28 mai 2017

[Abbé Michel Simoulin, fsspx - Le Seignadou] On continue !

SOURCE - Le Seignadou - juin 2017


Pendant plus de 20 années, j’ai occupé des postes d’autorité: recteur, directeur, prieur-doyen, supérieur… Par la grâce de Dieu, depuis 2004 je suis en position de réaliser que je ne suis pas plus malin que les autres et de voir les choses avec plus de détachement. Quand on est supérieur, on risque facilement de croire qu’on a nécessairement raison, et, si l’on a un tempérament scrupuleux, pessimiste, méfiant, inquiet, susceptible, voire prétentieux ou arrogant – ce qui est un signe de médiocrité – , on peut même en venir à donner des leçons à ses propres supérieurs ! Et j’ai appris à redouter ce faux-pli intellectuel qui porte à considérer que tout autre supérieur est nécessairement dans l’erreur quand son jugement est différent !

Pourquoi vous confier cela ? Parce qu’il m’est arrivé de me tromper lorsque la crainte de me tromper (ou l’humilité) ne se mêlait pas à mes réflexions et à mes choix ! Je n’en suis pas spécialement fier mais cela m’a rendu peut-être plus prudent (à défaut d’humilité !) Mais ce retour en arrière m’a remis en mémoire certains souvenirs.

Je me souviens par exemple que, dans les débuts, Monseigneur encourageait ses prêtres à chercher des curés de paroisse disposés à les accueillir pour les mariages et recevoir les consentements, afin d’éviter les risques de contestation. Il nous est arrivé à tous de procéder ainsi, et nul n’y a trouvé à redire.

Ou encore, alors que j’étais tout jeune sous-diacre, j’avais accompagné Mgr Lefebvre aux obsèques de sa belle-sœur. Monseigneur avait hésité puis choisi d’assister à la messe (nouvelle) avant de donner l’absoute. Quelques jours plus tard, dans certains bulletins paraissait un article : Rallions-nous ! L’exemple vient d’en haut ! Née de l’église Conciliaire par Mgr Charrière, le 1er novembre 1970, dans le diocèse de Fribourg, la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X (FSSPX) retourne aujourd’hui à l’église Conciliaire !  Son fondateur, Mgr Marcel Lefebvre, donnait un bel exemple, le 30 juin 1980 en participant « activement » au rite Conciliaire... etc… Rien de nouveau sous le soleil !

Un autre souvenir plus récent est celui de certaines réflexions d’un vénérable correspondant, évoquant le thème trop connu de la communion à l’Eglise spirituelle, à la foi de l’Eglise sans nécessité de recours à la communion hiérarchique. C’est ce que les hétérodoxes de la fin du Moyen-Âge réclamaient et que le Concile de Constance a condamné en Jean Huss. Selon saint Thomas d’Aquin et ses meilleurs commentateurs, comme la nécessité n’a pas de loi, si le cas de nécessité se présente, la loi de l’Eglise n’empêche plus que le prêtre absolve même sacramentellement, dès lors qu’il a la puissance des clefs. C’est ce que l’on nomme la suppléance de l’Eglise : Ecclesia supplet. Mais quand nous parlons de l'Eglise, il s’agit de l’Eglise non séparée de sa tête visible. Cette suppléance de juridiction ne s’exerce que par la relation essentielle que tout ministre doit entretenir dans l'Eglise au moins avec le chef suprême.

Se dispenser du lien avec Pierre, vivre et agir comme s’il n’existait pas, reviendrait à se priver de ce pouvoir de suppléance.

Bref, je ne veux pas vous assommer avec mes souvenirs, mais ils font partie de la formation de mon esprit, sans doute limité et moins éclairé que d’autres… ce qui me préserve de vouloir donner des leçons à mes supérieurs.

Cela dit, j’observe que les actes de Jean-Paul II avec l’indult de 1984 et Benoit XVI avec le motu-proprio de 2007, qui avaient pour objet de reconnaître que la Messe Tridentine n’avait pas été abrogée et d’en permettre donc la célébration, souffraient d’un profond illogisme, en accordant la faculté de cette célébration à ceux qui ne contestent pas les doctrines du Concile Vatican II. Pourquoi illogisme ? Parce que la fidélité à la messe est intrinsèquement liée à la fidélité à la doctrine dont elle est l’expression et le rempart : Trente et sa Messe, ou Vatican II et sa messe. Le choix doit être total pour être cohérent. Et l’indult de 1984 était déjà incohérent : Qu’il soit bien clair que ces prêtres et ces fidèles n’ont rien à voir avec ceux qui mettent en doute la légitimité et la rectitude doctrinale du Missel Romain promulgué par le Pape Paul VI en 1970 et que leur position soit sans aucune ambiguïté et publiquement reconnue. C’est l’illogisme du fameux nullam partem, que ne démentira pas le motu-proprio de 2007. Si nous refusons le NOM, ce n’est pas parce qu’il est moins beau, ou pour une histoire de latin ou d’orientation, mais bien parce que, comme l’affirmait le Bref examen critique de 1969 : le nouvel ORDO MISSAE s'éloigne de façon impressionnante, dans l'ensemble comme dans le détail, de la théologie catholique de la Sainte Messe, telle qu'elle a été formulée à la XXème session du Concile de Trente, lequel, en fixant définitivement les "canons" du rite, éleva une barrière infranchissable contre toute hérésie qui pourrait porter atteinte l'intégrité du Mystère.[…] II est évident que le nouvel ORDO MISSAE renonce en fait à être l'expression de la doctrine que le Concile de Trente a définie comme étant de foi divine et catholique. Il n’est pas possible de séparer la Messe et la doctrine, et il est illogique de se contenter de la Messe sans combattre les doctrines qui la contredisent ! Certains s’en accommodent, je le sais, mais c’est une attitude boiteuse, qui ne fut pas celle de Mgr Lefebvre et n’est pas celle de la Fraternité. Alors, que Rome nous fasse quelques faveurs nous est agréable, mais cela ne peut pas nous satisfaire, et tant que Rome n’acceptera pas de nous donner une doctrine conforme à la Messe que nous célébrons, celle qui n’a jamais été abrogée, nous attendrons des heures plus favorables pour cesser notre résistance.

Quant à François, ses arguments sont différents, et ses actes sont d’une tout autre nature. En fait, il n’a pas d’arguments, et bouscule tout à son gré : doctrine, morale, droit canon, etc.  La situation est vraiment inédite et théologiquement absurde : « malgré la persistance objective, pour le moment, de la situation d’illégitimité dans laquelle se trouve la Fraternité Saint Pie X », il est reconnu que nous avons le droit de faire ce que nous faisons depuis quarante ans sans rien changer dans nos positions ! Bref, cela sous-entend, sans le dire, que l’état de l’Eglise est tel que nous pouvons administrer les sacrements validement ; c’est ce qui s’appelle l’état de nécessité, qui fonde la juridiction de suppléance !

Car le plus anormal est bien dans le fait que le pape n’a rien changé à ce que nous sommes : il ne nous a rien concédé, mais il dit aux fidèles que nos confessions sont valides (ce qui revient à admettre l’état de nécessité) et il dit à présent aux évêques qu’ils peuvent nous « concéder des permissions pour la célébration de mariages de fidèles qui suivent l’activité pastorale de la Fraternité ».

Pour faire cela, il n’invoque que son désir « d’éviter les débats de conscience chez les fidèles qui adhèrent à la FSSPX et les doutes sur la validité du sacrement de mariage, tout en facilitant le chemin vers la pleine régularisation institutionnelle ». Il s’agit donc d’une disposition en faveur des fidèles, et non d’un droit nouveau accordé à nos prêtres ! Ces actes ne sont en rien le fruit d’un accord quelconque entre Rome et la Fraternité, mais sont des actes unilatéraux, non sollicités ni obtenus par quelque manœuvre secrète. La Fraternité en a été informée comme tout le monde, par la presse ! Et leur raison d’être est clairement affirmée : il s’agit du bien des âmes, et non de la situation de la Fraternité ! Il est clair, et, en cela François est logique, qu’il espère que cela nous conduira à une régularisation institutionnelle, mais cela n’est pas inscrit dans les actes eux-mêmes.

Certains évêques, dont celui de Carcassonne et celui de Fréjus ont déjà suivi les indications de Rome en accordant à nos prêtres la faculté de célébrer les mariages, et je ne vois pas comment nous pourrions nous opposer à cela ! Pour demeurer purs de toute compromission, faudrait-il retourner son décret à notre évêque ? Dire à nos fidèles que nos confessions ne valent rien, puisque leur validité est admise par le Pape ?

Ne soyons pas idiots à force de vouloir être plus intelligents que les autres, et admettons que la situation est simplement absurde sans nous être défavorable : alors que nous sommes « hors-la-loi » nos sacrements sont reconnus valides et conformes au droit de l’Eglise ! Nous sommes toujours dans une situation d’illégitimité, mais compétents ! L’état de nécessité perdure et Rome n’y change rien mais déclare que ce que nous faisons en raison de cette nécessité correspond au droit de l’Eglise ! Certes, Rome souhaite que nous nous adressions aux évêques, et reconnaissions ainsi qu’il n’y a plus de nécessité, mais cela ne trompera personne : l’état de l’Eglise est chaque jour plus désastreux !

Tout cela a été clairement rappelé dans l’analyse du document faite par nos supérieurs le 8 avril 2017 : Cet état de grave nécessité dans l’Eglise n’a pas disparu. Il ne s’agit pas d’en nier la terrible réalité. […] Pour toutes ces raisons, les fidèles se trouvent dans une situation de nécessité qui leur permet de recourir aux prêtres de la Tradition. En vertu de la législation de l’Eglise, leur mariage est certainement valide. Qu’aujourd’hui le pape demande aux évêques de faciliter ce recours à la juridiction ordinaire, en assurant la régularité du témoin autorisé qu’est le prêtre recevant le consentement des époux, ne fait pas cesser cet état objectif de crise de l’Eglise.

Et nul doute que, dans l’hypothèse où l’Ordinaire refuserait et de désigner un prêtre délégué, et de « concéder directement les facultés nécessaires au prêtre de la Fraternité », celui-ci célébrerait validement en vertu de cet état de nécessité, tandis que l’évêque s’opposerait manifestement à la volonté du chef suprême de l’Eglise.

Que tous se rassurent donc : nous conservons toujours la possibilité de confesser et de célébrer nos mariages comme toujours, sans rien demander à l’ordinaire ou au curé du lieu, en raison de cet état de nécessité. Le texte n’impose aucune obligation, et se limite à offrir une possibilité. Libre à nous d’en user ou non.

Alors, comme disait Mgr Ducaud-Bourget : on continue, sans nous laisser troubler par les inquiets semeurs d’inquiétude et de méfiance ! N’oublions pas de prier avant de parler ou d’écrire, et de prier encore après l’avoir fait.

Par les mérites infinis du Très Saint Cœur de Jésus et du Cœur Immaculé de Marie, je vous demande la conversion des pauvres pécheurs que nous sommes.

27 mai 2017

[Anne Le Pape - Présent] "Tout peut arriver" : Entretien avec l’abbé Alain-Marc Nély

SOURCE - Présent - 27 mai 2017


L’abbé Nély est, depuis plus de dix ans, second Assistant de Mgr Fellay, Supérieur général de la Fraternité Saint-Pie X. Ses activités lui font parcourir le monde en des voyages parfois harassants, et ses pas le portent également souvent à Rome. 
— Monsieur l’abbé, vous que vos fonctions amènent à beaucoup voyager, pouvez-vous nous raconter des rencontres originales faites au cours de vos déplacements ?  
— Il y a, certes, des rencontres étonnantes dans les avions ou les aéroports. Le costume ecclésiastique que je porte permet à ceux que je croise de savoir à qui ils s’adressent. Il m’est arrivé quelquefois – je me souviens précisément de l’aéroport de Tokyo ou de celui de Zurich – de rencontrer des évêques, qui réagissent plus ou moins bien, ou des prêtres qui viennent me voir, ont envie de discuter, veulent connaître la Fraternité. Mais nous passons de l’aéroport au prieuré et du prieuré à l’aéroport dans des délais courts, qui ne laissent pas beaucoup de place aux entrevues inopinées. 

Une rencontre faite au cours de mon dernier voyage au Vanuatu, au mois de février, me revient à l’esprit. Nous venons d’ouvrir là-bas une mission dans un village et je voulais rencontrer l’évêque du lieu pour faire sa connaissance. J’arrive donc dans la cour de l’évêché avec l’abbé Bochkoltz, qui s’occupe du Vanuatu, de la Nouvelle-Calédonie et de la Nouvelle Zélande. J’aperçois un monsieur corpulent en maillot bleu, pieds nus dans des sandalettes. Je lui dis que je suis de la Fraternité Saint-Pie X et que j’aimerais rencontrer l’évêque. « Ah non ! Il n’a rien à faire avec vous, me répond-il, vous êtes hors de l’Eglise... » « Mais qui êtes-vous ? » lui dis-je alors. « Je suis l’évêque... » « Monseigneur, je suis désolé, je suis l’abbé Nély, deuxième Assistant, etc. » « Mais vous venez dans mon diocèse mettre la pagaille », me répond-il. « J’ai rencontré le Saint-Père il y a quelques jours, il a été beaucoup plus agréable que vous ! » lui ai-je rétorqué. Je lui montre une photo sur laquelle je suis avec le pape François. Changeant alors complètement d’attitude, il m’a dit à ce moment-là qu’il nous tolérait, et nous nous sommes quittés là-dessus. Je lui ai promis de lui envoyer un petit mot de Rome lors de mon prochain séjour... 
— A propos des conversations avec Rome, sentez-vous, après les avancées faites par le pape François (à propos des confessions, des mariages...), un changement d’attitude des évêques vis-à-vis de la Fraternité ? 
— Deux évêques en France ont transmis tout pouvoir pour les mariages à la Fraternité, Mgr Planet, évêque de Carcassonne, et Mgr Rey, évêque de Toulon. Un évêque en Nouvelle Zélande l’a fait également, et le nonce en Argentine a écrit à tous les évêques pour leur demander de laisser à la Fraternité les coudées franches. 
— Ne s’agit-il pas d’avancées importantes ? 
— Certes ! Nous sommes en train actuellement de rédiger un directoire pour expliquer la teneur de ce document et dans quelle mesure il nous revient de l’appliquer en respectant la volonté du Saint-Père. Je pense que cela prendra quelques mois pour que les choses soient claires dans l’esprit des prêtres et dans celui des fidèles, car il s’agit d’une situation relativement nouvelle. 
— Sans vous demander de révéler de secret, je ne peux pas ne pas vous poser la question : tous s’interrogent à propos d’une déclaration du pape vis-à-vis de la Fraternité... On parlait de Fatima le 13 mai dernier, on évoque désormais le 7 juillet, anniversaire du motu proprio libérant la messe traditionnelle. Cela repose-t-il sur un fondement solide ? 
— J’ai entendu parler de ces deux dates possibles. Je n’en vois pas les fondements. On a dit Fatima parce que le pape sait que les prêtres de la Fraternité sont très dévots à Fatima. Quant au 7 juillet, nous n’en savons rien non plus, mais tout peut arriver. Seulement, on ne voit pas pourquoi ces deux dates ont été émises à propos de cette déclaration. 
— La Fraternité ne cherche-t-elle pas à acquérir actuellement une maison au centre même de Rome, donc plus proche que le prieuré d’Albano, lui-même un peu excentré ? 
— Ce n’est pas nouveau puisque, quand j’ai été nommé supérieur d’Italie en 2004, une de mes priorités absolues était de trouver juste- ment un endroit à Rome, notamment une église plus visible que celle de la Via Urbana où nous célébrons la messe depuis maintenant à peu près trente ans, située entre Sainte- Marie-Majeure et Termini. Il s’agit d’un local aménagé qui ne peut contenir qu’une petite cinquantaine de personnes. En 2006, quand j’ai été élu deuxième Assistant, l’abbé Pagliarani est devenu Supérieur du District d’Italie, et il a continué à chercher. Ensuite l’abbé Petrucci, qui lui a succédé, a fait de même.

Actuellement, nous avons en vue trois ensembles immobiliers, qui pourraient chacun nous permettre de nous installer à Rome. La Maison généralice restera dans tous les cas à Menzingen, mais il serait bon d’avoir un pied- à-terre à Rome, une « procure » selon le nom coutumier, comme en ont d’ailleurs toutes les congrégations.

Ce que nous souhaitons, de plus, c’est d’avoir un institut, un centre universitaire, un lieu où l’on pourrait donner des conférences, l’équivalent de ce que l’on fait à Paris avec l’Institut Saint-Pie X.

Donc oui, nous cherchons à Rome un lieu où nous puissions avoir simultanément un pied-à-terre pour la Maison généralice, une belle église et des locaux universitaires. Prions pour que ce projet puisse se réaliser enfin ! 
— Les facilités données à la Fraternité par le pape pour les confessions et les mariages concernent-elles de la même façon les « congrégations amies » ? 
— En principe, ce qui touche la Fraternité Saint-Pie X regarde aussi les congrégations amies. C’est prévu dans l’ébauche de statuts de la prélature. Il est clair que la Fraternité n’est pas une entité séparée de ceux qui voudraient continuer à la suivre dans le combat actuel. 
— Voudriez-vous ajouter quelque chose pour les lecteurs de Présent... journal que vous avez vous-même vendu, je crois, dans le métro ? 
— Avec les fondateurs, oui, dont j’étais très proche, Bernard Antony, Max Champoiseau, au métro Opéra, je me souviens très bien ! Mais c’était alors le mensuel, avant la fondation du quotidien. J’ai bien connu aussi Jean Madiran... Ce sont des souvenirs qui restent profondément gravés dans ma mémoire.

J’encourage Présent, bien sûr, à continuer ce travail difficile qu’il mène, libre de toute servitude, et ses lecteurs à le soutenir activement. 

Propos recueillis par Anne Le Pape

26 mai 2017

[Abbé Lorans, fsspx - FSSPX Actualités] Contre « l’enfouissement », une procession en plein cœur de Paris

SOURCE - FSSPX Actualités - 26 mai 2017


Dans l’après-Concile, c’est une « pastorale de l’enfouissement » qui était en vigueur. Il s’agissait pour les prêtres d’être invisibles, et ils se mirent en civil. Il fallait que les fidèles se contentent d’assurer une simple « présence », un « témoignage » si discret qu’il en devenait incolore, inodore et insipide. On n’évangélisait plus, on dialoguait. On ne prêchait plus, on proposait.

Tel n’est pas l’esprit qui se manifestera le lundi de Pentecôte, à travers les rues de Paris. En début d’après-midi, les pèlerins de Chartres entreront en procession, depuis la Porte de l’Hippodrome jusqu’aux Invalides, en passant par le Trocadéro et la Tour Eiffel. Fatigués physiquement par cette marche de plus de 100 km, mais spirituellement réconfortés par ces trois jours de prière, ils retrouveront les accents enthousiastes du Lauda Sion Salvatorem, composé par saint Thomas d’Aquin :

« Sit laus plena, sit sonora, sit jucunda, sit decora mentis jubilatio. Que la louange soit pleine, qu’elle soit sonore, qu’elle soit joyeuse, qu’elle soit belle la jubilation de l’esprit ! »

Laisserons-nous ces milliers de pèlerins proclamer sans nous la gloire de Dieu ? Resterons-nous enfouis dans nos appartements, dans une torpeur confortable ? Non ! Tous ensemble sous le manteau de Notre-Dame de Fatima, à l’ombre de la cathédrale Saint-Louis des Invalides, nous dirons haut et fort que le Cœur immaculé est notre refuge inexpugnable en ces temps troublés. Nous nous réunirons tous pour manifester notre confiance inébranlable, car à la fin c’est bien ce Cœur qui triomphera !


Abbé Alain Lorans


[Marco Brunner - Le Temps] Au CHUV, les intégristes d'Ecône prient contre l’avortement

SOURCE - Le Temps - 26 mai 2017


Pour «réparer les crimes de l’avortement», la Fraternité Saint-Pie X utilise la chapelle du CHUV pour y dire des prières expiatoires. Depuis une dizaine d’années. Assurant qu’elle «tombe des nues», la direction de l’hôpital prend des mesures pour défendre le droit à l’interruption de grossesse

Cela se passe le 13 de chaque mois à 19h30 à la chapelle du CHUV, le centre hospitalier universitaire vaudois. Des croyants intégristes sont appelés à se rendre dans ce lieu de culte afin d’y prier «pour réparer les crimes de l’avortement». Ainsi que Le Temps l’a constaté, l’invitation figure dans le bulletin mensuel de la Fraternité Saint-Pie X, un courant plus familièrement connu sous le nom d’Ecône.

Il ressort de la même publication que, le samedi 13 mai, au moment même où le pape François célébrait à Fatima, au Portugal, le centenaire des apparitions de Marie, la Fraternité commémorait le miracle de son côté par une «messe votive» au CHUV.

Chapelle sans surveillance permanente

Le principal établissement hospitalier vaudois est-il donc devenu un lieu de présence privilégié pour le mouvement religieux conservateur? «Tout le monde ici tombe des nues», répond François Rouiller, responsable de l’aumônerie du CHUV, assurant tout ignorer de ces manifestations. «En soi, nous ne pouvons pas exclure que de telles prières aient pu avoir lieu, même sans notre accord», précise-t-il, car la chapelle n’est pas surveillée en permanence.

Propriété du CHUV, et donc de l’Etat de Vaud, la chapelle en question est un lieu œcuménique, dédié au soutien spirituel pour les patients et leurs familles. Elle est gérée par le service d’aumônerie de la cité hospitalière, pour lequel une vingtaine de théologiens, pasteurs et prêtres assurent une présence sept jours sur sept, en collaboration avec les Eglises protestantes et catholiques.
 François Rouiller insiste sur le fait qu’il n’existe aucun lien entre l’aumônerie, sa chapelle et la Fraternité. Il se demande du reste comment cette communauté a fait pour célébrer une messe votive sans accès à la sacristie.

«La vie doit être défendue»

Le jeune abbé Jean de Loÿe, 30 ans, responsable de la paroisse lausannoise de la Fraternité Saint-Pie X, confirme au Temps l’existence de ces prières. Non seulement elles ont lieu à la chapelle, mais elles se tiennent depuis au moins une dizaine d’années, affirme-t-il. «Il ne s’agit pas d’une manifestation revendicative. Mais la vie doit être défendue», explique-t-il.

L’abbé ne veut donner aucune précision sur le choix du CHUV pour ces prières. On peut toutefois imaginer que cet hôpital n’est pas choisi au hasard, étant l’un des sites où se pratiquent le plus d’avortements en Suisse romande. Selon les chiffres fournis par le CHUV, 757 interruptions de grossesse ont été effectuées en 2015 au Département femme-mère-enfant. Au niveau suisse, l’Office fédéral de la statistique a enregistré pour la même année 10 255 cas. Une légère baisse est constatée depuis quelques années, surtout parmi les jeunes femmes.

Une bénévole à l’œuvre ?

Une congrégation religieuse qui se flatte d’organiser des prières réparatrices au CHUV, une direction d’hôpital qui n’a rien vu, quelle est la réalité? Ce qui semble sûr, c’est qu’il n’y a jamais eu dans la chapelle de l’hôpital de rassemblement important de chrétiens traditionalistes. «La chapelle est un lieu apprécié par beaucoup d’employés de l’hôpital qui l’utilisent pour y faire de la méditation pendant les pauses, relève Pierre-François Leyvraz, le directeur général du CHUV. Elle est ouverte à toutes les croyances et nous ne voulons pas faire de la police.»

Tout en répétant n’avoir rien remarqué, les responsables de l’hôpital formulent l’hypothèse qu’une ancienne bénévole de l’hôpital pourrait être au centre de ces prières, qui ne réuniraient qu’un nombre très réduit de personnes. Le nom de cette bénévole apparaît en tout cas aussi dans le bulletin de la Fraternité.

Le CHUV réagit

Interrogé par Le Temps, le conseiller d’Etat Pierre-Yves Maillard, responsable politique du CHUV en tant que chef du Département de la santé et de l’action sociale (DSAS), indique que «si cette pratique est avérée, la direction du CHUV fera en sorte que ce lieu de recueillement propriété de l’Etat ne soit plus utilisé pour la diffusion de messages mettant en cause le droit à l’avortement».

Au CHUV, des mesures sont en effet annoncées. Le service de sécurité a reçu l’instruction de fermer la chapelle le 13 du mois entre 19h et 20h. De plus, une lettre sera envoyée ces prochains jours à la Fraternité Saint-Pie X pour lui signifier cette interdiction d’accès et lui demander de supprimer de son bulletin l’annonce des prières. «L’avortement est un droit. En tant que service de l’Etat nous défendons la loi et ne voulons pas du prosélytisme dans nos locaux», ajoute le directeur Pierre-François Leyvraz.

Un droit remis en cause

Le mouvement d’Ecône, présent à Lausanne depuis une trentaine d’années, a récemment créé la surprise avec son emménagement en février dans la chapelle de l’ancien Institut Mont-Olivet. L’interruption de grossesse est légalisée en Suisse depuis 2002, dans les douze premières semaines. Une légalisation que les milieux conservateurs n’ont pas acceptée et tentent de remettre en cause.

22 mai 2017

[Paix Liturgique] Avec le Cardinal Sarah, la liturgie est en de bonnes mains

SOURCE - Paix Liturgique - lettre 595 - 22 mai 2017

« Nous devons être reconnaissants au Pape François d’avoir placé un tel maître spirituel à la tête de la Congrégation qui est responsable de la célébration de la Liturgie dans l’Église. » Benoît XVI, Pape émérite
     
Touché par le dernier livre du cardinal Robert Sarah, La Force du silence (Fayard, 2016), le Pape émérite Benoît XVI a tenu à rédiger la préface à l'édition allemande qui sort chez fe-verlag à la fin du mois. La version anglaise de ce texte, qui fera désormais office de postface aux rééditions du livre dans les autres langues, a été diffusée la semaine dernière par le site de la revue conservatrice américaine First Things. Nous sommes heureux de publier cette semaine, la version française officielle de ce texte, préparée par les éditions Fayard, qui confirme, comme nous l'avions écrit dès le 3 décembre 2014 (voir notre lettre 467), l'excellence et la continuité du choix fait par le Pape François en matière liturgique.
     
Depuis que j’ai lu, dans les années 50, les épîtres de Saint Ignace d’Antioche, je suis resté particulièrement impressionné par un passage de sa Lettre aux Éphésiens : “Il est préférable de rester silencieux et d’être que de parler et de n’être pas. Il est beau d’enseigner si l’on fait que ce que l’on dit. Il n’y a qu’un seul Maître qui a dit et a fait, et les œuvres qu’il a faites dans le silence sont dignes du Père. Celui qui possède vraiment la Parole de Jésus peut entendre Son silence même, afin d’être parfait, afin d’œuvrer par Sa parole et être connu par le seul fait de rester dans le silence” (15, 1s.). 
Que signifie entendre le silence de Jésus et Le reconnaître à Son silence? Les Évangiles nous apprennent que Jésus a continuellement vécu les nuits, seul, “sur la montagne” à prier, en dialoguant avec Son Père. Nous savons que Son langage, Sa parole, provient de cette permanence dans le silence et que c’est seulement dans ce silence qu’elle pouvait donner du fruit. Il apparaît donc clairement que Sa parole ne peut être comprise de façon juste que si l’on pénètre dans Son silence même; on ne peut apprendre à l’écouter qu’en demeurant dans ce silence.
     
Certes, pour interpréter les paroles de Jésus, il est indispensable d’avoir une compétence historique qui nous apprend à comprendre le temps et le langage de Son époque. Mais, dans tous les cas, cela ne suffit pas pour saisir vraiment le message du Seigneur dans toute sa profondeur. Celui qui, de nos jours, lit les commentaires des Évangiles, devenus toujours plus volumineux, reste finalement déçu. Il apprend beaucoup de choses utiles sur le passé, et de nombreuses hypothèses, lesquelles ne facilitent en rien la compréhension du texte. À la fin, on a la sensation qu’il manque quelque chose d’essentiel à cette surabondance de mots : la nécessité d’entrer dans le silence de Jésus d’où sa Parole prend naissance. Si nous ne réussissons pas à entrer dans ce silence, nous n’écouterons Sa parole que de façon superficielle et, en conséquence, nous ne la comprendrons pas vraiment.
      
Toutes ces considérations ont de nouveau traversé mon âme à la lecture du nouveau livre du cardinal Robert Sarah. Il nous enseigne le silence : surtout à rester en silence avec Jésus, le vrai silence intérieur, et c’est justement ainsi qu’il nous aide à comprendre d’une façon nouvelle la parole du Seigneur. Naturellement, il ne nous parle que très peu ou pas de lui-même, mais, cependant, de temps en temps, il nous permet de jeter un regard sur sa vie intérieure. A Nicolas Diat qui lui demande : “Dans votre vie, vous est-il arrivé de penser que les mots deviennent trop ennuyeux, trop lourds, trop bruyants?”, il répond : “… Quand je prie et, dans ma vie intérieure, j’ai souvent ressenti l’exigence d’un silence plus profond et plus complet… Les jours passés dans le silence, dans la solitude et dans le jeûne absolu ont été d’une grande aide. Ils ont été une grâce incroyable, une lente purification, une rencontre personnelle avec Dieu… Les jours en silence, dans la solitude et le jeûne, avec la Parole de Dieu comme unique nourriture, permettent à l’homme d’orienter sa vie vers l’essentiel” (réponse n. 134, p. 156; édition française pp. 113-114). Dans ces lignes apparaît la source de vie du Cardinal qui confère à sa parole une profondeur intérieure. C’est là le fondement qui lui permet de reconnaître les dangers qui menacent de façon continuelle la vie spirituelle, et en particulier celle des prêtres et des évêques, touchant ainsi l’Église elle-même, dans laquelle, à la Parole, se substitue trop souvent un verbiage dans lequel se dissout la grandeur de la Parole. Je voudrais citer une seule phrase qui peut être à l’origine d’un examen de conscience pour tous les évêques : “Il peut arriver qu’un prêtre bon et pieux, une fois élevé à la dignité épiscopale, tombe rapidement dans la médiocrité et la préoccupation des choses temporelles. Succombant ainsi sous le poids des charges qui lui sont confiées, mû par le désir de plaire, préoccupé par son pouvoir, son autorité et les nécessités matérielles de sa fonction, il se délite peu à peu” (réponse n.15, p.19 ; édition française p. 39).
      
Le cardinal Sarah est un maître spirituel qui parle en se fondant sur une profonde intimité avec le Seigneur dans le silence; Par cette unité avec Lui, il a vraiment quelque chose à dire à chacun de nous.
      
Nous devons être reconnaissants au Pape François d’avoir placé un tel maître spirituel à la tête de la Congrégation qui est responsable de la célébration de la Liturgie dans l’Église. Pour la Liturgie, comme pour l’interprétation de l’Ecriture Sainte, il est nécessaire d’avoir une compétence spécifique. Il est également vrai que, dans le domaine de la liturgie, la connaissance du spécialiste peut, en fin de compte, ignorer l’essentiel, si elle n’est pas fondée sur l’union profonde et intérieure avec l’Église orante, qui apprend sans cesse de nouveau du Seigneur lui-même ce qu’est le culte. Avec le Cardinal, un maître du silence et de la prière intérieure, la Liturgie est en de bonnes mains.
     
Cité du Vatican, Semaine de Pâques 2017
Benoît XVI, Pape émérite

[Mgr R. Michael Schmitz, icrsp - Lettre à Nos Amis et Bienfaiteurs de la Province de France] Nos oblats au service du Sacerdoce catholique Editorial

SOURCE - Mgr R. Michael Schmitz, icrsp - Lettre à Nos Amis et Bienfaiteurs de la Province de France - mai 2017

Chers amis de l'Institut,

Par la grâce de Dieu, l'Institut du Christ Roi Souverain Prêtre peut se réjouir de beaucoup de vocations. Notre Séminaire international à Gricigliano est plein de jeunes hommes venant de France et du monde entier, qui ont trouvé dans la forme canoniale et communautaire de notre vie l'atmosphère connaturelle à leurs âmes de futurs prêtres. Ils se préparent avec l'aide de leurs supérieurs et professeurs à devenir chanoines, c'est-à-dire à consacrer leurs jeunes existences à Dieu par la liturgie solennelle de l'Office Divin et aux hommes de notre temps par la fidélité à la foi catholique toute entière. Les chanoines séculiers ont toujours constitué une tête de pont entre Dieu et le monde, justement par le fait de rendre accessible au milieu de la cité tous les mystères de Dieu dans leur forme la plus soignée. Depuis le début, sans faire ni ombre ni concurrence à la vocation de prêtre diocésain, les chanoines séculiers vivant en communauté ont attiré des vocations cherchant cette vie commune et, à leur place, ont pu contribuer à la grande culture catholique. Nous sommes heureux de pouvoir continuer cette tradition plus que millénaire et d'introduire nos jeunes dans cette vie typiquement canoniale entre liturgie et pastorale.

Pourtant, notre Institut ne se compose pas seulement de vocations sacerdotales. Tous connaissent désormais nos Sœurs Adoratrices du Cœur Royal de Jésus Souverain Prêtre qui jouissent aussi de nombreuses jeunes vocations (sept postulantes cette année !). Une autre vocation importante pour notre vie canoniale qui attire également de plus en plus de jeunes hommes au service du Seigneur reste pour le moment trop peu connue en France : nos oblats, c'est-à-dire des jeunes hommes qui se sentent destinés à se consacrer au sacerdoce de Jésus Souverain Prêtre par une vie de prière liturgique avec les chanoines et par le service rendu au ministère sacerdotal dans notre Institut.

La vocation d'oblat dans l'Institut du Christ Roi Souverain Prêtre est née providentiellement. Peu de temps après la fondation de l'Institut, des jeunes hommes se sont présentés aux Supérieurs:sans avoir la vocation sacerdotale, ils voulaient rejoindre notre vie canoniale pour pouvoir servir Dieu et son Église. D'autres ont pu comprendre après quelques années au séminaire que c'était cette voie que le Seigneur avait choisie pour eux. Le nombre d'oblats a connu une croissance lente, mais continuelle, initialement en Allemagne et aux États-Unis, puis en France, de sorte qu'à l'heure actuelle ils constituent déjà plus de 10% des membres de notre Institut canonial. Les oblats participent pleinement à notre vie communautaire et liturgique, peuvent recevoir des ordres jusqu'au diaconat selon leur vocation spécifique, et aident le sacerdoce selon leurs différentes compétences professionnelles, par exemple comme instituteurs, catéchistes, intendants, sacristains, organistes, artistes, cérémoniaires, administrateurs ou dans une autre fonction qui convienne à leurs talents personnels.

Pour commencer leur période de formation de cinq ans qui se déroule dans une de nos maisons dans leur pays natal, ils doivent avoir 18 ans accomplis et avoir obtenu le Baccalauréat, un équivalent ou une formation professionnelle. Pendant leur formation, ils reçoivent des cours de latin et d'autres langues si nécessaire, de spiritualité, de liturgie, de théologie et d'autres instructions appropriées à leur vocation ainsi qu'une formation professionnelle si leur charge le demande. Leur participation à notre vie commune et leurs fonctions dans la liturgie contribuent à leur croissance humaine et spirituelle. Non seulement le Prieur de la maison, mais aussi un délégué du Prieur Général pour les oblats veillent que rien ne leur manque et que leur vocation se développe sans difficulté et joyeusement dans le service du Seigneur. Comme les séminaristes, ils sont toujours libres s'ils choisissaient une autre vocation. C'est « la liberté de la gloire des enfants de Dieu » (Rom 8,21) qui fait une bonne vocation, et cela vaut aussi pour nos oblats ! Dans cet esprit, ils revêtent la soutane après les premières années de formation et ils émettent une promesse conclusive à la fin de celles-ci.

Il est temps que cette belle vocation, pleinement incorporée dans notre Institut depuis longtemps, soit plus connue partout. Pendant mes voyages continuels pour notre Institut, je vois souvent des familles nombreuses avec beaucoup de garçons, ou d'autres jeunes hommes proches de la vie de l'Église. Tous n'ont pas la vocation, bien sûr, mais parmi ceux auxquels le Seigneur adresse sa voix pour qu'ils le suivent il y aura certainement, dans le présent comme dans le passé, ceux avec cette vocation particulière au service du Souverain Prêtre comme oblat. Il n'y a pas de crise de vocation puisque le Seigneur appelle toujours, mais il y a une crise de discernement des vocations puisque les vocations ne sont pas suffisamment encouragées quand elles ne sont pas empêchées. Encourageons donc toute vocation, pour le sacerdoce, pour l'oblature, pour la vie de sœur religieuse ! Certes, chaque vocation engendre un sacrifice, mais toute vocation pour Dieu suivie avec générosité procure un contentement que le monde ne donnera jamais. Dieu a toujours appelé pour différents services, n'empêchons-en aucun, et surtout pas par mondanité ! Aider une jeune âme à la découverte et à la poursuite de sa vocation en toute liberté est le plus grand service qu'on puisse lui rendre.

C'est l'un des buts centraux de notre Institut. Nous vous remercions de nous aider à la réalisation de ce but auquel sert notre Séminaire International à Gricigliano, la formation de nos oblats et le noviciat de nos sœurs. Votre soutien par la prière et votre générosité matérielle pour notre Province de France aidera aussi nos oblats en formation. Je vous remercie de tout cœur de tout ce que vous faites pour nous tous et je vous assure de mes prières fidèles à l'autel du Seigneur pour nos amis et bienfaiteurs.

Avec mes meilleurs vœux pour un temps pascal plein de grâce, je reste bien à vous in Christo Rege,

Mgr R. Michael Schmitz, Vicaire Général dans l'Institut, Provincial de France

N.B. : Dans cette lettre provinciale vous trouverez la bonne nouvelle d'une Confrérie de la Consolation pour les âmes du Purgatoire érigée dans la chapelle de la maison provinciale. S'il vous plaît, lisez attentivement ce que vous pouvez faire pour aider ces âmes qui ont tous besoin de nous !

[Anne Le Pape - Présent] «Que de grâces obtenues!» - Entretien avec l’abbé Loïc Duverger, responsable du pèlerinage de Tradition

SOURCE - Anne Le Pape - Abbé Loïc Duverger - Présent - 19 mai 2017

— Monsieur l’abbé, vous êtes cette année responsable du pèlerinage de tradition. Quel en est le thème?
— 2017 est le centenaire des apparitions de la Vierge Marie à Fatima. Tout naturellement, nous avons puisé dans le thème du pèlerinage dans son magnifique message : « Mon Cœur Immaculé sera ton refuge. »
Ce message si particulier de Marie doit être connu par tous les chrétiens. Trois jours de marche et de prière ne seront pas de trop pour apprendre à le connaître, à l’aimer, à le mettre en pratique. Cette dévotion essentielle doit être celle de tous les catholiques aujourd’hui, tellement sont extraordinaires les promesses qui y sont attachées : « A qui embrassera cette dévotion, je promets le salut. Ces âmes seront chéries de Dieu. » Que demandez de plus dans le monde si incertain que nous traversons ?
— D’après le nombre d’inscriptions déjà enregistrées, pensez-vous que l’affluence sera particulièrement importante en cette année anniversaire des apparitions de Fatima?
— Nous souhaitons de tout cœur que les inscriptions soient de plus en plus nombreuses. La Fraternité Saint-Pie X organise en août prochain un grand pèlerinage à Fatima. Beaucoup de fidèles se préparent à y participer. Ce sera un rassemblement extraordinaire, nous pourrons en reparler.
Le pèlerinage de Chartres a une valeur particulière. Il est irremplaçable pour la survie de nos nations et leur retour à leur vocation chrétienne. Pensez donc : trois jours de marche, de prières et de sacrifices accomplis par des milliers de catholiques. Quelle belle supplication vers le Ciel et, en retour, que de grâces obtenues !
— Avez-vous l’impression que des pèlerins hésitants à vous rejoindre se décident à la suite des ouvertures faites par le Pape à votre endroit (confessions reconnues valides officiellement, par exemple)?
— Le pèlerinage est ouvert à tous. Les fidèles inquiets, encouragés par les ouvertures faites par le Pape à notre endroit, ne doivent pas hésiter à venir désaltérer leur âme aux sources pures de la Tradition catholique. Les âmes, étouffées par le matérialisme ambiant, y trouveront la vie surnaturelle qui seule apporte la paix et la joie. Le pèlerinage reste l’occasion privilégiée d’en voir les effets et d’en goûter les bienfaits.
— Partir en pèlerinage, prier pour la France n’est-il pas particulièrement important cette année?
— Il faut le répéter, en matière politique, malgré les efforts de beaucoup et de beaux succès, il n’y aura de victoire totale et durable que si la France revient à sa vocation de nation catholique, fille aînée de l’Eglise. Malheureusement, beaucoup n’y croient pas et usent leur force pour des réussites qui seront sans lendemain. Les gens de bien combattent et souvent avec une belle ardeur, mais c’est Dieu qui donne la victoire. Et cette victoire, Dieu la donne aux peuples qui savent se mettre à genoux et le supplier par des sacrifices et des prières publiques. Le pèlerinage de Tradition est une des plus belles supplications publiques. Nous sommes certains qu’il est à la source du courage, de la force et, à l’heure de Dieu, de la victoire de ceux qui combattent pour le règne du Christ qui aime les Francs.
Propos recueillis par Anne Le Pape

[Pierre Saint-Servant - Présent] «Vous n’êtes pas seul» - Entretien avec l’abbé Alexis Garnier, aumônier du pèlerinage Notre-Dame de Chrétienté

SOURCE - Pierre Saint-Servant - Abbé Alexis Garnier - Présent - 19 mai 2017

— Pour cette nouvelle édition, le thème du pèlerinage met à l’honneur la Sainte Vierge, avec toujours cette ligne directrice de rappeler les fondamentaux de la foi ?
— Effectivement. La Sainte Vierge est à l’honneur, pour plusieurs raisons. D’abord, ce pèlerinage est marial ; il est né au Mesnil Saint-Loup, sous l’égide de Notre-Dame de la Sainte Espérance, et il conduit à Chartres, reliquaire du voile de la Vierge. « De votre nom des villes à votre nom des champs », disait Péguy en une belle formule. Son fil est le chapelet qui porte la prière des pèlerins. Beaucoup se consacrent à Marie le dimanche soir (plus de 600 cette année). De plus, nous vivons le centenaire des apparitions de Fatima. Nous avons aussi choisi de méditer sur l’invocation « Sainte Marie, Mère de Dieu ».
— Nous sortons d’une période électorale fébrile, qui a démontré que la crise spirituelle s’aggrave. Que viennent chercher les marcheurs durant ces trois jours ?
— Plus que jamais se vérifie l’alternative lapidaire formulée par le cardinal Sarah ; « Dieu, ou rien ». Et le « rien », c’est la tentative d’effacer les derniers fondements de la loi naturelle. Effrayante conséquence et prolongement moderne du « vous serez comme des dieux », inspiré par l’ange révolté. Alors, les pèlerins de Chartres viennent d’abord pour répondre à l’appel de Dieu. Un « fiat », un oui à la voix du Créateur, au milieu de bien des « non serviam », des négations et des refus de Dieu. Ils viennent prier, se détacher, s’entraider sur la route de Chartres. Ils viennent adorer, à l’école de la liturgie traditionnelle, (re)découverte lors des grand-messes de chaque jour. Ils viennent s’agenouiller… pour mieux se relever et rester debout dans les difficultés. Cet acte de prière, de pénitence, de foi et de charité les fortifie. Il permet de prendre et tenir des engagements au service de l’Eglise et de la Cité. Il élève et consolide les liens de famille, de communauté. Le pèlerinage redit à chacun de nous : « Vous n’êtes pas seul ! »
— Le pèlerinage est vigoureux, les jeunes générations s’y pressent nombreuses et s’y succèdent. Péguy parlait de « ceux qui se taisent, les seuls dont la parole compte », c’est donc cette relève qui vient « se taire » quelques jours pour mieux faire entendre la voix catholique ?
— Nous ne faisons pas de « jeunisme ». Nous devons beaucoup aux anciens, qui ont suscité cette belle œuvre. D’une main, nous voulons recevoir avec reconnaissance cet héritage de la Tradition catholique et française, de l’autre nous voulons y apporter notre contribution ; nos talents, nos forces mises au service du vrai, du bien, du beau. Et il y a une jeune génération qui se lève avec courage, effectivement. C’est un signe d’espérance face aux attaques que l’Eglise et la France ont à endurer aujourd’hui. Le silence de ces journées de pèlerinage est fécond, pour qui sait y entrer. Il est plein de Dieu. Il donne ensuite le courage de témoigner de la vérité, de professer la foi sans peur et sans complexe.
Propos recueillis par Pierre Saint-Servant

21 mai 2017

[Mgr Williamson - Initiative St Marcel] Consécrations Accomplies

SOURCE - Mgr Williamson - Initiative St Marcel - 20 mai 2017

L’Eglise séculaire ne peut périr.
Quand les hommes feront sans faiblir
Comme Notre-Dame a demandé,
Ils verront sa promesse se réaliser
Grâce, sans doute en partie, aux prières de nos lecteurs, les deux Consécrations, celle de Mgr Zendejas et celle de la Russie, se sont bien déroulées, les 11 et 12 mai respectivement à Vienne, en Virginie, aux États-Unis. Le 11 mai, la météo n’était pas brillante : il tombait des trombes d’eau. Mais la tente, parfaitement étanche, abritait environ 500 personnes venues de tous les États-Unis, quelques-unes d’encore plus loin. Le 12 mai, le temps s’est un peu rétabli pour la première Messe Pontificale du nouvel évêque, et pour la Consécration de la Russie devant une assemblée à peine plus réduite que la veille.

Nous avons tout particulièrement à remercier l’abbé Ronald Ringrose, curé Traditionnaliste de Vienne, car c’est sur sa paroisse que cette double Consécration a pu avoir lieu. Depuis plus de 30 ans, ce prêtre a maintenu la paroisse St Athanase, située à proximité de la capitale des États-Unis, comme un bastion de la Tradition catholique. Performance remarquable par ces temps si troublés dans l’Église catholique. “Ad multos annos”, dit notre Mère l’Église à ses fidèles serviteurs – Puisse l’apostolat de l’abbé Ringrose prospérer encore de nombreuses années.

Pour ce qui est du but et la portée de ces deux Consécrations, il importe d’être à la fois modeste et clair. Depuis Vatican II (1962–1965), lorsque les clercs catholiques firent en masse leur soumission au libéralisme (le culte de la liberté) et au modernisme (l’adaptation de l’Église de Dieu au monde moderne sans Dieu), l’Église s’est trouvée confrontée à de sérieux problèmes. En 1970, Monseigneur Lefebvre créa la Fraternité Saint-Pie X pour servir d’éclairage de secours à cette Église qui s’enténébrait. Mais voilà que ceux qui lui ont succédé à la tête de la Fraternité font tout ce qui est en leur pouvoir pour éteindre cet éclairage de secours. La consécration de Monseigneur Zendejas peut être comparée, modestement, à une bougie qu’on allume, ou à une allumette dont la lueur perce l’obscurité toujours plus épaisse. Il n’y a là aucune ambition de sauver ou de convertir la Néo-Eglise ou la Néo-Fraternité.

Ces consécrations visent plutôt de contribuer à sauver la Foi ancestrale qui reste au cœur de l’Eglise véritable et de la vraie Fraternité. En exerçant son ministère principalement aux États-Unis, quoique sans juridiction territoriale de nature officielle, Monseigneur Zendejas contribuera à soutenir bien des âmes qui ont la vraie Foi et qui veulent la garder. Au cas où quelque chose arriverait aux avions, on pourra toujours le rejoindre en voiture ou en train à partir de n’importe quel coin d’Amérique du Nord. Nous avons en lui un évêque relativement jeune, doté de la plénitude de l’Ordre, certainement valide, ce qui lui confère le pouvoir de confirmer ou d’ordonner, avec ou sans condition. Et il est, par la grâce de Dieu, au moins pour l’instant, lucide et sain d’esprit – en anglais, le mot « sanity » contient les trois quarts des lettres du mot « sanctity ». “ Prions pour qu’il demeure sain d’esprit pour de nombreuses années, ou du moins, jusqu’à ce qu’un pape véritablement catholique rallume les lumières dans l’Eglise. A ce moment-là, Monseigneur Zendejas remettra son épiscopat entre les mains de la Rome catholique, laissant le pape en faire ce qu’il lui plaira. En attendant, puisse notre nouvel évêque être comme une bougie qui brille dans les ténèbres ; qu’il soit une référence pour toute âme cherchant la Vérité complète et sans compromis.

Quant à la Consécration de la Russie, les quatre évêques présents y ont procédé la veille du centenaire de la première des grandes apparitions de Notre-Dame à Fatima. Ce faisant, ils n’ont point eu la prétention de remplacer la Consécration que le Pape en personne et les évêques du monde entier doivent faire pour accomplir ce que Notre-Dame a demandé. Ils ont été simplement animés par l’espoir qu’en faisant ce qui dépendait d’eux, avec le soutien de toutes les personnes présentes, ils pourraient contribuer à obtenir du Ciel les grâces nécessaires pour que le pape accomplisse enfin la Consécration de la Russie, exactement comme Notre-Dame l’a exigée depuis si longtemps. Cette Consécration finira bien par se faire, puisque Notre-Seigneur l’a dit en 1931. Alors, adviendra le Triomphe du Cœur Immaculé, si nécessaire et si longtemps retardé.

Kyrie eleison.

[fsspx.news/fr] Entretien avec Mgr Bernard Fellay, St. Mary’s (Kansas, USA), le 21 avril 2017

SOURCE - fsspx.news/fr - 19 mai 2017

Que penser des dispositions romaines concernant les mariages dans la Fraternité Saint-Pie X ?
Lors d’un voyage aux Etats-Unis, en avril dernier, Mgr Bernard Fellay, Supérieur général de la Fraternité Saint-Pie X, a accordé au site américain sspx.org un entretien vidéo sur les questions soulevées par la Lettre du cardinal Gerhard Ludwig Müller, préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, sur les mariages dans la Fraternité (4 avril 2017). On pourra voir ici cette vidéo en version originale sous-titrée en français.

Cet entretien, réalisé le 21 avril, ne répond pas directement à toutes les objections formulées depuis la parution de la Lettre du cardinal Müller. Il en donne une interprétation générale qui sera précisée de façon argumentée par un Directoire canonique à l’usage des prêtres de la Fraternité Saint-Pie X, comme annoncé par FSSPX.Actualités le 12 avril.

[Mgr Aristide Gonsallo, évêque de Porto-Novo] Décret 9 - Portant réglementation du port de la soutane dans le diocèse de Porto-Novo

SOURCE - Mgr Aristide Gonsallo, évêque de Porto-Novo - 9 mai 2017

Décret 9 - Portant réglementation du port de la soutane dans le diocèse de Porto-Novo

Chers Pères

Durant cette année pastorale 2016-2017, nous avons voulu en Eglise famille du diocèse de Porto-Novo réveiller les divers dons que le Seigneur fait pour chacun de ses filles et fils. Entre autres dons de Dieu, nous pouvons contempler et admirer celui de la foi des fidèles de ce diocèse.

Comme précieux don de Dieu aux hommes, la foi est un moyen de mieux connaître Dieu et l’aimer. Certes le degré de maturité et de solidité de la foi d’une Eglise se mesure d’abord à partir de sa capacité de communiquer la foi professée, la foi célébrée et la foi vécue mais aussi elle s’exprime et se manifeste par la qualité de ses œuvres de charité comme le traduit si bien l’Apôtre Jacques : « Tu prétends avoir la foi, moi, je la mets en pratique ; prouve-moi ta foi sans les œuvres et moi, je tirerai de mes œuvres la preuve de ma foi ». (Jc 2, 18)

La foi agit par la charité et la charité exprime et soutient la foi. La réalisation de l’œuvre de l’Evangélisation du diocèse de Porto-Novo commencée par les pionniers d’hier et poursuivie par le dévouement des pasteurs et agents pastoraux d’aujourd’hui doit être soutenue non seulement par la foi mais aussi par la charité de chacun de des filles et fils.

En vertus de ces considérations,

En conformité aux dispositions des canons 284, 669 du Code de Droit Canonique en vigueur,

Je décrète :

1 – L’habit ecclésiastique normal de tout clerc (diocésain, religieux, membre d’une société de vie Apostolique clérical) dans le diocèse de Porto-Novo est uniquement la soutane ;

2 – Le Port de la soutane est obligatoire
  • Pour la célébration ou l’administration de tout sacrement et surtout celui de l’Eucharistie ;
  • Pour la célébration de toute paraliturgie ;
  • Durant tout rassemblement de clercs et toute assemblée avec participation de clercs tant au niveau diocésain, décanal ou paroissial comme par exemple les concélébrations de la messe, le presbyterium, les réunions de doyenné ;
  • Aux endroits où les fidèles sollicitent le clerc pour l’exercice de ministère sacerdotal ;
  • En venant à l’évêché, quel que soit le moment et le motif ;
  • En tout lieu où l’identité du prêtre peut être mise en doute
En souhaitant que le port de la soutane mette en évidence au sein de la communauté chrétienne le témoignage public que tout prêtre doit donner de sa propre identité et de son appartenance spéciale à Dieu, je vous assure de ma communion priante en Jésus par Marie.

Porto-Novo, le 09 Mai 2017
+ Aristide GONSALLO
Evêque de Porto-Novo

19 mai 2017

[Théodore - gloria.tv] Nos dom Quichotte «inrocqueptibles»!

SOURCE - Théodore - gloria.tv - 15 mai 2017

« Le disciple dépasse parfois le maître ». Cet adage est, en général, entendu dans un sens favorable, celui d’un progrès dans une qualité ou une compétence. Ici il faut malheureusement l’entendre dans le sens opposé, celui de l’aggravation dans le mauvais esprit sinon dans l’absence d’esprit et, espérons-le, dans la mauvaise foi. On a assisté au début du mois à la rébellion de presque tous les doyens du district de France de la Fraternité Saint-Pie X (FSSPX) prenant le contrepied de, ou se substituant à, leurs supérieurs au sujet du récent document romain sur les mariages de ladite Fraternité. Suite à la sanction très sévère qui a immédiatement frappé les rebelles et qui aurait dû en calmer plus d’un, ne serait-ce que par bon esprit ou respect de l’autorité, voilà que de simples fidèles, forts de ce mauvais exemple, s’élèvent, également sous forme de pétition (ouverte à tous, plus démocratique !), contre ces mêmes autorités [1] en disant : « les fidèles sont les premiers concernés par la nouvelle législation des mariages proposée par Rome à la FSSPX. Nous nous y opposons formellement».

Nous ne nous étendrons pas sur l’insanité de l’affirmation selon laquelle le mariage ne concernerait pas au premier chef l’institution de l’Église dont elle est la base, comme de la société civile, à l’instar de son divin fondateur qui en a fait un sacrement. Car, comme tous les autres, il est donc nécessairement administré par Elle, aussi bien par les règles et les empêchements dont elle l’entoure que par la présence obligatoire de son représentant officiel pour sa validité (dont le premier fut Jésus en personne à Cana) [2], ainsi que sur la folle prétention, qui en découle logiquement, à s’ériger en juges compétents de l’opportunité du document sur ce sujet.

Nous voudrions surtout montrer que, dans son audace grotesque, elle est dans la droite ligne de celle, de ses maîtres, qui l’a précédée. En effet, nous mettons au défi ces derniers de prouver le bien fondé de leurs affirmations, qui semblent avoir motivé leur acte, et dont le leitmotiv est que Rome, par la présente, voudrait « régir », « imposer », « obliger à recourir à un prêtre diocésain », « mettre sous la coupe des évêques», « indûment régenter » les mariages des fidèles traditionalistes, ou continuer à « refuser de reconnaître la validité de nos mariages », comme depuis quarante ans. Tout lecteur normalement objectif du document romain (de la commission Ecclesia Dei et du 27 mars 2017), plutôt court, pourra aisément se rendre compte que ne s’y trouve pas la moindre affirmation en un tel sens. Il ne fait qu’offrir la possibilité de désormais célébrer nos mariages dans toute église diocésaine avec la délégation canonique normalement requise. Il ne dit mot de ceux que nous avons célébrés jusque-là sans cela et pas davantage de ceux que nous continuerions à célébrer de même. Il est vrai qu’un bon nombre de tribunaux ecclésiastiques, diocésains et même romain, ont considéré jusqu’ici nos mariages invalides. Mais jamais Rome, au sens strict ou par un document émanant de son dicastère compétent et approuvé formellement par le pape, comme l’actuel, ne l’a fait jusqu’à preuve du contraire. Cette question est donc restée et demeure toujours en suspens du côté de l’instance suprême de l’Église dont d’éminents représentants ont, en fait et au cours de ces 40 ans, émis des avis opposés sur elle…

De même, je mets au défi nos signataires de prouver, à l’appui du commentaire officiel produit à cette occasion (8 avril 2017), que les autorités de FSSPX auraient compris ce document comme signifiant une obligation à ne célébrer désormais nos mariages que par l’obtention de cette délégation épiscopale ou en devant accepter n’importe quel prêtre diocésain pour recevoir les consentements ; ou entendraient en faire une obligation à ses prêtres. Celles-ci ne font, en réalité, que remercier courtoisement les autorités romaines de leur offre et remettre à plus tard, après mûre réflexion, les consignes pratiques à leurs membres, compte tenu de cette circonstance nouvelle.

Nous assistons donc à d’incroyables mystifications de la réalité et purs procès d’intention concernant Rome et les supérieurs de la Fraternité [3]. Ces pétitions ne reposent sur rien de sérieux, de sûr ou d’avéré. On est en plein délire collectif ! Ce ne sont que de misérables «donquichotteries»!

Mais on prend ici en flagrant délit ceux, parmi ou hors des signataires actuels, clercs et laïcs, qui, depuis, des années agissent de même, au travers des mêmes media ou de leurs semblables, en répandant sans vergogne de vraies calomnies objectives sur l’autorité, sapant la confiance en elle, minant ainsi la FSSPX de l’intérieur mieux que ses pires ennemis et provoquant la rupture de ban de nombre de ses prêtres et fidèles. De telles graves responsabilités, ils n’auront pas à rendre compte que devant le tribunal des hommes…

Si la FSSPX se sort de pareille épreuve, c’est que Dieu est vraiment avec elle !
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1. Par une petite habileté qui ne trompe personne en s’adressant directement et soi-disant à la commission Ecclesia Dei qui va certainement y attacher la plus grande importance…
2. Obligation stricte selon la lettre de la loi dans les cas ordinaires en la personne d’un prêtre dûment délégué. Obligation non stricte mais fortement souhaitable selon l’esprit de la loi dans les cas extraordinaires en la personne d’un prêtre.
3. Comme celui, particulièrement odieux et indigne, d’un ancien de la FSSPX, paru dans le Parisien de ces derniers jours, et laissant entendre que Mgr Fellay ne penserait qu’à assurer son avenir comme supérieur à vie de la future prélature personnelle.

18 mai 2017

[Marie d’Armagnac - Monde et Vie] C’est la Révolution chez les tradis

SOURCE - Marie d’Armagnac - Monde et Vie - 18 mai 2017

La lettre du pape François, envoyée aux ordinaires des conférences épiscopales du monde entier à propos des mariages célébrés par des prêtres de la Fraternité Saint-Pie X (cf. n° précédent) a fait l’effet d’une bombe au cœur de l’œuvre de Mgr Lefebvre.
Et en effet, les réactions n’ont pas tardé, parfois violentes,souvent fortes au sein de la FSSPX.
   
Aussitôt la lettre publiée, monseigneur Fellay en avait sobrement remercié le pape. Mise en situation de collaborer avec les autorités diocésaines, la FSSPX annonçait la publication imminente d’un texte valant ligne de conduite pour les prêtres, concernant notamment l’épineuse question de la juridiction de suppléance, ou état de nécessité. 
    
Mais tout ne s’est pas exactement passé comme prévu… 
   
Le 7 mai, sept doyens du district de France, dont les abbés de La Rocque et Beauvais, ainsi que le supérieur de la Fraternité de la Transfiguration, le prieur du monastère de Bellaigue et le gardien du monastère capucin de Morgon ont cosigné une lettre adressée à leurs fidèles, dans laquelle ils expliquent pourquoi ils refuseront d’appliquer le texte du pape, parfois assez flou, il faut bien le dire.
   
Au prétexte que la juridiction extraordinaire qui est de fait celle des prêtres de la FSSPX à cause de la crise que l’Église traverse depuis quarante ans, n’est pas devenue caduque, elle doit rester valable et surtout suffisante. « En effet il y a non seulement un grave inconvénient, mais un réel danger à remettre son salut entre les mains des pasteurs imbus de l’esprit libéral. » Et donc, poursuivent-ils « nous n’avons d’autres choix que de nous protéger d’une telle autorité », pour ne pas « imposer (aux fidèles) un ministre qui oriente habituellement son ministère dans la direction adultère officialisée à Vatican II ». Et de poursuivre : « les autorités romaines prétendent tout simplement vous priver de la forme extraordinaire du mariage, par négation de l’état de nécessité. Ce document veut donc vous obliger à recourir pour votre mariage à un prêtre diocésain (…) ». Rejetant cette décision romaine « aussi injuste que nulle » les signataires avertissent : « nous continuerons donc à célébrer validement et licitement vos mariages dans nos églises et chapelles (…) indépendamment de toute entente préalable avec l’ordinaire. » car « l’état de nécessité qui légitime notre façon de faire n’est pas canonique mais dogmatique, l’impossibilité de recourir aux autorités en place n’est pas physique mais morale ». Enfin, ils refuseront également de se soumettre à l’ordinaire diocésain si celui-ci donnait délégation non pas à un prêtre de la FSSPX mais à un prêtre Ecclesia Dei. Sans doute serait-il trop libéral?
Feu sur les insoumis
La réaction de l’abbé Bouchacourt, supérieur du district de France, n’a pas tardé, extrêmement forte dans les termes. Condamnant la « façon subversive » d’une déclaration préparée dans le secret, « dans le but de surprendre, de déstabiliser et de placer les supérieurs devant le fait accompli, cette déclaration prend les fidèles en otages en les constituant juges des prêtres et des supérieurs ». et déplorant ce manque de prudence d’une lettre « bonne à être jetée au rebut » qui suscite déjà querelles et divisions, l’abbé Bouchacourt joint à cette lettre un texte voulant éclaircir la lettre du Pape.
     
Rappelant les conditions toujours valides de l’état de nécessité, au vu de la crise de l’Église récemment aggravée par Amoris Laetitia, le texte expose inconvénients et avantages de la lettre pontificale : « le profit tout pratique que la Fraternité pourra retirer de la Lettre du cardinal Müller n’implique pas une restriction de cette légitimité, mais donne le bénéfice d’une juridiction ordinaire. » et empêche ainsi que des époux mariés dans la FSSPX puissent si facilement faire déclarer leur mariage nul par la rote diocésaine, ce qui arrive tous les deux mois en France. 
     
Ils affirment en conclusion que « Les supérieurs de la FSSPX, sans aucune contrepartie et sans remettre en cause la légitimité d’une juridiction de suppléance, ont prudemment jugé qu’il était légitime de tirer parti de cette initiative romaine ». Une interprétation toute prudentielle du texte de François est donc le modus operandi retenu par les autorités de la FSSPX. Et pour bien montrer que cette interprétation est la seule valable, l’abbé Bouchacourt annonçait le 10 mai démettre de leurs fonctions les doyens signataires, avec effet immédiat pour l’abbé de La Rocque remplacé par l’abbé Vassal.
    
Dans le même temps, Monseigneur Planet évêque de Carcassonne et monseigneur Rey évêque de Fréjus-Toulon annonçaient donner directement la délégation de pouvoirs aux prêtres de la FSSPX, et cela qu’ils célèbrent les mariages dans leurs chapelles ou dans les églises paroissiales, à condition cependant qu’ils remplissent les documents et registres diocésains formalisant la célébration du sacrement. On espère que d’autres évêques suivront, même si on doit rester d’un optimisme (très) mesuré, parce qu’enfin, on est en France!
     
Marie d’Armagnac

[fsspx.news/fr] Film-documentaire sur la mission de la Fraternité Saint-Pie X au Nigéria

SOURCE - fsspx.news/fr - 18 mai 2017

Vous avez sans doute entendu parler de l'apostolat de la Fraternité Saint-Pie X en Afrique. Mais connaissez-vous sa dernière Mission au Nigéria ? Dans ce vaste pays, envahi par l'islam et gangrené par la corruption, où sévit une immense pauvreté, beaucoup d'âmes se tournent vers le Bon Dieu et, déçues par le discours seulement humaniste des prêtres actuels, elles sont attirées par la Tradition catholique. C'est ce que vous propose de découvrir ce film-documentaire. Dans un cadre hors du commun — qu'on est loin de soupçonner ! —, les prêtres de la Fraternité se dépensent sans compter pour secourir les âmes. Leur projet ne pourra se réaliser pleinement que grâce à vous ! Ils vous disent : "Aidez-nous ! Priez pour nous !"
   


[Ennemond - Le Forum Catholique] Le texte romain sur les mariages de la FSSPX: reconnaissance ou piège?

SOURCE - Ennemond - Le Forum Catholique - 18 mai 2017

Sept doyens du district de France de la Fraternité Saint-Pie X se sont émus du fait que le Saint-Siège reconnaisse désormais la validité des mariages reçus par les prêtres de l’œuvre fondée par Mgr Lefebvre. Le moyen qu'ils ont employé a fait l'objet de sanctions et de réactions ces derniers jours. Qu’en est-il du fond ? Leur émotion, les signataires l’expliquent par le fait que Rome conditionnerait la validité des mariages. Il faudrait en effet qu’un prêtre diocésain soit délégué pour recevoir les consentements ou bien que les pouvoirs de marier soient explicitement donnés par l’évêque du lieu au prêtre administrant le sacrement.

Ce qu’omet complètement de dire la lettre, c’est que, jusqu’ici, les mariages reçus dans la Fraternité étaient considérés comme invalides aux yeux de Rome, c’est-à-dire qu’ils ne valaient pas plus qu’un vulgaire concubinage. Or, avec le texte romain, ce n’est désormais plus le cas aujourd’hui. C’est évidemment une première et immense avancée.

Les contestataires reprochent le fait que les mariages de la Fraternité soient désormais soumis à des officialités fonctionnant selon les principes modernistes en cas de nullité à établir. Aurait-on l’honnêteté de rappeler la situation qui perdurait jusque là ? Les mariages célébrés dans la Fraternité étaient purement et simplement annulés pour vice de forme et les conjoints pouvaient allègrement convoler ailleurs. Est-ce à cet état d’hypocrisie généralisée que veulent revenir les signataires de la lettre ? Faire passer devant une commission, certes imparfaite, les cas de reconnaissance en nullité des mariages célébrés dans la Fraternité, c’est déjà une amélioration et il n'est pas impossible d'y apporter un avis canonique éclairé. Deuxième avancée.

Par ailleurs, ce que ne disent pas non plus les doyens, c’est que des évêques locaux ont déjà, pour l’instant, accordé aux prêtres de la Fraternité tout pouvoir d’administrer les sacrements dans leurs diocèses respectifs. Certes Mgr Rey n’est pas l’évêque le plus hostile aux questions traditionnelles. Mais, le premier à avoir agi, Mgr Planet, n’avait pas particulièrement celles-ci dans son cœur ces dernières années. Ces obtentions là permettent une liberté totale. Troisième avancée.

Les évêques, en général, n’ont pas pléthore de prêtres sous la main pour aller recevoir les consentements des traditionalistes convolant sur le secteur de leur diocèse. Ils préfèrent logiquement régler le problème que leur a soumis le pape en accordant tous les pouvoirs aux prêtres de la Fraternité. Cependant, on brandit, ici ou là, comme un épouvantail la perspective qui ferait qu’un évêque diligenterait un pasteur destructeur décidé à bloquer les demandes, voire empêcher les mariages. Or ce n’est là qu’une hypothèse redoutée et non réalisée. Si le risque était de faire capoter les unions ou d’entendre diffuser des hérésies répétées, il n’y aurait pas grande difficulté à démontrer que la suppléance agit dans ces situations.

Certes le texte sur les mariages a quelques imperfections, mais les textes du Motu Proprio et de la levée d’excommunications avaient les leurs. Il n’en demeure pas moins qu’ils constituaient des avancées évidentes. Les doyens signataires ont tous, un jour ou l’autre, bénéficié eux-mêmes de permissions pour marier, pour utiliser ici une église, et même, dans certains cas, pour recevoir d’un évêque, les pouvoirs pour marier. C’était des détenteurs de la juridiction qui conféraient à ces prieurs leur juridiction ordinaire, sans que ces derniers aient l’impression de perdre en d'autres occasions leur juridiction extraordinaire, sans qu’ils semblent avoir douté un instant de la validité de ce qu’ils conféraient jusque-là.

Aussi, cette question des mariages apparaît bien comme un prétexte pour déstabiliser l’autorité et pour exercer contre elle une pression face à l'imminence annoncée de l'obtention d'une prélature, structure qui, soit dit en passant, permettrait enfin aux prêtres d'avoir leur propre juridiction ordinaire et de recevoir les sacrements partout sans qu'ils soient mis en doute extérieurement. Elle permettrait aussi à la Fraternité d'avoir officiellement ses propres tribunaux ecclésiastiques pour juger des cas litigieux.

Toutes les perspectives de cette reconnaissance, redoutée par les signataires, sont entre les mains du pape qui peut agir comme il veut, quand il veut, comme il l’a fait dans des cas dernièrement. À la tête d’un milliard de catholiques, il n’a pas forcément le souci de ménager les lettres qui sont écrites en marge du district de France de la Fraternité Saint-Pie X. Que faudra-t-il faire s'il agit ? Dire qu'il n'est pas pape ? Refuser délibérément et volontairement de marier sous prétexte que cet acte serait posé volens nolens en vertu d'une juridiction concédée sans condition ? Ce serait s'aventurer dans des situations ecclésiologiques qu'a toujours réprouvées le fondateur.

17 mai 2017

[Ennemond - Le Forum Catholique] C’est évident, le texte romain sur les mariages est une avancée

SOURCE - Ennemond - Le Forum Catholique - 16 mai 2017

Certains prêtres et fidèles, visiblement craintifs que la situation du traditionalisme s’améliore, avaient déjà essayé, à mesure que les barrières étaient levées, de faire croire que le Motu Proprio était un piège ou un malheur (sous prétexte que le texte était imparfait). D’autres avaient essayé aussi de refuser l’évidence lors de la levée d’excommunication, en jouant sur les mots retrait/levée. Aujourd’hui, alors qu’il est indéniable que ce texte sur les mariages est une avancée, quelques-uns auraient voulu que leurs supérieurs n’y voient pas une amélioration de la situation, mais qu’ils refusent énergiquement auprès du Saint-Siège cette dernière faveur. Ce refus n’avait d’ailleurs qu’une visée : hypothéquer toute possibilité de reconnaissance canonique.

Quand on regarde a posteriori les textes de Mgr Williamson, on constate qu’en 2001, il acceptait d’envisager une régularisation si les deux préalables étaient concédés. Peut-être imaginait-il que ces demandes étaient tellement inouïes qu’elles ne seraient jamais acceptées. Mais avec le temps, les concessions se sont multipliées, ce qui était impensable hier est devenu envisageable et les plus craintifs ont peu à peu relevé leurs exigences. Après les préalables, nous avons engagé des discussions doctrinales. Le Saint-Siège l’a accepté. Dix ans après, on se réfugie maintenant dans mille et un préalables, que seraient la condamnation du Novus Ordo, l’abrogation du Concile et du nouveau code de droit canonique, l’ouverture de la cause de Mgr Lefebvre, etc. Il y a quelques années, nous sabrions le champagne avec nos prêtres à l’idée de voir Rome régulariser la Fraternité sans condition. Aujourd’hui que cette heure est arrivée, l’échauffement des esprits semble avoir transformé le breuvage de quelques-uns d’entre eux en un amer vinaigre.

Cet état d’esprit relève d’un doux romantisme où les commentateurs du net ou d’ailleurs ne cherchent même plus à se projeter sérieusement et à s’imaginer une sortie de crise réaliste. Ils ne semblent qu’épier et diaboliser ceux qui s’aventureraient à l’envisager quand ils ne les accusent pas, par un complotisme extrapolé, d’être des vendus à la solde ennemie. De ces postures sortent des critiques montées en épingle, quand elles ne sont pas déplacées, qui accusent Mgr Fellay de brader l’héritage qu’il a reçu. A vrai dire, ces accusations touchaient déjà Mgr Lefebvre de son vivant. Les critiques pourront toujours pleuvoir, il n’en restera pas moins, que le fondateur et ses deux successeurs n’ont pas varié d’un iota sur ce qui a entraîné l’opprobre de ces dernières années. Ni Mgr Lefebvre, ni l’abbé Schmidberger, ni Mgr Fellay, que ce soit en 1970, quand la Fraternité était « en règle », que ce soit en 1988 quand elle était en passe de l’être, ou encore aujourd’hui, quand le pape l’envisage à nouveau, n’ont eu l’idée de faire célébrer le Novus Ordo ou d’adopter les innovations répandues à la suite du dernier concile. La situation du monde et de l'Eglise est suffisamment difficile et l'état de la France grave pour qu'il n'y ait pas besoin de se réfugier dans des constats erronées car passionnées et dans des guerres fratricides inutiles.

[Peregrinus - Le Forum Catholique] Anarcho-traditionalisme

SOURCE - Peregrinus - Le Forum Catholique - 17 mai 2017

Il me semble que si en conscience le supérieur du district de France avait pu prendre un autre parti que celui de sanctionner des confrères que certainement il estime, il n'est pas douteux qu'il l'aurait fait. Il suffisait à cet égard d'entendre M. l'abbé Bouchacourt pour percevoir combien la décision qu'il avait prise lui coûtait. 

Lorsque l'on a été le témoin de la conduite lamentable de certains fidèles parisiens - qu'assurément les sept signataires n'auraient pas avouée, il est vrai - on doit hélas penser qu'il était urgent de crever l'abcès.

Il s'est répandu dans le milieu traditionnel français comme une forme d'anarcho-traditionalisme, qui se manifeste à deux niveaux : tout d'abord au niveau doctrinal et dans les rapports avec le reste de l'Eglise, où l'identification abusive de l'indéniable crise de l'Eglise avec un état de nécessité aussi universel qu'absolu et intégral - qu'on se donne rarement la peine de prouver - conduit à la négation dans les faits de l'Eglise et de sa juridiction.
Dès lors, on peut absolument tout justifier et il n'y a plus de limites.

Au niveau pratique et dans la FSSPX, toujours au nom de la nécessité et du combat de la foi, on en vient à penser que tout prêtre doit continuellement prononcer sur tout, sans et même contre sa hiérarchie. Très curieusement, on adopte en pratique des positions très proches du conciliarisme richériste du XVIIIe siècle, selon lequel tout prêtre ayant reçu le sacrement de l'ordre est en tant que tel apte à donner son avis en toutes circonstances. 
De là la manie des déclarations, des prises de positions de toutes sortes qu'on observe chez certains, tant clercs que laïcs. Sur ce point les contradictions ne manquent pas, car les mêmes reprocheront tantôt aux supérieurs de la Fraternité de pas s'en prendre aux erreurs dans leur prédication, tantôt d'avoir réservé leurs remarques pour un passage de leurs sermons au lieu d'avoir publié un communiqué. Dans l'affaire récente, on ne peut qu'être frappé de relever que les sept signataires n'ont pas jugé bon d'attendre avant de se prononcer les directives de la Maison générale ou du district, comme si celles-ci tardaient trop à venir. 
On oublie, puisqu'on aime les comparaisons révolutionnaires, qu'il a fallu attendre mars 1791 pour que Pie VI publie le bref condamnant la Constitution civile du clergé du 12 juillet 1790 ; que le synode janséniste de Pistoie de 1786 n'a été condamné qu'en 1794, parce que les autorités attendaient les circonstances favorables et voulaient produire un document irréprochable. Qu'auraient dit de ces longs silences de Pie VI, à l'époque, nos actuels partisans du combat de la foi à outrance ? 

Comme la subordination dans l'Eglise forme une longue chaîne dont on ne peut rompre un anneau sans que les conséquences s'en fassent partout ressentir, cet anarcho-traditionalisme ne laisse pas de se manifester également chez des laïcs très persuadés d'être investis de la mission de sauver une doctrine à laquelle il n'est pas rare qu'ils n'entendent rien : d'où les scènes peu édifiantes auxquelles on a pu assister à Saint-Nicolas-du-Chardonnet. 

Il fallait donc trancher. Le supérieur de district l'a fait, cela lui a causé certainement une douleur bien vive, mais, comme il l'a dit, il l'a fait devant Dieu, pour le bien commun et le respect des principes de la discipline et de l'esprit ecclésiastiques. 

Peregrinus