24 mai 2018

[FSSPX Actualités] Mort du cardinal Dario Castrillón Hoyos

SOURCE - FSSPX Actualités - 24 mai 2018

Le cardinal Dario Castrillón Hoyos s'est éteint à Rome le 18 mai 2018. Appelé au service du Saint-Siège en 1996, le prélat s’est peu à peu imposé comme l’interlocuteur privilégié entre le Vatican et la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X, de 2000 à 2009.

D'abord préfet de la Congrégation pour le clergé, puis président de de la Commission pontificale Ecclesia Dei, le cardinal a joué un rôle majeur dans le changement d'attitude du Vatican à l'égard de la liturgie traditionnelle.

A l'issue du pèlerinage romain de la Fraternité Saint-Pie X en 2000, il avait reçu les évêques consacrés par Mgr Marcel Lefebvre en 1988, mettant fin à douze années d'ostracisme.

Deux ans plus tard, Mgr Hoyos était le premier cardinal de l'Eglise à célébrer solennellement la liturgie traditionnelle en la basilique Libérienne, faisant fi de la réticence d'une bonne partie de ses confrères.

Dans le même temps, alors que de nombreux évêques continuaient à faire pleuvoir des proscriptions arbitraires sur l'œuvre de Mgr Lefebvre, il expliquait que l'acte des sacres de 1988 ne constituait pas un schisme et que la Fraternité se trouvait « à l'intérieur de l’Eglise », déplorant cependant « le fait qu'il manque une pleine, une plus parfaite communion, parce que la communion existe »...

Le cardinal Hoyos a également joué un rôle non négligeable aux côtés de Benoît XVI dans la promulgation du Motu proprio Summorum pontificum en 2007, et dans le cadre de la levée des sanctions injustes contre les évêques de la Fraternité deux ans plus tard, n'hésitant pas à prendre la défense de cette dernière face à des médias déchaînés.

Le cardinal aurait souhaité qu’une solution canonique fût trouvée pour la Fraternité. Mais cela ne fut jamais rendu possible, une réelle volonté de recevoir l’œuvre de Mgr Lefebvre telle qu’elle est faisant toujours défaut. Car ce n'est pas en retranchant quoi que ce soit à sa mission de défense de la Tradition - en lui imposant, par exemple, de reconnaître des erreurs doctrinales ou la légitimité du nouveau rite -, que la Fraternité pourra œuvrer à la restauration de l'Eglise.

Néanmoins, il serait injuste de ne pas exercer la vertu de gratitude pour les actes posés par le prélat colombien. Ceux-ci furent courageux, alors qu'ils rencontraient l'hostilité des progressistes et des ennemis les plus acharnés de l'Eglise.

Requiescat in pace.

23 mai 2018

[Abbé Claude Barthe - L'Homme Nouveau] Célibat sacerdotal en péril: à Chartres, le cardinal Sarah est monté au créneau

SOURCE - Abbé Claude Barthe - L'Homme Nouveau - 23 mai 2018

On sait qu’une assemblée spéciale du Synode des évêques va se réunir, en octobre 2019, pour l’Amazonie, et qu’elle traitera de l’ordination d’hommes mariés pour répondre aux « nécessités pastorales » locales. De plus, le cardinal Stella, Préfet de la Congrégation pour le Clergé, personnage majeur de la Curie du Pape François, a confirmé, dans un entretien publié dans Tutti gli uomini di Francesco « Tous les hommes de François », de Fabio Marchese Ragona: (San Paolo, 2018), que le Saint-Siège est bien en train d’étudier la possibilité de « l'ordination d’hommes mariés pour un sacerdoce à temps partiel ». Le Cardinal Stella a en outre précisé que l'abolition de la règle du célibat pour les candidats à l’ordination ne concernerait pas seulement l’Amazonie, mais aussi « quelques îles du Pacifique, et pas seulement ».
   
Cette atteinte gravissime à la structure spirituelle du sacerdoce dans l’Eglise latine a été relayée au Canada, par une discussion exploratoire des évêques du Québec, en Allemagne, au Mexique (région du Chiapas), au Brésil, en Afrique du Sud.
   
Dans ce contexte, le cardinal Sarah a consacré un passage de son homélie prononcée, dans la cathédrale de Chartres, le 21 mai, lors de la messe conclusive du Pèlerinage de « Notre-Dame de Chrétienté », à la défense du célibat sacerdotal :
« Chers frères prêtres, gardez toujours cette certitude : être avec le Christ sur la Croix, c'est cela que le célibat sacerdotal proclame au monde ! Le projet, de nouveau émis par certains, de détacher le célibat du sacerdoce en conférant le sacrement de l’Ordre à des hommes mariés (les viri probati) pour, disent-ils, "des raisons ou des nécessités pastorales", aura pour graves conséquences, en réalité, de rompre définitivement avec la Tradition apostolique. Nous allons fabriquer un sacerdoce à notre taille humaine, mais nous ne perpétuons pas, nous ne prolongeons pas le sacerdoce du Christ, obéissant, pauvre et chaste. En effet, le prêtre n’est pas seulement un alter Christus, mais il est vraiment ipse Christus, il est le Christ lui-même ! Et c'est pour cela qu'à la suite du Christ et de l’Église, le prêtre sera toujours un signe de contradiction ! » 

[FSSPX Actualités] Ordinations diaconales à Zaitzkofen

SOURCE - FSSPX Actualités - 23 mai 2018

La vigile de la Pentecôte est traditionnellement consacrée aux ordinations diaconales au séminaire de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X de Zaitzkofen, en Allemagne.

Cette année n’a pas dérogé à la règle, car le 19 mai 2018, Mgr Bernard Tissier de Mallerais a donné trois nouveaux diacres à l’Eglise, lors d’une belle journée ensoleillée.

Les trois clercs majeurs vont désormais se préparer, dans la prière et l’étude, à gravir les ultimes marches qui doivent les mener au sacerdoce.

22 mai 2018

[Pascal Simon - Le Courrier de l'Ouest] Pentecôte. 12 000 pèlerins, dont 2000 de l’Ouest, entre Paris et Chartres

SOURCE - Pascal Simon - Le Courrier de l'Ouest - 19 mai 2018

Près de 12000 pèlerins sont attendus au 36e pèlerinage de Pentecôte, du samedi 19 au lundi 21 mai 2018, entre Notre-Dame de Paris et Notre-Dame de Chartres. Dont 2000 pèlerins de Bretagne, Normandie des Pays de la Loire et du Centre-Ouest. Organisé par l’association Notre-Dame de Chrétienté, ce pèlerinage attaché à la messe traditionnelle en latin attire de plus en plus de familles et de jeunes catholiques. La messe de clôture, lundi, sera présidée par le cardinal Robert Sarah.
L’événement
Par son organisation, son ampleur, sa durée et le nombre de croyants qui vont marcher cent kilomètres en trois jours, c’est probablement le pèlerinage catholique le plus impressionnant aujourd’hui en France.

Du samedi 19 au lundi 21 mai 2018, près de 12 000 personnes sont attendues pour la 36e édition du pèlerinage de Pentecôte entre les cathédrales Notre-Dame-de-Paris et Notre-Dame de Chartres.
Un millier d’inscriptions en plus
"Nous avons dépassé les 10 000 inscrits dès mercredi, c’est surtout le samedi qu’il y a des "ouvriers de la dernière heure", ainsi que le dimanche et lundi, explique Hervé Rolland, délégué général de Notre-Dame de Chrétienté, l’association organisatrice de ce pèlerinage de Pentecôte. Nous tablons sur 1000 à 1500 personnes en plus, soit un chiffre global qui devrait être en légère progression d’environ 5 % par rapport à 2017".

Dans les rangs, il y aura près de 2000 pèlerins du grand ouest. "Nous comptons déjà 350 pèlerins pour les huit chapitres bretons", expliquait il y a quelques jours Arnaud Dulac, responsable de la coordination des équipes d’organisation pour la Bretagne.

Ailleurs dans le grand ouest, le pèlerinage compte déjà 500 inscriptions dans la grande région Centre, dont 146 de la Sarthe, près de 350 Normands et plus de 730 personnes inscrites dans les chapitres de la région Ouest (Vendée, Loire-Atlantique, Maine-et-Loire et Mayenne).

"Chaque pèlerin doit s’inscrire dans un chapitre, celui de son choix. Mais il n’y a pas d’inscription isolée", précise Arnaud Dulac. Ce pèlerinage se veut accessible à tous. "Il y a des chapitres adaptés aux familles avec enfants, ou aux personnes handicapées".

Le pèlerinage de Chartres rayonne aussi à l’international, des chapitres étrangers sont donc prévus (Etats-Unis, Grande-Bretagne, Pologne, Canada, Espagne…), notamment un pour les Chrétiens d’Orient. A noter aussi un chapitre "Anges gardiens" regroupant des catholiques qui ne peuvent pas physiquement participer au pèlerinage mais vont le soutenir et l’accompagner par la prière. 3000 personnes, dont des religieux et religieuses, sont inscrits.
Plus de 800 bénévoles dans l’organisation
Une organisation millimétrée exigée par l’ampleur de ce rendez-vous qui mobilise une considérable équipe de bénévoles. "Ils sont un peu plus de 800", confirme Hervé Rolland. Sécurité et balisage du parcours, logistique, montage et démontage des bivouacs, acheminements des repas… C’est une véritable fourmilière qui s’active autour des milliers de pèlerins.

"C’est un travail de préparation qui commence dès l’automne. Après chaque édition, on laisse passer l’été et on s’y remet", ajoute Arnaud Dulac qui a fait son premier "pélé" de Chartres à 17 ans, il y a déjà trois décennies…
Une démarche de foi
Au-delà de l’organisation matérielle, ce pèlerinage de Pentecôte est avant tout une démarche de foi entamée depuis plusieurs semaines, voire depuis l’automne, par une préparation spirituelle dans chacun des 250 chapitres.

Organisé par l’association Notre-Dame de Chrétienté, ce pèlerinage attaché à la forme extraordinaire du rite romain (c’est-à-dire la messe traditionnelle en latin) a cette année pour thème général "Saint-Joseph, père et serviteur".

"Pendant le pèlerinage, la messe est célébrée dans la forme extraordinaire du rite romain. Mais il n’est pour autant pas réservé aux seuls pèlerins attachés à la messe traditionnelle, précise Arnaud Dulac, responsable pour la région Bretagne et fidèle de la chapelle Saint-François, à Rennes. Il n’y a pas d’exclusivité, il n’y a rien à prouver. Le pélé de Chartres est ouvert à tous les catholiques. On n’est pas pèlerin tout seul. Il y a un grand esprit de fraternité".
Le cardinal Robert Sarah dès dimanche soir
Les pèlerins qui participent aux trois jours ont rendez-vous dès 6 h, ce samedi matin à Notre-Dame de Paris, pour le chargement de leurs sacs puis la messe. La relique du cœur de Padre Pio (prêtre italien canonisé en 2002 à qui l’Eglise attribue la reconnaissance de l’apparition des stigmates du Christ) sera d’ailleurs à Notre-Dame de Paris.

Des temps de prière et de catéchèse sont prévus durant toute la durée du pèlerinage. Au total, 150 prêtres, dont une cinquantaine de prêtres diocésains, participeront à cette marche. Certains "s’éclipsant" le samedi soir pour retourner célébrer la messe du dimanche matin dans leur chapelle ou paroisse, avant de rejoindre à nouveau les pèlerins.

La messe de clôture, lundi, à la cathédrale de Chartres, sera présidée par le cardinal guinéen Robert Sarah, préfet de la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements. Il rejoindra les pèlerins au bivouac dès le dimanche soir pour une nuit d’adoration de Saint-Sacrement.

Chaque année, des trains sont spécialement affrétés pour ramener des centaines de pèlerins vers Paris. Le conflit social à la SNCF a t-il perturbé les équipes de l’association Notre-Dame de Chrétienté ?

"La grève SNCF ne concerne, a priori, que le samedi. Il y a eu plusieurs solutions : départ avancé (ce qui suppose de placer le chapitre complet chez des amis en Ile-de-France (de 50 à 80 personnes : il faut beaucoup d’amis !…) ou bien départ en car, ou solutions hybrides, explique Hervé Rolland, délégué général. En revanche, au vu de la croissance des effectifs, nous aurons trois trains de retour, au lieu de deux, le lundi, depuis Chartres".

Des péripéties le plus souvent surmontées qui font partie aussi de la "légende" du pèlerinage Paris-Chartres, véritable super-marathon spirituel et physique. "C’est une démarche de pénitence, chaque pèlerin se dépouille de son confort pendant ces trois jours. Mais ce n’est pas un exploit physique, estime Arnaud Dulac. On chemine vers Chartres comme on chemine vers le Ciel…"

[Le Salon Beige] Cardinal Sarah : combattez toute loi contre nature que l’on voudrait vous imposer, opposez-vous à toute loi contre la vie et contre la famille (Pèlerinage de Chartres)

SOURCE - Le Salon Beige - 22 mai 2018

Voici le texte de l'homélie du cardinal Sarah, prononcée hier à Chartres :

Chers pèlerins de Chartres,

La Lumière est venue dans le monde nous dit aujourd’hui Jésus dans l’Evangile, et les hommes ont préféré les ténèbres. Et vous, chers pèlerins, avez-vous accueilli l’unique Lumière qui ne trompe pas, celle de Dieu. Vous avez marché pendant trois jours, vous avez prié, chanté, souffert sous le soleil et sous la pluie, avez-vous accueilli la lumière dans votre cœur ? 

Avez-vous réellement renoncé aux Ténèbres, avez-vous choisi de poursuivre la route en suivant Jésus qui est la Lumière du monde. Chers amis, permettez-moi de vous poser cette question radicale car si Dieu n’est pas notre Lumière, tout le reste devient inutile. Sans Dieu, tout est ténèbres. Dieu est venu jusqu’à nous, il s’est fait homme, il nous a révélé l’unie vérité qui sauve, il est mort pour nous racheter du péché. Et à la Pentecôte, il nous a donné l’Esprit saint, il nous a offert la lumière de la foi mais nous préférons les ténèbres.

Regardons autour de nous, la société occidentale a choisi de s’organiser sans Dieu et la voilà maintenant livrée aux lumières clinquantes et trompeuses de la société de consommation, du profit à tout prix, et de l’individualisme forcené. Un monde sans Dieu est un monde de ténèbres, de mensonges et d’égoïsme. 

Sans la Lumière de Dieu, la société occidentale est devenue comme un bateau ivre dans la nuit. Il n’a plus assez d’amour pour accueillir des enfants, les protéger dès le sein de leur mère, de les protéger de l’agression de la pornographie. Privée de la lumière de Dieu, la société occidentale ne sait plus respecter ses vieillards, accompagner vers la mort les malades, faire une place aux plus pauvres et aux plus faibles. Elle est livrée aux ténèbres de la peur, de la tristesse et de l’isolement. Elle n’a plus que le vide et le néant à offrir.

Elle laisse proliférer les idéologies les plus folles. Une société occidentale sans Dieu peut devenir le berceau d’un terrorisme éthique et moral plus virulent et plus destructeur que le terrorisme des islamistes. Souvenez-vous que Jésus nous a dit : « ne craignez rien de ceux qui tuent le corps, mais ne peuvent tuer l’âme. Craignez plutôt ceux qui peuvent perdre dans la géhenne à la fois l’âme et le corps ».

Chers amis, pardonnez-moi cette description mais il faut être lucide et réaliste. Si je vous parle ainsi c’est parce que dans mon cœur de prêtre et de pasteur, je ressens de la compassion pour tant d’âmes égarées, perdues, tristes, inquiètes et seules.

Qui les conduira à la Lumière ? Qui leur montrera le chemin de la Vérité, le seul vrai chemin de liberté qui est celui de la Croix ? Va-t-on les livrer à l’erreur, au nihilisme désespéré ou à l’islamisme agressif sans rien faire ?

Nous devons clamer au monde que notre espérance a un nom : Jésus Christ, unique sauveur du monde et de l’humanité.

Chers pèlerins de France, regardez cette cathédrale, vos ancêtres l’ont construite pour proclamer leur foi. Tout dans son architecture, sa structure, ses vitraux proclame la joie d’être sauvés et aimés par Dieu. Vos ancêtres n’étaient pas parfaits, ils n’étaient pas sans péchés mais ils voulaient laisser la lumière de la foi éclairer leurs ténèbres.

Aujourd’hui aussi, toi peuple de France, réveille-toi, choisis la Lumière, renonce aux ténèbres !

Comment faire ? L’Evangile nous répond : celui qui agit selon la Vérité vient à la Lumière. Laissons la lumière du saint esprit illuminer nos vies concrètement, simplement et jusque dans les régions les plus intimes de notre être profond. Agir selon la vérité, c’est tout d’abord mettre Dieu au centre de nos vies comme la croix est le centre de cette cathédrale.

Mes frères, choisissons de nous tourner vers lui chaque jour.

En cet instant, prenons l’engagement de prendre chaque jour quelques minutes de silence pour nous tourner vers dieu et lui dire : Seigneur, règne en moi, je te donne toute ma vie.

Chers pèlerins, sans silence il n’y a pas de lumière. Les ténèbres se nourrissent du bruit incessant de ce monde qui nous empêche de nous tourner vers Dieu. Prenons exemple sur la liturgie de la messe de ce jour. Elle nous porte à l’adoration, à la crainte filiale et amoureuse devant la grandeur de Dieu. Elle culmine à la consécration ou tous ensemble tournés vers l’autel, le regard diriges vers l’hostie, vers la croix, nous communions en silence, dans le recueillement et l’adoration. 

Frères, aimons ces liturgies qui nous font goûter la présence silencieuse et transcendante de Dieu, et nous tournent vers le Seigneur.

Chers frères prêtres, je vais m’adresser à vous maintenant, spécialement. 

Le saint sacrifice de la messe est le lieu où vous trouverez la lumière pour votre ministère. Le monde que nous vivons nous sollicite sans cesse. Nous sommes constamment en mouvement. Le danger serait grand de nous prendre pour des travailleurs sociaux. Nous ne porterons plus au monde la Lumière de Dieu mais notre propre lumière que n’est pas celle qu’attendent les hommes. 

Sachons nous tourner vers Dieu, dans une célébration liturgique recueillie, pleine de respect, de silence et empreinte de sacralité. N’inventons rien dans la liturgie, recevons tout de Dieu et de l’Eglise. Ne cherchons pas le spectacle ou la réussite. 

La liturgie nous l’apprend, être prêtre, ce n’est pas d’abord faire beaucoup.

C’est être avec le Seigneur sur la Croix. La liturgie est le lieu où l’homme rencontre Dieu face à face. C’est le moment le plus sublime ou Dieu nous apprend à reproduire en nous l’image de son fils Jésus-Christ afin qu’il soit l’aîné d’une multitude. Elle n’est pas, ne doit pas être une occasion de déchirement, de lutte et de dispute.

Dans la forme ordinaire du rit romain comme dans la forme extraordinaire, l’essentiel est de nous tourner vers la croix, vers le Christ, notre Orient, notre tout, notre unique horizon. Que ce soit dans la forme ordinaire ou dans la forme extraordinaire, sachons toujours célébrer, comme en ce jour, selon ce qu’enseigne le Concile Vatican II, avec une noble simplicité, sans surcharge inutile, sans esthétique factice et théâtrale mais avec le sens du sacré, le souci premier de la gloire de Dieu et avec un véritable esprit de fils de l’Eglise d’aujourd’hui et de toujours.

Chers frères prêtres, gardez toujours cette certitude : être avec le Christ sur la Croix, c’est cela que le célibat sacerdotal proclame au monde. Le projet de nouveau émis par certains de détacher le célibat du sacerdoce en conférant le sacrement de l’ordre à des hommes mariés, les viri probati, pour disent-ils des raisons ou des nécessités pastorales aura en réalité pour grave conséquence de rompre définitivement avec la tradition apostolique. 

Nous allons fabriquer un sacerdoce à notre taille humaine mais nous ne perpétuons pas, nous ne prolongeons pas le sacerdoce du Christ, obéissant, pauvre et chaste. Car en effet, le prêtre n’est pas seulement un alter christus, un autre christ. Il est vraiment ipse christus, le Christ lui-même. Et c’est pour cela qu’à la suite du Christ et de l’Eglise, le prêtre sera toujours un signe de contradiction.

Et vous chers chrétiens, laïcs engagés dans la vie de la cité, je veux dire avec force, n’ayez pas peur. N’ayez pas peur de porter à ce monde la Lumière du Christ. Votre premier témoignage doit être votre propre vie, votre propre exemple de vie. Ne cachez pas la source de votre espérance, au contraire, proclamez, témoignez, évangélisez, l’Eglise a besoin de vous. Rappelez à tous que seul le Christ crucifié révèle le sens authentique de la Liberté.

A vous chers parents, je vais adresser un message tout particulier. Être père et mère de famille, dans le monde d’aujourd’hui est une aventure difficile, pleine de souffrances, d’obstacles et de soucis. L’Eglise vous dit merci. Oui, merci pour le don généreux de vous-mêmes. Ayez le courage d’élever vos enfants à la Lumière du Christ. Il vous faudra parfois lutter contre le vent dominant, supporter le mépris et les moqueries du monde mais nous ne sommes pas ici pour plaire au monde. Nous proclamons nous un Christ crucifié, scandale pour les juifs et folie pour les païens. 

N’ayez pas peur, ne renoncez pas. L’Eglise, par la voix des papes, tout spécialement depuis l’encyclique Humanae vitae, vous confie une mission prophétique. Témoignez devant tous de votre confiance joyeuse en Dieu qui nous a fait gardiens intelligents de l’ordre naturel. Vous annoncez ce que Jésus nous a révélé par sa vie. Chers pères et mères de famille, l’Eglise vous aime, aimez l’Eglise. Aimez votre mère.

A vous enfin, je vais m’adresser. Vous les plus jeunes qui êtes ici nombreux. Je vous prie d’écouter d’abord un ancien qui a plus d’autorité que moi. Il s’agit de l’évangéliste saint jean. Au-delà de l’exemple de sa vie, Saint Jean a également laissé un message écrit aux jeunes. Dans sa première lettre, nous lisons ces paroles émouvantes d’un ancien aux jeunes des églises qu’il avait fondées. Ecoutez cette voix forte d’un vieillard : « je vous l’ai écrit, à vous les plus jeunes, vous êtes forts, la parole de Dieu demeure en vous, vous avez vaincu le mauvais. N’aimez pas le monde, ni ce qui est dans le monde ». 

Le monde que nous ne devons pas aimer, commente le père Cantalamessa dans son homélie du vendredi saint, et auquel nous ne devons pas nous conformer, n’est pas – nous le savons bien - le monde créé et aimé par Dieu. Ce ne sont pas les personnes du monde vers lesquelles au contraire nous devons toujours aller, surtout le plus pauvres et les plus faibles pour les aimer et les servir humblement.

Non. Le monde à ne pas aimer est un autre monde. C’est le monde tel qu’il est devenu sous la domination de Satan et du péché. C’est le monde des idéologies qui nient la nature humaine et détruisent les familles. C’est le monde des structures onusiennes qui imposent impérativement une nouvelle éthique mondiale à laquelle nous devrions tous nous soumettre. Mais un grand écrivain croyant britannique du siècle dernier, T.S.Eliot, a écrit trois versets qui en disent davantage que des livres entiers. « Dans le monde des fugitifs, celui qui prend la direction opposée aura l’air d’un déserteur. »

Chers jeunes, s’il est permis à un ancien comme l’était Saint Jean de s’adresser directement à vous, je vous exhorte moi aussi et je vous dis : vous avez vaincu le mauvais, combattez toute loi contre nature que l’on voudrait vous imposer, opposez-vous à toute loi contre la vie et contre la famille, soyez de ceux qui prennent la direction opposée. Osez aller à contre-courant. Pour nous chrétiens, la direction opposée n’est pas un lieu, c’est une personne, c’est Jésus Christ, notre ami et notre rédempteur. 

Une tâche vous ait particulièrement confiée à vous, les jeunes : sauver l’amour humain de la dérive tragique dans laquelle il est tombé. L’amour qui n’est plus le don de soi-même mais seulement la possession de l’autre, une possession souvent violente et tyrannique. Sur la Croix, Dieu s’est fait homme et nous a révélé qu’Il est agapè, c’est-à-dire l’Amour qui se donne jusqu’à la mort. Aimer vraiment, c’est mourir pour l’autre comme ce jeune gendarme, le colonel Arnaud Beltrame.

Chers jeunes, vous éprouvez souvent, sans doute, dans votre âme, la lutte des ténèbres et de la Lumière, vous êtes parfois séduits par les plaisirs faciles de ce monde. De tout mon cœur de prêtre, je vous le dis : n’hésitez pas, Jésus vous donnera tout. En le suivant pour être des saints, vous ne perdrez rien, vous gagnerez la seule joie qui ne déçoit jamais. Chers jeunes, si aujourd’hui le Christ vous appelle à le suivre comme prêtre, comme religieux ou religieuse, n’hésitez pas, dites-lui fiat, un oui enthousiaste et sans condition. Dieu veut avoir besoin de vous. Quelle joie. Quelle grâce.

L’occident a été évangélisé par les saints et les martyrs. Vous, jeunes d’aujourd’hui, vous serez les saints et les martyrs que les nations attendent pour une nouvelle évangélisation. Vos patries ont soif du Christ, ne les décevez pas. L’Eglise vous fait confiance. Je prie pour que nombreux parmi vous répondent, aujourd’hui durant cette messe, à l’appel de Dieu à la suivre, à tout laisser pour Lui, pour sa Lumière. Quand Dieu appelle, il est radical. Il nous appelle tout entiers, jusqu’au don total, jusqu’au martyre du corps ou du cœur.

Cher peuple de France, ce sont les monastères qui ont fait la civilisation de ton pays. Ce sont les personnes, les hommes et les femmes, qui ont accepté de suivre Jésus jusqu’au bout, radicalement, qui ont construit l’Europe chrétienne. Parce qu’ils ont cherché Dieu seul, ils ont construit une civilisation belle et paisible comme cette cathédrale.

Peuple de France, peuples d’occident, vous ne trouverez la paix et la joie qu’en ne cherchant Dieu seul. Retournez à vos racines, retournez à la source, retournez au monastère. Oui, vous tous, osez aller passer quelques jours dans un monastère. Dans ce monde de tumultes, de laideur, de tristesse, les monastères sont des oasis de beauté et de joie. Vous y ferez l’expérience qu’il est possible de mettre concrètement Dieu au centre de toute sa vie, vous y ferez l’expérience de la seule joie qui ne passe pas.

Chers pèlerins, renonçons aux ténèbres, choisissons la Lumière, demandons à la Très Sainte Vierge Marie de savoir dire fiat, c’est-à-dire oui, pleinement comme elle, de savoir accueillir la lumière de l’Esprit Saint, comme elle. En ce jour où grâce à la sollicitude du Saint Père le pape François, nous fêtons Marie mère de l’Eglise, demandons à cette mère très sainte d’avoir un cœur comme le sien, un cœur qui ne refuse rien à Dieu, un cœur brûlant d’amour pour la gloire de Dieu, ardent à annoncer aux Hommes la bonne nouvelle, un cœur généreux, un cœur large comme le cœur de Marie, aux dimensions de l’Eglise, aux dimensions du cœur de Jésus.

[Disputationes Theologicae] La guerre juste doit être combattue. Même par chacun d'entre nous

Giovanni di Paolo, Sainte Catherine
de Sienne à la Cour Pontifical
d'Avignon n'abandonne
pas la “guerre” pour
le “juste jugement”.
SOURCE - Disputationes Theologicae - 30 avril 2018

L'importance de la vertu de force
Sur la guerre juste Saint Thomas d'Aquin a écrit des mots incisifs qui sont une indication particulièrement actuelle pour les chefs d’États, mais aussi une suggestion morale pour chacun d'entre nous, surtout lorsqu'il s'agit de ne pas sous-évaluer l'exercice que nous devons faire de la vertu de force. En effet, un christianisme “doucereux” a fait souvent oublier que dans certains cas il y a un vrai devoir d'entrer en guerre lorsque est en jeu le bien de la patrie, mais aussi lorsqu'il est nécessaire de rétablir la justice, et cela - dit Saint Thomas - même en prenant des risques pour soi-même. Nous publierons de brefs articles sur des thèmes politiques qui nous touchent de près sur le plan naturel et surnaturel mais aussi sur le plan international, ecclésial et personnel.
Faire la guerre (même dans le sens le plus large du terme) n'est pas un péché
Saint Thomas commence son discours sur la guerre en affirmant qu'il existe une opinion selon laquelle faire la guerre ou dans un sens plus large s'opposer avec la force ou résister aux abus serait toujours un péché. Il rapporte la pensée de Saint Augustin qui avait déjà dû dissiper des doutes sur ce sujet en rappelant que dans l’Évangile on ne trouve aucune interdiction aux militaires d'exercer leur métier1.

Cependant, souligne l'Aquinate, il faut que la guerre soit juste et une telle justesse dérive au moins de trois caractéristiques. Dans les guerres qui regardent les royaumes il n'est pas permis à tout le monde de déclarer la guerre, mais cela doit être une décision prise par l'autorité, c'est-à-dire par le prince légitime qui a parmi ses attributions celle de conduire l'action guerrière. En effet, un homme privé, pour un éventuel rétablissement de la justice, dans des conditions ordinaires, recourt au jugement du supérieur et n'a pas la faculté de déclarer une guerre. La sauvegarde de la tranquillité de l'ordre revient en soi au prince; il déclare la guerre à celui qui trouble l'ordre tant de l'intérieur que de l'extérieur (un cas à part est celui de l'autorité qui va contre le bien commun, sujet sur lequel nous reviendrons). C'est pour ce motif que le prince porte une épée, pour défendre la justice et pour être ce « vindex » dont parle Saint Paul (Rom 13,4). « Vengeur » est à prendre ici dans le sens le plus classique du terme c'est-à-dire dans le sens de « venger la colère divine », synonyme de « rétablir la justice ». Ce « vindex » est donc le protecteur du pauvre qu'il doit sauvegarder des exactions des iniques. En plus d'être une action du prince, la guerre juste doit avoir une caractéristique fondamentale la « causa justa », c'est-à-dire que celui auquel on déclare la guerre le mérite. C'est pour cela que Saint Augustin dit qu'on a l'habitude de définir comme guerres justes celles qui vengent l'injustice commise par une société qui refuse de réparer et persiste dans la prévarication. Troisièmement, la guerre juste doit être accompagnée de la droite intention de celui qui combat, c'est-à-dire que le but doit être la promotion du bien et l'extirpation du mal ou du moins le freiner, pour réprimer les méchants et soulager les bons. Cependant, il ne suffit pas que le prince légitime défende une cause juste parce que - toujours selon Saint Augustin - une telle guerre serait illicite si l'intention était par exemple le désir de nuire, la cruauté dans l'exercice de la vengeance, un tempérament implacable, la férocité dans la conduite de la guerre ou la soif de pouvoir2.

Mais comment concilier alors ce que l'on vient de dire avec le commandement divin de ne pas restituer le mal pour le mal ? Le Saint Évêque d'Hippone dit que quand on est obligé de conduire une guerre, une disposition générale de l'âme à la douceur et au renoncement à se défendre est nécessaire pour être fidèle à l’Évangile. Mais cela pourrait se dire aussi au sujet d'une résistance à actuer aux formes les plus diverses. Toutefois, à un certain moment l'intervention de la force devient nécessaire surtout si le bien commun ou le bien de ceux contre lesquels on combat est en jeu. Ici émerge un autre aspect trop souvent oublié, c'est-à-dire le devoir d'aimer le prochain jusqu'au point de lui déclarer la guerre. Pour son bien. Cela peut être un geste d'amour que de lui enlever la liberté de faire le mal impunément et surtout lui soustraire son bonheur tranquille de malfaiteur, qui renforce la crânerie des impunis et leur mauvaise volonté. En paraphrasant Saint Augustin on pourrait ajouter qu'en plus de combattre pour le bien commun, on combat cet ennemi intérieur qui lutte à l'intérieur de notre ennemi3. Et cela pour son véritable bien. Telle est la charité qui doit animer l'action de s'opposer - même par l'épée si nécessaire - à l'injustice. Cependant, rappelle Saint Augustin à Boniface, il faut toujours tenir présent que le but de la guerre est la paix : « la paix n'est pas recherchée pour faire la guerre, mais la guerre se conduit pour obtenir la paix. Aies donc toujours l'âme pacifique lorsque tu guerroies, afin qu'en gagnant tu puisses conduire au bien de la paix ceux que tu auras soumis »4.
L'importance de s'exposer soi-même dans la guerre juste
Dans un lieu parallèle Saint Thomas rappelle que certaines guerres sont à faire et que, suivant son état, dans certains cas il n'y a pas d'excuses qui valent. S'il y a un bien important à poursuivre il faut aller jusqu'au bout, en exerçant précisément la vertu de force, qui nous fait aller même à l'encontre de la mort ou du moins nous rend prêt à la risquer. Sa propre vie mais aussi - notamment dans les guerres que l'on fait sans armes - d'autres biens comme l'aisance ou la réputation doivent être mis au service de la cause du bien. Ce qui signifie que l'homme doit être prêt à aller même à l'encontre de la mort dans la défense du bien commun par la guerre juste5. Ici Saint Thomas fait un ajout, en donnant une indication à chacun d'entre nous sur le devoir de combattre même si nous ne sommes pas des soldats chargés de défendre le sol de la patrie, mais de simples militants dans la guerre pour le triomphe de la foi attaquée ou de la justice naturelle piétinée. Il y a en effet deux types de guerres justes, le premier est appelé général lorsque l'on combat dans les rangs de l'armée et le second est appelé particulier c'est-à-dire celui qui peut concerner les personnes privées, chacun d'entre nous. Cela se vérifie lorsqu'un homme ne s'écarte pas du juste jugement (« non recedit a justo judicio »)6,qu'il reste ferme dans le choix juste, sans trembler devant le danger de mort ou de n'importe quelles autres menaces. La vertu de force exige en effet une fermeté d'âme contre les intimidations et les dangers même mortels, non seulement dans une éventuelle guerre officiellement déclarée par l'autorité mais aussi dans notre “guerre particulière”, qui à juste titre peut être dite guerre comme l'écrit le Docteur commun7. Même la défense d'un jugement objectivement juste peut - et parfois doit - aller jusqu'à la guerre. Non seulement parce qu'il peut y avoir le devoir pour le bien commun d’exercer la vertu de force en rétablissant la vérité, mais aussi pour ne pas commettre un péché contre l'intelligence, en soumettant cette grande vertu à la tranquillité de sa petite vie et de son propre intérêt personnel.

La Rédaction de Disputationes Theologicae 
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1 S. Thomas d’Aquin, S. Th., IIª-IIae q. 40 a. 1 s. c.

2 Ibidem, c.

3 Ibidem, ad 2. “Ad secundum dicendum quod huiusmodi praecepta, sicut Augustinus dicit, in libro de Serm. Dom. in monte, semper sunt servanda in praeparatione animi, ut scilicet semper homo sit paratus non resistere vel non se defendere si opus fuerit. Sed quandoque est aliter agendum propter commune bonum, et etiam illorum cum quibus pugnatur. Unde Augustinus dicit, in Epist. ad Marcellinum, agenda sunt multa etiam cum invitis benigna quadam asperitate plectendis. Nam cui licentia iniquitatis eripitur, utiliter vincitur, quoniam nihil est infelicius felicitate peccantium, qua poenalis nutritur impunitas, et mala voluntas, velut hostis interior, roboratur”.

4 Ibidem, ad 3. “Ad tertium dicendum quod etiam illi qui iusta bella gerunt pacem intendunt. Et ita paci non contrariantur nisi malae, quam dominus non venit mittere in terram, ut dicitur Matth. X. Unde Augustinus dicit, ad Bonifacium, non quaeritur pax ut bellum exerceatur, sed bellum geritur ut pax acquiratur. Esto ergo bellando pacificus, ut eos quos expugnas ad pacis utilitatem vincendo perducas”.

5 Ibidem, IIª-IIae, q. 123 a. 5 c. “Sed pericula mortis quae est in bellicis directe imminent homini propter aliquod bonum, inquantum scilicet defendit bonum commune per iustum bellum”.

6 Ibidem, “Potest autem aliquod esse iustum bellum dupliciter. Uno modo, generale, sicut cum aliqui decertant in acie. Alio modo, particulare, puta cum aliquis iudex, vel etiam privata persona, non recedit a iusto iudicio timore gladii imminentis vel cuiuscumque periculi, etiam si sit mortiferum”.

7 Ibidem, “sed etiam quae imminent in particulari impugnatione, quae communi nomine bellum dici potest”.

[Mgr Williamson - Initiative St Marcel] Voeux «Pieux» – II

SOURCE - Mgr Williamson - Initiative St Marcel - 19 mai 2018

Le monde ne peut rien en problèmes d’Église.
Il n’y a que la Foi qui surmonte la crise.

Il est une chose certaine : entre la Tradition catholique et le Concile Vatican II, la réconciliation est impossible. Croire pourtant qu’on puisse les concilier est tentant, car les textes des 16 documents du Concile énoncent bien sûr un certain nombre de vérités catholiques. Mais l’esprit du Concile oriente tout vers une nouvelle religion centrée sur l’homme, et puisque c’est l’esprit qui a inspiré la lettre de ces documents, même les vérités catholiques qu’ils contiennent sont tributaires de ce « renouveau » conciliaire et en font forcément partie. Assurément, les modernistes ont profité des vérités catholiques et de la hiérarchie, mais uniquement comme un cheval de Troie pour dissimuler leurs hérésies et pour faire passer leur poison libéral. Si bien que même les vérités catholiques, contenues dans les documents conciliaires, sont empoisonnées. Déjà Mgr Lefebvre, en 1990, en avait pris conscience : il avait déclaré que Vatican II était infecté à 100% par le subjectivisme. A contrario, Mgr Fellay déclarait en 2001 que les documents de Vatican II étaient acceptables à 95%.

Certes, on est tenté de prétendre que la tradition catholique et Vatican II sont conciliables. Car cette opinion supprime tout tiraillement entre la soumission à l’Autorité Catholique d’une part et la fidélité à la Vérité catholique d’autre part. Comme l’a dit Mgr Lefebvre, depuis le Concile les catholiques sont forcés ou bien d’obéir aux Papes conciliaires et d’abandonner ainsi la Tradition catholique, ou bien de s’accrocher à la Tradition et de “désobéir” aux Papes. D’où la tentation, pour sortir de ce dilemme, de prétendre que de façon ou d’autre la Tradition et le Concile sont conciliables. Mais la réalité est tout autre. Le fait majeur régissant maintenant toute la vie de l’Église, c’est que le Concile et la Tradition sont en fait incompatibles ; et il en sera ainsi jusqu’à ce que l’autorité de l’Église revienne à la vérité catholique de toujours.

Cependant, pour Mgr Fellay, Supérieur Général de la FSSPX, la Tradition Catholique peut se marier avec la Rome conciliaire. Depuis qu’il a approuvé dans les années 1990 les pourparlers du GREC visant à la réconciliation, il s’acharne à réunir la Tradition et le Concile. Son problème ? C’est qu’il n’arrive pas à comprendre que le modernisme conserve certaines apparences catholiques, comme un cheval de Troie destiné à tromper les âmes catholiques. Or, sous le faux-semblant catholique, il n’existe plus aucun cheval catholique. Mais Mgr Fellay croit que le faux cheval possède toutes les qualités d’un vrai cheval, si bien que, selon lui, si seulement la FSSPX s’y dévoue, il peut devenir un authentique cheval catholique. Hélas, il n’y a que trop de Traditionalistes qui ont cru bon suivre ce feu follet de rallier la Rome conciliaire. Les Romains, quant à eux, ne se sont jamais laissés tromper – ils se sont finement accommodés à cette politique, en faisant des concessions apparentes à la Fraternité et à la Tradition, en autorisant par exemple les confessions, les ordinations et les mariages, et en faisant croire à Mgr Fellay, à plusieurs reprises, qu’une reconnaissance canonique était imminente. Mgr Fellay n’a-t-il pas déclaré une fois qu’il ne manquait plus à l’accord que « le coup de tampon » ? Par contre les autorités vaticanes ne s’y méprennent pas : la Tradition catholique est inconciliable avec leur Concile, donc chaque fois qu’elles ont conduit Mgr Fellay au bord de l’accord, elles ont insisté pour que la Fraternité se soumette au Concile.

Ce faisant, après chaque « concession » acceptée par Mgr Fellay au nom de la Fraternité, les Romains l’ont enfoncé dans leur piège, en sorte qu’il lui est devenu toujours plus difficile de faire marche arrière. Car avec chaque « concession », l’accord avec Rome est devenu davantage une réalité dans la pratique, même sans le « coup de tampon », et en retenant celui-ci les Romains se sont joués de Mgr Fellay comme un pêcheur se joue d’un poisson : comment pourrait-il maintenant se défaire des « concessions » accordées, et admettre que sa politique de 20 ans n’a été qu’une erreur ? Et pourtant ! C’est depuis le début qu’il fait fausse route. N’ayant pas la foi de Mgr Lefebvre, il a pris le problème de l’Église pour un problème de la Fraternité, et pour en sortir il a préféré mettre sa confiance dans une politique purement humaine. Mais bien sûr, avec leurs 2000 ans d’expérience politique, ce sont les Romains qui ont été les plus habiles en politique. Voici comment ils peuvent lui parler maintenant – “Excellence, cessez de jouer avec nous. Voilà des années que nous vous faisons toutes sortes de concessions, pendant que vous n’en faites aucune” (ce serait un gros mensonge, puisque toute “concession” conciliaire acceptée est de fait une concession faite à Rome). “Donc avant juillet, ou bien vous acceptez le Concile, ou bien nous vous excommunions, et vos 20 ans de Supériorat sont en ruines. Au choix !”

Sans doute les Romains s’exprimeraient-ils de manière moins grossière pour mettre le Supérieur Général au pied du mur, mais à qui la faute ? C’est lui qui n’aurait jamais dû se mettre à genoux devant une autorité sans foi ni loi. Dans le cas de l’Église catholique, l’Autorité sans la Foi, c’est une Autorité sans autorité.

Kyrie eleison.

[Riposte Catholique] Une édition positive pour le pèlerinage Chartres-Paris

SOURCE - Riposte Catholique - 22 mai 2018

Moins nombreux que ceux du Pèlerinage Paris-Chartres, ils étaient tout de même 6000 à marcher vers Paris. Le Pèlerinage de Tradition s’est aussi déroulé dans un climat de ferveur, mais aussi d’attention de la part de l’extérieur. Après avoir quitté Chartres, les pèlerins ont marché dans les Yvelines pour enfin sillonner les rues de Paris.

À titre anecdotique, lors de la messe célébrée le dimanche de Pentecôte, le plus âgé des célébrants est né en 1984: il est ainsi venu au monde après la mise en place des pèlerinages traditionnels. Il existe donc tout une jeunesse qui n’a pas connu les circonstances climatériques des années 1980, notamment lors de la fameuse année 1988. Il y a surtout une génération de prêtres et de fidèles nés ou ayant vécu dans le sillage des du pèlerinage unique (c’était le cas jusqu’en 1988), puis des deux pèlerinages. Les fruits ont été importants.

Il faut aussi noter certains discours et signes. Alors que dans l’autre pèlerinage, le cardinal Sarah a été extrêmement tonique, délivrant un message ferme, Mgr Fellay a, lui aussi, fait preuve de hauteur. Dans son sermon du dimanche de Pentecôte, le supérieur de la Fraternité Saint-Pie X a souligné le rôle du Saint-Esprit dans l’Église et mis en garde contre les risques de zèle amer dans les circonstances ecclésiales actuelles. C’est un appel à prendre de la hauteur dans la situation présente.

Dans la perspective d’une réconciliation à terme avec Rome – au-delà même de la question de la personnalité de telle pape -, une telle démarche présente tout son intérêt, notamment en raison d’une augmentation significative des effectifs de l’autre pèlerinage. On pourrait donc penser qu’à terme deux pèlerinages ne seront pas de trop entre Paris et Chartres à cause de l’inévitable question de la “ventilation” des pèlerins du Paris-Chartres qui a rassemblé 15 000 personnes. Cette question finira par se poser un jour ou l’autre.

[Paix Liturgique] «Silence et primat de Dieu dans la Sainte Liturgie» (2)

SOURCE - Paix Liturgique - lettre 645 - 22 mai 2018

La Liturgie est sacrée
Ce lundi de Pentecôte 2018, le cardinal Sarah a célébré la traditionnelle messe finale du pèlerinage de Pentecôte en la cathédrale de Chartres, en présence d’une foule considérable, plus importante que jamais. Tandis que le pape François constatait devant les évêques italiens l’hémorragie des vocations dans la Péninsule, le Cardinal a particulièrement insisté auprès des jeunes qu’il avait devant lui sur l’appel du Seigneur à une vie sacerdotale et religieuse. Son sermon est facilement accessible en ligne, par exemple ici.  
Pour notre part, nous vous proposons la partie centrale de la conférence donnée à Rome le 14 septembre 2017 par le Préfet du Culte divin lors du dixième anniversaire de l’entrée en vigueur du motu proprio de Benoît XVI. Riche de pépites, ce texte montre aussi que la défense du célibat sacerdotal que le Cardinal a faite à Chartres ce week-end, face à ceux qui s'activent pour conférer le sacrement de l’Ordre à des hommes mariés, est parfaitement dans la ligne de ce qu'il disait à Rome au sujet du caractère sacré et retiré du monde, tout en y restant plongés, des prêtres, des religieux et des religieuses.
« Silence et primat de Dieu dans la Sainte Liturgie » (2)

Conférence du cardinal Robert Sarah, Préfet de la Congrégation pour le Culte Divin et la Discipline des Sacrements, lors du Cinquième Colloque Summorum Pontificum. Université Pontificale Saint Thomas d’Aquin, Rome. 14 septembre 2017.

Le cardinal Sarah célébrant la forme
ordinaire orientée en 2016 à Londres.
Le principe de réserver, c’est-à-dire de mettre à part certaines réalités créées destinées au culte de Dieu Tout-Puissant, est quelque chose que le Seigneur Dieu Lui-même n’a cessé d’exiger de nos ancêtres, les Hébreux. Cette pratique a été opportunément adoptée par l’Eglise des premiers siècles, dès qu’elle a pu bénéficier de la liberté de célébrer un culte public. Nous utilisons le mot « consacré », qui vient du verbe latin sacrare - il signifie : rendre saint ou dédier exclusivement à un service particulier - pour désigner les personnes, les lieux et les choses, qui sont mis à part pour le culte de Dieu Tout-Puissant.
     
Après que les biens de la création de Dieu ont été consacrés, ils ne sont plus disponibles pour un usage ordinaire ou profane ; ils appartiennent exclusivement à Dieu. Ceci est vrai pour les religieux et les religieuses, en particulier les moines et les moniales, les diacres, les prêtres et les évêques, et cet état est ou devrait se refléter sur leurs habits et leurs comportements, même quand ils ne sont pas en train d’exercer un ministère ou un service dans le cadre de la Sainte Liturgie. Cela est vrai aussi pour les divers objets, grands ou petits, qui sont utilisés pour le culte liturgique. L’un des trésors de l’usus antiquior est le corpus très vaste des bénédictions et des consécrations des choses destinées à l’usage liturgique, qui sont insérées dans le Rituale Romanum et dans le Pontificale Romanum. Combien il est émouvant d’assister à la résurgence d’une coutume qui consiste, de la part de ceux qui sont sur le point d’être ordonnés prêtres, de demander à l’évêque de consacrer, avant leur ordination, le calice et la patène, dont ils se serviront tout au long de leur ministère sacerdotal ! Quelle belle expression de foi et d’amour que cette offrande généreuse de ces nouveaux objets destinés au culte de Dieu Tout-Puissant, et qui sont remis au prêtre pour recevoir la bénédiction de l’Eglise avant leur utilisation !
     
Ces rites et ces coutumes, petits et trop souvent oubliés, nous enseignent d’une manière éloquente que l’ensemble de la liturgie est une réalité essentiellement sacrée, et donc distincte de notre manière d’agir ordinaire et quotidienne. En effet, comme l’enseigne le Concile Vatican II, ces différents éléments nous rappellent que, dans la Sainte Liturgie c’est Dieu qui agit, et non pas nous (cf. Sacrosanctum Concilium, 7, cité ci-dessus). Au cœur de la Sainte Liturgie, c’est Lui qui nous bénit et nous comble de sa grâce, la source de notre salut. Selon le Concile Vatican II : « Toute célébration liturgique, en tant qu’œuvre du Christ Prêtre et de son Corps qui est l’Église, est l’action sacrée par excellence dont nulle autre action de l’Église ne peut atteindre l’efficacité au même titre et au même degré »1. « Ainsi, quand une célébration correspond à ce qu’elle doit être essentiellement, c’est-à-dire « un culte public intégral » et « une action sacrée par excellence » (SC, n. 7), elle ne peut que manifester et promouvoir l’adoration de Dieu Un et Trine, elle resplendit dans la majesté des gestes et des signes, elle manifeste qu’elle n’est pas une simple action humaine, mais « l’œuvre du Christ Prêtre et de Son Corps, qui est l’Eglise » (SC, 7), elle éduque l’homme à la vraie vie, qui est fondamentalement une vie ordonnée à Dieu (ordo ad Deum). Ce Primat de l’Absolu, de l’Eternel, ne peut surgir que de l’humble prise de conscience, de la part des prêtres et des laïcs, que la liturgie n’est pas le lieu de la créativité ou de l’adaptation, mais le lieu du « déjà donné », où le passé, le présent et l’avenir se rejoignent en un instant qui est réellement atemporel »2.
     
Avant la théophanie du buisson ardent, le Seigneur dit à Moïse : « N’approche pas d’ici ! Retire les sandales de tes pieds, car le lieu où tu te tiens est une terre sainte ! » (Ex 3, 5). Le même commandement s’applique encore plus aujourd’hui à la théophanie permanente de Dieu fait homme pour notre salut, qui s’accomplit partout dans le monde quand la Sainte Liturgie est célébrée avec fidélité, selon les normes établies par l’Eglise. Mais, par rapport au buisson ardent, on peut noter une différence importante : nous sommes invités à nous « approcher », nous sommes invités au saint Festin du Sacrifice du Corps et du Sang du Seigneur. Cette invitation sans précédent ne devrait pas susciter de notre part une familiarité excessive ! Une profonde humilité et stupeur devant Dieu sont requises, si nous voulons participer de façon fructueuse au vivifiant Festin des Noces de l’Agneau, Lui qui est la source de vie (cf. Ap 19, 9)3.
     
Cependant, cette invitation devrait nous rendre plus généreux. En réponse à l’invitation aux Noces de l’Agneau, nous sommes appelés à offrir au Seigneur rien d’autres que nos prémices (cf. Pr 3, 9), autant matérielles que spirituelles. Nous pouvons contribuer, selon les moyens et les talents reçus de Dieu, à la matière de la liturgie. Mais nous n’oublions jamais l’enseignement des Béatitudes, à savoir que nous devons d’abord être réconciliés et libérés de tout ressentiment par Dieu avant de présenter nos offrandes à l’autel (cf. Mt 5, 24). En effet, toutes nos offrandes extérieures, y compris celles que nous offrons au cours d’un service liturgique, devraient refléter notre relation intérieure avec le Seigneur. Elles devraient provenir humblement du « sacrifice qui plaît à Dieu », d’« un cœur brisé et broyé », comme chante le psalmiste (cf. Ps 50 [51], 19). Autrement, on court le risque d’un ritualisme vide, et même d’une forme de « matérialisme liturgique » ou de pharisaïsme. Ce que nous offrons à Dieu dans la Sainte Liturgie, ce que nous faisons dans le cadre du culte public dans son Eglise, doit être le meilleur possible, mais tout doit être offert en pleine harmonie avec notre vie chrétienne et notre mission, de telle façon que nos actions liturgiques et extérieures soient imprégnées d’intégrité, qui est elle-même quelque chose de saint, de sacré, qui chante la gloire du Dieu vivant et qui agit aujourd’hui dans son Eglise.
Notre réponse au contact avec le sacré : le silence et la stupeur 
Dans le livre de l’Apocalypse, nous lisons que, lorsque l’Agneau ouvrit le septième et dernier sceau du livre en forme de rouleau, « il y eut dans le ciel un silence d’environ une demi-heure » (Ap 8, 1). Pourquoi ce silence consécutif au bouleversement cosmique qui a accompagné l’ouverture du sixième sceau ? Les spécialistes nous disent qu’il s’agit du silence de l’attente, de l’anticipation du Jugement implacable de Dieu pour tant de personnes qui ont souffert le martyre tout au long de l’histoire chrétienne. C’est le silence de la stupeur, de l’adoration, en la présence silencieuse du Dieu Tout-Puissant, qui est là et qui s’apprête à agir. 

Quand nous rencontrons le sacré, quand nous sommes face à face avec Dieu, nous devenons naturellement silencieux, et nous nous mettons à genoux dans un geste d’adoration. Nous nous agenouillons humblement pris par la stupeur, et en signe de soumission devant notre Créateur. Nous nous mettons à l’écoute de sa Parole, nous accueillons son action salvifique, avec vénération, avant même de la recevoir effectivement dans la liturgie. Il y a des dispositions fondamentales pour entrer en contact avec la Sainte Liturgie. Si je suis plein de moi-même et des bruits du monde, c’est qu’il n’y a aucune place en moi pour le silence. Si l’orgueil humain règne dans mon cœur, de telle sorte que c’est seulement devant ma personne que je suis frappé de stupeur, alors il me sera presque impossible de rendre un culte au Dieu Tout-Puissant, d’écouter sa Parole ou de permettre à cette Parole de prendre racine dans ma vie. Comme l’affirme Romano Guardini : « Si quelqu’un me demandait où commence la vie liturgique, je lui répondrais : par l’apprentissage du silence, sans le silence, tout manque de sérieux et reste vain. Mais qu’est-ce que le silence ? Le silence est le calme de la vie intérieure. Il est la profondeur du courant caché. Il est présence recueillie, ouverte et disponible. Seul le silence peut édifier ce qui va porter la célébration sacrée, à savoir la communauté liturgique, et créer l’espace où cette célébration va s’accomplir : l’Eglise. On peut donc dire sans exagérer que faire silence est le premier acte du service sacré. Mais maintenant, allons un peu plus loin. Le silence, si on le considère sous un autre aspect, implique une relation étroite avec l’acte de parler et avec la parole elle-même. La parole ne prend son importance et sa puissance propres que lorsqu’elle sort du silence. Mais la réciproque est également vraie ici : pour que le silence ait sa fécondité et sa puissance réalisatrice, il faut que la parole s’exprime dans une parole communiquée. Le silence et la parole vont ensemble. L’un suppose l’autre. Même si la liturgie consiste pour une grande part en paroles dites par Dieu ou adressées à Dieu, il faut toujours s’exercer au silence d’où jaillira une parole consistante, régénératrice et bannir le bruit de toute célébration liturgique. En effet, le bruit assassine la liturgie. Le bruit tue la prière. Il nous arrache et nous exile loin de nous-mêmes et de Dieu, qui parle « non point dans l’orage et le tremblement de terre dont la force et violence fendaient les montagnes et brisaient les rochers, mais dans la voix d’un silence subtil (cf. 1 R 19, 12). L’importance du silence pour la célébration sacrée ne peut pas être surestimée, qu’il s’agisse du silence qui la prépare ou de celui qui doit se produire au cours de la célébration. Le silence ouvre la source intérieure d’où jaillit la parole qui se fait prière, louange et adoration silencieuse »4. 

Le silence est donc la clef : le silence de la vraie humilité face à mon Créateur et Rédempteur, qui chasse l’orgueil perfide et ferme les portes à la clameur du monde. Les exigences de ma vocation peuvent réclamer de ma part beaucoup d’activités, et même des moyens, jusqu’à ce que je sois de jour en jour noyé dans les bruits du monde. Les dons que le Dieu Tout-Puissant m’a accordés pourraient signifier que je doive recevoir un juste éloge pour ce que je suis parvenu à réaliser pour le servir. Même dans ces circonstances, il est impossible de demeurer dans le silence d’une vraie humilité en présence de Dieu. De fait, si je désire rendre un culte à Dieu et non à moi-même, et encore moins à quelqu’un d’autre, une telle attitude de silence est absolument nécessaire. 

Nos rites liturgiques eux-mêmes, en tant que réalisation et célébration des réalités les plus sacrées de l’Eglise, que nous rencontrons dans cette vie, doivent eux aussi être imprégnés de ce silence et de cette stupeur que Dieu suscite. Je fais davantage référence à la consistance du numineux, de la transcendance qui impose des moments spécifiques de silence, qui peuvent parfois être artificiels. C’est ainsi que je peux être silencieux dans mon cœur, mon esprit et mon corps, et être en même temps saisi de stupeur face à Dieu présent dans la Sainte Liturgie, à condition toutefois que celle-ci soit célébrée d’une manière aussi parfaite que possible, et avec cette diversité des rites qui la rend si facile. En cela, les célébrations solennelles de la Sainte Messe dans l’usus antiquior est un excellent paradigme, parce que ses différents niveaux au contenu si riche, ainsi que les points de connexion que l’action du Christ nous offre, nous permettent de parvenir à ce silence du cœur, de l’esprit et du corps. Il s’agit certainement d’un trésor qui pourrait enrichir certaines célébrations de l’usus recentior, qui sont parfois trop horizontales et bruyantes. 

De même, les ministres de la liturgie doivent aborder les rites liturgiques qu’ils célèbrent avec les mêmes dispositions de stupeur, de respect et de silence. Nous devons être humbles et manifester un profond respect à l’égard de la Sainte Liturgie telle que nous l’avons reçue de l’Eglise. Le Concile Vatican II dit avec insistance que, hormis les autorités dûment instituées, « absolument personne d’autre, même prêtre, ne peut, de son propre chef, ajouter, enlever ou changer quoi que ce soit dans la liturgie »5. Il ne nous appartient pas de réécrire les livres liturgiques, mus par notre propre orgueil ou celui des autres, qui pensent pouvoir faire mieux que l’Eglise. Il est malheureux qu’une telle tentation puisse exister, aussi bien parmi ceux qui se servent des anciens livres liturgiques que ceux qui utilisent les livres récents. Les pratiques liturgiques non autorisées sont comme des notes discordantes dans la symphonie des rites de l’Eglise, et elles produisent des sons confus qui troublent les âmes. Ce n’est pas de la créativité, et encore moins une vraie pastorale. Non : seule une fidélité fondée sur l’humilité, la stupeur et le silence du cœur, de l’esprit et de l’âme, dans le respect des rites de l’Eglise, est requise de chacun de nous. Ne permettons pas que le péché d’orgueil liturgique s’enracine dans nos âmes ! 

Quand le prophète Élie fut appelé pour rencontrer le Seigneur sur le Mont Horeb, « il y eut un ouragan, si fort et si violent qu’il fendait les montagnes et brisait les rochers, mais le Seigneur n’était pas dans l’ouragan ; et après l’ouragan, il y eut un tremblement de terre, mais le Seigneur n’était pas dans le tremblement de terre ; et après ce tremblement de terre, un feu, mais le Seigneur n’était pas dans ce feu ; et après ce feu, le murmure d’une brise légère » (1 R 19, 11-12). Et c’est dans ce murmure de la brise légère que Elie rencontra le Seigneur. Chers frères et sœurs, il est impératif que nous prêtions l’oreille à cette voix suave qui nous parle avec calme, sérénité et amour dans la Sainte Liturgie de l’Eglise ; c’est pourquoi, nous devons faire preuve de cette humilité, de ce silence et de cette stupeur révérentielle à l’égard de Dieu, qui nous rend capable d’écouter la Parole de Dieu et d’en vivre d’une manière plus fructueuse.
Le silence du cœur, de l’esprit et de l’âme, clef de la participation authentique à la liturgie 
Le silence du cœur, de l’esprit et de l’âme : n’est-ce pas là la clef qui permet d’atteindre ce que désiraient le mouvement liturgique du XX siècle et les Pères du Concile Vatican II, c’est-à-dire la participation pleine, consciente et effective à la Sainte Liturgie ?6 De fait, comment puis-je vraiment participer fructueusement aux Saints Mystères si mon cœur, mon esprit et mon âme sont obstrués par le péché, couverts par le tumulte du monde, et appesantis par toutes ces choses qui ne proviennent pas de Dieu ? 

Chacun de nous a besoin d’un espace intérieur pour accueillir le Seigneur qui accomplit son œuvre de salut dans les rites de Sa Sainte Eglise. Dans le monde moderne, cela requiert un effort de notre part. En premier lieu, je dois purifier mon âme, ou mieux, laisser que Dieu Tout-Puissant la purifie par le sacrement de Pénitence célébré fréquemment, intégralement et en toute humilité. Tant que le péché règne dans mon cœur, je ne peux pas espérer penser profondément à « la source première et indispensable à laquelle les fidèles doivent puiser un esprit vraiment chrétien »7. 

En second lieu, je dois m’efforcer - d’une manière ou d’une autre - de mettre de côté, même temporairement, le monde et ses constantes sollicitations. Je ne peux pas participer pleinement et fructueusement à la Sainte Liturgie si j’ai la tête ailleurs. Tous, nous bénéficions des progrès de la technologie moderne, mais les multiples moyens technologiques (peut-être même sont-ils trop nombreux ?), dont nous dépendons, peuvent exercer sur nous leur domination par un flux constant de communication et de questionnements qui exigent des réponses immédiates. Si nous voulons célébrer la liturgie correctement, nous devons laisser tous ces appareils derrière nous. Peut-être est-il très pratique et facile de prier le bréviaire avec son téléphone portable ou son « ipad », mais ce n’est pas digne, car cela a pour conséquence de désacraliser la prière. En effet, ces appareils ne sont pas des instruments consacrés et réservés à Dieu, mais nous les utilisons autant pour Dieu que pour les choses profanes ! Les moyens électroniques doivent être éteints, ou mieux encore, quand nous venons pour le culte divin, nous devons les laisser à la maison. Dans de précédentes interventions, j’ai dit qu’il est inacceptable de prendre des photographies pendant les célébrations de la Sainte Liturgie ; c’est particulièrement un scandale quand ce sont des clercs, revêtus des ornements, qui agissent de cette manière, alors qu’ils sont en plein service liturgique8. Nous ne pouvons pas centrer notre attention sur Dieu, si nous sommes occupés à autre chose ou à manipuler des machines. Nous ne pouvons pas écouter Dieu qui nous parle, si nous sommes occupés à communiquer avec quelqu’un d’autre, ou si nous nous comportons comme un photographe. 

De même, nous ne pouvons pas écouter la voix de Dieu, ou nous préparer attentivement à l’entendre, si, dans l’église, nos frères et sœurs sont, eux aussi, à la fois distraits et occupés à faire du bruit. Telle est la raison pour laquelle le silence et le calme sont si importants dans nos églises avant, pendant et après les célébrations liturgiques. Comment pouvons-nous espérer fixer intérieurement notre attention sur Dieu si, dans nos églises, il ne règne que distraction, agitation et bruit ? En faisant cette réflexion, je ne désire absolument pas exclure la juste place de l’orgue ou d’autres musiques qui peuvent favoriser la prière silencieuse et la contemplation, et couvrir le bruit accidentellement produit par les gens qui arrivent, etc… pourtant, l’orgue doit se taire et n’intervenir que de façon judicieuse et respectueuse du silence et du recueillement de l’assemblée en dialogue intime avec son Dieu. Mais je pense vraiment que nous avons besoin de faire un effort pour que nos églises, en particulier la sacristie et le sanctuaire, ne soient pas transformées en des lieux de bavardages, où on se prépare à célébrer la Liturgie à la hâte, de manière superficielle et à la dernière minute, ou simplement en des espaces réservés aux relations sociales. Ils doivent plutôt être des lieux privilégiés qui nous permettent de fixer notre attention sur le Mystère que nous sommes sur le point de célébrer. Il est toujours loisible de fréquenter les autres et de leur parler à l’issue de la célébration, dans un autre endroit, quel qu’il soit, et, c’est justement ainsi que nous devrions nous comporter. Un silence empreint de piété, autant dans l’église que dans la sacristie, devrait constituer en soi une école de la participatio actuosa conduisant tous ceux qui y entrent à ce silence du cœur, de l’esprit et de l’âme indispensables pour accueillir ce que le Dieu Tout-Puissant veut nous offrir par l’intermédiaire de la Sainte Liturgie. S’il est vraiment nécessaire de faire quelques annonces dans l’église, on devrait agir avec déférence et respect en tenant compte du lieu où l’on se trouve, et de l’action que l’on est en train d’accomplir. En dehors de l’homélie, des monitions ou brefs commentaires qui introduisent les lectures bibliques, il faut absolument bannir tout autre discours durant la Sainte Liturgie. 

Quand je me prépare à monter à l’autel de Dieu, avant que je n’arrive, je dois laisser de côté mes préoccupations, quelles que soient leur gravité et leur caractère mondain. Une telle disposition intérieure est avant tout un acte de foi dans le pouvoir et la grâce de Dieu. Il peut arriver que je sois totalement épuisé et distrait à cause des tâches que je dois accomplir dans le monde. Il se peut aussi que je me préoccupe sérieusement de mon avenir, ou que je me fasse du souci pour quelqu’un d’autre. De même, je peux profondément souffrir dans l’intime de mon cœur à cause d’une tentation ou d’un doute, ou être blessé par le mal ou quelque injustice commise contre moi-même ou contre des frères et sœurs dans la foi. Bien entendu, il est juste que je supporte avec persévérance ces différents soucis et tracas, car ils constituent une part importante de ma vocation chrétienne. Mais, quand je suis sur le point de célébrer la Sainte Liturgie, je dois déposer toutes ces choses, dans la foi, aux pieds de la croix, et les laisser à cet endroit. Dieu connaît les épreuves que je dois supporter. Il sait mieux que moi combien il m’en coûte de les porter. Dans le silence que j’accepte d’accueillir dans mon âme en déposant mes propres préoccupations aux pieds du Seigneur, Celui-ci désire me transmettre Son amour au moyen des rites que je me prépare à célébrer. Il désire me renouveler, et même me recréer, de telle sorte que je puisse accomplir ce qu’exige ma vocation chrétienne avec une force renouvelée et une vigueur pleinement évangélique. 

Une participation pleine, consciente et active à la Sainte Liturgie est fondée sur notre capacité à participer, sur notre réceptivité, et sur notre accueil de ce que Dieu Tout-Puissant désire nous donner. Notre réceptivité dépend de notre docilité, du silence du cœur, de l’esprit et de l’âme. Dans les lieux où nous célébrons les rites de l’Eglise, nous ne pouvons personnellement atteindre de tels objectifs qu’au prix de nombreux efforts et d’une grande discipline tant de notre part, individuellement, que de la part des pasteurs et des curés. Si nous ne consentons pas à un tel effort, le désir du Concile Vatican II concernant la participatio actuosa risque de connaître une réelle frustration. En revanche, si nous respectons le silence, si nous mettons humblement nos cœurs, nos esprits et nos âmes en syntonie avec l’agir du Seigneur dans la Sainte Liturgie, notre rencontre avec Lui sera marquée par une intimité qui ne peut que porter des fruits pour notre vie chrétienne et notre mission dans le monde.

(à suivre)
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1) Sacrosanctum Concilium, 7. 
2) Don Marino Neri, dans Corrispondenza Romana, juillet-août 2107. 
3) Puis l’ange me dit : « Écris : Heureux les invités au repas des noces de l’Agneau ! » Il ajouta : « Ce sont les paroles véritables de Dieu ». Alors, je me jetai à ses pieds pour me prosterner devant lui. 
4) Cf. Romano Guardini, La Messe, Éditions du Cerf, Paris, 1957, pp. 20-25. 
5) Sacrosanctum Concilium, 22 § 3. 
6) Sacrosanctum Concilium, 14. 
7) Ibidem. 
8) SARAH Card. Robert, « Vers une application authentique de Sacrosanctum Concilium », Londres, 5 juillet 2016.

20 mai 2018

[FSSPX Actualités] Pèlerinage de Pentecôte 2018: Mgr Bernard Fellay à Villepreux

SOURCE - FSSPX Actualités - 20 mai 2018

En ce dimanche de Pentecôte, à Villepreux, dans la lumière rasante de la fin de journée, Mgr Bernard Fellay, Supérieur général de la Fratenité Saint-Pie X, a célébré la messe pontificale pour les pèlerins qui se rendent de Chartres à Paris.

Arrivé samedi après-midi, Mgr Fellay a marché une dizaine de kilomètres en remontant la colonne des pèlerins. Ce dimanche, avant la messe, il a accompagné les marcheurs de Paris et il a confié à FSSPX.Actualités combien il était frappé par la générosité des pèlerins qui, malgré une fatigue bien sensible, avaient encore la charité de s’entraider en portant les sacs les uns des autres.

Au cours du sermon, Mgr Fellay a rappelé le rôle essentiel du Saint-Esprit dans l’Eglise. Malgré les malheurs présents et les temps difficiles que nous traversons, il faut se garder de tout zèle amer. Au contraire, tout catholique fidèle saura garder la foi dans l’Eglise, et pour rien au monde vouloir la quitter ou l'abandonner. Car le Saint-Esprit œuvre au cœur de l’Eglise.

Mgr Fellay a ensuite insisté sur l’action du Saint-Esprit dans l'âme de chacun d’entre nous. Sa mission est de faire de nos âmes des enfants de Dieu, c’est-à-dire de nous transformer en Jésus. Non pas de l’extérieur mais de l’intérieur. Le Christ doit transparaître en chacun de nous. Comme le dit saint Paul, que ce ne soit plus nous qui vivions mais Jésus-Christ qui vive en chacun de nous (Ga. 2, 20). L’ascèse chrétienne est nécessaire pour laisser Jésus-Christ vivre en nous, pour nous aider renoncer à notre volonté propre, à nos caprices pour accomplir la volonté de Dieu.

«Voilà l’Eglise», a terminé l'évêque : c’est vivre avec Jésus, de Jésus, tout notre vie, selon ce que le Christ dit Lui-même: «Vous en moi, moi en vous. Et ainsi vous aussi vous rendrez témoignage de moi».

19 mai 2018

[Jean-Jacques Durré - cathobel.be] Paul VI à Mgr Lefebvre en 1976: «Prenez ma place pour diriger l’Eglise!»

SOURCE - Jean-Jacques Durré - cathobel.be - 17 mai 2018

«Vous avez jugé le pape comme infidèle à la foi… Prenez ma place pour diriger l’Eglise!» Le ton de la conversation entre le pape Paul VI et l’évêque traditionaliste Mgr Marcel Lefebvre (photo) le 11 septembre 1976, est ferme et préfigure déjà le schisme qui surviendra douze ans plus tard en 1988. 
      
Mgr Leonardo Sapienza, régent de la Maison pontificale, a publié en Italie un livre intitulé «La barca di Paolo» (La Barque de Paul). Cet ouvrage contient de nombreux éléments inédits sur la vie du pape Montini et sur les années de l’après-Concile Vatican II.
     
Ainsi, l’auteur s’attache à faire le récit de la rencontre entre Paul VI et Mgr Marcel Lefebvre, fondateur de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X (FSSPX), le 11 septembre 1976 à Castel Gandolfo. Cette conversation d’une demi-heure semble très tendue, voire houleuse, très loin en tout cas de la déférence et de la majesté entourant le pape. Les deux hommes s’accordent sur l’existence d’abus après le concile Vatican II, mais le pape reproche à Mgr Lefebvre son manque d’obéissance. C’est le début d’une longue dispute.
De la désobéissance à l’excommunication
Rappelons qu’en 1970, Mgr Lefebvre fonde à Fribourg en Suisse, la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X (FSSPX) dont le séminaire s’installe ensuite à Ecône. En 1974, il publie un manifeste où il réaffirme les positions anti-libérales et anti-modernistes qu’il avait développées au Concile Vatican II.  Le 6 mai 1975, l’évêque de Lausanne, Genève et Fribourg, Mgr Mamie, retire son autorisation à la FSSPX. Malgré cela, Mgr Lefebvre décide de continuer son action de formation de prêtres, et, en juin 1976, il ordonne treize prêtres sans autorisation. Le 22 juillet 1976, Paul VI frappe Marcel Lefebvre d’une suspens a divinis.
     
Car pour le pape, le problème est avant tout une question d’obéissance au souverain pontife. “La position que vous avez prise est celle d’un antipape. (…) Vous avez jugé le pape comme infidèle à la foi, dont il est le garant suprême. (…) S’il en était ainsi, je devrais démissionner et vous inviter à prendre mon poste pour diriger l’Eglise”, assène Paul VI à l’évêque français, lui demandant s’il réalise “le scandale et le mal qu’il a fait à l’Eglise” selon l’auteur du livre. Dans son ouvrage, Mgr Leonardo Sapienza précise que, de son côté, Mgr Lefebvre reconnaît que ses paroles et ses écrits ont pu être “inappropriés”, mais affirme qu’il ne peut aller à l’encontre de sa conscience. Notamment parce que certains documents conciliaires ne s’accordent pas, selon lui, avec la tradition de l’Eglise. Ce qu’il veut, explique-t-il, c’est avant tout “former des prêtres selon la foi et dans la foi”. Dans certains autres séminaires, dénonce-t-il, se déroulent des “situations inimaginables”. «Tout serait résolu, soutient l’évêque réfractaire, si le pape demandait aux évêques d’autoriser des chapelles où les fidèles pourraient “prier comme avant le Concile». Une demande rejetée par le successeur de Pierre: “Nous sommes une communauté, nous ne pouvons permettre une autonomie de comportement aux différentes parties”.
     
Toutefois, les rapports sont maintenus avec Rome, et une tentative de normalisation de la situation de la FSSPX a lieu le 5 mai 1988, par la signature d’un accord entre le cardinal Ratzinger – le futur pape Benoit XVI – et Mgr Lefebvre, par lequel est reconnu le principe de l’ordination d’un évêque et le maintien de «la discipline spéciale concédée à la Fraternité par une loi particulière». Le lendemain, Mgr Lefebvre revient sur sa signature. Il décide alors, pour assurer sa succession, de consacrer des évêques, même sans l’accord de Rome. Ce qu’il fait, malgré les mises en garde canoniques, le 30 juin 1988. Mgr Lefebvre, assisté de l’évêque émérite de Campos au Brésil, Mgr Antônio de Castro Mayer, sacre quatre évêques: Alfonso de Galarreta, Bernard Fellay (qui deviendra supérieur général de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X) , Bernard Tissier de Mallerais et Richard Williamson (qui sera exclu de la FSSPX pour avoir tenu des propos négationnistes à propos de la Shoah).
     
Ce sacre d’évêques malgré l’interdiction du Vatican, relève de l’excommunication latæ sententiæ, c’est-à-dire que l’individu s’excommunie lui-même, du simple fait de son acte. Toutefois, l’excommunication doit faire l’objet d’une déclaration publique. C’est ce que fait le cardinal Gantin, le 1er juillet 1988 par le décret Dominus Marcellus Lefebvre qui déclare excommuniés Marcel Lefebvre lui-même, Mgr de Castro-Mayer, évêque coconsécrateur, et les quatre nouveaux évêques. Le 2 juillet 1988 par le motu proprio Ecclesia Dei, le pape Jean-Paul II rappelle aux fidèles que nul ne doit ignorer que «l’adhésion formelle au schisme constitue une grave offense à Dieu et comporte l’excommunication prévue par le droit de l’Eglise».
Tentatives de réintégration
L’Eglise est en crise”, affirme par ailleurs Mgr Lefebvre. Toujours selon l’ouvrage du régent de la Maison pontificale, c’est un constat qui est rejoint par Paul VI, lequel affirme en souffrir profondément. Et le pape de reconnaître qu’il existe des abus très nombreux. Cependant, malgré ces abus, poursuit Paul VI, le bien apporté par le Concile est plus grand encore. “Il y a des signes des temps, grâce au Concile, d’une vigoureuse reprise spirituelle parmi les jeunes, une hausse du sens des responsabilités”, assure-t-il. Et le comportement de Mgr Lefebvre contribue et aggrave la grise à cause des “désobéissances solennelles, avec son défi ouvert contre le pape”, écrit Mgr Leonardo Sapienza dans son livre.

Dans la discrétion, des négociations entre le Saint-Siège et la Fraternité en vue de la réintégration de la communauté dans le giron de l’Eglise catholique amènent à la levée de l’excommunication des évêques en janvier 2009 par le pape Benoit XVI, sans que cela signifie le retour à la pleine communion de la FSSPX qui doit reconnaître l’autorité du pape et du Concile Vatican II. Et c’est sur ce point que ça coince. En octobre 2012, face à l’opposition réitérée des trois évêques de la FSSPX à Vatican II, Mgr Gerhard Müller, alors préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi (CDF) envisage de mettre fin aux discussions. Néanmoins, les contacts continuent au sein de la commission pontificale Ecclesia Dei, et, le 13 décembre 2013, Mgr Bernard Fellay, devenu supérieur de la FSSPX, rencontre brièvement le pape François.

Le Vatican poursuit la politique de la «main tendue». Ainsi, le 21 novembre 2016, dans sa lettre apostolique Misericordia et misera clôturant le jubilé de la Miséricorde, le pape François rend licite le sacrement de confession donné par les prêtres de la fraternité «jusqu’à ce que soient prises de nouvelles dispositions». Le 4 avril 2017, il crée des dispositions pour assurer la reconnaissance légale des mariages de la Fraternité.

Reste à voir si un jour, la FSSPX saisira cette main tendue. Pour l’heure, elle refuse toujours de reconnaître le Concile Vatican II et les négociations semblent au point mort.

[lechorepublicain.fr] Pentecôte. C’est le grand chassé-croisé des pèlerins à Chartres

SOURCE - lechorepublicain.fr - 19 mai 2018

Les pèlerinages de la Pentecôte débutent ce samedi matin 19 mai. Les intégristes partent de la cathédrale, direction Paris ; les tradi de la capitale, pour rallier Chartres lundi. Une pratique de plus en plus prisée.
   
Le pèlerinage de la Pentecôte est une tradition bien ancrée chez les catholiques. Les traditionalistes de Notre-Dame de la Chrétienté quittent Notre-Dame de Paris, ce samedi matin 19 mai, pour trois jours de marche. Ils arriveront à Notre-Dame de Chartres, lundi 21 mai, en début d’après-midi. La messe solennelle aura lieu à 15 heures, à la cathédrale.
« 10 % de participants en plus »
Les intégristes de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X (FSSPX) font le chemin inverse. Ils arriveront donc lundi, place Vauban, devant la cathédrale Saint-Louis des Invalides, à Paris (VIIe). Une messe aura lieu avant le départ, dans les jardins de l’Évêché, à 7 h 45.

Au total, plus de 14.500 pèlerins sont attendus au départ. Un nombre en constante augmentation, selon Notre-Dame de la Chrétienté. « On note une hausse du nombre de participants de plus de 10 % par rapport à l’an dernier. On attend plus de 10.000 fidèles », indique Ghislain Frèrejacques, responsable de la communication de Notre-Dame de la Chrétienté. « On ressent cet engouement qu’expriment les gens de vouloir effectuer un pèlerinage, que ce soit pour la première fois ou non. On assiste à un renouvellement des pèlerins. Environ un tiers sont des habitués, un tiers des personnes qui reviennent alors qu’elles avaient arrêté. Les autres sont des néophytes, en majorité des jeunes d’une vingtaine d’années. »
Les 100 ans des apparitions de Fatima
Du côté de la FSSPX, l’engouement n’est pas la même. « Il s’agit d’une année normale. Le nombre d’inscrits est légèrement supérieur à l’an dernier », indique Ghislaine Lacoste, responsable communication de l’association Pèlerinages de tradition.

L’an dernier, de nombreux pèlerins ont préféré se rendre aux 100 ans des apparitions de Fatima, délaissant ainsi le pèlerinage de la Pentecôte. Ghislaine Lacoste précise : « Malgré un nombre d’inscrits stable, nous avons constamment de nouveaux arrivants. Un pèlerin nous a confié vouloir trouver une atmosphère chaleureuse. Beaucoup nous rejoignent pour partager, échanger, créer des liens. C’est bien plus qu’une marche. D’où cet engouement. »

16 mai 2018

[La Porte Latine] Mgr de Galarreta confère le sous-diaconat à frère Cassien du Couvent Saint-François de Morgon

SOURCE - La Porte Latine - 12 mai 2018

Le lundi 7 mai 2018 , en la fête de St Stanislas, évêque et martyr, frère Cassien, O.F.M., qui avait déjà prononcé ses voeux perpétuels le 11 Février 2018 en la fête des apparitions de Notre Dame à Lourdes, a reçu le sous-diaconat des mains de Mgr Alfonso de Galarreta, évêque auxiliaire de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X.

Ce premier ordre majeur, dans la liste de ceux qui mènent à la prêtrise, implique le don total de soi à Dieu par les vœux de chasteté et l'obligation de réciter le bréviaire au nom de l'Eglise. Cette étape rend l‘engagement irréversible, notamment dans le célibat. L'impétrant afin de bien marquer sa volonté la rend publique par le pas en avant qu’il fait à l’invitation de l’évêque.

La cérémonie s'est déroulée ans la crypte du couvent Saint-François. Mgr de Galarreta était assisté du R.P. Antoine de Fleurance, Père Gardien des capucins, en tant que prêtre assistant, et des RR. PP. Jean-Marie et Diego-Joseph en tant que diacres assistants.

Chacun est invité à prier pour la persévérance du nouveau sous-diacre et à se joindre à la Croisaide du Rosaire 2018 pour les vocations lancée par M. l'abbé Christian Bouchacourt, Supérieur du District de France de la FSSPX.

Deo gratias!