7 mars 2017

[Gauthier Vaillant - La Croix] Liturgie, la rare parole du pape François

SOURCE - Gauthier Vaillant - La Croix - 6 mars 2017

Le pape, qui s’exprime rarement sur le sujet de la liturgie, a regretté samedi 4 mars «une certaine médiocrité» qui a parfois accompagné la réforme liturgique du Concile Vatican II.
               
À la différence de son prédécesseur Benoît XVI, le pape François s’exprime peu sur la liturgie. Ses rares paroles à ce sujet en sont d’autant plus attentivement écoutées.
               
Ce fut le cas samedi 4 mars, avec un extrait du discours prononcé par le pape ce jour-là devant les participants à un congrès international sur la musique sacrée. Il a en effet estimé que la célébration de l’Eucharistie, après la réforme liturgique introduite par le Concile Vatican II, avait parfois été entachée par « une certaine médiocrité».
               
Un propos parfois interprété à outrance par certains médias, qui n’ont pas hésité à affirmer que « le pape regrette la messe en latin ». En réalité, le pape, qui s’exprime au passé, fait clairement référence aux « expérimentations » liturgiques qui ont pu avoir cours dans les années qui ont suivi le Concile Vatican II et la traduction de la liturgie en langues vernaculaires, notamment concernant les chants et la musique.
               
« Certes, la rencontre avec la modernité et l’introduction des langues parlées dans la liturgie a suscité de nombreux problèmes de langues, de forme et de genre musical », a ainsi affirmé le pape. « Parfois, il régnait une certaine médiocrité, la superficialité et la banalité, au détriment de la beauté et de l’intensité des célébrations liturgiques.» 
« La liturgie, c’est vraiment entrer dans le mystère de Dieu» 
Ce n’est pas la première fois que le pape argentin souligne l’importance, à ses yeux, de la qualité de la célébration de la messe. « La liturgie, c’est vraiment entrer dans le mystère de Dieu, se laisser porter au mystère et être dans le mystère. C’est la nuée de Dieu qui nous enveloppe tous », expliquait-il en mars 2015 dans une homélie à la maison Sainte-Marthe.
               
Le pape François, qui célèbre lui-même la messe avec une certaine austérité, racontait par exemple volontiers ses réticences initiales, lorsqu’il était à Buenos Aires, face à l’arrivée du Renouveau charismatique, adepte de liturgies festives. « Je disais d’eux : "Ils ont l’air d’une école de samba !" », se souvenait le pape en 2014, lors d’un rassemblement du renouveau charismatique à Rome. Une critique dont il est par la suite revenu.
               
D’ailleurs, s’il souligne aujourd’hui la « médiocrité » qu’il a parfois observée dans la liturgie moderne, ce n’est que pour mieux encourager les différents acteurs de la musique sacrée à accomplir une double mission : « sauvegarder et promouvoir le patrimoine riche et varié hérité du passé », tout en s’assurant que « la musique sacrée et le chant liturgique sont entièrement "inculturées" dans les langages artistiques et musicaux actuels». 
Critique de la « réforme de la réforme » 
Le pape François n’est pas nostalgique de la messe en latin, bien au contraire. Il a même critiqué l’année dernière, dans une interview au P. Antonio Spadaro, directeur de la revue Civilta Cattolica, l’expression de « réforme de la réforme ».
               
Forgée par le cardinal Ratzinger, futur Benoît XVI, lui aussi agacé par les « excès » de la réforme du Concile Vatican II, cette expression avait été reprise par le cardinal guinéen Robert Sarah, figure conservatrice. Le préfet de la Congrégation pour le culte divin avait ainsi affirmé l’année dernière, avoir été chargé par le pape François lui-même de réfléchir à cette « réforme de la réforme ».
               
Une affirmation démentie par le Saint-Siège, puis par le pape lui-même, qui avait déclaré au P. Spadaro : «Parler de "réforme de la réforme" est une erreur. » Avant de faire part de sa perplexité : « J’essaie de comprendre ce qu’il y a derrière des personnes qui sont trop jeunes pour avoir vécu la liturgie pré-conciliaire mais qui la veulent quand même.»
               
Gauthier Vaillant