29 avril 2017

[fsspx.news] Pourquoi ce silence du pape face aux dubia sur Amoris lætitia ?

SOURCE - fsspx.news - 29 avril 2017

Au cours du colloque international qui s’est tenu à Rome, le 22 avril 2017, sur le thème « Faire la clarté », à propos des dubia présentés au pape François sur Amoris lætitia (voir DICI n°353 du 14/04/17), un des intervenants, le chilien Claudio Pierantoni, s’est interrogé, dans la conclusion de sa communication, sur la cause du silence du pape, depuis la réception de ces dubia, le 19 septembre 2016. 

Ce qui saute aux yeux dans la situation actuelle c’est précisément la déformation doctrinale de fond qui, même si elle évite habilement toute formulation directement hétérodoxe, manœuvre toutefois de façon cohérente pour s’en prendre non seulement à des dogmes en particulier comme l’indissolubilité du mariage et l’objectivité de la loi morale, mais aussi à l’idée même de doctrine sûre et, avec elle, à la personne même du Christ comme Logos (Verbe de Dieu). Et le pape est lui-même la première victime de cette déformation doctrinale, même si – et c’est une hypothèse de ma part – il en est peu conscient, et s’il est victime d’une aliénation généralisée historique qui frappe de larges pans de l’enseignement théologique.

Dans cette situation, les dubia, ces cinq questions présentées par quatre cardinaux, ont mis le pape dans une impasse. S’il répondait en reniant la Tradition et le magistère de ses prédécesseurs, il passerait formellement pour hérétique, et il ne peut donc pas le faire. Si en revanche il répondait dans la ligne du magistère précédent, il contredirait une bonne partie des principales actions doctrinales effectuées durant son pontificat, et ce serait donc un choix très difficile. Il choisit donc le silence parce qu’humainement, la situation peut sembler sans issue. Mais entretemps, la confusion et le schisme de facto s’élargissent dans l’Eglise.

A la lumière de ce qui précède, un acte de courage supplémentaire est plus que jamais nécessaire, un acte de vérité et de charité de la part des cardinaux, mais aussi des évêques et de tous les laïcs compétents qui souhaiteraient y prendre part. Dans une aussi grave situation de danger pour la foi et de scandale généralisé, une franche correction fraternelle adressée à Pierre est non seulement licite mais il en va même de notre devoir, pour son bien et celui de toute l’Eglise.

Une correction fraternelle n’est ni un acte d’hostilité ni un manque de respect, ni une désobéissance. Elle n’est rien d’autre qu’une déclaration de vérité : caritas in veritate. Le pape, avant même d’être pape, est notre frère.

Dans L’Homme Nouveau du 9 janvier 2017, le philosophe français, Thibaud Collin, lui aussi intervenant au colloque de Rome, se posait la même question sur le silence du pape.

Quel est le sens d’un tel silence officiel ? On peut en faire deux lectures. La première, humaine, consiste à dire que le pape refuse de répondre, car il considère que le texte de l’exhortation est en lui-même clair. Il a chargé le cardinal Schönborn d’expliquer ce que le cardinal Kasper nomme un « nouveau paradigme », celui de l’accompagnement des personnes. Reste à expliquer comment ce nouveau paradigme s’articule avec l’ancien. C’est sur ce point que les quatre cardinaux ont demandé des précisions qui leur ont été refusées. Le pape a cependant répondu indirectement en déclarant au journal Avvenire le 18 novembre 2016 : « Il y a des gens qui continuent à ne pas comprendre, qui raisonnent en noir ou blanc, même si c’est dans le flux de la vie qu’il faut pratiquer le discernement. » Et dans une lettre privée (opportunément publiée) aux évêques de Buenos Aires, il répond à leur texte : « L’écrit est très bon et il explicite parfaitement le sens du chapitre 8. Il n’y a pas d’autres interprétations. » Enfin le cardinal Farrell, préfet du nouveau dicastère pour les laïcs, la famille et la vie, a critiqué publiquement son compatriote Mgr Chaput pour son interprétation rigoriste de l’exhortation.

La deuxième lecture est surnaturelle et consiste à dire que si le pape ne répond pas officiellement mais par des biais privés ou par médiateurs interposés, c’est qu’il ne peut s’opposer frontalement au magistère antérieur et à la Parole de Dieu. N’est-ce pas Jésus lui-même (Mt 19, 3-12) qui a rappelé aux pharisiens, enfermés dans le paradigme casuistique, le caractère normatif de la vérité sur le mariage, tel que Dieu l’a institué « à l’origine » ? La doctrine de l’Eglise, explicitation de la Parole de Dieu, n’est donc pas abstraite ou déconnectée des personnes comme le répètent à l’envi de nombreux « pasteurs ». La loi de Dieu n’est pas non plus un idéal, devenant pour les fidèles, si on leur demande de lui obéir, un fardeau insupportable. Elle est source de vie dans le concret de l’existence de chacun. Dieu donne toujours la grâce de vivre ce qu’Il commande. Rappelons enfin que le discernement cher à saint Ignace ne peut porter que sur des actes bons et jamais sur des actes intrinsèquement mauvais. Il n’y a pas une manière prudente d’être adultère.

(Sources : L’Espresso, trad. Diakonos/Homme Nouveau – FSSPX Actualités 29/04/17)