28 février 2017

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27 février 2017

[Andrea Tornielli - La Stampa] La Fraternité Saint Pie X, à petits pas vers l'accord

SOURCE - Andrea Tornielli - La Stampa - traduction par aleteia - 27 février 2017

Le Pape a reçu en audience le secrétaire de la Commission Ecclesia Dei. Le Saint-Siège attend que Fellay signe la nouvelle déclaration doctrinale. On parle d'un possible nouveau siège romain.

À petits pas vers un accord. Le chemin se poursuit doucement et devrait aboutir dans quelques mois, au retour de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X, – fondée par Mgr Marcel Lefebvre – dans la pleine communion de l’Église catholique, après la rupture de 1988. Le secrétaire de la Commission pontificale Ecclesia Dei, Mgr Guido Pozzo, a été reçu en audience par le Pape, le 27 février au matin. Depuis quelques jours, des rumeurs font état de la possibilité que la Fraternité achète un bâtiment avec une église adjacente, pour y transférer son siège à Rome. Il est beaucoup question du complexe de Santa Maria Immacolata à l’Esquilin, non loin du Latran.
Des rumeurs ?
Le complexe en question est formé d’une église néogothique construite au début du XXe siècle pour les frères de la charité, et d’un édifice occupé jadis par une école (primaire et cours moyen), et appartenant aujourd’hui à un ordre religieux. Le pape François et la commission Ecclesia Dei, disent ces rumeurs, auraient favorisé cette acquisition. En fait, rien de tout cela : ni la commission Ecclesia Dei ni le vicariat de Rome ne sont impliqués. Les propriétés de l’institut et de l’église de l’Immaculée sont en effet distinctes : cette dernière, où la messe est régulièrement célébrée, a un presbytère et un appartement juste à côté, pour loger le recteur. Les lefebvristes sont intéressés depuis longtemps par l’achat d’une maison à Rome. Mais pour vendre, l’ordre qui est en possession de la structure devra obtenir l’autorisation de vente de la Congrégation pour les Religieux. Et au cas où l’acquisition se faisait, pour pouvoir utiliser l’église, il faudra demander au diocèse de Rome, qui en est propriétaire.

L’accord de toute façon, qui prévoit l’institution d’une prélature personnelle sur le modèle de celle accordée à l’Opus Dei, dans les années 80, n’est ni pour demain ni pour les semaines à venir. Cela fait un an que le Saint-Siège attend que le supérieur de la Fraternité Saint-Pie X, Mgr Bernard Fellay, signe la nouvelle déclaration doctrinale. Étape nécessaire avant de définir une quelconque forme juridique. On s’en souvient, c’est justement sur la déclaration doctrinale qu’avaient échoué les négociations en 2012. Le texte actuel résulte beaucoup plus synthétique que celui de 2012. Comme expliqué par Mgr Pozzo au gré de différentes interviews. Autant le premier document cherchait à régler tout contentieux et à éclaircir chaque point laissé en suspens, autant la nouvelle déclaration se limite à demander aux lefebvristes ce qui est nécessaire pour être catholiques, laissant tout le reste à de futures discussions après la pleine communion.
Le Saint-Siège pas pressé
Concrètement, le nouveau texte propose la «professio fidei», la profession de foi ; l’acceptation de la primauté du Pape et de la collégialité épiscopale exprimée dans la constitution conciliaire « Lumen gentium » ; la définition de la relation entre la tradition et le magistère ; la reconnaissance de la validité des sacrements célébrés avec le rituel suite à la réforme post-conciliaire ; et enfin l’acceptation du Concile Vatican II à la lumière de la tradition de l’Église. En revanche, on n’y parle pas d’oecuménisme, de dialogue avec les autres religions ni de la liberté religieuse, questions sur lesquelles la Fraternité, comme on le sait, continue de manifester beaucoup d’objections et d’opposition par rapport au chemin entrepris par l’Église catholique durant ces cinquante dernières années.

Jusqu’ici Mgr Fellay n’a toujours pas signé le document. Mais le Saint-Siège n’est pas pressé. Il sait que le processus est long et que le supérieur a besoin de temps pour expliquer et faire accepter l’accord au sein de la Fraternité. Ce n’est que lorsque la déclaration doctrinale sera signée et que pourra commencer l’examen des statuts proprement dits, pour arriver à la constitution apostolique qui érigera la nouvelle prélature personnelle, et puis au règlement intérieur qui entrera dans les détails de son organisation. Ce que demandent les lefebvristes, c’est de pouvoir rester eux-mêmes. Et sur ce point, ils ont reçu des assurances à la fois du Pape et de la commission Ecclesia Dei.

Une fois dans la dernière ligne droite, il faudra encore du temps pour impliquer les conférences épiscopales des pays les plus directement touchés par le phénomène. Celles-ci devront être dûment informées du chemin parcouru et de la solution juridique retenue pour atteindre la pleine communion.

[FSSPX - District des USA] Mgr Schneider sur la FSSPX - Relations avec le Vatican

SOURCE - FSSPX - District des USA - 27 février 2017

Le 16 février, le blog traditionnel catholique "Rorate Coeli", en collaboration avec son partenaire le site Adelante la Fe, a publié cette interview avec Son Excellence Athanasius Schneider, évêque auxiliaire de l'archidiocèse de Sainte Marie à Astana. Dirigée par Mauricio Ponce, d'Adelante, l'entrevue porte sur plusieurs sujets d'importance dans l'Église catholique d'aujourd'hui, mais commence par une discussion approfondie sur un accord possible entre la Société de Saint-Pie X et Rome à l'avenir.

Nous sommes reconnaissants à Mgr Schneider de plaider en faveur de la FSSPX et de défendre avec clarté tant de points de la foi et de la morale de l'Église. Nous apprécions en particulier ses déclarations sur Luther, sur le fait de donner la communion aux "divorcés-remariés", et le devoir de résister à l'erreur, même quand elle émane du Souverain Pontife.

Miroir de la Société, l'évêque indique des raisons d'être optimiste, ainsi que des raisons de préoccupation pour la structure d'un accord. Nous fournissons notre analyse et notre réponse à ses points dans le commentaire ci-dessous.
Régularisation
Au sujet de la régularisation de la FSSPX, Mgr Schneider commence par dire qu'il ne faut pas parler d'un «accord» qui suppose des différences sur la foi, mais seulement d'une reconnaissance canonique du Saint-Siège parce que «dans ce cas, il n'y a pas de différence de foi catholique».

L'évêque Schneider connaît bien la Société pour avoir visité deux de ses séminaires dans le passé. Nous sommes honorés par son témoignage fort sur la Société qui «porte des fruits très évidents, visibles et spirituels en édifiant la foi catholique, en transmettant l'intégrité de la foi catholique, de la liturgie et de la vie chrétienne, comme elle a été pratiquée pendant plusieurs siècles».
Reconnaissance du Saint-Siège
"C'est une exigence indispensable, pour toute communauté catholique, pour être catholique, d'avoir aussi un lien canonique et visible avec la Chaire de Pierre, avec le Vicaire du Christ. C'est une exigence fondamentale pour toute œuvre catholique dans l'Église."
Mgr Schneider soutient qu'un «lien canonique» avec le Siège de saint Pierre est une exigence pour être catholique et qu'une mission canonique est requise pour avoir un apostolat. S'il veut se soumettre légitimement au Saint-Père, nous sommes d'accord! La Fraternité n'a jamais refusé une soumission légitime au Pape, ni rompu les liens de la liturgie et de la profession de foi. Si la situation canonique est devenue irrégulière - et il n'y a pas de mission canonique aujourd'hui - ce n'était pas la faute de la FSSPX, mais parce que, comme le dit lui-même Mgr Schneider, Rome en a injustement privé la FSSPX. Mgr Lefebvre a toujours estimé que les sanctions canoniques étaient invalides parce qu'injustes; son appel a été refusé. Mgr Schneider considère (voir ci-dessous) le cas d'un avenir hypothétique où la FSSPX -qui aurait été canoniquement régularisée- pourrait devoir retourner à l'irrégularité canonique, si Rome la pressait d'abandonner un point essentiel de ce qu'elle représente. Il est donc possible d'être catholique malgré une rupture apparente des normes canoniques! La Fraternité a toujours compté sur la juridiction de l'Eglise, dans de telles situations d'urgence, afin que les fidèles ne soient pas privés de la grâce des sacrements.
Une question de justice?
"La FSSPX avait joui initialement de la reconnaissance de l'Église puisque Mgr Lefebvre l'avait fondée en 1970 mais malheureusement cette reconnaissance a été enlevée en 1975. L'archevêque Lefebvre a fait appel contre cette suppression - à mon avis injuste - et son appel a été rejeté. 
Que le Saint-Siège leur accorde à nouveau la reconnaissance canonique, n'est en quelque sorte que l'acceptation de l'appel que Mgr Lefebvre a fait en 1975."
Mgr Schneider affirme que la reconnaissance canonique serait un moyen pour le Saint-Siège de prendre enfin en compte l'appel de Mgr Marcel Lefebvre contre la suppression injuste de la FSSPX en 1975. C'est une façon très élégante de présenter la solution. Et c'est vrai. Cependant, Mgr Schneider n'ignore pas que la raison de cette suppression injuste et de la persécution de la Société  depuis lors (et du catholicisme dans son ensemble) a ses origines précises dans les désaccords sur la foi, "à cause de cette profonde crise de foi à l'intérieur de l'Eglise", comme il le dit, et dans ce qui l'exprime de la manière la plus sacrée: le Saint Sacrifice de la Messe.
  
C'est la raison pour laquelle Mgr Bernard Fellay, Supérieur général de la SSPX, à la suite de Mgr Lefebvre, demande que la FSSPX soit reconnue «telle que nous sommes». Il soutient également que nous devons être capables de continuer notre rejet public des erreurs et de lutter contre celles qui ont empoisonné l'Église, y compris sa liturgie, depuis plus de 50 ans.

Comme l'a dit l'évêque Fellay lors de sa dernière interview à Radio Courtoisie:
"Le problème, c’est ce combat d’idées. Est-ce qu’une Eglise qui depuis 40 ans a imposé une ligne, qui est cette ligne moderne, une ligne contre laquelle on se bat, à cause de laquelle nous avons été déclarés schismatiques, hors de l’Eglise et tout ce qu’on veut… Est-ce que cette Eglise est oui ou non disposée à nous laisser continuer notre chemin ?"

[Abbé Michel Simoulin, fsspx - Le Seignadou] La pureté

SOURCE - Le Seignadou - mars 2017

Nous voici parvenus au mois de St Joseph, lequel reproduit dans son silence une part du mystère de Marie. De même que Notre-Dame unit la beauté de la virginité et celle de la maternité, Il unit en lui la beauté de la chasteté et celle de la paternité, « spirituelle » mais réelle, dans laquelle il est « l’ombre du Père » et le gérant de la paternité divine.

Cela nous introduit à quelques considérations sur cette vertu devenue si rare, dont il est le modèle le plus accompli et dont il est bien délicat de parler : la pureté. Nous vivons dans un monde charnel, sans âme, environnés et imprégnés malgré nous d’une ambiance sale et vulgaire ; et  cette difficulté d’en parler montre bien qu’elle touche une part de nous-même très fragile, sensible et délicate dont le seul fait d’en parler risque de réveiller ce qui a bien du mal à dormir. Et nos pauvres enfants, trop tôt habitués à cette ambiance malsaine que secrète le monde, perdent bien vite leur fraicheur et leur innocence. Trop tôt ils ne sont plus surpris par la vulgarité et l’impureté, dans le langage, les images, les lectures sur lesquelles les parents ne veillent pas toujours avec assez d’attention.

Nous évoquions le mois dernier la figure d’Alessandro Serenelli. Devenu sage il rédigea ce testament :

« Je suis âgé de presque 80 ans, et ma journée va bientôt se terminer. Si je jette un regard sur mon passé, je reconnais que dans ma première jeunesse j'ai pris un mauvais chemin : celui du mal qui m'a conduit à la ruine ; j'ai été influencé par la presse, les spectacles et les mauvais exemples que la plupart des jeunes suivent sans réfléchir, mais je ne m'en souciais pas. J'avais auprès de moi des personnes croyantes et pratiquantes, mais je ne faisais pas attention à elles, aveuglé par une force brutale qui me poussait sur une route mauvaise. » (Alessandro Serenelli, testament autographe, 5 mai 1961)

Le 28 avril 1947, à l'occasion de la béatification de Maria Goretti, le pape Pie XII ne pouvait se retenir de crier son angoisse en évoquant ce qui avait conduit Alessandro au crime :

« Grâce à Dieu, elles sont encore nombreuses, plus nombreuses qu'on ne le suppose et qu'on ne le dit parce qu'elles n'étalent pas leur sérieux et leur vertu comme les autres étalent leur légèreté et leurs désordres, ces jeunes filles qui, éduquées par des parents chrétiens, passent sereines et joyeuses mais modestes dans les rues de nos cités ou les sentiers de nos campagnes pour se rendre là où les appellent les devoirs familiaux, professionnels, scolaires, charitables ; elles savent faire aimer leur grâce souriante mais en même temps respecter leur inflexible dignité.

Elles sont nombreuses, sans aucun doute (la cérémonie solennelle d'hier Nous en a donné une vision splendide) mais elles seraient plus nombreuses encore s'il y avait de la part des parents plus de bonté avertie et affectueuse, de la part des enfants plus de docilité confiante.

Pour ne pas parler des catastrophes qui précipitent tant de malheureux dans le fond de l'abîme, des drames qui se terminent par une mort sans espérance, des décadences progressives qui vont jusqu'à l'humainement irréparable, combien d'égarements, de transactions, de capitulations ! Vertiges d'un instant que la légende fait peut-être d'abord vaciller mais dont le souvenir ressuscite plus tard, comme des bulles d'air à la surface d'une eau stagnante, avec des remords cuisants dont l'amertume, même après le repentir et le pardon, ne s'adoucit jamais complètement ici-bas.[…]

« Malheur au monde à cause de ses scandales » (Mt 18,7).

Malheur à ceux qui corrompent d'une façon consciente et volontaire par le roman, le journal, la revue, le théâtre, le film, la mode inconvenante.

Malheur à ces jeunes gens légers qui portent comme une blessure fine et légère l'infection morale dans un coeur encore vierge.

Malheur à ces pères et mères qui, par manque d'énergie et de prudence, cèdent aux caprices de leurs fils et filles, renoncent à l'autorité paternelle et maternelle qui est sur le front de l'homme et de la femme comme le miroir de la majesté divine.

Mais malheur aussi à tant de chrétiens qui ne le sont que de nom, qui pourraient voir derrière eux se lever des légions de personnes intègres et droites, prêtes à combattre par tous les moyens le scandale.

La justice légale punit, et c'est son devoir, le meurtrier d'un enfant. Mais ceux qui ont armé son bras, qui l'ont encouragé, qui avec indifférence ou encore avec un sourire indulgent l'ont laissé faire, quelle justice, quelle législation humaine osera ou pourra les frapper comme ils le méritent ? Et cependant, les vrais, les grands coupables, les voilà ! Sur eux, corrupteurs volontaires et complices inertes, pèse la justice de Dieu ! »

Pourquoi insister sur cela ? Parce que je pourrais faire un livre entier et épais sur les misères des âmes d’enfants salies avant qu’ils aient eu la possibilité de se défendre contre ce qui sollicite leur sensualité. Récemment, par exemple, j’ai fait confiance à la publicité faite autour du livre Ainsi, Dieu choisit la France. Je m’étais dit qu’il pourrait être intéressant pour nos élèves, et j’ai donc commencé sa lecture. Je me suis arrêté au quart du chapitre sur Clovis, devant la succession d’allusions salaces qui n’ajoutent rien au récit, bien au contraire ! Cette complaisance dans les bas-étages disqualifie l’ouvrage. J’en ai assez de cette vulgarité envahissante, qui devient une mode même chez les meilleurs et à propos de tout. L’exposé de cet auteur est peut-être excellent, mais n’a vraiment pas besoin de ces éléments vulgaires qui, sans aucun doute, sont totalement imaginés et introduits pour ajouter un peu de piquant.

Voici un autre exemple : il y a quelques semaines, un contrôle des « téléphones » portables – dont tout le monde sait qu’ils servent à tout, même parfois à téléphoner – a eu lieu auprès des élèves dans une de nos écoles: films pornographiques, chansons sataniques, etc. Et les parents, bien sûr, sont tombés des nues : pourtant, nous surveillons nos enfants, nous les avons avertis, jamais nous n’aurions imaginé cela, etc.

Je sais bien que la plupart des parents veillent avec amour sur les enfants qu’ils doivent conduire dans les voies de la vertu, mais… il en est quand même trop qui sont bien négligents. Et il est aussi bien dommage que tant de parents soient si naïfs : lectures, vidéos, films, internet, Facebook et autres réseaux sociaux, etc. Les enfants naviguent dans ce monde virtuel sans aucun contrôle des parents et avec une aisance stupéfiante, dans laquelle ils dépassent largement les adultes, et leurs âmes se salissent, sans que les parents s’en inquiètent ! Et, par leur inconscience, les parents deviennent complices des péchés de leurs enfants. Il est aussi vraiment regrettable que parents et enseignants ne parlent pas toujours le même langage, car il est évident que l’enfant ira naturellement au plus facile, au plus séduisant…et, sans peut-être en avoir une claire conscience, au plus salissant !

Il est admis que la prudence requiert que les élèves soient munis d’un téléphone portable durant les trajets en train ou autocar entre leur domicile et l’école (nul besoin d’un smartphone pour cela !). Mais il leur est prescrit de déposer ce téléphone dès leur arrivée à l’école. Dans nos écoles, les professeurs veillent à choisir les lectures ou les textes à étudier, et à purger ceux qui sont imposés par la soi-disant éducation soi-disant nationale ! Cela n’empêche pas tout, mais préserve en partie les esprits d’être salis, envahis par la saleté et le vice omniprésents dans les œuvres imposées.

Pourquoi les parents ne prendraient-ils pas les mêmes précautions quand les enfants sont chez eux ? Si la maison dispose d’un téléphone, les enfants n’ont pas besoin de conserver leur portable (et encore moins s’il s’agit d’un smartphone !), et peuvent le remettre à leurs parents jusqu’au prochain voyage ! Si la maison dispose d’un ordinateur, les enfants n’ont pas besoin d’en avoir un personnel ! Et si les parents aiment leurs enfants, ils se soucient de leur travail, de leurs études, de leurs lectures, et même de leurs amitiés, de leurs jeux et de leurs distractions, pour les préserver du mal et du danger !

Nous n’empêcherons jamais un enfant qui le veut de commettre des fautes, mais nous pouvons au moins tout faire pour protéger sa faiblesse. De même que l’Eglise fait un devoir grave aux parents de confier leurs enfants à des écoles catholiques, c’est un devoir encore plus grave de veiller sur les activités, les études, les distractions et les fréquentations de leurs enfants afin que toute leur vie demeure catholique, et de favoriser ainsi la préservation de leurs âmes en état de grâce. Je suis vieux jeu, direz-vous, bégueule et déconnecté des réalités du monde… je n’en suis pas si sûr, mais est-il donc démodé d’être simplement chrétien, et de vouloir éviter tout ce qui peut nous éloigner de Dieu ?

L’abbé Berto avait écrit sur ce sujet un article précieux dans Itinéraires en novembre 1973 : Toute éducation doit être virginale ! le monde n’était pas aussi avancé dans la liberté du vice qu’il l’est aujourd’hui ! Je ne peux le citer ici mais il sera bon de s’y reporter. Que dirait-il aujourd’hui, où tout est mixte, charnel, sensuel… où nous visons assiégés d’images sensuelles et de musiques charnelles, où tout ce qui est honnêtement naturel est galvaudé, sali, ridiculisé…? Et trop de parents laissent leurs enfants livrés au péché du monde, avec cette fine réponse : «  Il ne faut pas être coincés… on ne peut pas tout refuser… il faut bien faire un peu comme tout le monde, etc.… », sauf que le monde a perdu son âme, et je pleure « sur l’innocence qu’on pourrit », et je pleure sur ces parents qui ne sont plus en état de grâce parce que, par négligence, ils ont laissé leurs enfants perdre cette grâce.

Avons-nous déjà oublié la jeune Amélia, âgée de 19 ans, dont la Vierge a dit aux enfants de Fatima qu’elle était au purgatoire jusqu’à la fin du monde ?

St Joseph, priez pour nous, et protégez nos enfants.

St Joseph, patron et protecteur des familles, veillez sur les parents chrétiens, afin qu’ils sachent aimer leurs enfants au point d’être sévères avec eux, et qu’ils sachent les rendre heureux en famille, sans écran petit ou grand, afin qu’ils n’aillent pas chercher ailleurs des bonheurs qui n’en sont pas.


ANNEXE 1

TESTAMENT D’ALESSANDRO SERENELLI

« Je suis âgé de presque 80 ans, et ma journée va bientôt se terminer. Si je jette un regard sur mon passé, je reconnais que dans ma première jeunesse j'ai pris un mauvais chemin : celui du mal qui m'a conduit à la ruine ; j'ai été influencé par la presse, les spectacles et les mauvais exemples que la plupart des jeunes suivent sans réfléchir, mais je ne m'en souciais pas. J'avais auprès de moi des personnes croyantes et pratiquantes, mais je ne faisais pas attention à elles, aveuglé par une force brutale qui me poussait sur une route mauvaise. À vingt ans j'ai commis un crime passionnel, dont le seul souvenir me fait encore frémir aujourd'hui.

Marie Goretti, qui est aujourd'hui une sainte, a été le bon ange que la Providence avait mis devant mes pas. Dans mon cœur j'ai encore l'impression de ses paroles de reproche et de pardon. Elle a prié pour moi, intercédé pour moi, son assassin.

Trente ans de prison ont suivi. Si je n'avais pas été mineur, j'aurais été condamné à vie. J'ai accepté la sentence méritée ; j'ai expié ma faute avec résignation. Marie a été vraiment ma lumière, ma Protectrice ; avec son aide j'ai acquis un bon comportement et j'ai cherché à vivre de façon honnête lorsque la société m'a accepté à nouveau parmi ses membres. Avec une charité séraphique, les fils de saint François, les frères mineurs capucins des Marches, m'ont accueilli parmi eux non comme un serviteur, mais comme un frère. C'est avec eux que je vis depuis 1936.

Et maintenant j'attends avec sérénité le moment où je serai admis à la vision de Dieu, où j'embrasserai de nouveau ceux qui me sont chers, où je serai près de mon ange gardien et de sa chère maman, Assunta.

Puissent ceux qui liront ma lettre en tirer l'heureuse leçon de fuir dès l'enfance le mal et de suivre le bien. Qu'ils pensent que la religion avec ses préceptes n'est pas une chose dont on puisse se passer, mais qu'elle est le vrai réconfort, la seule voie sûre dans toutes les circonstances, même les plus douloureuses de la vie.

Paix et bien !  »
(Alessandro Serenelli, testament autographe, 5 mai 1961)

ANNEXE 2

HYMNE de St CASIMIR A LA VIERGE MARIE

Chaque jour, ô mon âme, rends tes hommages à Marie,
solennise ses fêtes et célèbre ses vertus éclatantes ;
Contemple et admire son élévation ; proclame son bonheur et comme Mère et comme Vierge ;
Honore-là afin qu’elle te délivre du poids de tes péchés ;
invoque-là afin de ne pas être entraîné par le torrent des passions ;
Je le sais, personne ne peut honorer dignement Marie ;
il est insensé pourtant celui qui se tait sur ses louanges ;
Tous les hommes doivent l’exalter et l’aimer spécialement,
et jamais nous ne devons cesser de la vénérer et de la prier ;
O Marie, l’honneur et la gloire de toutes les femmes,
vous que Dieu a élevée au-dessus de toutes les créatures ;
O Vierge miséricordieuse, exaucez les vœux de ceux qui ne cessent de vous louer ;
Purifiez les coupables et rendez-les dignes de tous les biens célestes ;
Salut, ô Vierge sainte, vous par qui les portes du ciel ont été ouvertes à des misérables,
vous que les ruses de l’ancien serpent n’ont jamais séduite ;
Vous, la réparatrice, la consolatrice des âmes au désespoir,
préservez-nous des maux qui fondront sur les méchants ;
Demandez pour moi que je jouisse d’une paix éternelle,
et que je n’aie pas le malheur d’être en proie aux flammes de l’étang de feu ;
Demandez que je sois chaste et modeste, doux, bon, sobre, pieux,
prudent, droit et ennemi du mensonge ;
Obtenez-moi la mansuétude et l’amour de la concorde et de la pureté ;
rendez-moi ferme et constant dans la voie du bien.

Saint Casimir (1458-1484)
Prince de Pologne et Grand-duc de Lituanie qui préféra rester célibataire
plutôt que de se marier pour se consacrer à l'adoration du Saint Sacrement,
à l'amour de la Vierge Marie et au renoncement.
Le 11 juin 1948 le Pape Pie XII nomma saint Casimir patron spécial de toute la jeunesse.
Saint patron de la Lituanie, de la Pologne et de toute la jeunesse pour son modèle de pureté.

ANNEXE 3

Toute éducation doit être virginale
par l’Abbé V.-A. BERTO

De même qu’on impose aujourd’hui l’ « in­formation sexuelle » dans les écoles, de même on y avait imposé, il y. a quelques années, la « mixité » : celle-ci pour amener celle-là. L’une et l’autre, c’est la même question, le même plan, la même satanique révolution. Voici la doctrine que l’abbé Berto ensei­gnait à ce sujet en octobre 1968, à la veille de sa mort (cf. ITINÉRAIRES, numéro 132 d’avril 1969, pp. 171-174).

UNE FONCTION qui n’apparaît qu’à l’adolescence, qui s’éteint d’elle-même avec la vieillesse, qui sera sans emploi dans la vie éternelle, est-il concevable que des chrétiens, qui savent n’être ici-bas que des voyageurs en route vers la Cité future, lui attachent tant de prix ?

Tout l’Évangile est virginal. Jésus, et Marie sa mère, ont vécu dans la virginité ; il l’a conseillée aux siens, sans déprécier d’ailleurs le mariage, comme le plus haut état de vie. Il a donné en quelques phrases la loi austère de toute chasteté, virginale ou conjugale. La discrétion, la délicatesse, la réserve de l’Évangile en cette matière sont infinies. Pur comme une flamme, saint Paul est bien plus cru dans son langage. Il avait à faire à des gens à qui il fallait parler clair et mettre les points sur les i. Le Verbe incarné n’a point cru qu’il dût condescendre à parler longuement de la chair et a laissé à ses Apôtres le soin de se colleter avec les péchés dont elle est la cause. Mais il a dit une parole qui éclaire tout :

« Au ciel on ne se mariera pas, les élus seront comme des anges de Dieu, erunt sicut angeli Dei. »

Ainsi, trente, quarante ou cent ans d’activité sexuelle, et encore facultative, et encore avec de longues suspensions, et encore biologiquement et moralement soumise à des lois restrictives – puis une éternité, une éternité ! de vie angélique, où la personne débarrassée de son engagement dans une espèce animale, s’épanouit sans fin en des activités spirituelles de connaissance et d’amour, même après la résurrection de la chair, « semi­natur corpus animale, surget corpus spirituale ». Notre vie terrestre, durât-elle des siècles, n’est que la courte préface à un livre qui n’aura pas de dernière page. C’est donc sur cette vie éternelle que doit se concentrer tout l’intérêt, toute la volonté du chrétien :

« Que sert à l’homme de gagner l’univers, s’il vient à perdre son âme ? »

Croire cela, et braquer et hypnotiser le chrétien sur le sexe, quelle indécence, quelle sottise, quelle absur­dité, quel non-sens ! Et en éducation, quel crime ! Ces gens qui n’ont à la bouche que « la dignité de la personne humaine », et qui en même temps la ravalent au niveau de ce qui en elle est le moins digne de la personne, quels tartuffes !

L’enfant est une personne humaine ; tout l’Évangile nous dit qu’il faut l’élever dans la vue cons­tante de ce qu’il est en tant que personne, selon les fina­lités propres de la personne en tant que personne, et non en tant qu’il n’est encore qu’imparfaitement une personne, seulement une personne humaine assujettie, si elle s’y ploie librement, à des fonctions qui ne tiennent en rien à l’essence de la personne, qui lui sont même foncièrement étrangères, et qui ne lui sont liées acci­dentellement et pour un peu de temps qu’à raison de ce qu’elle est engagée dans une espèce. Grandeur et misère de l’homme ! Mais il faut bien voir où se situent cette grandeur et cette misère : la grandeur c’est d’être une vraie personne, la misère, de n’être qu’une personne humaine. La résurrection de la chair corrigera ce para­doxe. Jusque-là, il s’en faut accommoder et dire que le bien de la personne humaine en tant qu’humaine, c’est le mariage, et que le mieux de la personne humaine en tant que personne, c’est la virginité. Comme l’éducateur doit viser haut, toute éducation doit être virginale.

D’abord quant aux éducateurs. L’Église tant qu’elle en a été maîtresse, a préférable­ment, sinon de façon exclusive, confié l’éducation des enfants à des Instituts religieux. En dépit des déclara­tions contraires, telle est encore sa préférence. Ces décla­rations du reste, ne sont pas sincères, elles ne sont que le camouflage d’une défaite en victoire. Il n’y a plus de vocations et on fait ce qu’il faut pour qu’il y en ait de moins en moins, alors on affecte de dire que les enfants sont mieux élevés par des éducateurs mariés. Mensonge parmi tant d’autres.

Ensuite quant à l’enfant lui-même : il faut l’attirer à la piété, à la connaissance et au goût des choses divines qui seront sa joie éternelle. Qu’il « habite par avance dans les cieux », que ses pensées soient, comme dit saint Paul, « de tout ce qui est vrai, de tout ce qui est hono­rable, de tout ce qui est juste, de tout ce qui est pur, de tout ce qui est aimable, de tout ce qui est de bon renom » (Phil. 4-8). En temps opportun, lorsque depuis longtemps déjà il est à Dieu dans son cœur, il prendra conscience sans trouble, sans secousse, sans obsession, de sa mascu­linité ou de sa féminité ; cette partie de son éducation et de lui-même – viendra s’insérer avec le concours de ses parents et de ses éducateurs, dans un système déjà formé de valeurs chrétiennes, où le sexe ne risque pas d’avoir plus que sa place, l’une des dernières en vérité, si l’adolescent a déjà pris conscience de sa vraie dignité de personne, qui vient toute de sa capacité de Dieu. Ainsi rien ne s’opposera en lui, ni à une éventuelle voca­tion virginale, ni au mariage chrétiennement compris, lequel, s’il comporte nécessairement un aspect charnel, le transcende continuellement.

La mixtité (et non mixité, ces cuistres ne savent pas le français) est en train de ravager tout cela. Ses promo­teurs, si haut placés qu’ils soient, sont en état de damnation. Ils jettent par milliers de malheureux enfants dans une occasion prochaine de péché ; on n’empêchera pas des garçons de quinze ans juxtaposés à longueur de classe à des filles du même âge, de chercher à savoir ce que cachent – bien mal au surplus – ces jupes et ces corsages, ni ces filles, émoustillées par les curiosités masculines, de ressentir le désir spécifiquement féminin d’être vues, touchées, caressées. Tout le climat de l’école en est vicié, précocement sexualisé et érotisé. Et quand ces garçons et ces filles seraient tous sans exception des héros et des héroïnes, qui résisteraient à toutes ces occa­sions et tentations (mais qui le croira ?), a-t-on le droit de les y précipiter, de les y maintenir ? « Et moi je vous dis que quiconque regarde une femme avec convoitise a déjà commis la fornication avec elle dans son cœur. » Et réciproquement ! Seigneur Jésus, qui avez dit aussi que nous devons devenir comme de petits enfants in­conscients de leur sexe si nous voulons devenir comme des anges dans votre royaume, que ferez-vous dans votre justice de ces atroces corrupteurs, dont vous avez dit encore :

« Celui qui scandalise un de ces petits qui croient en moi, mieux vaudrait pour lui qu’il fût jeté au profond de la mer avec une meule au cou ? » Nous pleu­rons sur l’innocence qu’on pourrit, sur les vocations qu’on ruine, nous combattons selon nos forces, mais aussi nous prenons date, et nous en appelons solennelle­ment à votre tribunal au Jour de votre colère : « Ad tuum, Domine Iesu, tribunal appello. »

Itinéraires N° 177, novembre 1973.



[Le Seignadou] A la gloire de l’Immaculée

SOURCE - Le Seignadou - mars 2017 

Savez-vous que sur la route de Fatima, il y a l’église de l’Immaculée Conception ?

Savez-vous que dans un faubourg de Toulouse se trouve un véritable et double ex-voto à l’Immaculée et au Cœur Immaculé de Marie ? Non ? Alors, écoutez bien.

Il était une fois un prêtre qui s’appelait l’abbé Guillaume-Philippe Ravary. Né le 21 avril 1820, il prit le chemin de l’école à l’âge de sept ans, chez les frères de Saint-Sernin. Il y eut pour condisciple François Clergue, le futur père Marie-Antoine, le « saint de Toulouse ». Entré au séminaire, il fut ordonné prêtre le 19 septembre 1836, jour des apparitions de La Salette. D’abord vicaire à St Jérôme, il devint curé de Roques en 1838 et y demeura pendant dix années.

Mais voici que, dans un faubourg proche, le faubourg de Bonnefoy, suite à la réclamation des habitants du lieu, l’évêque décida d’y créer une paroisse, et on commença d’y construire une église provisoire. Mais il fallait un curé, et l’évêque y nomma notre jeune curé en septembre 1857. Curé sans église véritable, il se mit au travail. Mais il fallait donner un nom à cette nouvelle paroisse ! Et voici que la Vierge elle-même lui indiqua ce nom : nous étions en 1858, et à Massabielle, le 25 mars, Marie venait de dire qu’elle se nommait « Immaculée Conception » ! Et voici notre curé décidé à donner à sa paroisse le vocable « Immaculée Conception » et d’édifier plus tard une basilique, qui sera la première en France et au monde  à porter ce nom ! l’église provisoire à peine achevée et inaugurée le 1° mai 1858, il lui est signifié qu’elle ne pouvait être homologuée comme édifice public, pour des raisons de sécurité ! Elle sera néanmoins utilisée jusqu’à la construction de la basilique désirée, mais où trouver l’argent pour sa basilique ? Quêtes, souscriptions, etc… permirent de commencer les travaux, et Pie IX lui-même encouragea la construction avec l’offrande d’une pierre extraite de la catacombe de Saint Calixte (plus sa bénédiction apostolique !). Quelques années plus tard, c’est Léon XIII qui, à son tour, encouragera l’œuvre entreprise par l’offrande d’une clef de voûte, extraite elle aussi des catacombes. Il imagina aussi « l’œuvre des vœux » que nous trouverons présentée ainsi dans un bulletin de la paroisse plus tardif, daté de 1917 : ŒUVRE DES VŒUX. – C’est en 1870, pendant la guerre et sous l’inspiration du Saint de Toulouse, le P. Marie-Antoine, qu’elle prit naissance. Elle a pour but de glorifier l’Immaculée Conception par l’érection d’une vaste et belle église, au centre d’un faubourg populeux, qui domine la ville. Elle consiste à promettre à la T. S. Vierge, en retour d’une grâce spirituelle ou temporelle qu’on lui a demandé, une offrande proportionnée à ses moyens. Cette forme de dévotion est parfaitement légitime et recommandable. Pour la venger des attaques que pourraient susciter l’ignorance ou l’impiété, il suffirait de rappeler l’histoire du vœu de Lyon, du vœu de Marseille, ou encore du vœu national de Montmartre. De reste, en exauçant ces vœux, Marie prouve bien qu’ils répondent à ses désirs et lui sont agréables. Cette œuvre a reçu les plus hautes et les plus précieuses approbations. Pie IX envoya, le 19 juillet 1861, la première pierre et Léon XIII a fourni, le 1er mars 1879, la clé de voûte extraite, comme la précédente, des catacombes. Ajoutons que la bénédiction apostolique est accordée aux bienfaiteurs.

En outre, le père Ravary décida de reconstruire sur place le lieu des apparitions de Lourdes, et, avec sa grotte,  le site de l'église du Faubourg Bonnefoy, est devenu un petit Lourdes, qui dispose même de plusieurs pierres venues de Lourdes. Et l’Immaculée voulut faire une surprise à son fidèle dévot : au cœur même de l'église de l'Immaculée Conception de Bonnefoy en construction, l’abbé Ravary découvrit en 1863, une source d'eau providentielle. Analysée en 1874 et déclarée d'une limpidité parfaite, la source attire à elle de nombreux habitants du faubourg qui constatent des effets curatifs ; la réputation de cette eau grandit et dépasse bientôt le cadre du quartier, puis de la ville. Il n'en faut pas plus pour le père Ravary qui, pour financer le chantier de son église, fait imprimer en 1887 un prospectus avec des témoignages de guérisons (gravelle, diabète, anémie...) et met en vente, à un sou le litre, « l'eau de l'Immaculée Conception ». Il organise alors sa distribution à travers les rues de Toulouse, avec un tonneau monté sur roues et tiré par un cheval, mais aussi par le train, dans des bonbonnes (10 litres pour 5 francs).

Dans le même temps, il construit l’école Ste Foy confiée aux Servantes de Marie, inaugurée en septembre 1864, puis une école de garçons, bénie en juillet 1868, au cours d’un triduum prêché par le Père Marie-Antoine. Une « Maison de charité », surnommée par les faubouriens la « maison du Bon Dieu », animée par les filles de Saint-Vincent de Paul, est ouverte en 1880.

Pendant ce temps, l’église s’édifiait peu à peu, non sans difficultés et incidents. Dans l’édifice inachevé eurent lieu les premières communions en 1884, puis une procession d’adoration en 1886. En 1887, fut nommé un pro-curé, l’abbé Martres, qui continua les travaux, et l’on put enfin démolir la vieille église et bénir la nouvelle le 3 avril 1898. Manquaient encore la voûte et le clocher, mais la première église au monde consacrée à l’Immaculée Conception pouvait enfin rayonner sur Toulouse et le monde. Son œuvre étant achevée, dans la nuit du 7 octobre 1899, l’abbé Ravary s’endormait en paix dans les bras de Marie Immaculée.

L’abbé Joseph Martres se fit alors l'apôtre, actif et généreux, d'une entreprise élaborée en 1900 au Congrès Marial de Lyon : la consécration du genre humain, à l'orée du XXe siècle, au Cœur Immaculé de Marie, pour combattre l'impiété et assurer la paix entre les peuples. Dans ce dessein fut lancée la Croisade Mariale, qui, avec l'aide du R.P. Deschamps et le soutien de Mgr Germain, archevêque de Toulouse, prit appui sur la paroisse de l'Immaculée, dont le bulletin devint, en 1904, la Croisade Mariale, organe officiel de l'Association internationale portant le même nom. Le père Martres alla présenter à Rome sa supplique à Pie X, au cours de cinq audiences particulières. Mais le projet parut prématuré; il n'aboutit que le 31 octobre 1942, en plein conflit mondial, quand le Pape Pie XII consacra solennellement l'Église et le monde au Cœur Immaculé de Marie. Étonnants précurseurs, l’abbé Martres et ses paroissiens avaient, quarante ans à l’avance, ouvert le chemin. Et si leur projet n’avait pas abouti selon leurs désirs, il eut un merveilleux début de réalisation lorsque les cardinaux français décidèrent la consécration de la France au Cœur Immaculé de Marie, réalisée dans toutes les paroisses le 13 décembre 1914, près de trois ans avant les demandes de Fatima !

Après son décès à l’âge de 52 ans en 1906, le nouveau curé, Célestin Vielle, dut d’abord affronter les luttes dues à la loi de séparation, puis continua les travaux de l’église. En 1908, coïncidèrent dans l’enthousiasme les fêtes du cinquantenaire de la paroisse et celles des apparitions de Lourdes, puis vint la grande guerre et ses malheurs. Tous les soirs, la paroisse se rassemblait et priait pour ses soldats, pour la France et pour la paix. La paix revenue, l’abbé Vielle est nommé chanoine à la cathédrale, et l’abbé Victor Guérin est nommé curé de l’Immaculée Conception. Il y demeurera jusqu’à son décès le 27 juin 1942.

Mais avant de continuer, relevons encore un fait noté dans les souvenirs de la paroisse: Le P. Marie-Antoine disait qu'il aimait notre sanctuaire à l'égal de Lourdes. En 1907, M. le curé Vielle lui demanda une formule d'acte de consécration à Marie-Immaculée à l'usage de cette paroisse qu'il avait si souvent évangélisée de sa parole. En réponse, le religieux lui envoya la formule suivante : Il devait quitter ce monde huit jours après.

O Marie, ô Mère de Jésus et.ma Mère, je veux, après Jésus, vous aimer autant qu'il estpossible d'aimer, Je veux vous aimer comme étant la créature la plus aimable et la plus aimée ; Celle en qui, après Jésus, Dieu, de toute éternité, a mis toutes ses complaisances; Celle qu'il a plus aimée de toutes les créatures. ensemble: Celle qui a ravi le Verbe du sein du Père éternel et l'a attiré dans son Sein virginal et immaculé; Celle qui est la Reine et le modèle de toutes les vertus, le prodige de la grâce, l'ornement de la gloire, un abîme de perfection et de grandeur; Celle, enfin, qui ne peut jamais être assez aimée. Dieu seul connaissant et vos perfections et vos mérites, peut seul, ô Marie, vous aimer et vous louer comme vous méritez d'être aimée et louée; aussi est-ce avec son amour et ses louanges que je veux, ô Marie, vous payer mon tribut de reconnaissance et d'amour ! – Je veux vivre et mourir dans cette extase d'amour ! –Ainsi soit-il.

 Et nous en arrivons au deuxième titre de cette église à notre dévotion, qui est le passage dans cette église du chanoine Casimir Barthas, né à Mazamet en 1884, curé de Croix-Daurade, directeur de la Croix du Midi, auteur de nombreuses études de Mariologie et d'ouvrages relatifs aux apparitions de Lourdes et de Fatima. Nommé curé de l’Immaculée Conception le 11 juillet, installé le 13 septembre 1942, il y demeurera jusqu’en 1964.

Nommé à une époque de grands périls, il s'attacha à conserver une communauté solidaire et vivante, en maintenant l'essentiel des pratiques et des cérémonies religieuses. Du 30 novembre au 8 décembre, il organisa une neuvaine de l'Immaculée Conception « Pour le salut de la France et la paix du Monde », au cours de laquelle des centaines de voix répétèrent cette prière: « Vierge Immaculée, qui avez reçu de Dieu la mission de secourir toutes nos détresses et de porter remède à tous nos maux, d'être notre vie, notre douceur et notre espérance, abaissez vos regards sur la terre désolée. Voyez toutes ces ruines, tous ces cœurs brisés, l'immense souffrance de l'univers entier; prenez-nous en pitié. Venez au secours de la France, le pays que vous aimez tant. Relevez son courage; rendez-lui sa foi chrétienne son honneur et sa liberté. Hâtez le retour des prisonniers. Prenez au ciel, à vos côtés, ceux que la mort nous a enlevés. Mettez fin à la grande épreuve qui pèse sur le monde et faites que bientôt nous retrouvions tous la paix, le bonheur et la sécurité. Ainsi soit-il. »

Puis, lors de la fête patronale du 13 décembre, ce fut la consécration (première paroisse de France) au Cœur Immaculé de Marie selon la formule de Pie XII.

En 1944, en hommage au père Ravary, le chanoine Barthas fait construire une fontaine publique au lieu de la source et fait procéder à de nouvelles analyses par la Faculté de Médecine de Toulouse. La conclusion est toujours gravée sur le marbre de la fontaine : « Reconnue bactériologiquement très pure ». La fontaine Ravary a été récemment rénovée et « l'eau de l'Immaculée Conception », jadis célèbre, continue de couler, et continue d'être consommée car « jamais personne n'a été malade » ; et ça, c'est déjà un miracle !

Mais la grande mission du chanoine fut l’implantation du culte de N.D. de Fatima au faubourg Bonnefoy. En 1946, il fit son premier voyage au Portugal.  Il en ramena une statue remarquable de ND de Fatima, offerte pour le remercier de son apostolat en faveur de Fatima. Intronisée dans la chapelle des vœux le 8 décembre, elle devint objet quotidien de prière, presqu’autant que l’Immaculée de Lourdes. Ce n’est pas seulement une réplique de la statue de Fatima. Elle a été vénérée sur le lieu même de l’apparition.  Une plaque en témoigne.

Statue honorée à Fatima
à la place occupée par la S. Vierge
pendant les apparitions
bénie par S. Em. Le cardinal Légat
ALOISI-MASELLA
le 13 mai 1946,
donnée à M. le ch. Barthas
pour la France
par S.Exc. Mgr. J. DA SILVA,
évêque de LEIRA-FATIMA,
intronisée dans cette église
le 8 décembre 1946.
_____

"si on fait ce que je demande
la Russie se convertira
et on aura la paix".

Remplacé en 1964 par l’abbé Roques, le chanoine Barthas est décédé le 25 août 1973.  Il repose près de l’abbé Ravary, dans la grotte adjacente à l’église édifiée par son premier curé.

Cette église ne mérite-t-elle pas un petit (ou grand) pèlerinage, puisque Lourdes et Fatima y sont réunis ?

« A Lourdes, en 1954, j’ai saisi l’occasion qui m’était offerte de comparer Lourdes à Fatima. Lourdes m’est apparu comme une riposte de la Vierge au rationalisme du XIXe siècle; c’est là que Notre-Dame s’est présentée comme étant l’Immaculée Conception, que S. S. Pie IX a proclamée dogme de l’Église, confirmant la foi catholique, l’infaillibilité du Pape, la déchéance du péché, le triomphe de la grâce.

Pour sa part, Fatima m’apparaît comme une réplique miséricordieuse de Notre-Dame à l’athéisme du XXe siècle. Puis-je tout dire ? Fatima se lève dans notre monde anxieux comme un phare d’espérance contre le communisme athée qui prétend conquérir l’univers et détruire l’Église. » (cardinal Cerejeira. 11 février 1967)

25 février 2017

[Père Jehan De Belleville - Bénédictins de l'Immaculée] Erection canonique des bénédictins de l’Immaculée

Mgr Guglielmo Borghetti
évêque d’Albenga-Imperia
SOURCE - Père Jehan De Belleville - Bénédictins de l'Immaculée - 25 février 2017

Nous avons la joie de vous annoncer la prochaine érection canonique de la communauté, à laquelle procédera notre nouvel évêque Mgr Guglielmo Borghetti le 21 mars prochain en la fête de saint Benoît.

Le 19 janvier 2015 nous en avions fait la demande auprès de Mgr Mario Oliveri dans les termes suivants qui résument la situation de la communauté depuis sa fondation:
« Excellence et cher Monseigneur, 
Par votre lettre du 6 février 2008, vous m’avez paternellement accueilli dans votre diocèse d’Albenga-Imperia pour y fonder le monastère sainte Catherine de Sienne où se vivraient les traditions monastiques transmises par nos fondateurs et les traditions liturgiques en conformité avec le motu proprio Summorum Pontificum du regretté pape Benoît XVI. 
Le 21 mars 2012 vous nous avez fait la grâce et la joie d’ériger le monastère en Association Publique cléricale de fidèles ad experimentum pour trois ans. 
Depuis donc sept années, malgré de nombreux essais de vocations qui n’ont pas toujours abouti, la communauté demeure actuellement stable avec 3 membres, nombre minimum requis par le droit pour former un ensemble de personnes (can. 115§ 2). 
Depuis sept années à Villatalla l’office divin et la messe quotidienne chantée ne se sont jamais interrompus et la louange divine continue d’être célébrée fidèlement sept fois le jour et une fois la nuit, dans le chant grégorien, chant propre de l’Eglise Catholique, depuis les matines à 3h.30 jusqu’aux Complies à 20h. 
L’ad experimentum de l’Association parvenant à son terme ce 21 mars 2015, frère Antoine, frère Marie et moi-même venons humblement requérir auprès de votre Excellence la grâce de voir notre communauté érigée en institut de vie consacrée de droit diocésain. Cette grâce donnera à notre communauté une reconnaissance ecclésiale plus forte et plus stable et protégera son charisme d’éventuelles contestations, particulièrement à craindre en cette période de troubles et d’incertitudes pour l’Église. Je pense aussi que cette reconnaissance attirera davantage de vocations ayant besoin d’être rassurées sur la fiabilité de notre communauté. 
Veuille, votre Excellence, agréer l’expression de nos sentiments très respectueux et filiaux in Maria. »
L’approbation des Constitutions par le Saint-Siège est une condition de validité pour l’érection d’un institut diocésain. Signée le 25 mars 2015, elle est arrivée trop tard à Mgr Oliveri car ce même jour, à la demande du Pape François, il renonçait à la juridiction attachée à sa charge d’évêque diocésain. Mgr Borghetti a dû prendre du temps pour faire connaissance avec son nouveau diocèse et nous faire une première visite le 12 mars 2016. À plusieurs reprises et publiquement, il a déclaré que n’ayant pas de sensibilité traditionnelle il respectait cependant pleinement le motu proprio Summorum Pontificum de Benoît XVI. Il a tenu parole: plusieurs messes sont actuellement célébrées selon le rite traditionnel dans le diocèse à la demande de groupes de fidèles et lui-même viendra donc nous ériger et recevoir nos vœux monastiques ce 21 mars prochain. A sa demande, la messe traditionnelle sera célébrée solennellement par l’ancien vicaire général de Mgr Oliveri, Mgr Giorgio Brancaleoni à 11h, lui-même étant assistant au chœur.

Chers amis, je viens partager avec vous notre joie de recevoir l’approbation de la sainte Eglise pour continuer notre vie monastique dans une entière fidélité à la grâce reçue et transmise à Bedoin en 1970 par Dom Gérard dont j’ai eu l’honneur d’être le premier disciple. Magnificat !
 
Merci de nous accompagner de vos prières en ce jour béni et nous-mêmes nous vous portons dans les nôtres chaque jour. Que Dieu vous bénisse et vous protège vous et vos familles !

24 février 2017

[Anne Le Pape - Présent] Entretien avec l’abbé Grégoire Celier - Des souvenirs forts qui orientent une vie

SOURCE - Anne Le Pape - Présent - 24 février 2017

— Monsieur l’abbé, vous avez participé à l’aventure de ce qu’il est convenu d’appeler « la prise de Saint-Nicolas ». Quels en sont vos souvenirs les plus marquants ?
— Précisons d’emblée qu’à l’époque, je n’étais pas « tradi », que je n’assistais pas à la messe traditionnelle. Le dimanche 27 février 1977, je n’étais d’ailleurs pas à Paris, mais j’ai appris les événements par la radio. Cela m’a paru intéressant, attirant, et même détonnant. J’avais beaucoup d’amis « tradi », je me suis donc rendu à Saint-Nicolas le mardi 1er mars, à la première messe de 7 h 15 célébrée, si mes souvenirs sont bons, par l’abbé de Fommervault, l’abbé Coache se trouvant dans le chœur. L’église était pleine à craquer, elle n’a d’ailleurs pas désempli, jour et nuit, durant un bon mois.Saint-Nicolas ne désemplit pas depuis 40 ans.

Je me trouvais près de la grille du passage entre le chœur et la sacristie. L’abbé Bellego, curé de Saint-Séverin-Saint-Nicolas, se trouvait dans la sacristie, dont il avait gardé l’usage. Il a passé son aube, est venu au pied du chœur, devant le banc de communion et l’immense estrade recouverte de moquette rouge sur laquelle se trouvait la « table à repasser » (comme nous disions) qui servait au nouveau rite. Il s’est mis à protester : « Je suis le curé, vous n’avez pas le droit d’être là ! » La messe était basse, sa voix pas très forte mais on l’entendait… Je n’ai pas eu le temps de me retourner que l’abbé Coache avait déjà démarré un chant : « Cœur sacré de Jésus, Que votre règne arrive… », et tout le monde a repris, noyant le discours du père Bellego. La rapidité de la réaction de l’abbé Coache m’a stupéfié, en sorte que chaque fois que j’entends ce cantique, je revois cet épisode.
— Un autre souvenir ?
— Une semaine environ après a eu lieu la conquête de la sacristie, où se trouvaient quelques dames entourant l’abbé Jean-Robert Armogathe, vicaire de la paroisse. Ils se tenaient dans le couloir qui mène à la sacristie. Je me trouvais en compagnie de quelques jeunes d’Henri IV préparant « corniche » (mais, ne jouons pas les matamores, j’étais plutôt en arrière). Chaque groupe – eux d’une part, nous d’autre part – récitait son chapelet mais n’en était pas au même mystère… Ambiance tendue et électrique. Un faux (?) mouvement a déclenché une bagarre, nous les avons poussés vigoureusement. Bref ! Ils ont été expulsés par la porte qui mène au presbytère. Nous ne pouvions pas ne pas conquérir la sacristie, où se trouvaient le tableau électrique et le chauffage…
— Cette expérience vous a-t-elle marqué profondément ?
— Je suis entré à la Fraternité Saint-Pie X grâce à Saint-Nicolas, qui a donc joué un rôle capital dans ma vie. Je me rendais tous les dimanches à cette église pour aider au service d’ordre et, de ce fait, j’assistais aux messes. Mais pour ma messe dominicale, je me rendais le soir, comme d’habitude, dans une belle chapelle où je servais la messe de Paul VI en latin, célébrée face à Dieu par un prêtre qui prêchait une bonne doctrine. L’assistance, même plus ou moins involontaire, à la messe traditionnelle a fini par me convaincre de sa valeur irremplaçable.

Propos recueillis par Anne Le Pape

[Matteo Matzuzzi - Il Foglio] Les Lefebvristes à la maison

SOURCE - Matteo Matzuzzi - Il Foglio - 24 février 2017

All’Esquilino deviendra le Centre d’Etude de la FSSPX. Un accord est proche. Le rôle du pape a été décisif.
Rome. La fracture entre la Fraternité Saint-Pie X (lefebvriste) et le Saint-Siège va être résorbée. L'accord pour la création d'une prélature personnelle –garantie d’une large autonomie de gestion et pastorale - est maintenant à portée de main. La négociation en vue de l’achat par Ecône du complexe de Santa Maria Immacolata all'Esquilino, non loin du Latran, confirme que le processus de négociation –lent et complexe– entre dans une phase de résolution positive. L'église néo-gothique, construite à la fin du XIXe et au début du XXe siècle pour les Frères de la Charité, est déjà flanqué d'un bâtiment occupé ces dernières années par une école élémentaire et un collège. Selon les informations du Foglio, cela deviendra un centre d'étude et, dans une deuxième phase, selon toute vraisemblance, le siège de la Maison générale lefebvriste. Le Pape serait intervenu directement pour accélérer le tout, via Mgr Guido Pozzo, secrétaire de la Commission Pontificale Ecclesia Dei. Mgr Bernard Fellay (Supérieur de la FSSPX), Mgr Alfonso de Galarreta et l'Assistant Général l’abbé Alain Nely, auraient séjourné du 17 au 20 janvier, à Sante Marthe. La Supérieure des Sœurs de la Fraternité a également assisté aux pourparlers. L’abbé Nely est la personne chargée de finaliser l'achat du complexe.

Fracture entre les Français et les Allemands

Il n’est pas surprenant que François ait un rôle de premier plan dans les négociations. Fellay a rappelé la même que la relation entre Bergoglio et la Fraternité a des racines profondes. «Il nous connaît de l'Argentine. Nous étions en contact avec lui, car un concordat permet aux prêtres étrangers d'obtenir un permis de séjour à condition que l'évêque soit d'accord. Quand nous avons eu des problèmes avec l'évêque local, qui ne voulait pas notre présence, nous avons rencontré le cardinal Bergoglio pour exposer le problème. Sa réponse –a ajouté le Supérieur de la FSSPX il y a un an– était clair: ‘‘Vous êtes catholiques, bien sûr, et vous n'êtes pas schismatiques. Je vais vous aider’’. Et il l'a fait. Il a contacté Rome, il a écrit au gouvernement une lettre en notre faveur». Plus tard, en tant que Pape, à l'occasion du Jubilé extraordinaire de la miséricorde, il a accordé aux fidèles qui fréquentent "pour diverses raisons" les églises desservies par des prêtres de la Fraternité, de recevoir valablement et légalement l'absolution sacramentelle de leurs péchés. Les pouvoirs ont été étendus au-delà la période du Jubilé "en faisant confiance à la bonne volonté de leurs prêtres pour récupérer la pleine communion dans l'Eglise catholique." Des problèmes restent cependant. Surtout du fait de la variété de la réalitié interne des lefebvristes. La situation est à peu près celle de 2012, quand Mgr Fellay, de façon surprenante, a décidé de rejeter la main tendue par Benoît XVI, et de ne pas accepter les conditions théologiques qu’imposait Ratzinger pour conclure les négociations. Un facteur décisif a été la fracture entre la zone allemande de la fraternité et la zone française. S’il n’avait tenu qu’aux membres de la première, la FSSPX serait retournée à la Communion avec Rome il y a cinq ans. Les questions sur la table ont été jugées résolubles, et n’empêchent pas l'accord. La victoire, cependant, est sur les Français, beaucoup moins disposés à faire des compromis. Fellay semble prêt à sortir de l'impasse, même au prix de pertes douloureuses entre ses fidèles et les prêtres.

[Miguel Ángel Yáñez - Adelante la Fe] FSSPX: L'accord avec Rome: suicide ou espoir?

SOURCE - Miguel Ángel Yáñez - Adelante la Fe - 24 février 2017

Ces derniers jours a surgi une rumeur, qui a un haut degré de probabilité -autant que nous le savons-, selon laquelle la FSSPX aurait déjà acquis –ou serait sur le point de le faire- le siège de la future prélature personnelle à Rome (cf photo), vente pour laquelle le Vatican lui-même serait intervenu, via la Commission pontificale Ecclesia Dei.

Que cette acquisition soit finalement confirmée ou non, ce qui semble certain est qu'il y a une grande attente pour ce qui ressemble à un accord étroit qui serait une nouvelle puissante à travers le monde de l'église.

Personnellement, j’ai un grand enthousiaste que ça se produise. J'ai eu l'honneur et le privilège de rencontrer en personne Mgr Lefebvre en 1989 à Ecône, et il m’a laissé une impression durable. Je crois que l'octroi d’une prélature personnelle serait aussi un acte de justice envers sa personne et son travail, comme Mgr Schneider l’a dit récemment, également. Lequel a aussi dit qu'il était convaincu que l'œuvre fondée par Mgr Lefebvre a fait partie du Plan de la Providence pour sauvegarder la foi.

Bien sûr, ce n’est pas un dogme de foi, et il n’est pas nécessaire d'être totalement d'accord avec tout ce qu'il a fait ou dit, et comme toute œuvre humaine elle aura eu ses réussites et ses échecs (plus des une que des autres, à mon avis), mais je pense que la grande majorité d'entre nous qui nous situons dans le mouvement "traditionnel", nous nous accordons à porter un profond respect pour sa figure, et nous avons envie qu’elle soit officiellement réhabilitée, par cette reconnaissance de la justice et du droit.

Des analyses se succèdent, à chaque fois plus vigouresues, pour et contre cet accord possible, en fonction de plusieurs points de vue: canonique, prudenciel, stratégique – mais elles oublient souvent ce qui est le plus important pour moi, l'argument salut des âmes, celui des fidèles.

Cela n'a aucun sens de rouvrir des discussions maintenant dépassées, mais il faut concéder que les fidèles, simples fidèles qui n'a jamais eu de contact avec le traditionalisme, seraient les principaux bénéficiaires de cette opération. Ils n’ont pas besoin d’être des experts en droit canon ou d’avoir des connaissances pour déterminer quel est l'état de nécessité, ou si la suspension a divinis est valide ou pas, ni toute cette question canonique autour de la FSSPX – débat dans lequel je n’ai pas l'intention d’entrer et que je pense absurde de recommencer en ce moment historique.

Je pense qu’il ne vaut pas la peine d’argumenter contre le fait que la FSSPX accèderait immédiatement à de nombreux fidèles et prêtres, aujourd’hui réticents vu son statut canonique «irrégulier», et cela entraînerait comme effet immédiat que beaucoup plus de gens seront en mesure d'accéder aux sacrements traditionnels et à la saine doctrine, avec la possibilité de sauver plus d'âmes que si elle elle n’est suivie que par un petit groupe d'habitués fidèles. Je pense qu'il y a beaucoup de pauvres prêtres diocésains vivant martyrisés pour leurs évêques qui pourraient être intégrés dans la prélature.

D’un point de vue purement humain, il est incontestable que cela pourrait ressembler à un suicide, mais pas d’un point de vue surnaturel, qui est la valeur que doit avoir le guerrier qui est envoyé à la bataille sans savoir si’l va ou non mourir, mais qui fait confiance à son commandant qui va le conduire à la victoire. La Fraternité Saint-Pierre, dont on disait qu’elle serait détruite rapidement, combat depuis 25 ans, sans évêques, ce qui est un détail à considérer.

On a argumenté que cet accord fera taire la FSSPX, comme d'ailleurs de facto d'autres groupes régularisés. Personnellement, en fait, je n’ai pas peur de cela parce que l'impact serait faible. Il y a 25 ans, quand il n'y avait pas internet, la FSSPX représentait presque la seule organisation qui avait le pouvoir structurel et économique de diffuser des idées à travers des livres, des enregistrements, des conférences. Aujourd'hui, tout cela a été complètement relativisé grâce à l'Internet, et je pense que depuis plusieurs années le vrai poids critique n’est pas porté par la FSSPX ni rien de similaire, ou dans son orbite, mais par les sites des laïcs, beaucoup d'entre eux étant aidé par prêtres à titre individuel.

Voici le temps de l'unité, le temps de l’enthousiasme, et surtot le temps de prier le Saint-Esprit pour nous tous éclairer dans ce combat.

François a apporté une grande détresse, mais –et voilà bien les voies impénétrables du Seigneur- le résultat est que beaucoup de gens ouvrent leurs yeux et, oubliant les vieilles rancunes, commencent à voir comme des frères bataille ceux qu'ils considéraient jusqu'à récemment comme des ennemis.

Nous prions pour cela.

21 février 2017

[Père Louis-Marie de Blignières - Aleteia] Quels sont les rapports entre l’universalité et l’identité dans le christianisme ?

SOURCE - Père Louis-Marie de Blignières - Aleteia - 21 février 2017

Le père de Blignières livre une réflexion pour éclairer la récente controverse entre auteurs catholiques au sujet du catholicisme « identitaire ».
Le plan de salut de Dieu aboutit à une religion dont le nom indique qu’elle est universelle : le catholicisme. Mais il commence par un homme (Abraham), un peuple (le peuple juif), une Loi (celle de Moïse). Dieu se coule dans une culture, et y tolère les rudes mœurs de l’Orient antique. En mettant un groupe singulier à part, il prépare la venue du plus singulier parmi les hommes : Jésus-Christ. La gloire fondamentale du peuple juif est de préparer singulièrement l’avènement de l’ouverture universelle maximale en l’Homme-Dieu (cf. Rm 9, 1-5). « Le monde n’est ouvert qu’à un endroit : en Jésus-Christ » (Romano Guardini, Le Seigneur).
Transcendance de la grâce et identités naturelles
Cette façon d’agir de Dieu manifeste que l’ordre surnaturel n’est réductible à aucun des aspects de l’ordre naturel. Dieu fait élection de tel peuple pour introduire dans le monde, comme un don – non comme le fruit d’un progrès de la civilisation –, le Royaume de la grâce. La grâce, qui ne sort pas de la nature, peut imprégner des formes culturelles diverses, sans rien perdre de sa transcendance. Loin de gommer les identités nationales, la grâce les assume et les purifie… avec plus ou moins de bonheur, en fonction de l’harmonie plus ou moins grande de cette civilisation avec la loi naturelle. Ainsi « la rencontre du message biblique et de la pensée grecque n’est pas un hasard » (Benoît XVI, Discours à Ratisbonne, 17 septembre 2006).
     
Quand saint Paul dit : « Il n’y a ni Juif ni Grec, il n’y a ni esclave ni homme libre, il n’y a ni homme ni femme ; car tous vous ne faites qu’un dans le Christ Jésus » (Ga 3, 28), l’égalité qu’il évoque se réalise dans le Christ Jésus. Il ne nie pas les différences et la complémentarité entre l’homme et la femme (cf. 1 Co 11, 3-9 ; Ep 5, 23). Et l’égalité fondamentale des Juifs et des Grecs ne s’oppose pas au fait d’assumer leur diversité culturelle : « Avec les Juifs, j’ai été comme Juif, afin de gagner les Juifs ; avec ceux qui sont sous la Loi, comme si j’étais sous la Loi, afin de gagner ceux qui sont sous la Loi » (1 Co 9, 20-21).
L’enseignement du Christ et de saint Paul
Le Christ affirme que l’ordre naturel est pleinement assumé par lui. « Je ne suis pas venu abolir mais accomplir » (Mt 5, 17), notamment le Décalogue, avec son quatrième commandement qui inculque la piété envers les parents et la patrie.
      
« Ce commandement implique et sous-entend les devoirs des parents, tuteurs, maîtres, chefs, magistrats, gouvernants, de tous ceux qui exercent une autorité sur autrui ou sur une communauté de personnes. […] Le quatrième commandement de Dieu nous ordonne aussi d’honorer tous ceux qui, pour notre bien, ont reçu de Dieu une autorité dans la société. Il éclaire les devoirs de ceux qui exercent l’autorité comme de ceux à qui elle bénéficie. […] L’amour et le service de la patrie relèvent du devoir de reconnaissance et de l’ordre de la charité » (Catéchisme de l’Église catholique, nn° 2199, 2234 et 2239).
      
La vertu de piété, annexe de la justice, si importante dans le monde antique, n’est donc nullement abolie par la révélation. « Que toute âme soit soumise aux autorités supérieures ; car il n’y a point d’autorité qui ne vienne de Dieu, et celles qui existent ont été instituées par lui. […] À qui l’impôt, l’impôt ; à qui le tribut, le tribut ; à qui la crainte, la crainte ; à qui l’honneur, l’honneur » (Rm 13, 1 et 7).
     
« L’homme est constitué débiteur à des titres différents vis-à-vis d’autres personnes, selon les différents degrés de perfection qu’elles possèdent et les bienfaits différents qu’il en a reçus. […] Après Dieu, l’homme est surtout redevable à ses père et mère et à sa patrie. […] Dans le culte de la patrie est compris le culte de tous les concitoyens et de tous les amis de la patrie. C’est pourquoi la piété s’étend à ceux-là par priorité » (Saint Thomas d’Aquin, Somme de théologie, 2a 2æq. 101, a. 1).
La manière d’agir du Christ
Jean-Baptiste, le Précurseur, s’inscrit dans l’ordre de la société de son temps. Aux collecteurs d’impôts et aux soldats, il ne recommande pas de sortir violemment des « structures de péché », ni de se retirer au désert comme les esséniens, mais d’accomplir avec justice la mission qui leur est confiée (cf. Lc 3, 12-14).
     
Le Christ, tout en prêchant un Royaume qui ne tire pas son origine de ce monde (cf. Jn 18, 36), recommande l’obéissance aux autorités et le paiement de l’impôt ; il pratique le respect des coutumes de son peuple ; il observe l’intégrité d’une Loi à la fois religieuse, culturelle et politique ; il aime sa famille, ses concitoyens et sa patrie, sur laquelle il a pleuré (cf. Lc 19, 41).
     
« [Le Christ] a pris part aux noces de Cana, il s’est invité chez Zachée, il a mangé avec les publicains et les pécheurs. C’est en évoquant les réalités les plus ordinaires de la vie sociale, en se servant des mots et des images de l’existence la plus quotidienne, qu’il a révélé aux hommes l’amour du Père et la magnificence de leur vocation. Il a sanctifié les liens humains, notamment ceux de la famille, source de la vie sociale. Il s’est volontairement soumis aux lois de sa patrie. Il a voulu mener la vie même d’un artisan de son temps et de sa région » (Vatican II, Gaudium et spes, n° 32).
     
Jésus reconnaît le pouvoir des autorités de l’occupation romaine (cf. Lc 20, 25 et Jn 19, 11). Beaucoup de dignitaires de bonne volonté, civils, militaires et religieux, jalonnent l’histoire de sa vie publique, comme celle de Pierre et de Paul. Alors qu’il introduit la religion universelle, Jésus donne un bel exemple d’inculturation.
La grâce élève la nature dans toutes ses dimensions
La grâce ne détruit donc pas la nature ! Elle la purifie et s’en sert comme d’un instrument, dans toutes ses dimensions : famille, cité, profession, amitiés. Dans le recrutement des apôtres, les liens de famille ou de travail ont joué un rôle. André et Simon sont frères. Philippe est de leur ville, Bethsaïda. Jacques et Jean sont frères et associés professionnels de Simon. Le premier miracle a lieu lors d’une noce, fête par excellence de la famille et du village en Orient. Jésus est lié d’une amitié singulière avec une famille : celle de Lazare qu’il ressuscitera et de Madeleine qui sera témoin et apôtre de sa résurrection.
     
Dans le processus des conversions au christianisme, il y a souvent une préparation par l’amour conjugal, l’amitié, les œuvres, les courants philosophiques, les arts, les réalisations politiques ou sociales – véhiculés par la culture du futur converti. Les chrétiens doivent-ils se monter plus puristes que l’apôtre Paul sur ce chemin vers la foi que peut constituer l’amour de l’homme et de la femme (cf. 1 Co 7, 12-14)?
     
On est impressionné par la variété des médiations naturelles que la grâce de Dieu daigne utiliser pour favoriser les conversions. Le grégorien et les primitifs italiens pour Willibrod Verkade (1863-1946) ; les processions de la Fête-Dieu pour Francis Jammes (1868-1938) ; Fra Angelico pour Henri Ghéon (1875-1944) ; l’attitude des catholiques devant la mort et la cohérence de la position catholique sur le magistère pour Kenyon Reynolds (1892-1989) ; la beauté de la messe et l’abnégation des chrétiens dans les bombardements de Londres pour Fred Copeman (1907-1983) ; la mosaïque de Côme et Damien pour Thomas Merton (1915-1968) ; la lecture de Maurras, Barrès et Bergson pour Henri Massis (1886-1970).
Refuser un fidéisme inhumain
S’indigner de ces cheminements comme de marques de duplicité, c’est insinuer que l’Évangile abolit la loi naturelle, qu’il balaye toutes les différences issues de cet ordre. C’est dénier le droit au Saint-Esprit d’utiliser des « signes de crédibilité » pour pénétrer les cœurs de la grâce de la foi. C’est oublier que « l’Église, à cause […] de son inépuisable fécondité en tout bien […], est par elle-même un grand et perpétuel motif de crédibilité et un témoignage irréfutable de sa mission divine » (Vatican I, Constitution dogmatique sur la foi). C’est glisser vers le fidéisme, comme si la foi ne pouvait être préparée par des signes extérieurs. Il y a là quelque chose d’inhumain.
     
Ce qui s’est passé dans l’histoire des hommes, depuis la venue du Christ, est bien différent : les diverses cultures, en entrant au contact du christianisme, ne se sont pas volatilisées!
     
« Les chrétiens, venus de tous les peuples et rassemblés dans l’Église, “ne se distinguent des autres hommes ni par le pays, ni par la langue, ni par leur façon de se comporter dans la cité” (Épître à Diognète) ; aussi doivent-ils vivre pour Dieu et le Christ selon les usages et le comportement de leur pays, pour cultiver vraiment et efficacement en bons citoyens l’amour de la patrie, pour éviter cependant de manière absolue le mépris à l’égard des races étrangères, le nationalisme exacerbé, et promouvoir l’amour universel des hommes. […] Toute apparence de syncrétisme et de faux particularisme sera repoussée, la vie chrétienne sera ajustée au génie et au caractère de chaque culture, les traditions particulières avec les qualités propres, éclairées par la lumière de l’Évangile, de chaque famille des nations, seront assumées dans l’unité catholique » (Vatican II, Ad gentes, nn° 15 et 22)
     
L’irruption du Royaume de Dieu dans l’histoire fait mesurer aux civilisations et leur valeur, et leur relativité. Elle n’enlève aux cultures, dans leur diversité, rien de ce qui est juste ou même indifférent pour le salut éternel des hommes. « Il n’enlève pas les royaumes temporels, celui qui donne les royaumes célestes » (Vêpres de la fête de l’Épiphanie).
     
L’homme est complexe, il est corporel et spirituel, et sa spiritualité elle-même est incarnée. La vie chrétienne sort (par les sacrements) de l’âme et du corps de Jésus-Christ, qui a pris toute notre humanité. Cette vie investit toute notre propre humanité. C’est ce que Charles Péguy suggère dans Ève : « Car le surnaturel est lui-même charnel / Et l’arbre de la grâce est raciné profond / Et plonge dans le sol et cherche jusqu’au fond / Et l’arbre de la race est lui-même éternel. »

[Paix Liturgique] A Londres, une paroisse qui a anticipé les bienfaits de Summorum Pontificum

SOURCE - Paix Liturgique - lettre 583 - 21 février 2017

Il y a 10 ans, le motu proprio Summorum Pontificum ouvrait la voie à l’apparition de paroisses personnelles (c’est-à-dire non territoriales) dédiées à la forme extraordinaires du rite romain (article 10). Il en existe un certain nombre dans le monde et quelques-unes en France : dans les diocèses de Bordeaux, Toulon, Strasbourg, Lyon, Blois. Au Gabon, à Libreville, il existe même une paroisse territoriale de forme extraordinaire. 

Toutefois, comme nos lecteurs le savent bien, l'une des caractéristiques du motu proprio est que les fidèles puissent bénéficier, s’ils le désirent, de la messe traditionnelle dans leur propre paroisse (article 5). Dans un esprit de3pleine application du motu proprio, on a donc vu des paroisses territoriales s'ouvrir sincèrement à la forme extraordinaire, gagnant ainsi le qualificatif de « bi-formalistes », car offrant aussi bien la forme ordinaire (la messe de Paul VI) que la forme extraordinaire (la messe traditionnelle) du rite romain. Aujourd’hui, des dizaines de paroisses à travers le monde vivent ainsi dans la paix liturgique, cet « enrichissement mutuel » voulu par Benoît XVI.

Cependant, dès avant 2007, cette coexistence se faisait déjà en quelques rares endroits comme dans une paroisse de Marseille, aujourd’hui disparue, ou dans la paroisse parisienne de Saint-Eugène-Sainte-Cécile (où la forme traditionnelle est de fait dominante, compte tenu de la demande des fidèles). Un autre de ces lieux précurseurs se trouve à Londres où, depuis 1995, la paroisse Saint-Bède, dans le quartier de Clapham, a pleinement ouvert son sanctuaire à la liturgie traditionnelle. L’histoire de l’introduction de la messe traditionnelle à Saint-Bède nourrit nos réflexions de la semaine.
I – LE RÉCIT DU RETOUR DE LA MESSE TRADITIONNELLE À SAINT-BÈDE
« La paroisse Saint-Bède, à Clapham Park, abrite une communauté traditionnelle reconnue par les archevêques de Southwark depuis maintenant de nombreuses années : c’est un bon exemple de la pleine intégration de la messe traditionnelle dans une paroisse » assure Joseph Shaw, Président de la Latin Mass Society. « L’aumônier de la communauté, poursuit-il, a souvent été un prêtre vivant sur place, dans le grand presbytère paroissial, prêtant main forte à l’abbé Christopher Basden, curé de longue date de la paroisse. L’un comme l’autre sont généralement disponibles pour tous les paroissiens, qu’il s’agisse des confessions, de la préparation aux sacrements, des visites aux malades, etc. Les fidèles traditionnels sont fortement attachés à la paroisse et sont associés à toutes ses activités. »

Nous avons découvert Saint-Bède l’an dernier, lors des journées Sacra Liturgia de Londres. La forme extraordinaire y est offerte tous les jours, à 7 heures en semaine, à 9 heures le samedi et à 11 heures le dimanche.

Si l’Oratoire, à Brompton, ou l’église Saint-Jacques, dite « Spanish Place », à Marylebone, sont des églises bien connues des fidèles traditionnels en séjour à Londres – pour la majesté de leur architecture, la beauté de leur liturgie et la commodité de leur emplacement –, Saint-Bède est, elle, bien connue des prêtres. Son presbytère est en effet une ruche où se croisent séminaristes, prêtres étrangers et religieux en transit ou en mission à Londres. Y compris ceux des instituts et communautés Ecclesia Dei qui y sont toujours les bienvenus.

Tout a commencé en septembre 1994 lorsque l’abbé Christopher Basden fut nommé curé de la paroisse, charge qu’il occupe encore aujourd’hui. « En 1972, alors que j’étais étudiant, raconte-t-il (1), j’ai adhéré à la Latin Mass Society. À l’image de nombreux jeunes d’aujourd’hui, je me sentais privé de la beauté de notre tradition liturgique, pour ma part parce que j’avais grandi au Proche-Orient. Toutefois, au fil du temps, je finis par me convaincre qu’il n’y avait pas d’avenir légal pour l’ancien rite au sein de l’Église. Parmi ma génération, nous avons été nombreux à subir le raz-de-marée du changement sans avoir les outils ni les connaissances pour défendre comme il se fallait la Tradition à laquelle nous étions pourtant si attachés. »

Ordonné en 1979, l’abbé Basden dessert plusieurs paroisses du Kent avant, en 1993, de partir passer quelques temps aux côtés de ses parents aux États-Unis. Là, deux prêtres amis lui font découvrir l’ouvrage de Klaus Gamber, La réforme liturgique en question, qui lui ouvre les yeux sur le fait que le Novus Ordo n’est pas la liturgie imaginée et souhaitée par les Pères conciliaires. Ses deux amis en profitent pour l’inscrire à une retraite de la toute jeune Fraternité Saint-Pierre, prêchée en Pennsylvanie : « Au cours d’une messe solennelle célébrée pendant cette retraite, j’ai vu toutes mes incompréhensions et mes réticences balayées par la beauté pure de cette expérience et j’ai dit :
– D’accord mon Dieu, vous avez gagné. J’irai au Barroux et j’apprendrai à célébrer la messe traditionnelle. »

En arrivant à Saint-Bède en 1994, l’abbé Basden a donc au fond du cœur « l’intention de restaurer d’une façon ou d’une autre la Messe et la Tradition ». Sauf qu’il fallait, à l’époque, pour pouvoir célébrer, une autorisation que l’abbé Basden n’avait pas. Il se tourna donc vers un prêtre âgé bénéficiant d’un tel indult, le RP Hugh Thwaites, un jésuite qui l’avait par le passé souvent encouragé à se tourner vers l’ancienne liturgie. Hélas, le RP Thwaites lui répondit qu’il quittait Londres pour prendre sa retraite dans un village au nord d’Oxford au milieu de ses confrères de la Compagnie de Jésus.

Quelques semaines plus tard cependant, un ami de l’abbé Basden lui confia que le RP Thwaites cherchait activement un lit et un autel car, comme il en convenait lui-même : « J’aime beaucoup les jésuites mais je ne peux pas vivre parmi eux. ». L’abbé Basden n’hésita pas et le contacta immédiatement pour l’inviter à Clapham. Début 2015, le RP Thwaites, à l’orée de ses 77 ans, commença donc la célébration de la messe traditionnelle à Saint-Bède, les dimanches à 8h50.

Peu à peu, une petite communauté de fidèles traditionnels se constitua autour de ce jésuite à la personnalité aussi attachante que directe. Aussi, début 1997, quand il annonça de façon impromptue son départ pour le Pays de Galles à l’abbé Basden, celui-ci se trouva amené à prendre la plume pour demander à son archevêque, Mgr Bowen, de pouvoir à son tour bénéficier d’un indult pour continuer à offrir la liturgie traditionnelle à ceux de ses paroissiens qui la demandaient. Pour toute réponse à sa requête dûment motivée, le curé de Saint-Bède reçut deux lignes particulièrement laconiques : « Merci pour votre lettre qui contient de nombreux éléments positifs. »

« Bien embarrassé, je consultai alors quatre prêtres. Trois d’entre eux me dirent : – S’il ne vous dit pas non, alors c’est que vous pouvez célébrer. Le quatrième, lui, protesta horrifié mais, pour la première fois de ma vie, je choisis de suivre l’avis de la majorité ! », rapporte amusé l’abbé Basden. De fait, son archevêque ne lui fit jamais remontrance de sa décision même si son auxiliaire, lui, la lui reprocha. De toute façon, quelques semaines plus tard, l’arrivée au presbytère de deux autres religieux aptes à célébrer selon le missel tridentin – un nouveau jésuite et un bénédictin – permit à l’abbé Basden de s’appuyer sur eux pour pérenniser la célébration.

Sous l’impulsion d’un de ces deux prêtres, et avec le concours toujours efficace de l’abbé Basden, la communauté traditionnelle va vite grandir en nombre, au point de devenir l’un des trois piliers de la vie paroissiale, à parts égales avec la communauté Novus Ordo en anglais et celle en espagnol pour la population latino-américaine. C’est cette intégration exemplaire au sein de la vie paroissiale qui fait de Saint-Bède un lieu unique. À Londres bien sûr, mais pas seulement.

Surtout, depuis 1995, soit 12 ans avant le motu proprio de Benoît XVI, cette paroisse – à l'instar de Saint-Eugène à Paris – est une source intarissable de baptêmes, de mariages, de conversions et de vocations sacerdotales. Elle est la preuve que, dans la plénitude de sa liturgie, l’Église est encore féconde.
II – LES RÉFLEXIONS DE PAIX LITURGIQUE
1) Les plus anciens de nos lecteurs se souviennent qu’après l’instauration du Novus Ordo Missæ, un nombre conséquent de curés de paroisses conservèrent l’usage du Vetus Ordo Missæ (en France, au moins un par diocèse), certains évêques combattant ces prêtres de manière on peut dire féroce (en les suspendant, en les chassant, y compris avec utilisation de la force publique), d’autres les tolérant. Ceux qui furent tolérés maintinrent le caractère traditionnel de leurs paroisses jusqu'à ce que, avançant en âge, ils finissent par être obligés de cesser de célébrer, par décès ou départ à la retraite. Les dernières paroisses de ce type, ayant toujours conservé la liturgie traditionnelle, ont disparu à l’orée du XXIe siècle. Quant aux prêtres pourchassés, un certain nombre d'entre eux « prirent le maquis », s’installant dans des lieux de fortune (voyez notre lettre 292 évoquant la figure de l'abbé Houghton, par exemple), jusqu'à ce que les jeunes prêtres issus de la Fraternité Saint-Pie X – 200 lieux de culte aujourd’hui en métropole, soit deux par diocèse – ne prennent le relais. 
Avec le motu proprio de 1988 apparurent de nouveaux lieux de culte officiels, déterminés par les évêques et desservis par les prêtres des communautés Ecclesia Dei voire, comme à Paris, par des prêtres diocésains. Toutefois les cas de paroisses offrant régulièrement la messe traditionnelle aux côtés de la messe de Paul VI, témoignant ainsi d’une continuité ou d'une redécouverte liturgique, étaient rarissimes, aux exceptions citées en introduction. Le cas de la paroisse Saint-Bède est un de ceux-ci.

2) D’une certaine façon, le récit de l’arrivée de la messe traditionnelle à Clapham est donc un concentré de l’histoire de l’Église de ces 50 dernières années : qu’il s’agisse de l’abbé Basden, élevé en Égypte, attiré par la Tradition – dans son témoignage il avoue « avoir toujours considéré Mgr Lefebvre avec sympathie » – mais qui y renonce en entrant au séminaire, la pensant hors-jeu dans l’Église, ou du RP Thwaites, anglican converti au catholicisme sur le navire qui l’emportait combattre en Asie durant la Seconde Guerre Mondiale, et devenu plus tard grand promoteur de la Légion de Marie comme de la messe traditionnelle (ce qui est fort rare chez les jésuites), ces deux prêtres semblent l’archétype de bien des prêtres de ces dernières décennies. D’un côté un prêtre partagé, si ce n’est déchiré, entre sa fidélité à la Tradition et son obéissance à l’Église – mais qui choisit l’obéissance, y compris par sentiment d’impuissance face aux vents de l’histoire –, de l’autre un prêtre taillant sa route impavide nonobstant les obstacles qu’il rencontre sans toutefois manquer à ses vœux de jésuite.

3) Dans son récit, l’abbé Basden évoque l’indult nécessaire aux prêtres diocésains pour pouvoir célébrer la liturgie traditionnelle avant 2007 et laisse entendre qu’il n’était pas envisageable, au moment où il arrive à Clapham, soit au milieu des années 90, de l’obtenir de son archevêque. En effet, et même si comme nous l’avons souvent rappelé l’Angleterre a bénéficié dès 1971 d’une législation spécifique – le fameux « indult Agatha Christie », lire ici –, ni la lettre circulaire Quattuor abhinc annos, de la Congrégation pour le Culte divin, du 3 octobre 1984, permettant aux évêques diocésains d’user d’un indult pour les fidèles qui voulaient bénéficier de la célébration traditionnelle, ni les permissions possibles en fonction du motu proprio Ecclesia Dei adflicta de 1988, n’ont joui d’une grande popularité auprès de l’épiscopat britannique. L’abbé Basden parle même du « veto Hume-Worlock », du nom des archevêques de Westminster et de Liverpool qui s’entendirent pour limiter, comme le firent bien d’autres évêques, la célébration de la messe traditionnelle à quelques lieux bien circonscrits. Or, en dépit de ces freins épiscopaux, et c’est là une belle illustration des résultats du sondage conduit en juin 2010 par Harris Interactive pour Paix liturgique outre-Manche, la greffe traditionnelle a bel et bien pris à Clapham. Dans ce quartier populaire, comme aime à s’en féliciter l’abbé Basden, des fidèles de tous âges et de toutes origines ethniques et sociales communient ensemble dans une même, universelle et immuable liturgie.

4) Rappelé à Dieu en 2012, à 95 ans, le RP Thwaites avait confié en mai 1993 à la revue Christian Order – revue de défense doctrinale longtemps conduite par un autre jésuite de grande personnalité, le RP Paul Crane – ses « Réflexions sur le nouveau rite ». Dans cet article qui s’appuie sur son expérience d’anglican converti, le RP Thwaites explique que « la nouvelle messe ne nous donne pas ce dont nous avons besoin », à savoir la doctrine catholique. Convaincu que le principal défaut de la nouvelle messe « est qu’elle ne présente aucun rempart solide pouvant l’empêcher de glisser vers une liturgie protestantisée, et donc vers le protestantisme », il estime que la messe traditionnelle, en revanche, offre un apport doctrinal régulier qui permet de nourrir notre foi. « Notre nature humaine déchue nous pousse à aller au plus facile » de sorte que notre liturgie, privée de ses fondations doctrinales et de sa nature sacrificielle, tendra toujours à allers « vers une interprétation protestante ». La réponse, le RP Thwaites, l’avait donc trouvée dans la célébration « la plus fréquente possible » de la messe traditionnelle qui, concluait-il, « exprime exactement ma foi eucharistique ».

5) Il importe de rappeler que le motu proprio de Benoît XVI vise essentiellement à rendre possible la célébration de la liturgie extraordinaire dans les paroisses. Cette belle histoire de liturgie traditionnelle paroissiale à Londres permet de se souvenir du fait que la liturgie de l’Église a vocation à être paroissiale. Au fond, tout l’enrichissement que pourrait recevoir la liturgie ancienne de la nouvelle serait de pouvoir être célébrée paisiblement et normalement dans les paroisses.
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(1) Récit pour le numéro spécial de la communauté traditionnelle de Saint-Bède de mai 2016.