4 juillet 2017

[Abbé Gabriel Billecocq, fsspx - Le Chardonnet] Pour une entente doctrinale?

SOURCE - Abbé Gabriel Billecocq, fsspx - Le Chardonnet

Dans le dernier numéro du Courrier de Rome [n° 499 de mai 2017, p. 5-9.], Monsieur l’abbé Gleize, professeur d’ecclésiologie à Ecône, consacre quelques pages à un article intitulé « Pour une entente doctrinale ? »

Rappelant que l’entente doctrinale dont il s’agit ne peut être qu’un simple accord de compromission ou a minima, mais plutôt la réappropriation par Rome de toute la doctrine catholique et par là de la Tradition entière, l’auteur en profite pour retracer les grandes lignes qui opposent la Rome moderniste à la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X. 
La trilogie révolutionnaire
La principale pierre d’achoppement reste bien évidemment le concile Vatican II. D’abord pour les erreurs qu’il véhicule. Comme le disait Monseigneur Lefebvre, au slogan révolutionnaire de 1789 – liberté, égalité, fraternité – correspondent les trois erreurs de la liberté religieuse, de la collégialité et de l’œcuménisme.

La liberté religieuse accorde au final le même droit, dans une société, à toutes les religions. C’est donc implicitement une négation de la suprématie de la vérité catholique sur l’erreur, de l’Église sur les fausses religions, de Dieu lui-même sur les idoles. C’est par là une façon de reléguer la sphère religieuse à un ordre purement individuel. C’est le glas qui sonne pour les Etats catholiques. Voilà comment tout devient relatif!
   
La collégialité est une erreur plus subtile et plus difficile peut-être. Mais elle touche directement à la constitution de l’Église. Par la volonté divine, l’Église est une monarchie. C’est-à-dire qu’elle a un chef. C’est Notre Seigneur Jésus Christ, et lui seul, dont le vicaire sur terre est le pape. Le texte du Concile (il s’agit de Lumen gentium) ne nie pas la suprématie du pape. Mais il laisse entendre que le collège des évêques avec le pape possède aussi l’autorité suprême de façon habituelle. Ce qui revient à dire, pour simplifier, que l’Église serait bicéphale : le pape d’une part, et le collège ou l’assemblée des évêques avec le pape d’autre part. Ce qui est faux. Seul le pape possède le pouvoir suprême. De façon extraordinaire et ponctuelle, le pape peut faire participer les évêques de son autorité. C’est le cas d’un concile par exemple. Mais pas plus. Ce serait autrement introduire une forme de démocratie moderne dans l’Église.
   
L’œcuménisme enfin est peut-être l’erreur la plus visible et la plus facile à comprendre. Il a stoppé les merveilleux élans missionnaires des XIXe et XXe siècles, confortant les âmes dans leurs erreurs, décourageant les conversions, et finalement élargissant la voie qui mène en enfer.
Ce concile est un tout. C’est un esprit
Cependant, si le concile Vatican II reste nocif pour les erreurs qu’il véhicule, il faut comprendre que ce concile est un tout. C’est un esprit. Avec le texte, c’est un contexte. De sorte que ces erreurs ne sont pas des moments ponctuels de ce concile. Elles le qualifient dans sa totalité. C’est pourquoi, même s’il est possible de dire que l’on peut trouver de bons et traditionnels passages dans les textes, l’ensemble n’en reste pas moins le véhicule d’une pensée (philosophique et théologique) subjective et person- naliste. Faire le tri semble tout aussi insensé que de vouloir séparer dans flaltriun verre l’eau potable du poison qui s’y trouve mêlé… En ce sens, le concile Vatican II ne peut jamais être une référence.
   
L’article montre ensuite comment les réformes qui ont suivi ce concile sont non seulement imbues de ces erreurs mais plus encore imprégnées de l’esprit délétère de ce concile : le relativisme (ce qui revient au même que le subjectivisme et le personnalisme).
   
Ainsi la nouvelle messe, parce qu’elle favorise l’hérésie (on se souvient de la satisfaction des protestants à pouvoir y assister…), perd sa légitimité. Le problème n’est donc pas seulement dans sa validité ou non. Même une messe noire peut être valide, bien qu’il ne soit jamais permis d’y assister. Mais le nouveau rite n’exprime plus de façon satisfaisante (et c’est pourtant là la définition d’un sacrement : être un signe… qui signifie quelque chose!) la nature, l’essence du sacrifice. Voilà pourquoi Monseigneur Lefebvre parlait de messe bâtarde. Quelle force de loi peut donc avoir un tel rite?
Un nouveau code inacceptable comme tel
Après les sacrements, c’est la loi même de l’Église qui a été refondée. Le nouveau code de droit canonique se veut le propagateur du funeste Concile comme l’a écrit Jean Paul II lui-même dans l’introduction « Il reste à souhaiter que la nouvelle législation canonique devienne un moyen efficace pour que l'Église puisse progresser dans l'esprit de Vatican II » ? Tout comme pour le Concile, on retrouvera dans ce code quelques réformes qu’il fallait certainement faire, quelques améliorations qui tiennent compte de l’évolution des sociétés. Mais là encore, il s’agit d’un tout (ne dit-on pas LE code?), d’un ensemble, d’un esprit. Ce qui le rend inacceptable comme tel.
   
Enfin, cerise sur le gâteau, afin de faire passer toutes ces réformes, il faut une autorité. Les modernistes se sont donc efforcés de changer la notion d’autorité (de Magistère) pour la mettre au service… d’ellemême ! Ce qui est le propre du tyran ! C’est toute la question épineuse de la tradition vivante, et de l’herméneutique de la continuité qui ne sont que les déguisements du loup ravisseur qui se sert de cet apparat trompeur pour tout justifier…
Nous sommes un peu comme David face à Goliath
C’est un combat de géant que nous vivons aujourd’hui, et il serait téméraire de se le cacher. Nous sommes un peu comme David face à Goliath : le moderniste est l’assiégeant du traditionaliste, ardent défenseur des droits de Dieu. Loin de céder à la crainte obsidionale, terreau psychologique de tous les compromis, il est bon de prendre, comme David, notre fronde et nos pierres afin d’abattre l’ennemi. Pureté de la doctrine et dénonciation de l’erreur (et de leurs fauteurs…), chapelet et sacrifices, communions et confessions, voilà les armes de tout catholique qui ne veut pas tomber dans la nacelle du modernisme comme avaient failli le faire les israélites face aux philistins.
   
Que ces vacances soient alors l’occasion de lire cet article de l’abbé Gleize, et de reprendre l’un ou l’autre livre de Monseigneur Lefebvre ou encore quelque ouvrage propre à raviver l’esprit de combat qui est l’esprit chrétien. Car à force de se satisfaire de quelques conclusions mal ou pas du tout fondées ou de demi-vérités mal assurées, à force de ne plus contempler la vérité ni condamner l’erreur, on finit par tout relativiser. Ce qui serait tragique pour un catholique digne de ce nom. Car à force de ne plus penser comme il vit, il finirait par vivre comme il pense.