10 juillet 2017

[Caroline Parmentier- Présent] «Les trois punitions» - la suite de notre enquête sur l’affaire de L’Angélus

SOURCE - Caroline Parmentier- Présent - 7 juillet 2017

A la suite de la parution de notre premier article sur L’Angélus (Présent du 4 juillet) une seconde famille nous a contactés. Il s’agit du père de victimes présumées qui a déposé plainte. Elles sont quatre familles à avoir porté plainte.

Pour rappel des faits, l’abbé Régis Spinoza, directeur de l’école catholique hors contrat de L’Angélus située à Presly (Cher), une école de garçons de 109 pensionnaires (du CE1 à la terminale) créée en 2010, a été mis en examen et placé sous contrôle judiciaire vendredi 30 juin, pour « violences physiques et psychologiques sur mineurs », « travail forcé » et « travail dissimulé ». A la suite d’une vaste perquisition de gendarmerie, le préfet du Cher a pris en urgence un arrêté de fermeture temporaire de l’établissement sur le fondement de la protection de l’enfance. L’abbé Spinoza est incardiné au diocèse de Bourges depuis 2015 et ne dépend plus de l’Institut du Bon Pasteur ni d’aucune autre fraternité.

François T. (*) est le père de garçons qui, comme ceux de Sophie S. (*) (Présent du 4 juillet) ont été auditionnés par les gendarmes le jeudi 15 juin à la brigade de recherches de Vierzon :

— « Je m’en veux terriblement de n’avoir pas vu ce qui se passait dès le début. Mes enfants se taisaient parce qu’ils avaient été menacés d’être traités de menteurs. Quand ils ont été auditionnés par les gendarmes je suis tombé de l’armoire. A L’Angélus, trois punitions étaient en vigueur : “le poireau”. Qui consistait à rester sur une chaise pendant des heures. Je connais un garçon qui est resté trois jours sur une chaise pour le punir. Trois jours. Le but était de le faire craquer, de le faire fondre en larmes et de l’humilier. C’est ce qui s’est passé au bout de trois jours. Deuxième punition : “L’orangina”. Qui consistait à secouer les enfants violemment par le lobe de l’oreille. Et la troisième, la plus odieuse peut-être, celle de “la claque magistrale” dont mon fils a été le complice involontaire. L’abbé, aidé d’un tiers, convoquait un élève qui avait fait une bêtise : de mauvais résultats scolaires ou une insolence. L’élève était sermonné puis l’abbé faisait venir un autre élève. En l’occurrence mon fils. Il lui a alors ordonné de “mettre une claque dans la gueule” de son camarade. Quand mon fils a reculé, le directeur lui a déclaré : “tu n’as pas compris si tu ne le fais pas, c’est nous qui allons te mettre une claque dans la gueule”. Quand on me dit que ce sont des vétilles, cela me rend fou. Nos enfants étaient humiliés et maltraités. Il y a clairement eu une dérive sectaire dans cette école. Nous sommes devenus tricards dans ce milieu et plus personne ne nous parle. »

Anne (*), une autre mère d’élèves, a déclaré sur RTL le 3 juin dernier que son fils Guillaume (*) a fini par lui dire au bout d’un an et demi que « l’abbé le battait à coups de poing et de tabouret ».

De son côté, Me Frédéric Pichon qui défend les familles qui ont protesté contre la fermeture de l’école à quinze jours du baccalauréat, a tenu également à nous contacter : « Rien ne justifiait à ce stade la fermeture de l’école. Au niveau sanitaire, rien de grave, hormis un yaourt périmé et du pain congelé. Au niveau disciplinaire, un style “vieille école” avec des claques avérées qui ne dépassent pas le cadre, à mon sens, du droit de correction même si l’Union européenne veut interdire la fessée. Au départ, une dénonciation d’une ancienne prof partie dans le cadre d’une rupture conventionnelle et qui s’est vengée. Je n’ai pas encore accès au dossier d’instruction mais je sais par expérience qu’il faut être prudent, aussi bien concernant la parole d’un enfant que celle de parents qui peuvent avoir intérêt à se venger. Je ne dis pas que c’est vrai ou faux mais il y a beaucoup de passions dans ce type d’affaires. Sur 64 auditions d’enfants en l’absence de leurs parents, il n’y avait rien de véritablement alarmant sauf deux gamins qui ont été exclus (…) Je pense qu’objectivement, si l’on ferme cette école, ce sont les trois quarts des établissements de la banlieue parisienne qu’il faut fermer sous prétexte que des faits de violence, d’agressions sexuelles y ont cours. »

L’abbé Spinoza est soumis à un strict contrôle judiciaire qui lui interdit notamment de diriger l’école ou tout autre établissement scolaire, d’être au contact des enfants, du personnel et des familles de L’Angélus et d’habiter le département du Cher.

(*) Les noms des parents ont été changés.

Caroline Parmentier