il convient de la recevoir comme telle.»
Sa contradiction (Troisième point, cinquième et sixième paragraphes)
«Il s'ensuit que si on lui propose de croire, quand bien même (en théorie) au nom de l'autorité magistérielle, à une proposition qui est en contradiction logique avec une proposition déjà enseignée par le Magistère (…) le catholique non seulement n'est pas tenu d'adhérer à une telle proposition, mais est tenu en bonne conscience, dans la mesure où il connaît et constate la contradiction, de la refuser, quelle que soit l'autorité qui la lui propose: qu'il s'agisse de son curé, de son Évêque, du Pape. (…) Et ce faisant, il ne commet aucune erreur contre la doctrine catholique (comme c'est le cas normalement quand on s'oppose au Magistère authentique), car au sens strict, ces propositions ne peuvent pas s'accompagner du caractère contraignant lié à l'autorité magistérielle (bien qu'elles s'inscrivent dans le cadre de l'exercice de cette autorité de la part de son légitime détenteur), dans la mesure où le Magistère, qui les a déjà condamnées, ne peut pas se contredire.»
L'auteur distingue de cette manière: Si le Magistère...
  • enseigne la doctrine de toujours = il oblige
  • la contredit = il n'oblige pas
Nous distinguerions ainsi: Le Magistère...
  • oblige parce qu'il est le Magistère et que, en tant que tel, il enseigne toujours la Vérité.
  • n'oblige pas parce qu'il a cessé d'être le Magistère ou ne l'a jamais été.
Qu'est-ce que le Magistère? (réf. Salaverri, De Ecclesia I. 2, éd. Bac, tesis 12, num. 504, p. 655): Munus tradendi Doctrinam a legitima auctoritate (la charge ou la fonction de la légitime autorité de transmettre la Doctrine).
     
Cela suppose deux choses:
  • dans le maître: le pouvoir et l'office de transmettre la Doctrine (donc, la Vérité)
  • dans les disciples: l'obligation et le droit de recevoir l'instruction (parce que ce qu'enseigne le Magistère authentique ne peut qu'être vrai = office d'enseigner la Doctrine)
Il suffit, donc, que celui qui détient l'Autorité Magistérielle manifeste la volonté d'enseigner, transmettant la Doctrine, pour que les disciples soient obligés à l’assentiment sinon nous ne saurions jamais quand nous devons croire et à quelles choses.
   
Le Magistère n'erre pas parce qu'il a raison (et il a effectivement raison), mais parce qu'il ne peut errer puisqu'il obligerait les autres à l'erreur.
   
Le Pape Léon XIII dit: «Si (le Magistère) pouvait en quelque manière être faux, il s'ensuivrait, ce qui est évidemment absurde, que Dieu lui-même serait l'auteur de l'erreur dans l'homme» (Acta Apostolicæ Sedis 28, 721).
   
Dans le même deuxième point, sixième paragraphe, l'auteur prétend que le Concile Vatican II «demeurera avant tout celui qui a proclamé Marie, Mère de l'Église». Voici une affirmation complètement opposée à celle d'un témoin oculaire (très respecté dans la FSSPX, au moins en paroles), celle du Père Berto, théologien de Mgr Lefebvre durant le Concile qui, avec beaucoup d'amertume, affirme que le Concile n'a pas voulu dédier un schéma à la Vierge pour ne pas perturber les protestants. À ce sujet, il suffit de lire dans le livre du professeur Roberto de Mattei, «Vatican II, une histoire à écrire», édition Muller, 2013, p. 194-198, que nous plaçons en note au pied de ces réflexions. S'il y eut un Concile peu Marial dans l'histoire de l'Église, ce fut précisément Vatican II. Contra factum non fit argumentum (aucun argument ne vaut contre le fait) (en note, le texte du professeur de Mattei).
Ad Tertium:
 Dans le troisième point de son article, l'auteur parle de la solution proposée par l'extrême contraire ou «extrême gauche», à savoir, l'absolutisme magistériel. Dit en peu de mots, il s'agit, selon l'auteur, de la prétention à faire accepter comme indiscutable tout ce que le «Pape» aujourd'hui enseigne ou affirme comme magistériel. Rappelons que nous avons dit que l'auteur cite comme auteurs de référence sur ces sujets du Traité de l'Église, le Cardinal Billot, Zapelena, Salaverri entre autres (note 18 de l'article).
   
Voyons le jugement que porte l'auteur au sujet de cette position de l'«extrême gauche» comparée avec son sommet intermédiaire entre deux erreurs:
   
«L'autorité magistérielle ne doit ainsi pas être confondue avec l'autoritarisme coercitif des scribes et des pharisiens (d'hier et d'aujourd'hui) par lequel on prétend, en profitant de la fonction que l'on recouvre, que les fidèles adhèrent à une doctrine quelconque. Ceux qui détiennent le pouvoir magistériel ne peuvent ainsi pas se contenter de réclamer, de prétendre, de contraindre à adhérer à une doctrine pour promulguer un acte du Magistère. Il ne suffit pas d'écrire sur un texte: «Magistère authentique». Il faut enseigner avec autorité, au nom et par l'autorité de Jésus-Christ, en montrant l'enracinement de cet enseignement dans la Tradition de l'Église et sa continuité avec les enseignements précédents du Magistère.» (Troisième point, troisième paragraphe). Il est utile de dire que ces caractéristiques sont celles du Magistère solennel Extraordinaire, non celles du Magistère Ordinaire.
   
Voyons ce que dit à ce sujet le Père Joaquin Salaverri S.J. Dans son livre De Ecclesia Christi, Sacræ theologiæ Summa T. I, Bac (5e édition), Madrid, p. 701 n° 647-648. Ce théologien est nommé par l’Abbé Citati, auteur de l'article, comme une référence en la matière (Note 18 de son article):
   
«De plus, le Souverain Pontife a dans l'Église toute la plénitude du pouvoir suprême (Denzinger 1831). Donc, il doit l'avoir de toute manière comme celle-ci s'exerce dans l'Église. Dans l'Église, elle s'exerce de deux manières, extraordinaire (solennelle) et ordinaire. Donc, le Souverain Pontife a le pouvoir de l'infaillibilité aussi de façon ordinaire» (n° 647, œuvre citée).
   
«De plus, pour exercer son infaillibilité dans les choses de la Foi et des Mœurs, ce sur quoi les auteurs ne discutent pas, il n'est pas nécessaire que le Pontife Romain utilise la forme extraordinaire ou solennelle, ce qui est le propre jugement Ex Cathedra ; mais il lui suffit d'utiliser n'importe quelle autre forme ordinaire et commune, parmi celles qu'il utilise pour enseigner l'Église universelle, à condition qu'il exprime son intention d'enseigner infailliblement» (n° 648, œuvre citée). «cette façon ordinaire d'enseigner infailliblement, le Pontife Romain l'utilise quand il propose en matière de Foi et de Mœurs une Doctrine qui doit être crue et absolument soutenue» (n° 648, paragraphe suivant, œuvre citée).
   
«Donc, de l'intention certaine et manifeste d'obliger tous les fidèles à l'assentiment, on peut en déduire l'exercice du Magistère Ordinaire infaillible» (n° 648, dernier paragraphe, œuvre citée).
Du danger des vieux manuels:
À la fin de son troisième point, l'auteur de l'article fait une affirmation stupéfiante en se référant aux livres qui ont abordé le thème du Magistère, et que lui-même a loué dans sa note 18: [Les sédévacantistes et les absolutistes du Magistère] «ont notamment en commun le défaut de ne pas vouloir voir de nuances dans la réalité, et de lire la réalité exclusivement à la lumière des principes qu'on trouve dans les vieux manuels préconciliaires d'ecclésiologie (pour l'époque très louables) mais de ce point de vue désormais en partie inactuels.»
     
 Il y a ici deux erreurs grotesques:
  • la réalité du Magistère change.
  • Changeons donc les manuels.
L'auteur a affirmé la même chose, deuxième point, quatrième paragraphe de son article: «il est certainement indéniable que la conception du Magistère a subi un profond changement au cours des dernières décennies (il suffit de penser, comme signes externes de ce changement, au fait que le nombre des interventions magistérielles a énormément augmenté, alors que leur solennité diminuait proportionnellement et qu'aux organes traditionnels d'autres, de plus en plus nombreux, se sont ajoutés, telles les différentes Commissions pontificales et théologiques, dont l'autorité n'est pas toujours tout-à-fait claire).»
   
Notons d'abord que les changements profonds auxquels fait allusion l'auteur sont: le nombre des interventions qui a augmenté énormément, la moindre solennité, les nouvelles commissions. Le lecteur admettra que le nombre de quelque chose ou sa moindre solennité n'altère en rien sa nature, dans le cas présent, celle du Magistère Ordinaire, et que, les Commissions, auxquelles il fait allusion, sont celles que l'église conciliaire a établies pour consolider les changements postérieurs à Vatican II.
   
L'Ecclésiologie des vieux manuels est plus que suffisante pour expliquer ce qu'est le Magistère de l'Église, comment il oblige et quand cela arrive, puisqu'elle ne fait que raisonner à partir des définitions dogmatiques des Conciles (particulièrement Vatican I) et de l'enseignement ininterrompu des Pontifes et des Docteurs, comme, par exemple, dans les textes que nous avons déjà cités.
   
«La conception du Magistère a subi un profond changement», oui, c'est clair, mais non pas un changement selon l'esprit de la Sainte Église, mais un changement à partir des innovations conciliaires. Ce serait la même chose de dire «la conception de la Sainte Messe a subi un profond changement à partir de la nouvelle messe, en 1969, en sorte que les vieux manuels sur le Saint Sacrifice seraient aujourd'hui inactuels». Ainsi comme les cardinaux Ottaviani et Bacci dirent que la nouvelle messe s'écartait de manière impressionnante de la théologie catholique de la Messe, de la même manière, nous pourrions le dire de la nouvelle conception du Magistère de l'Église.
Quels sont les mobiles de l'auteur? Quels motifs le font raisonner ainsi?:
Partons de l'affirmation que l'intention de l'auteur nous échappe, bien que l'intention manifeste de l'article nous ne échappe pas, à savoir:
  • c'est une erreur de dire que si le Magistère enseigne des erreurs, même en disant qu'il veut enseigner et que cette doctrine doit être crue, là n'est pas le maître, à savoir, le Pape ;
  • c'est une erreur de dire que si les détenteurs du Magistère veulent enseigner manifestement des erreurs et les imposer, cela soit partie du Magistère, alors même que le Maître reconnu comme tel (le Pape) affirme que c'est bien cela le Magistère.
La Sainte Église définit clairement le Magistère. Répétons la phrase de sa Sainteté Léon XIII: «Si (le Magistère) pouvait en quelque manière être faux, il s'ensuivrait, ce qui est évidemment absurde, que Dieu lui-même serait l'auteur de l'erreur dans l'homme» (Acta Apostolicæ Sedis 28, 721).
   
Par exemple, par rapport à la canonisation des Saints, le Cardinal Prospero Lambertini (éminent thomiste), ensuite Pape qui régna sous le nom de Benoît XIV, dit, en 1734: «Le Souverain Pontife ne peut engager l'Église dans l'erreur quant à la règle des mœurs, en proposant à sa vénération, par un acte de pleine autorité apostolique, un pécheur» (Dictionnaire Apologétique de la Foi Catholique, d'Alès, col. 1132 et suivantes). 
       
Saint Thomas d’Aquin enseigne la même chose: «dans l'Église, il ne peut y avoir d'erreur condamnable, ce serait une erreur condamnable si on vénérait comme Saint quelqu'un qui fut un pécheur, parce que quelques uns, connaissant ses péchés, croiraient que cela est faux (…) et, si cela arrivait, ils pourraient être amenés à l'erreur (possent ad errorem perduci)» (Quodlibet IX, q. 7, a. 16).
      
Le Magistère est ce qu'il est, et il fonctionne comme il fonctionne, sinon il n'est pas le Magistère, non pas que nous puissions décider de ce qu'est l'enseignement et de ce qui ne l'est pas (même approuvé par le prétendu «Maître»), mais parce que remplissant les conditions du Magistère, il enseigne cependant l'erreur et l'impose, donc son auteur ne peut jouir du Magistère Universel.
     
Évidemment, si on nie que ces Papes soient Papes, il est ridicule d'aller à Rome demander un espace pour la Tradition à côté de la nouvelle messe.
   
La solution de compromis n'est pas de tirer les conclusions de la Doctrine de toujours (comme cela devrait être), mais d'atténuer ou de changer la Doctrine, en affirmant que la Règle Prochaine de la Foi peut mesurer n'importe quelle chose et de n'importe quelle manière, et que nous, ou comme le dit l'auteur, «ceux qui ont la compétence» (cinquième point, troisième tiret in fine) décident de ce que nous devons accepter ou rejeter de l'enseignement de l'église conciliaire.
     
C'est affligeant venant d'un auteur qui, ou n'a pas appris la Doctrine, ou l'a apprise comme il l'a reçue, puisque ses Supérieurs en Italie publient son article sur la Page Officielle. Cela est doublement affligeant.
   
9 janvier 2018.
+ Mons. Andrés Morello
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NOTE:
Roberto de Mattei, Vatican II, une histoire à écrire, édition Muller, 2013, p. 194-198.
 «L'offensive antimaximaliste est déclenchée
Le signal de l'offensive antimaximaliste fut la publication, alors que la deuxième session était imminente, de l'ouvrage du même Laurentin, La Question Mariale, dans lequel le «mouvement marial» était présenté comme «un problème». «Sans doute le mouvement marial est-il fécond, fervent, prospère – écrivait Laurentin – Mais son abondance n'est-elle pas excessive? Son intensité fiévreuse? Son développement spécialisé, en partie pathologique?». La mariologie contemporaine, caractérisée par «une abondance de littérature», présentait, d'après Laurentin, une tendance «a prioristique», du fait de son engagement dans l'exaltation inconditionnée de la Sainte Vierge. Il fallait donc «purifier» cette tendance afin de la rendre compatible avec les exigences de l'œcuménisme et de la nouvelle théologie.
   
La ligne minimaliste que le mariologue français suggérait de suivre était celle, typiquement hypocrite, du «troisième parti»: ni «un christianisme de la Vierge dans lequel saint Paul ne se reconnaîtrait pas», ni «un christianisme sans la Vierge qui ne serait plus catholique». Cette configuration recueillit la sympathie des modérés, et surtout le soutien des médias, dont Laurentin, théologien-journaliste, connaissait bien les mécanismes.
     
Le livre de Laurentin fut minutieusement réfuté par un grand mariologue, le Père de Aldama, sur la demande du Père Balic et du Père Roschini, qui intervint à son tour dans la polémique par une brochure intitulée La cosidetta «questione mariana» (La soi-disant «question mariale»). (…)
   
Les «minimalistes» jouissaient du soutien de Jean XXIII qui, en 1954, soit six mois avant l'encyclique de Pie XII Ad Cœli Reginam qui instituait la fête de la royauté de Marie, avait manifesté le caractère «irrésolu» de son esprit, face à une nouvelle fête de la Royauté de Marie, «craignant un grave préjudice pour l'efficacité apostolique déployée en vue de ramener l'unité de la Sainte Église catholique dans le monde». Ce qui explique que le Pape Roncalli était disposé à accueillir les instances des «minimalistes», qui accusaient les «maximalistes» de préjuger de l'œcuménisme. Paul VI partagera cette ligne minimaliste. Sa dernière intervention pendant les travaux de la commission préparatoire était le 20 juin 1962, lorsqu'il s'était rangé avec le cardinal Liénart, contre la proposition de conférer à la Vierge le titre de «médiatrice», qu'il avait traitée «d'inopportune et même dangereuse». Le Père Bevilacqua confia ainsi à Dom Helder Camara: «J'attire l'attention du Pape chaque fois que je vois un bon livre comme la Question mariale de René Laurentin, ou encore les livres sur le concile écrits par Hans Küng. Il aime beaucoup Rahner et Häring. Et moi aussi.» (…)
   
En janvier 1963, après la clôture de la première Session, la commission de coordination du Concile décida que le schéma sur la bienheureuse Vierge Marie, Mère de l'Église devait être traité indépendamment du schéma De Ecclesia. (…)
Le succès des «minimalistes»
Le 30 septembre 1963, jour de l'ouverture du débat, les «minimalistes» demandèrent aussitôt, par la bouche du cardinal Frings, d'absorber dans le schéma sur l'Église tout ce qui concernait la bienheureuse Vierge Marie, afin de faciliter le dialogue œcuménique avec les frères séparés. Le jour suivant, le cardinal Silva Henriquez à son tour soutint qu'en Amérique latine, la dévotion à la Vierge Marie dépassait les limites de la dévotion chrétienne et que l'approbation d'un schéma sur la Sainte Vierge aggraverait la situation. Il soutenait par conséquent, au nom de 44 évêques des pays latino-américains, la proposition du cardinal Frings. Au cours de cette même matinée, la même déclaration fut faite par Mgr Garrone, archevêque de Toulouse, au nom de «nombreux évêques français», par Mgr Elchinger et par Mgr Mendez Arceo.
   
Le 4 octobre, la hiérarchie d'Angleterre et du Pays de Galles intervint en faveur de la proposition de Frings ; pendant ce temps, le même jour, un texte rédigé par les Pères servites était distribué aux Pères conciliaires, qui suggérait quant à lui qu'au titre de «médiatrice», on emploie aussi pour Marie celui de «Corédemptrice». Le Père Balic, expert de la commission théologique, diffusait à son tour un document, dans lequel il exposait les raisons pour lesquelles il fallait garder à part du schéma sur l'Église celui sur la bienheureuse Vierge Marie. Même le cardinal Arriba y Castro, archevêque de Tarragone, prenant la parole au nom de 60 évêques espagnols, déclarait que, vu l'importance de la Mère de Dieu dans l'économie de la Rédemption, contrairement à ce qui avait été soutenu jusque-là, il serait préférable d'adopter un schéma séparé sur la bienheureuse Vierge Marie.
   
La discussion se poursuivit (…). Le 24 octobre, les cardinaux modérateurs annoncèrent que, vu le grand nombre de Pères qui avaient demandé l'inclusion du schéma sur la bienheureuse Vierge Marie dans celui sur l'Église, le Saint Père avait chargé la commission doctrinale de choisir deux de ses membres pour exposer les différentes positions. La commission désigna le cardinal Rufino Santos, de Manille, comme avocat du schéma séparé, et le cardinal Franz König, de Vienne, comme auteur de l'incorporation. Le 24 octobre, les deux Pères conciliaires exposèrent dans l'aula leurs thèses opposées. (…)
   
Le 29, la question suivante fut soumise au vote: «Plaît-il aux Pères conciliaire que le schéma sur la Très Sainte Vierge Marie, Mère de l'Église, soit revu de façon à constituer le chapitre VI du schéma sur l'Église?» Les résultats du vote furent 1.114 voix pour, et 1.074 contre. L'assemblée se trouvait pour la première fois coupée en deux, avec un écart de 40 voix seulement ; la division correspondait à celle de deux visions théologiques opposées et marquait, même si c'était de justesse, la victoire des «minimalistes».

[Paix Liturgique] Désordre liturgique ordinaire à Arcachon

SOURCE - Paix Liturgique - lettre 629 - 23 janvier 2018

«Merci pour votre lettre du 10 janvier 2018, dans laquelle vous formulez le vœu que nous ayons toujours plus de pasteurs soucieux d’aimer sans exception, de réfléchir librement, de répondre à nos attentes et d’unir nos communautés sans toutefois les uniformiser. Hélas, comme vous le comprendrez à la lecture du document ci-joint, il est difficile pour nous, paroissiens d’Arcachon, de partager votre optimisme.» (Un lecteur du Bassin d'Arcachon)

I –«DEPUIS QUELQUES MOIS, LE SACRÉ A DISPARU» - EXTRAITS DE LA LETTRE DE DÉMISSION DE L’ORGANISTE DE LA BASILIQUE NOTRE-DAME D’ARCACHON  

Le document joint par notre lecteur à son message est la lettre ouverte par laquelle Victor Lavedan, organiste titulaire de la basilique Notre-Dame d’Arcachon, a présenté fin décembre sa démission au curé, le père Jean Thomas. En voici quelques extraits qui, parce qu’ils pourraient s’appliquer à bien d’autres paroisses restées en panne sur le chemin de la paix et de la réconciliation, nourrissent nos réflexions de la semaine.

« En ce Troisième Dimanche de l’Avent, vous avez cru devoir expliquer à l’assemblée que, dorénavant, on prendrait de temps en temps quelques chants en latin (croyant, à tort, pouvoir ainsi anesthésier les demandeurs de plus en plus nombreux du rite selon la forme extraordinaire). […] Tour à tour vous avez indiqué que les chants traditionnels, dont ceux en latin, sont une richesse séculaire pour, juste après, “rassurer” vos paroissiens en leur demandant “de ne pas s’inquiéter”, et que vous ne diriez jamais la messe en latin. »

« En près de cinquante ans de carrière d’organiste, j’ai toujours mis mes compétences professionnelles, qui sont avant tout un don de Dieu, humblement au service de la Sainte Liturgie et du culte divin, essayant de maintenir du sacré et de la spiritualité là où il y en a de moins en moins, pour ne pas dire plus du tout. Cela a été le combat de toute ma vie. »

« Depuis quelques années on déplore à Arcachon des liturgies sans âme ni piété, médiocres, avec des acteurs tout aussi médiocres et incultes, les personnes faisant preuve de compétences étant soigneusement écartées par quelques cuistres. […] J’ai supporté cela difficilement, mais courageusement, me disant que chacun doit avoir sa part de la Croix, et pensant que mon maintien serait un maigre frein à cette dégradation inéluctable. »

« Aujourd’hui, il ne s’agit même plus de médiocrité technique ou musicale. Depuis quelques mois le sacré a totalement disparu. Deux minutes avant la messe, la Basilique ressemble à un hall de gare : “C’est normal, ai-je entendu, les gens sont tellement heureux de se retrouver !” Il ne manque plus que des chansons à boire et quelques ballons pour occuper les enfants qui viendraient à s’ennuyer pendant la messe... »

« Ce qui me fait le plus souffrir en tant que catholique, c’est d’avoir le sentiment d’être moi-même caution de ces sacrilèges. »

II – LES RÉFLEXIONS DE PAIX LITURGIQUE 

1) L’organiste accuse le curé d’avoir voulu anesthésier les demandeurs de la messe traditionnelle en leur concédant un peu de latin, tout en affirmant qu’il ne dirait jamais la « messe en latin ». Nous aurons l’occasion de revenir sur la demande d’application du motu proprio Summorum Pontificum à Arcachon où la célébration de la forme extraordinaire du rite romain n’est que saisonnière, accordée le temps des vacances d’été lorsque la population locale est décuplée, passant de 12 000 personnes en basse saison à plus de 120 000. Observons toutefois que ce n’est pas le motu proprio qui est l’objet de la discorde entre M. Lavedan et son curé mais bien la célébration même de la forme ordinaire.

2) Il peut sembler paradoxal qu’un organiste attaché à la dimension sacrée de la « Sainte Liturgie » tire sa révérence alors que son curé propose d’introduire le chant du Credo en grégorien dans la liturgie dominicale... En vérité, en vertu du contexte local, cette concession du Credo n'est qu’un cache-misère que l'organiste a perçu comme tel, finissant par céder à l’exaspération accumulée au fil des ans et des à-peu-près liturgiques endurés. Cette exaspération est bien connue de tous les fidèles déboussolés par les bouleversements liturgiques, pastoraux et doctrinaux de ces dernières décennies. Des fidèles d'ordinaire silencieux mais qui, parfois, finissent par craquer.

3) Une grande part de la mission de Paix Liturgique est de donner la parole à ces silencieux qui, par refus d’être cause de scandale, par humilité, par obéissance, par souci de sauver ce qui pouvait l’être ou en esprit de pénitence, ont préféré le silence à l’expression publique de leur mécontentement. Une attitude que Victor Lavedan exprime parfaitement : « J’ai supporté cela difficilement, mais courageusement, me disant que chacun doit avoir sa part de la Croix, et pensant que mon maintien serait un maigre frein à cette dégradation inéluctable. » Des années 60 à nos jours, nombreux sont les fidèles qui, comme M. Lavedan, ont continué à participer à la vie de leur paroisse en dépit de leur insatisfaction ou de leur malaise, se refusant à abandonner « leur » église au milieu de la tempête et voyant bien, en outre, que ceux qui prenaient la parole – des « cuistres », dit l’organiste exaspéré ! – les marginalisaient systématiquement.

4) Le refus de prendre en compte le désarroi de cette foule de silencieux, au point de nier l’existence même de ce désarroi, restera comme l’une des fautes majeures de nos pasteurs au cours des dernières décennies. Même si, fort heureusement, de plus en plus d’ecclésiastiques manifestent aujourd'hui un souci sincère d’ouvrir leur cœur et leur porte à tous leurs fidèles, à l'image du nouvel archevêque de Paris, Mgr Aupetit, la démission de l’organiste de la basilique Notre-Dame d’Arcachon nous rappelle qu’il reste encore bien des pasteurs sourds aux aspirations de leurs ouailles.

5) La motivation principale du ras-le-bol de l’organiste, c’est son sentiment d’être « caution » de la disparition du sacré dans les célébrations liturgiques de la paroisse et des « sacrilèges » que celle-ci engendre inévitablement. Même si la situation liturgique d’un certain nombre de paroisses de France s’est un peu améliorée, une partie du jeune clergé œuvrant de son mieux à une certaine restauration du sacré – dans la mesure où la liturgie ordinaire le permet –, nombreux sont encore les lieux où la liturgie demeure réduite à une fête ou à un spectacle, à une autocélébration du célébrant ou de la communauté, à cette danse vide autour du Veau d’or si souvent condamnée par le pape Benoît XVI. En outre, dans le cas d’Arcachon, ce que condamne l'organiste, c’est l’instrumentalisation maladroite de la liturgie par le curé : un peu de latin pour « anesthésier les demandeurs de plus en plus nombreux » de la forme extraordinaire tout en se complaisant dans la trivialité, expliquant par exemple se dépêcher pour bénir l’assemblée à la fin de la messe « car l’apéro n’attend pas » (épisode cité dans un autre passage de sa lettre ouverte) !

6) À Arcachon comme ailleurs, la solution existe pourtant : une saine et paisible émulation entre la forme ordinaire et la forme extraordinaire. N'est-ce pas là, d'ailleurs, comme il l'expliquait dans sa Lettre aux évêques du 7 juillet 2007, la raison positive pour laquelle Benoît XVI avait promulgué le motu proprio Summorum Pontificum : que le motu proprio puisse aider à « parvenir à une réconciliation interne » au sein de la paroisse ? (*)
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(*) « En regardant le passé, les divisions qui ont lacéré le corps du Christ au cours des siècles, on a continuellement l’impression qu’aux moments critiques où la division commençait à naître, les responsables de l’Église n’ont pas fait suffisamment pour conserver ou conquérir la réconciliation et l’unité; on a l’impression que les omissions dans l’Église ont eu leur part de culpabilité dans le fait que ces divisions aient réussi à se consolider. Ce regard vers le passé nous impose aujourd’hui une obligation: faire tous les efforts afin que tous ceux qui désirent réellement l’unité aient la possibilité de rester dans cette unité ou de la retrouver à nouveau. »

[Yves Daoudal - Le Forum Catholique] Mariawald

SOURCE - Yves Daoudal - Le Forum Catholique - 24 janvier 2018

Candidus l’avait évoqué, Luc Perrin y a fait allusion. Désormais c’est officiel : l’abbaye trappiste de Mariawald est fermée sur ordre de la Congrégation pour les instituts de vie consacrée.

C’était la seule abbaye trappiste en Allemagne, la seule aussi (au monde) qui avait choisi la « forme extraordinaire », en application de l'article 3 de Summorum Pontificum.

L’arrière-garde post-conciliaire s’était rebellée, parce que ces cisterciens « de stricte observance » étaient aussi, en même temps, revenus à la… stricte observance, et l’on trouvait que c’était trop fatigant de se lever à 3 heures du matin.

Donc il y a eu une « visite régulière », en 2016, de deux pères abbés qui ont entendu les doléances. Résultat : la « démission » de l’abbé de Mariawald, dom Josef Vollberg. Deux mois plus tard, en décembre 2016, le visiteur en chef, dom Bernardus Peeters, écrivait une longue lettre aux moines de Mariawald. Il disait tout son amour de cette abbaye, il soulignait très lourdement que dom Josef avait démissionné de lui-même librement de son plein gré sans y avoir été contraint par personne, et que le but des mesures prises (à savoir… la démission de dom Josef et la reprise en mains de l’abbaye par dom Bernardus) était de « renforcer Mariawald et d’assurer l’avenir de la seule maison de notre Ordre en Allemagne ».

Or voici que le même dom Bernardus, un an plus tard, était le « commissaire apostolique » chargé de fermer l’abbaye. Avec un argument tout nouveau, jamais utilisé jusque-là et en pleine contradiction avec son propos de décembre 2016 : il n’y a plus que 10 moines, dont beaucoup sont âgés, et de ce fait le monastère n’est plus viable.

Alors on pouvait ajouter à l’hypocrisie ecclésiastique un bel accent de cynisme : on espérait que le choix de l’ancienne liturgie allait apporter un sang neuf au monastère, mais hélas ce n’a pas été le cas…

Bref, après les Franciscains de l’Immaculée, après le séminaire de Ciudad del Este et le diocèse d’Imperia, François continue la destruction de ce qui est favorable à la liturgie traditionnelle en dehors de la réserve Ecclesia Dei. Son travail de sape de Summorum Pontificum.

24 janvier 2018

[Mgr Williamson - Initiative St Marcel] Survivre au Goulag

SOURCE - Mgr Williamson - Initiative St Marcel - 20 janvier 2018

Avez-vous peur de l’enfer que préparent les mondialistes ?
Que votre château intérieur, rempli de Dieu, leur résiste.
    
Alexandre Soljenitsyne (1918–2008) est l’un des rares écrivains du XXe siècle vraiment éminents qui ne soit pas mécréant. Car il est revenu à Dieu, grâce sans doute aux souffrances qu’il a endurées sous la tyrannie du régime totalitaire de la Russie soviétique qui a sévi de 1917 à 1989. Dans son principal ouvrage, l’Archipel du Goulag, en trois volumes, il s’est surtout appuyé sur l’expérience qu’il a vécue de 1945 à 1953 au sein de cet archipel communiste fait de camps de prisonniers répartis dans toute la Russie. Il a pu survivre à cette expérience, et ses écrits comportent des indications ou des conseils sérieux pour rester en vie dans ces prisons totalitaires modernes. Il paraît que les mondialistes ont déjà préparé des prisons un peu partout aux États-Unis afin de pouvoir faire taire les ennemis de l’État mondialiste. Celles-ci retiendront certainement dans leur fers barbelés des chrétiens convaincus. Voici, tirée de l’Archipel Goulag, une recette de survie en sept points, présentée l’année dernière en France.
  • Lors de l’interrogatoire préliminaire, n’essayez pas de tromper ou de rouler ceux qui vous interrogent, alors que, pendant une semaine, vous n’aurez reçu que le minimum de nourriture et pu dormir juste ce qu’il faut pour ne pas mourir. Essayez plutôt de faire l’idiot, du début à la fin, par ex : “Je ne sais pas”, “je ne me souviens pas”. En tout cas, ne vous y trompez pas : ce sont les interrogateurs qui rédigent le procès-verbal de l’interrogatoire. Le Parti leur sert de conscience et ils ne veulent pas perdre leur emploi.
        
  • Une fois en prison, ayez une vie de l’esprit suffisamment intense pour que, quelles que soient vos souffrances, votre équilibre mental ne soit pas détruit.
      
  • Mettez-vous dans le crâne, aussi vite que possible, que votre passé est à jamais révolu, voire votre vie elle-même. Ainsi, lorsque vous n’aurez plus rien à perdre et que vous en serez intimement convaincu, vous prendrez la résolution de tenir coûte que coûte une ligne de conduite que vous vous serez tracée. Et dès ce moment-là, vous ne les craindrez plus. Vous saurez spontanément quoi répondre et comment répondre ; ils ne pourront plus vous en imposer, et si vous devez mourir, ce sera avec dignité et avec la conscience tranquille. C’est de cette force morale qu’ils ont peur. Ils feront tout pour la briser, en faisant miroiter de fausses espérances : celle d’être gracié, par exemple.
      
  • Ne possédez rien, soyez détaché de tout et vous aurez le calme et la liberté d’esprit nécessaire pour juger sereinement les gens et les circonstances. La connaissance que vous avez de l’homme et de la nature humaine doit se fonder uniquement sur le souvenir de votre expérience.
      
  • Abandonnez jusqu’à l’idée d’organiser votre propre vie afin de préserver votre tranquillité d’esprit.
      
  • Ne croyez personne, méfiez-vous de tout le monde : au goulag, personne ne fait rien pour rien.
      
  • Enfin, rapprochez-vous des prisonniers qui sont honnêtes contre les méchants et les mouchards, allant jusqu’à faire justice vous-même, s’il le faut. Car en effet, l’une des découvertes les plus étonnantes de votre voyage à travers cet univers infernal, c’est que vos pires ennemis ne sont pas les gardiens, mais . . . vos compagnons de prison. La loi de cette jungle s’énonce ainsi : aujourd’hui, c’est à toi de crever ; demain ce sera mon tour. Tout ce que vous pouvez faire, c’est de frapper le premier, quitte à recevoir un coup de couteau en retour . . . . Bref, faites-vous respecter si vous ne voulez pas qu’on vous exploite.
Selon l’enseignement de l’Église, l’utilisation de la force physique, en cas de légitime défense, doit être proportionnée à la menace de l’attaque. Mais là n’est pas l’essentiel. Ce que relève surtout Soljenitsyne, c’est la renonciation à tout espoir terrestre, le détachement de tous biens, la tranquillité d’esprit, la conscience en paix ; bref, cette force morale intérieure qui transfère à ses adversaires la peur qu’on a d’abord pour soi-même. Ici, les catholiques sont universellement reconnus gagnants, car une vie de prière les garde près de Dieu. “La victoire qui a vaincu le monde, c’est notre foi” (I Jean V, 4).

Kyrie eleison.

[Abbé Jean-Michel Gleize, fsspx - Courrier de Rome] Une question de principe

SOURCE - Abbé Jean-Michel Gleize, fsspx - Courrier de Rome - janvier 2018

1. L’Exhortation post-synodale Amoris lætitia n’a laissé personne indifférent. Mais voici que, de l’avis du Pape lui-même, la seule interprétation possible du chapitre VIII de ce document est celle qu’en ont donnée les évêques de la région de Buenos Aires en Argentine, en affirmant ouvertement que l’accès aux sacrements peut-être autorisé pour certains couples de divorcés remariés. « L’écrit est très bon et il explicite parfaitement le sens du chapitre VIII d’Amoris lætitia, il n’y a pas d’autre interprétation », affirme le Pape dans une lettre datant de septembre 2016. Et voici qu’en juin dernier, la Secrétairerie d’État du Vatican reconnaît le statut de « Magistère authentique » à cette affirmation.
 
2. Voilà qui ne manquera pas d’agiter à nouveau une question pourtant déjà étudiée depuis longtemps [1]. Étant admis que les autorités de la hiérarchie ecclésiastique restent en possession de leur pouvoir de Magistère, on peut se demander quelle valeur attribuer aux actes d’enseignements dispensés par ces autorités en place dans l’Église, le Pape et les évêques, depuis le concile Vatican II ? Faut-il y voir comme jusqu’ici l’exercice d’un véritable Magistère, quand bien même, en tout ou en partie, ces enseignements s’écarteraient de la Tradition de l’Église ? La position de la Fraternité Saint-Pie X [2] tient qu’à Vatican II et depuis a sévi et sévi encore dans la sainte Église « un nouveau type de magistère, imbu des principes modernistes, viciant la nature, le contenu, le rôle et l’exercice du Magistère ecclésiastique ».
 
3. Cette position a retenu toute l’attention d’un repré- sentant attitré du Souverain Pontife, le Secrétaire de la Commission Pontificale Ecclesia Dei, Mgr Guido Pozzo, et lui a inspiré la problématique fondamentale de tout son discours [3] , dans la ligne de celui du pape Benoît XVI. Le but de cette problématique est d’accréditer aux yeux de la Fraternité la valeur proprement magistérielle des enseignements conciliaires, avant de les lui faire accepter. Car il lui faut les accepter. Dès avant les discussions doctrinales de 2009-2011, Benoît XVI avait clairement annoncé cette intention : « Les problèmes à traiter maintenant sont essentiellement de nature doctrinale, en particulier ceux concernant l’acceptation du concile Vatican II et le magistère postconciliaire des Papes. [...] On ne peut pas geler l’autorité du magistère de l’Église en 1962 et – cela doit être très clair pour la Fraternité [4] . » C’est dire toute l’urgence encore actuelle de cette question cruciale, qui est une question de principe. Nous la réexaminerons ici sous la forme synthétique d’une question disputée, en faisant valoir les différents arguments pour ou contre, afin de remettre en évidence le bien-fondé de la position défendue jusqu’ici par la Fraternité.
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  1. La réflexion menée à l’intérieur de la Fraternité depuis plus de dix ans aboutit à circonscrire de mieux en mieux les problèmes. Cf. par exemple : MGR LEFEBVRE, « Vatican II. L’autorité d’un concile en question », INSTITUT UNIVERSITAIRE SAINT-PIE X, Vu de haut n° 13, 2 006 ; Autorité et réception du concile Vatican II. Études théologiques. Quatrième symposium de Paris (6-7 au 8 octobre 2005), Vu de haut hors série, 2 006 ; FRATERNITÉ SACERDOTALE SAINT-PIE X, Magistère de soufre. Études théologiques sur le concile Vatican II, Iris, 2009 ; ABBÉ JEAN-MICHEL GLEIZE : « Magistère et foi », Courrier de Rome n° 346 (536) de juillet-août 2011 ; « Une question cruciale », Courrier de Rome n° 350 (540) de décembre 2011 ; « Magistère ou Tradition vivante », Courrier de Rome n° 352 (542) de février 2012 ; « À propos d’un article récent », Courrier de Rome n° 358 (548) de septembre 2012 ; « Pour un Magistère synodal ? », Courrier de Rome n° 390 (581) d’octobre 2015.
     
  2. MGR LEFEBVRE, « Lettre du 20 décembre 1966 adressée au cardinal Ottaviani » in J’accuse le Concile, Éd. Saint Gabriel, Martigny, 1976, p. 107-111 ; MGR FELLAY, « Déclaration à l’occasion du 25e anniversaire des sacres épiscopaux, le 27 juin 2013 », n° 4 dans Cor unum, n° 106, p. 36 ; ABBÉ JEAN-MICHEL GLEIZE, Vatican II en débat, 2e partie, chapitre XI, n° 19, Courrier de Rome, 2012, p. 196.
     
  3. Les idées maîtresse en sont synthétisées dans la conférence donnée le vendredi 4 avril 2014 à l’adresse des membres de l’Institut du Bon pasteur, et publiée sur le site internet Catholicae Disputationes : « Le concile Vatican II : renouveau dans la continuité avec la Tradition ». Ce propos a été analysé et réfuté en détail dans les deux articles « 40 ans plus tard », et « 40 ans passés autour du Concile », Courrier de Rome n° 382 (572) de décembre 2014.
     
  4. BENOÎT XVI, « Lettre du 10 mars 2009 aux évêques de l’Église catholique » dans La Documentation catholique (DC) n° 2421, p. 319-320.

[Soeurs franciscaines du Guatemala] Présentation de la communauté

SOURCE - Soeurs franciscaines du Guatemala - Paz y Bien - version française par La Porte Latine (FSSPX France) - janvier 2018

Nos débuts

Chaque famille religieuse, suscitée par Dieu, occupe une place et une mission au Coeur de l'Eglise pour l'aider dans les moments critiques de son histoire, et servir aux besoins des âmes.

Tout est grâce par la volonté de Dieu. Nous sommes très reconnaissantes à Notre Seigneur pour notre vocation religieuse, surtout pour le cadeau de participer à la vie religieuse dans la Tradition. Nous étions heureuses de notre vocation et nous exprimons notre gratitude à la Congrégation des Sœurs Franciscaines de l'Assomption mais, béni soit Dieu de nous avoir envoyé cette lumière qui nous a fait découvrir qu'il y avait quelque chose de mieux et, nous soumettant à la Divine Providence, nous avons choisi de nous mettre sous la protection de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X. Nous avons commencé le 30 novembre 2012 au Guatemala, essayant de former de futures religieuses, avec la foi et la doctrine que notre Sainte Mère l’Eglise a toujours enseigné.

Notre spiritualité

Notre esprit est franciscain, du troisième ordre régulier. Suivant les pas de notre Père saint François, nous sommes appelées à la prière et à la pénitence, le centre de notre vie religieuse étant la Sainte Messe, célébrée selon le rite traditionnel.

Notre apostolat

Notre apostolat nous fait être missionnaires parce que ce que nous avons commencé avec la prière et avec le sacrifice, nous devons le continuer par le travail. Devant tant de besoins et de façons de servir dans l'Église nous avons choisi de nous occuper des enfants handicapés physiques, d’aider et de soutenir les prêtres, d’enseigner le catéchisme, de propager et de défendre la foi à travers la bonne presse, d’organiser des camps et de visiter les malades. Chacune des sœurs selon leurs capacités personnelles , se dévoue à la tâche qui lui est confiée parce que bien que, même la plus simple, est très grande aux yeux de Dieu.

«Maître, où habitez-vous?» ... C'était la question qu’ont posée à Notre Seigneur les deux disciples de saint Jean-Baptiste. Et l'Évangile poursuit: "Venez et voyez", leur dit le Sauveur-. «Ils y allèrent, virent où il demeurait et sont restés avec Lui à compter de ce jour ». Le Maître Divin murmure au coeur de tout âme ces mots: "Venez et voyez" invitant à partager Son intimité dans la vie consacrée. Mais cet appel est personnel et délicat; c'est toujours un appel d'amour: "Dieu est charité", appel qu'il faut savoir écouter et auquel il est nécessaire de savoir répondre.

21 janvier 2018

[FSSPX Actualités] Le Jour du Seigneur fête son 70e anniversaire en 2018

SOURCE - FSSPX Actualités - 20 janvier 2018

Lancée pour la fête de Noël en 1948, l’émission de télévision Le Jour du Seigneur, diffusée sur France Télévisions, fête cette année son 70e anniversaire. C’est le père Raymond Pichard (1913-1992), dominicain, qui est à l’origine d'un projet alors novateur puisqu’à l’époque la France ne comptait que 300 téléviseurs.

Produit dès ses débuts par le Comité français de radio-télévision (CFRT), une association de loi de 1901, Le Jour du Seigneur est aujourd’hui la plus ancienne émission télévisée d’Europe toujours diffusée. Le P. Philippe Jaillot, producteur actuel de l’émission, raconte la genèse du programme dans Le Figaro du 7 janvier 2018 : « Le P. Pichard travaillait pour la messe radiodiffusée. Visitant un studio télé rue Cognacq-Jay, il a eu l’intuition que cette diffusion alors confidentielle serait une chaire extraordinaire pour faire entendre la parole de Dieu. » Il se dit même que c’est lui qui convainquit Pie XII de la puissance apostolique de l’image cinématographique.

La Messe de minuit du 24 décembre 1948 sera donc la première du genre et une première mondiale. Elle sera suivie en 1949 par la création de L’Émission dominicale, devenue Le Jour du Seigneur en 1954. Pour l’anecdote, c’est François Mitterrand, futur président socialiste de la France, et alors jeune secrétaire d’Etat à l’information, qui donna l'autorisation de la diffusion chaque dimanche.

Depuis ses débuts, le concept est simple et n’a pas bougé : 1h30 d’émission composée d’une messe et de plusieurs reportages, tous les dimanches de 10h30 à 12h. C’est-à-dire un temps d’antenne suffisamment important pour diffuser un message et des idées... nouvelles ! Le site internet lejourduseigneur.com, qui retrace l’histoire de l’émission, ne s’en cache pas : « Avec le concile Vatican II, dans les années 60, l’émission entame une nouvelle période. Ses liturgies évoluent. Une équipe-film se forme avec la volonté de mettre en images les idées du Concile, en étant au plus près des croyants et des réalités humaines ». Au total, de 1965 à 1986, 155 films sont réalisés.

Puis viennent les années 90, « le développement de programmes avec les protestants, la création d’une matinée avec les producteurs des autres confessions ». Quant au XXIe siècle, il « s’ouvre avec une nouvelle quête de spiritualité et l’émission tente d’y répondre par ses programmes qui mêlent témoignages et enseignements ». On peut craindre le pire... ou espérer le meilleur avec, par exemple, la diffusion de la messe traditionnelle en direct depuis Saint-Nicolas-du-Chardonnet!

[Peregrinus] La liturgie en Révolution (5) : Jansénisme, Révolution et liturgie en langue vulgaire

SOURCE - Peregrinus - 20 janvier 2018

Tout d’abord Eglise établie, soutenue par les autorités civiles, l’Eglise constitutionnelle sort profondément ébranlée de la persécution terroriste qui frappe son clergé à partir de l’automne 1793. En 1795, lorsque s’amorce la reprise du culte, la Constitution civile du clergé a été abrogée par la séparation de l’Eglise et de l’Etat. Environ vingt mille prêtres, soit plus de la moitié du clergé assermenté, ont abdiqué leurs fonctions sacerdotales ; quatre à six mille se sont mariés. Parmi ceux qui n’ont pas abandonné l’état ecclésiastique, nombreux sont ceux qui rétractent leurs serments et demandent leur réconciliation au clergé réfractaire.

Un immense effort de réorganisation s’impose donc au clergé schismatique. Il est porté tout d’abord par un net infléchissement doctrinal et spirituel. Malgré ses réminiscences richéristes, la Constitution civile du clergé répondait avant tout aux aspirations de légistes imprégnés de philosophisme (1). L’expérience de la persécution et la séparation de l’Eglise et de l’Etat donnent cependant une vigueur nouvelle, au sein du clergé constitutionnel, aux courants jansénisants, gallicans et rigoristes qui espèrent un retour providentiel à la primitive Eglise. Défections et apostasies favorisent une telle lecture des événements. En effet, elles ont séparé du clergé constitutionnel la plupart de ses éléments mondains ou scandaleux. Les prêtres qui ont tenu bon sont ainsi enclins à se considérer comme le petit reste, éprouvé comme les confesseurs de la foi du temps de Dèce ou de Dioclétien : significativement, les ecclésiastiques qui ont remis aux autorités leurs lettres de prêtrise sont dénoncés comme « traditeurs ». 

C’est à la lumière de ce nouvel état d’esprit primitiviste, mais très hostile à la philosophie, que doivent se comprendre les expériences liturgiques menées de 1795 à la liquidation de l’Eglise constitutionnelle en 1801. La liturgie en langue vulgaire est alors, avec la réconciliation des traditeurs, les relations entre évêques et prêtres et les rapports avec Rome et le clergé fidèle, l’une des principales questions qui divisent l’ancien clergé assermenté. 
En effet, malgré l’effondrement de ses effectifs et l’impulsion nouvelle que tentent de lui donner les « Evêques réunis », l’Eglise constitutionnelle (2) demeure parcourue de profondes divisions théologiques et pastorales. Lorsque Henri Reymond, évêque intrus de l’Isère, propose, pour favoriser la réunion aux protestants, la messe en français, la suppression des messes basses et des autels latéraux (3), ses propositions doivent bien plus à son richérisme syndical ouvert à l’influence des Lumières qu’à un jansénisme auquel il est foncièrement étranger. La plupart des tentatives d’introduire l’usage de la langue vulgaire dans la liturgie n’en émanent pas moins de la frange jansénisante du clergé constitutionnel. 

En effet, dans les dernières décennies de l’Ancien Régime, les prêtres favorables à la liturgie en vernaculaire se recrutent surtout parmi les jansénistes (4). On en trouve un exemple à la veille de la Révolution sous la plume d’Edme Moreau, chanoine de la cathédrale d’Auxerre. « Les Laïcs dans les premiers siecles de l’Eglise, explique le chanoine Moreau, n’étoient pas moins zélés que les Prêtres, ni moins assidus à la priere à toutes les heures. […] St. Chrysostome rétablit à Constantinople l’office de la nuit. Il invite les fideles à s’y rendre, & leurs femmes à prier dans leur maison. » Cette prière continuelle de l’Eglise entière lui obtenait de Dieu toutes les grâces dont il la comblait. Cependant, ajoute le chanoine, « cette dévotion a cessé, lorsque la langue latine ne fut plus entendue par le peuple (5). »

A la disparition du latin comme langue vulgaire, l’abbé Moreau associe donc la fin de l’unanimité surnaturelle de la prière de l’ensemble du peuple chrétien. Cependant, il faut noter que le chanoine, qui ne dissimule pas plus ses revendications richéristes que ses convictions jansénistes, se garde alors de demander la traduction des offices. Comme l’a justement noté dom Guéranger (6), Jacques Jubé, curé d’Asnières, qui a peut-être porté le plus loin les expérimentations liturgiques d’une partie du milieu janséniste au XVIIIe siècle, n’est jamais allé jusqu’à passer à la langue vulgaire dans la liturgie. On trouve la même réserve hors de France, chez les jansénistes toscans, dont le synode, réuni en 1786 par l’évêque de Pistoie Scipione de Ricci, a un grand retentissement bien au-delà de l’Italie. Le synode plaide tout d’abord sans équivoque en faveur de la liturgie en langue vulgaire :
La Liturgie est une action commune au Prêtre & au peuple. Convaincu de ces principes, le S. Synode desireroit la suppression de ce qui a contribué a en faire oublier une partie, en rappellant la Liturgie à une plus grande simplicité dans ses Ceremonies ; en l’exprimant en langue vulgaire, & en la prononçant d’une voix élevée.
Les pères synodaux s’empressent cependant d’ajouter : 
Mais comme les circonstances ne lui permettent pas de satisfaire ses desirs sur ces Articles, il se borne à renouveller la loi du Concile de Trente, qui ordonne aux Pasteurs d’expliquer quelque partie de la Liturgie, dans toutes les Instructions qu’ils font pendant la Messe les jours de Fête ; & il les exhorte à distribuer aux fideles des Livres, où l’Ordinaire de la Messe se trouve traduit en langue vulgaire (7).
On le voit, il s’agit alors d’aspirations qui ne sont pas jugées réalisables : même pour des jansénistes qui font de la primitive Eglise un modèle opératoire, la liturgie en langue vulgaire relève du passé idéalisé des « beaux jours de l’Eglise » et non des réformes qu’il est possible d’entreprendre. 
La Révolution constitue à cet égard une rupture incontestable. Ce qui n’était qu’un vœu sans véritable conséquence devient un programme d’action pour des ecclésiastiques convaincus de revivre les premiers temps du christianisme, libérés de la tutelle de Rome et des anciens évêques comme de celle de l’Etat. La Révolution, et plus particulièrement la réorganisation de 1795, est ainsi l’occasion d’un passage à l’acte pour certains jansénistes constitutionnels. 

Il faut se garder, dans l’examen des rapports entre jansénisme et expériences liturgiques, de toute simplification excessive : comme on l’a vu, le janséniste anticonstitutionnel Maultrot était hostile à la liturgie en langue vulgaire, et parmi les constitutionnels jansénistes, les adversaires des traductions n’ont pas manqué. Il n’en reste pas moins que les expériences vernaculaires de 1795-1801, bien plus que celles d’avant la Terreur, doivent beaucoup à un petit groupe très actif d’ecclésiastiques jansénisants et rigoristes, tels les abbés Clément et Brugière, dont on reparlera.

(A suivre)

Peregrinus 
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(1) Edmond Préclin, Les Jansénistes du XVIIIe siècle et la Constitution civile du Clergé. Le développement du richérisme. Sa propagation dans le Bas Clergé (1713-1791), Librairie Universitaire J. Gamber, Paris, 1928, p. 472-473. 
(2) Faute d’expression plus adéquate, on continuera ici à appeler malgré l’abrogation de la Constitution civile l’Eglise schismatique Eglise constitutionnelle. Les Réunis ont certes parlé d’ « Eglise gallicane », mais une telle appellation n’est pas satisfaisante : l’Eglise gallicane ne signifie rien d’autre que l’Eglise de France, à laquelle les prêtres fidèles appartenaient bien plus que les schismatiques et les intrus. 
(3) Jean Godel, La reconstruction concordataire dans le diocèse de Grenoble après la Révolution (1802-1809), chez l’auteur, Grenoble, 1968, p. 33-34.
(4) Cf. Ferdinand Brunot, « Le culte catholique en français sous la Révolution », Annales historiques de la Révolution française, t. II, 1925, p. 209.
(5) Edme Moreau, Fonctions et droits du clergé des églises cathédrales, s. n., Amsterdam, 1784, p. 18-19. 
(6) Prosper Guéranger, Les Institutions liturgiques, t. II, Fleuriot, Le Mans, 1841, p. 251.
(7) Actes et décrets du concile diocésain de Pistoie de l’an MDCCLXXXVI, traduits de l’italien, Bracali, Pistoie, 1788, p. 351.

20 janvier 2018

[Riposte Catholique] L’Abbaye cistercienne Mariawald va fermer

SOURCE - Riposte Catholique - 20 janvier 2018

Nous avons évoqué à plusieurs reprises l’abbaye cistercienne de Mariawald. L’abbaye avait obtenu de Rome en 2009 de reprendre la forme traditionnelle de la liturgie trappiste. Si cette forme liturgique lui a valu un regain de vocations, il apparaît qu’elle avait entraîné un certain nombre de dissensions au sein de la communauté, notamment avec les moines les plus âgés. Une visite canonique avait été diligentée pour aider les moines à retrouver leur sérénité… et le Père Abbé de l’Abbaye avait remis sa démission fin 2016. Toutefois, les premiers fruits avaient permis des ordinations il y a 2 ans.

Dans un article en langue anglaise sur le site GloriaTV, on y apprend la fermeture de l’abbaye :
L’ancienne abbaye trappiste de Mariawald, en Allemagne, va être fermée. Le Saint-Siège, l’ordre trappiste et le diocèse d’Aix-la-Chapelle sur le territoire duquel est l’abbaye, l’ont annoncé à Mariawald. 
Le monastère est occupé par les trappistes depuis 1909. Tous les employés (laïcs) vont perdre leur emploi. Les moines seront transférés dans d’autres monastères. 
Dans le courant de l’année, le monastère et tous ses biens seront remis au diocèse d’Aix-la-Chapelle. Le monastère et l’église de Mariawald resteront probablement fermés pour toujours. 
Dans une lettre datée du 21 novembre 2008, le Pape Benoît XVI avait donné au Monastère le privilège de revenir aux anciens usages de l’Ordre trappiste dans la liturgie et la vie monastique. C’est surtout un retour au vénérable Vieux Rite. Le pape a vu dans ce projet un “renouvellement de l’église dans l’esprit de la tradition”. Maintenant, cette tentative de renouveau est terminée avant qu’elle puisse porter tous ses fruits.
Comme pour les Franciscains de l’Immaculée avec des appuis romains, il apparaît qu’une poignée de prêtres âgés était prêt à sacrifier le monastère et 110 ans de vie religieuse en ces lieux plutôt que de permettre un renouveau. Le dogmatisme aveuglant est loin d’avoir disparu… et certains ont toujours comme devise “Tout sauf la Tradition !”. Ils ne veulent pas la paix liturgique !
  
Louons l’intelligence ‘pratique’ de certains évêques en France (peu nombreux malheureusement) qui ont permis par exemple la reprise de l’Abbaye Sainte-Marie de Lagrasse par les Chanoines Réguliers de la Mère de Dieu en 2004 ou encore l’abbaye Saint-Paul de Wisques par les moines de Fontgombault en 2013 (grâce à la médiation éclairée de Dom Dupont, abbé de Solesmes).

19 janvier 2018

[Disputationes Theologicae] La bataille pour la “troisième voie” continue - Des exemples récents qui témoignent de cette nécessité

SOURCE - Disputationes Theologicae - 21 décembre 2017

Le 6 décembre 2013 nous écrivions l’article suivant “Les raisons d’une bataille: la parole aux exemples”, signé par les Résistants de l’IBP qui donneront naissance à la Communauté Saint Grégoire le Grand. On y proposait une vue panoramique de la situation en montrant les fruits de certains choix que nous ne partagions pas, raison pour laquelle nous avons choisi de résister en société. Quatre ans après, nous recevons de nos lecteurs de la documentation témoignant de l’évolution de la situation sur le même chemin que nous avions décrit à l’époque. Cette situation a même empiré plus que prévu et oblige tout le monde à une réflexion sérieuse. Cette fois encore, nous laissons la parole aux exemples récents.
Un important membre de la Fraternité Saint Pierre assiste à un rite œcuménique
Une des plus importantes présence de la Fraternité Saint Pierre en France est celle de Bordeaux, dans l’église de Saint Bruno, où le 11 novembre dernier Son Eminence Révérendissime le Cardinal Ricard a voulu prier pour la paix de manière œcuménique. La “journée pour la paix” s’est déroulée dans cette même église le jour de la commémoration de la victoire française lors de la Première Guerre Mondiale. Etaient présents l’Archevêque de Bordeaux, certains prêtres diocésains et la pasteure de l’ “église” Protestante Unie de Bordeaux, Madame Valérie Mali, qui a pris la parole et guidé une prière. A cette cérémonie œcuménique pour la paix était également présent officiellement - dans le chœur et en surplis - le prêtre qui dirige l’apostolat de la Fraternité Saint Pierre à Bordeaux, l’Abbé de Giacomoni. Nous précisons que Madame Valérie Mali ne s’est pas distinguée seulement pour ses mérites dans la poursuite de l’ “unité luthérienne”, mais elle se glorifie d’avoir été la première à avoir “béni” - façon de dire - des “noces” homosexuelles à Bordeaux. La rencontre prenait donc accidentellement, en plus de son caractère œcuménique déclaré, une légère coloration LGBT.

Lorsque nous avons été informés de cet événement nous avons voulu penser que peut-être le prêtre de la FSSP n’était pas au courant et s’était retrouvé dans une situation inattendue. En ce cas, on aurait pu invoquer la faiblesse ou l’incapacité de réaction face à une situation imprévue, cependant la gravité du fait demeure car dès qu’on se rend compte d’une telle situation on a le devoir de se dissocier publiquement du scandale pour la foi. C’est pour cela aussi que dans un premier temps nous avions préféré ne pas commenter cet événement. Entre temps, les prêtres de la FSSP de Bordeaux ont déclaré autre chose : il ne s’agit pas d’une initiative autonome de l’Abbé de Giacomoni, mais d’un choix véritable, assumé de manière responsable par la FSSP car il y a deux ans déjà, disent-ils, les Supérieurs avaient choisi d’agir de la même façon que cette fois-ci. La justification doctrinale a été que - malgré la présence officielle dans le chœur de la pasteure luthérienne - il s’agissait d’une “Messe catholique”. La justification pastorale a été que leur présence aidait à “maintenir de bons rapports avec le Cardinal”. Nous ne croyons pas qu’il y ait beaucoup de choses à ajouter, sinon de répéter avec insistance ce que nous avons écrit dans notre article de 2013: La FSSP veut-elle faire la bataille doctrinale ?

Lorsqu’à l’IBP certains montrèrent avec franchise ecclésiale leurs réserves concernant le document Pozzo (Le “rite propre” et l’ “herméneutique de continuité” sont-ils suffisants?), document accepté d’abord seulement par les sommets de l’Institut, puis par tous, un prêtre de la FSSP (maintenant employé à la Curie Romaine) nous disait que sa Société recevait régulièrement des lettres de ce genre de la Commission Ecclesia Dei et que le choix général avait toujours été celui, même s’ils n’en partageaient pas le contenu, de ne faire aucune remontrance publique. Quels ont-été les résultats d’une telle politique?

Et - puisqu’il est juste de regarder les deux côtés de la médaille - était-il vraiment nécessaire que le Cardinal Ricard, membre influent de la Commission Ecclesia Dei, qui connait bien le monde Vetus Ordo, choisisse parmi les nombreuses églises de la ville, précisément celle de Saint Bruno où est célébrée la Messe traditionnelle ?

Nous savons bien que plusieurs prêtres de la Fraternité Saint Pierre ne partagent pas du tout ce qui s’est passé à Bordeaux, mais ne serait-il pas opportun d’aller ailleurs ou du moins de commencer à prendre publiquement position contre cette acceptation de facto de rites œcuméniques de la part de leur propre Fraternité?

Si tels sont les fruits de l’acceptation passive de la mise sous Commissaire de l’année 2000 et plus généralement du choix de ne pas s’opposer, même pas pour ce qui est inacceptable pour un catholique comme un rite œcuménique, le moment ne serait-il pas venu de réfléchir sérieusement à changer d’approche dans la bataille à mener pour l’Eglise? 
La Fraternité Saint Pie X, entre l’esprit bergoglien et l’esprit schismatique
Nous rapportons un épisode survenu il y a quelques mois dans un prieuré de la FSSPX. Dans le Centre de la France, un jeune se convertit, quittant la fausse religion dans laquelle il est né et fait le choix de la Tradition. N’étant pas baptisé et désirant se marier, il s’adresse aux prêtres de cette Fraternité qui lui demandent une année de préparation. Le catéchumène est jugé apte à recevoir le Baptême, mais on découvre que pendant la préparation il a assisté à une Messe (traditionnelle) célébrée par des prêtres de l’Institut du Christ-Roi. A ce moment, les prêtres de la FSSPX, après l’avoir durement repris et après avoir reporté le Baptême, demandent devant un témoin qu’avant toute chose le catéchumène s’engage moralement sur l’honneur sur trois points : 1) reconnaitre que la “Nouvelle Messe est dangereuse pour la Foi”; 2) ne jamais aller à des Messes traditionnelles célébrées en vertu du Motu proprio; 3) aller exclusivement aux Messes des prêtres de la Fraternité Saint Pie X ou en communion déclarée avec elle. S’il refuse, il ne sera pas admis au Baptême ni au Mariage qui est en vue. Les choses se passent ainsi car le jeune homme refuse de souscrire.

Nous précisons qu’il est compréhensible qu’un prêtre prenne les mesures nécessaires pour vérifier  la véracité de la conversion et que la demande des sacrements soit pleinement consciente et volontaire. Il est aussi compréhensible d’inviter les fidèles à réfléchir pour qu’ils sachent discerner l’opportunité d’assister à certaines cérémonies, même si elles sont célébrées dans le rite traditionnel. Mais demander un acte d’adhésion exclusive à la FSSPX et un rejet formel - non seulement dans certaines circonstances spécifiques mais un rejet de principe - des sacrements célébrés en dehors de ladite Fraternité cela ne parait pas admissible. En effet, nous ne voyons pas en quoi cela se distinguerait du rejet - systématique et pas seulement en raison des circonstances - de la communicatio in sacris avec d’autres membres de l’Eglise catholique, qui est une des conditions pour que l’on puisse parler de schisme. Peu importe qu’ils célèbrent le rite traditionnel et prêchent la doctrine catholique, il faut l’adhésion exclusive à la Fraternité. 

Malheureusement, cette position n’est pas une prérogative de jeunes prêtres inexpérimentés du Centre de la France, qui ont certainement exagéré aussi sur les modalités pratiques, mais elle est la suite logique de la doctrine enseignée officiellement à Ecône, soutenue en public par les Supérieurs et défendue aussi - quoique par intermittence, comme toujours - par Mgr Fellay, doctrine jamais rétractée publiquement (cf notre article de 2011: Des positions contradictoires et ambigües dans la Fraternité saint Pie X). 

Est-ce seulement la faute de jeunes prêtres inexpérimentés ou est-ce aussi la faute de celui qui - en cultivant l’ambiguïté - laisse dispenser au Séminaire un enseignement officiel d’une toute autre teneur que les déclarations au Vatican? En effet, à notre connaissance les professeurs en question n’ont pas été sanctionnés ou mutés par ces mesures violentes que la Fraternité sait prendre lorsqu’on ne suit pas la ligne du chef.

Mais l’ambiguïté encore plus hilarante consiste dans le fait que si le jeune catéchumène avait accepté de souscrire à la rupture de la communicatio in sacris avec quiconque est hors de la FSPPX, il aurait pu se marier validement dans certains Prieurés de cette Fraternité! En effet, suite aux tractations en cours avec le Vatican, elle a déjà obtenu la possibilité de marier validement grâce à la juridiction donnée par le Pape Bergoglio (privilège officiel jamais concédé à la Fraternité Saint Pierre, même pas après les rencontres avec les Luthériens...). Parallèlement à cela le Supérieur Général n’a pas encore précisé s’il est admissible que les fidèles doivent - pour pouvoir se marier avec la juridiction vaticane - déclarer leur rupture in sacris avec ceux qui sont hors de la FSSPX. Nous n’avons pas eu connaissance non plus d’une clarification du Vatican à ce sujet.

Est-ce cohérent tout cela? Est-ce cela la suprême recherche du bien des âmes même en s’opposant si nécessaire à la “Rome apostate et moderniste” (comme ils disent) ou bien est-ce rentrer pleinement dans la logique politicarde de la nouvelle pax bergogliana?
Le Supérieur de l’IBP: “Pleine communion, pleine communion avec Rome!”
Le Supérieur de l’Institut du Bon Pasteur nous a habitués à des positions contradictoires. Beaucoup se souviennent qu’il y a quelques années, déjà en tant que Supérieur d’un Institut de droit pontifical, il dirigeait la chorale - en surplis - lors d’un Mariage célébré par un prêtre sédévacantiste (mariage dont la validité est pour le moins douteuse). Il y a quelques mois cette même personne, en chaire de Saint Eloi à Bordeaux pour les 10 ans de l’Institut du Bon Pasteur, a expliqué aux fidèles sa position ecclésiale: pleine communion avec François, car grâce à lui la Tradition et le rite traditionnel sont reconnus (“ils ont pignon sur rue” dans la version originale). Les preuves en seraient que son Institut est reconnu par le Vatican et que François - en continuité avec Benoît XVI (sic) - ne parlerait plus continuellement de Vatican II comme le faisaient ses prédécesseurs. 

Mis à part la myopie (voulue?) de ne pas admettre que Vatican II est certes en partie dépassé mais cela en vue de préparer Vatican III, mis à part le fait que sa propre reconnaissance canonique apparait plus importante que la crise dans l’Eglise, un aspect de ce que nous appelons le “complexe du rallié” se manifeste de manière évidente : montrer le chemin parcouru vers “la pleine communion”. Nous laissons de côté pour des motifs de place ce que disait autrefois l’Abbé Laguérie - en partie même justement - non seulement sur les “ralliés” mais aussi sur le concept même de “pleine communion”. Il nous semble que nous sommes face à l’attitude typique de celui qui a été mis sous Commissaire et qui l’est peut-être encore. Nous ajoutons que - pour en rester aux faits - nous n’avons pas connaissance d’une quelconque prise de position publique sur les nouvelles règles en faveur des annulations de mariage (que certains ont même renommé “divorce catholique”), rien non plus sur le document bergoglien “Amoris Laetitia” et sur ses conséquences déjà désastreuses; rien non plus sur des thèmes contre lesquels autrefois on entendait des expressions véhémentes comme l’immigration sauvage et l’invasion islamique ou sur le Luthéranisme ouvert de certains pans de l’Eglise. Le silence règne dans les homélies et dans les publications. Tout va bien parce que ... la tradition et l’IBP ont une reconnaissance canonique. Ils peuvent, pour reprendre ses mots, avoir “pignon sur rue”.

Cela doit être un effet de la pleine communion avec François tant recherchée si le nouveau bulletin du Séminaire de Courtalain a pris un nom qui donne tout un programme et qui répond à un concept très cher à l’Abbé de Tanoüarn, désormais apparemment  le seul dans son Institut à se prononcer sur des thèmes brulants. Le fameux prêtre parisien disait en effet qu’il était temps que le Bon Pasteur reprenne, au sujet du dernier Concile, ce concept clé de Jean-Paul II: Vatican II est une “boussole”. On évoquait autrefois au Séminaire la “critique constructive” de Vatican II, aujourd’hui, après la mise sous Commissaire et la nomination d’un nouveau Recteur, son bulletin officiel s’appelle justement “La Boussole”. Au final, cela reflète idéalement l’évolution en acte: en effet, pris en soi il s’agit d’un nom comme un autre, mais pour l’oeil de celui qui surveille il est suffisamment évocateur. Inutile de chercher d’ailleurs dans “La Boussole” la moindre “indication pour le navigateur” qui ressemblerait même de loin à la critique constructive de Vatican II autrefois tant affichée.

Il ne s’agit pas seulement d’une question de “boussoles”, mais de ligne générale quand l’Abbé Laguérie dit en privée et dans des articles: “il y a un moment pour parler et un moment pour se taire”. On déduit clairement de l’ensemble de ce discours que le choix de ne pas s’exprimer, en plus d’être pleinement volontaire (et utile au maintien de certains acquis, mais de cela on n’en parle pas) dériverait de la constatation que simplement ce n’est pas le moment de parler. Mais alors quand faudrait-il parler sur la crise dans l’Eglise, sinon aujourd’hui alors que la maison brûle même sur la question de la famille qui jusqu’à présent n’avait pas été ouvertement attaquée? Nous l’avions dit à l’époque et nous le répétons aujourd’hui encore, accepter un Supérieur imposé et non élu par sa Société, accepter un état plus ou moins permanent de mise sous Commissaire est la voie suivie par tous les Instituts (que l’on pense aussi aux Franciscains de l’Immaculée) qui ensuite se sont rendus sur tout et ont déposé toute critique sur le nouveau courant ecclésial. Les Statuts de 2006 pourraient même se maintenir (sur le papier), mais s’ils demeurent seulement parce que - comme le dit un prêtre de l’IBP de Bordeaux - la Communauté Saint Grégoire le Grand résiste et que  Disputationes Theologicae parlerait du dernier acte d’une longue trahison et s’ils ne demeurent pas par conviction profonde et en vue d’une action conséquente, à quoi serviraient-ils? Ne serait-il  pas mieux alors de fusionner avec la Fraternité Saint Pierre, plus sérieuse et solide dans l’organisation, à la limite en s’accordant pour éviter quelques récents excès œcuméniques, mais en partageant ensemble le rite tridentin et la ligne du silence?

En conclusion pour nos lecteurs et surtout pour ceux qui nous ont demandé de commenter ces événements, nous pensons que quatre ans après l’article cité en ouverture et auquel nous vous renvoyons, ce que nous avons appelé la “troisième voie” (La nécessité théologique et ecclésiale d’une «troisième voie»: ni spirale “schismatique” ni conformisme “rallié” (I) - (II)) apparait plus que jamais nécessaire. Les résultats de la première (le servilisme “rallié”) et de la deuxième (la spirale “schismatique”), ou encore pire de l’amalgame schizophrène des deux sont sous les yeux de tout le monde. Ex fructibus eorum cognoscetis eos. C’est pour cela que nous avons voulu relater des exemples concrets et récents, résultats naturels des choix faits en amont. Les menaces - plus ou moins canoniquement présentables - que nous recevons pour ce genre de publications, ne nous ont pas fait peur dans le passé et ne le feront pas maintenant; nous répondons à ces menaces que la bataille se conduit sur un terrain qui n’est pas celui des intimidations. Et c’est aussi pour cela que, malgré les indéniables difficultés et les inévitables limites des “vases d’argile”, le message principal que nous voudrions transmettre consiste principalement à chercher de témoigner qu’une résistance ecclésiale au nouveau courant est possible. Il suffit de le vouloir, avec la grâce de Dieu et vos prières pour notre résistance.

Don Stefano Carusi
Abbé Louis-Numa Julien
Abbé Jean-Pierre Gaillard
Kl. Lukasz Zaruski