31 mars 2017

[Abbé Xavier Beauvais, fsspx - Acampado] Dites-moi les jeunes, avez-vous pensé à la vocation?

SOURCE - Abbé Xavier Beauvais, fsspx - Acampado - avril 2017

S'il fallait décrire la caractéristique du Bon Pasteur et donc celle du sacerdoce de Notre Seigneur Jésus-Christ, on pourrait la résumer en un don de soi à Dieu et aux âmes. Malgré la faiblesse humaine qui joue là plus qu'ailleurs, le sacerdoce de Jésus-Christ est un don de soi à Dieu et aux âmes. Si le prêtre oublie cela, la conséquence pour lui et pour les autres ne peut être que dé- plorable. il n'amoncellerait que des ruines, ruines, on le sait qui se restaurent moins vite que les ruines de guerre dans les villages dévastés. le sacerdoce - être prêtre - ce n'est pas une affaire, on y gagne trop peu et quand même on y gagnerait quelque chose, c'est un crime que de juger le sacerdoce à sa valeur commerciale et au taux plus ou moins élevé dont il paie le capital qu'on y engage. il n'est pas non plus un refuge pour les imbéciles, les fainéants, les timorés, tous ceux qui manquent d'initiative. ii n'est pas un fauteuil bien capitonné où mollement l'on vient s'asseoir pour une longue sieste. il n'est pas la barque confortable et savamment équilibrée, où dans une manœuvre facile, on peut bercer son rêve humain le long de la traversée. il n'est pas une voie de garage contre le mal, contre le risque de vivre et où on se retirerait pour être tranquille et finir en paix ses jours. il n'est pas un refuge en cas de dépit amoureux, il n'est pas une manière de prospérer sans travailler, de dominer sans valoir, d'être noble sans ancêtre. il est aux âmes et à Dieu, le don de soi. 
     
Aux jeunes qui liront ces lignes, à quoi en vous le sacerdoce s'adresse-t-il ? lorsque son appel se fait entendre, à quoi en vous s'adresse-t-il ? Quelle corde doit-il faire vibrer ? Quelle résonance éveiller ? Et quoi, en vous, lui répond, si quelque chose y répond ? S'il était une affaire, il s'adresserait à votre instinct commercial. S'il était un refuge, il s'adresserait à votre peur de vivre. S'il était un fauteuil, il s'adresserait à votre paresse. S'il était une voie de garage, il s'adresserait à votre besoin de sécurité. S'il était ceci ou cela encore qu'il n'est pas, il s'adresserait à votre orgueil. Et ce serait une pitié que de vous entendre lui répondre, un effroi de voir gravir ces jeunes gens avec de telles dispositions, les degrés qui montent vers le Saint des Saints. il est un don de soi, c'est ce qui définit le Bon Pasteur.
     
C'est à votre foi qu'il parle, vous suppliant au nom de cette même foi, de regarder le monde, de comprendre l'immensité de la besogne dans un tel monde sans Dieu, et de compter avec certaine angoisse, sur les champs illimités, les trop rares pasteurs au travail. C'est à votre conscience aussi, à votre sens de la beauté morale, parce que dans cette conscience se formule le devoir, précis quand on est loyal, vaste quand on est généreux. C'est enfin à votre cœur surtout : cœur d'enfant, cœur de jeune. C'est, en effet, le cœur qui dicte les grandes réponses aux grands appels. En lui se préparent les grands dévouements, se conçoivent les initiatives superbes. C'est là aussi qu'est la douleur, et c'est là enfin qu'est l'amour. C'est dans son cœur de femme que Marie-Madeleine entendit l'appel au pardon. C'est dans son pauvre cœur d'homme que le larron entendit l'appel au repentir. C'est dans son cœur de jeune homme malheureux que le Prodigue entendit l'appel au retour. Et si ce n'est pas dans leur cœur d'abord que les pécheurs du lac ont entendu l'appel, ce fut bien, finalement, dans leur cœur, qu'ils durent l'entendre le jour où répondre, c'était, en se donnant, se donner jusqu'à la mort. C'est dans son cœur que saint Paul l'entendit. C'est de son cœur que jaillit le cri « Seigneur, que voulez-vous que je fasse ? ». C'est dans son cœur que le jeune riche de l'Evangile l'entendit, et c'est faute de cœur qu'il ne sut pas répondre. Combien de jeunes aujourd'hui, il faut bien l'avouer, sont secs, égoïstes. Faute de cœur, ils ne comprennent plus le don d'eux-mêmes. 
      
Il faut vouloir pourtant donner beaucoup. Votre foi, votre conscience, votre cœur qui seuls, jeunes gens, doivent, en vous révélant le vrai sens du sacerdoce, vous faire répondre à son appel doivent aussi vous encourager - puisqu'il est un don de soi - à apporter le plus possible. Nos ressources, il est vrai, ne dépendent pas de nous. Mais en un sens elles en dépendent. il y a des valeurs qu'on ne peut se donner. Mais il y en a que, pouvant se les donner, on ne se les donne pas. 
     
Il s'agit - pour les élus du sacerdoce - d'exploiter leurs ressources, de juger de leurs possibilités, avec le devoir, généreusement reconnu, d'offrir beaucoup au sacerdoce, parce que quoiqu'on lui offre, ce n'est jamais assez. le sacerdoce, c'est le don de soi. 
     
Et comment, prêtres nous-mêmes, ne pas nous sentir désolés, scandalisés presque, lorsque, en route vers le sacerdoce où ils devront se donner, les jeunes élus semblent gaspiller leurs ressources ou ne guère se soucier de les garder en les développant ? le jour venu, qu'aurontils à donner ? Du creux de leurs deux mains, que laisseront-ils sur la pierre de l'autel, pour l'offrande ? Du génie, de l'éloquence, on ne leur en demande pas, s'ils n'en ont pas. Mais, on leur demande du travail, de la conscience, du bon sens, de la piété, de l'effort vertueux. C'est une souffrance, quand on aime, de ne pas pouvoir tout ce qu'on veut. On se console en faisant tout ce qu'on peut. A ce prix seulement, la conscience est en paix. les grands moments d'une jeunesse appelée, c'est quand l'adolescent, pensif et grave, seul devant Dieu se regarde l'âme et se dit : « Au sacerdoce qu'apporterai-je ? » Sa conscience lui répond : « Ce que tu prépares ». les riches, au temple apportent leur agneau, les pauvres, la paire de tourterelles. ii est des cas où ceci vaut cela, et même plus. Mais il est des cas où non. Parce qu'il est des cas où la pauvreté n'est que de la paresse coupable, et où la richesse serait le devoir rigoureux.
     
Nous ne jugeons personne. Nous faisons appel à tous. Et aux jeunes que Dieu appelle, nous disons : le sacerdoce est un don de soi. Mettez-vous à même, en vous donnant, de donner quelque chose. Quoi ? Non pas une fortune, non pas des talents ou des aptitudes toutes particulières. Non ! Mais votre âme au moins. Même s'il n'y avait qu'elle à donner, eh bien donnez votre âme. C'est elle le principal. On peut vous dispenser du reste si vous ne l'avez pas. On ne vous dispense pas de votre âme. Et durant les années de préparation sacerdotale, on ne dispense pas les séminaristes de la préparer car, le matin du sacerdoce, ni Dieu, ni l'Eglise, ni le monde ne peuvent les dispenser de donner cette âme.
     
Enfin aux parents : qu'avons-nous à dire, nous, prêtres?
     
Nous avons à vous dire : «le sacerdoce est le don de vos enfants aux âmes et à Dieu». Il s'impose donc d'abord à vous de ne pas empêcher que cela se réalise. il ne suffit pas de reconnaître en principe, la beauté morale du don de soi à quelque noble cause, ni d'admettre que la personne humaine, arrivée à un point de son développement, ait le droit d'être elle-même selon ses aptitudes ou sa destinée reconnue, il faut en logique et en honnê- teté, si la question se pose, permettre que ces choses soient: même s'il s'agit d'un fils, même s'il s'agit du plus aimé des fils, même s'il s'agit d'un fils unique et même si ce fils veut être prêtre. les jardiniers respectent la loi des graines, les parents doivent respecter la loi vitale de leur fils et s'il est vrai qu'un jour, par goût réfléchi, par conscience éclairée, sous une poussée de Dieu, l'enfant songe à se donner dans le sacerdoce, où prendront-ils l'autorité de l'obliger à un autre rêve en lui interdisant celui-là?
     
A qui est un enfant ? A Dieu d'abord. A lui-même ensuite. A ses parents enfin. Et cet ordre est inviolable. il est hélas violé parfois, par ceux-là même qui ont constitué un foyer chrétien, par ceux-là même qui ont veillé à l'éclosion d'une vie chrétienne. De quel droit le faire ? De quel droit, si des parents le font, s'en justifier, se prétendre tranquilles et chrétiens quand même ? De quel droit permettre à un fils de se donner à n'importe qui, sauf à Dieu ? De quel droit, divin ou humain, social, maternel ou paternel, obliger quelqu'un, même son enfant, à s'user lui-même en se dévorant d'égoïsme, quand sa loi intime la plus sacrée serait de s'user en se livrant comme prêtre à Dieu et aux âmes? 
     
De quel droit? ... S'impose à vous, chers parents, l'obligation de ne pas non plus fausser la définition du sacerdoce dans la conscience de vos enfants. C'est si facile pourtant, et hélas, trop fréquent, inconsciente légèreté, ambition sotte, manque de sens chrétien, qu'importe la chose, si le résultat est là, qui fait un peu honte et qui navre. Supposez - et ce n'est pas calomnie - supposez des parents qui devant leur enfant disent et redisent : « le sacerdoce c'est un bon métier », d'où viendrait au petit, l'idée du sacerdoce «don de soi»?
     
S'ils disent: «Paresseux comme tu es, chétif, bon à rien, tu ne peux faire qu'un prêtre!», comment croira-t'il à la noblesse de son rêve ? S'ils disent: «riches comme nous sommes, intelligent comme tu l'es et capable d'être quelqu'un dans la vie, tu ne peux pas être prêtre » ; comment l'enfant verra-t-il dans le sacerdoce, un dévouement ? Ainsi parler en toute occasion, c'est éteindre des étoiles, et c'est en défigurant le sacerdoce dans une jeune âme qui en rêve, commettre contre ce rêve divin un péché dont les suites ne se peuvent calculer. S'impose alors l'obligation de permettre au sacerdoce de vos fils, un don aussi beau qu'il peut l'être. Aimez-vous Dieu ou ne l'aimez-vous pas ? De la réponse tout dépend. Je n'envisage que la première question. Si vous aimez Dieu...
      
On ne se moque pas des gens qu'on aime ; on ne trouve pas que tout soit toujours assez bon pour ceux qu'on aime. Dieu, quand on l'aime, s'il demande un fils, qu'en fera-t-on ? On ne le refusera pas. Mais est-ce assez ce non-refus si on aime ? Jamais trop beau, jamais trop bon, jamais trop pur, l'enfant qu'on prépare pour Dieu. Sur cette donnée, tout un travail paternel et maternel se poursuit. Non seulement, on n'en veut pas à Dieu de ce qu'il prend le meilleur - si c'est le meilleur qu'il prend - mais on se félicite de ce que le choix tombe si bien. les vrais parents chrétiens pensent qu'à plus noble service doivent répondre plus nobles serviteurs, que ce n'est pas enfouir ses capacités que de les employer pour Dieu dans l'Eglise et qu'il y aurait blasphème insultant, entre deux fils, à choisir pour Dieu le moindre. « Je ne sais qu'en faire, prenez-le ». On ne dit pas de pareilles choses, on ne les pense pas quand on aime vraiment Dieu. Dans les larmes mêmes du sacrifice, il y a pour un père et une mère, une légitime fierté à se dire : « il a tout pour lui, Dieu le veut. il s'y connaît. le meilleur à garder, mais le plus beau à offrir. Tant mieux!».
      
En outre, si des parents aiment Dieu, quand Dieu choisit leur fils, ils aident à la mise en valeur du sujet, pour qu'au matin du sacerdoce, à la présentation au pied des autels, le nouveau prêtre ait du laurier à sa couronne, le laurier du savoir et du talent, s'il se peut, et toujours comme il se doit le laurier plus sacré d'une vertu intacte ou retrouvée, d'une âme loyale et généreuse, d'un dévouement qui attend son heure. 
      
Les parents peuvent beaucoup pour la préparation de l'enfant à son avenir sacerdotal. ils peuvent tellement que sans eux, la tâche ne se réalise jamais en perfection, et qu'à cause d'eux hélas, trop souvent, elle est compromise sans retour. Que peuvent-ils ? Deux derniers mots : ils peuvent garder ; garder à sa pureté une jeune fille, garder à son intégrité morale un jeune homme, vous savez, vous parents, ce que c'est aujourd'hui. Mais garder un appelé de Dieu à son idéal, un cœur de dix-huit ans à sa chasteté, garder, dans le monde, un enfant qui ne soit pas du monde, vous en devinez j'espère le problème, les risques, les échecs possibles.
     
Or nul, mieux que les parents ne peut garder. Ils font l'âme de la maison, ils créent son atmosphère. ils constituent autour de cette jeune conscience tremblante et menacée, la vigilance discrète sans laquelle tant de périls deviennent mortels.
       
Combien à vingt-cinq ans ou plus, ne se donneraient pas si à dix-huit ans, les parents ne les gardaient pas. ils peuvent encourager, et ce n'est pas inutile. A peu près toujours, les jeunes gens que Dieu appelle, sont un peu solitaires dans la vie. ils représentent dans leur génération, l'exception. S'ils ne poussent pas contre le vent, sur le rivage désert, ils ne poussent pas non plus ensemble dans l'épaisse forêt. leur ascension représente un effort constant, une lutte sans arrêt contre les milieux hostiles. Et souvent ils tremblent, ils hésitent, ils ont peur. leur propre poids les écrase, la hauteur où porter leur cime les décourage. Voilà ce qu'il était peut-être utile de dire, à l’heure où manquent tant les prêtres. il faut aider nos vocations en les suscitant, les gardant, les protégeant.
     
Seigneur, donnez-nous beaucoup de saints prêtres
     
(sources : oeuvres du R.P. Bellouard O.P. )

[Paix Liturgique] En Italie, la liturgie traditionnelle permet la renaissance d'un sanctuaire eucharistique

SOURCE - Paix Liturgique - lettre 588 - 31 mars 2017

Le jour de Pâques 1171, dans une église de Ferrare, au moment où le célébrant rompt l’hostie lors de la fraction du pain, celle-ci se transforme en chair et un puissant jet de sang arrose la voûte qui surplombe l’autel. Reconnu par l’Église, ce miracle eucharistique fera de l’église Sainte-Marie in Vado un sanctuaire prisé des habitants de la région jusqu’à ce qu’en 2012 un tremblement de terre n’endommage l’édifice et conduise à sa fermeture. Rouvert partiellement fin 2013, le sanctuaire, qui n’était plus desservi que par deux missionnaires originaires de Tanzanie, est depuis la rentrée 2016 confié à la fraternité sacerdotale Familia Christi dont les jeunes prêtres célèbrent la forme extraordinaire du rite romain. Et le lieu de culte, jusque-là déclinant, reprend vie.
I – FOI, TRADITION ET MESSE EN LATIN : LA RENAISSANCE DE SAINTE-MARIE IN VADO
Dimanche 26 mars 2017, article de Luigi Pansini pour le quotidien Il Resto del Carlino.

À Ferrare, les membres de la Familia Christi, société sacerdotale reconnue le 8 septembre 2016 par l’archevêque, Mgr Negri, ont redonné vie au sanctuaire du Très Précieux Sang, endommagé par le séisme de mai 2012.

Don Matteo est à Ferrare. Avec sa longue soutane noire et, bien entendu, son vélo. Sauf qu’il ne s’agit pas de Terence Hill jouant la comédie (NdT: l’acteur incarne depuis 2000 la figure d’un prêtre de campagne pour une série télévisée italienne à succès) mais d’un vrai prêtre catholique. Ou, plus exactement, de sept qui, depuis octobre 2016, veillent aux destinées du sanctuaire de Sainte-Marie in Vado sous le signe du retour à la Tradition. Immédiatement reconnaissables à leur soutane, les membres de la Familia Christi ont pris le relais des Missionnaires du Précieux-Sang, repartis en Tanzanie. Accueillis en septembre dernier par Mgr Negri, ils sont jeunes (le vicaire, don Emanuele, a 32 ans), nombreux (17 en comptant les séminaristes) et bien décidés à faire resplendir de nouveau le sanctuaire du Très Précieux Sang après les dégâts provoqués par le tremblement de terre.

Logés dans l’ancien couvent des Jésuates (NdT : ordre mendiant supprimé par Clément IX en 1668) en raison de l’inaccessibilité du presbytère, on les voit chaque matin prendre le chemin de l’église pour la messe en latin. En effet, et c’est unique en Italie (*), ils ont fait de la liturgie traditionnelle, désormais appelée « forme extraordinaire du rite romain », le quotidien de la paroisse. De la sacristie sortent chandeliers astiqués et chasubles. Le banc de communion est réapparu pour l’eucharistie, la barrette comme couvre-chef du prêtre et, lors des célébrations solennelles, le chant grégorien. Un retour au passé anachronique aux yeux, et aux oreilles, du profane ?

« En réalité, nous n’avons fait qu’ajouter notre offre à celle de la forme ordinaire qui est maintenue. Plus qu’un obstacle, la redécouverte de nos racines en liaison avec la tradition est un enrichissement » explique le curé, don Riccardo Petroni. La compréhension est selon lui un faux problème car devant Dieu c’est le mystère qui prévaut : « La communication ne passe pas seulement à travers la langue. Les gestes, les sons, les parfums sont autant de codes bien plus universels auxquels la liturgie sait recourir. La rendre immédiatement compréhensible signifie lui retirer sa nature propre, à savoir sa dimension surnaturelle. »

« La musique la plus diffusée est l’anglais et, loin d’éloigner les jeunes, elle les incite à s’y intéresser » ajoute don Emanuele : « Il faut s’affranchir d’une certaine aversion idéologique envers le latin et d’une conception erronée qui veut que comprendre une parole signifierait automatiquement la faire sienne. »

(…)

Et les fidèles, jusqu’ici plus habitués aux accents africains, comment ont-ils réagi ? Plusieurs, mal à l’aise face à l’audacieuse nouveauté, ont changé d’église. Certains, initialement déboussolés, sont revenus. D’autres s’habituent peu à peu. « Une dame me demandait comment nous pouvions être aussi joyeux alors que nous prions en latin » s’amuse don Matteo. « Comme s’il y avait contradiction ! Elle fait maintenant partie de nos fidèles assidus ».

Ici, l’habit fait décidément le moine. « Il s’agit d’un élément immédiat d’identification. Il devient plus facile de nous demander conseil ou de nous lancer une insulte », rigole don Riccardo. En somme, il ne manque que le saturne, le chapeau à large bord ? « Non, il n’a rien d’obligatoire, il ne sert que pour se promener. Si on doit servir d’épouvantail, autant bien le faire ! » Et le dialecte romain de chasser le latin.
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(*) C’est vrai si l’on considère les paroisses territoriales, mais rappelons l’existence de la paroisse personnelle de la Trinité des Pèlerins à Rome confiée en 2008 par Benoît XVI à la Fraternité Saint-Pierre et la célébration quotidienne de la messe dans quelques églises non paroissiales.
II – LES COMMENTAIRES DE PAIX LITURGIQUE
1) Désormais émérite, l’archevêque de Ferrare-Comacchio, Mgr Luigi Negri, fait partie des prélats italiens ayant accueilli avec bienveillance le motu proprio Summorum Pontificum en 2007. À l’époque évêque de Saint-Marin-Montefeltro, il avait immédiatement remercié le pape Benoît XVI pour son « geste exemplaire ». En 2011, lors d’une visite du Saint-Père dans son diocèse, la messe célébrée pour l’occasion avait frappé les observateurs par le grand recueillement de la foule : « Pour la première fois depuis bien longtemps », commentions-nous dans notre lettre 297, « la quasi-totalité des fidèles assistant à une messe papale ont communié sur les lèvres et même souvent à genoux, répondant volontiers au rappel fait par haut-parleurs des normes liturgiques en vigueur pour la communion. » Bien que n’ayant jamais célébré lui-même la forme extraordinaire de façon pontificale, rappelons aussi que Mgr Negri avait délivré, en 2015, un superbe sermon au peuple Summorum Pontificum rassemblé en la basilique vaticane (à lire ici). Atteint par la limite d’âge, Mgr Negri a présenté sa démission fin 2016. Qui a été immédiatement acceptée…

2) Issue d’une association de fidèles liée au Serviteur de Dieu don Giuseppe Canovai (1904-1942), prêtre romain rappelé à Dieu à 38 ans alors qu’il était conseiller de nonciature en Argentine, la Familia Christi est désormais une société de vie apostolique érigée dans l’archidiocèse de Ferrare, sous statut Ecclesia Dei (comme sont en France les Missionnaires de la Miséricorde, du diocèse de Fréjus-Toulon). Composée essentiellement de jeunes romains, la Familia Christi est guidée par don Riccardo Petroni, désormais curé de Sainte-Marie in Vado. Mal vue à Rome par le Vicariat (1) car trop traditionnelle, trop dynamique, et trop bien insérée dans le paysage sacerdotal de la Péninsule où les cloisonnements sont bien moins étanches qu’en France, la Familia Christi bénéficiait depuis plusieurs années du soutien de Mgr Negri qui avait accueilli quelques-uns de ses séminaristes quand il était encore à Saint-Marin. En tant que nouvelle communauté traditionnelle née d'un prêtre et de séminaristes diocésains, on pourrait tout à fait parler de communauté Summorum Pontificum, formant des prêtres prêts à l'exercice paroissial.

3) À Rome, ayant été éloigné de la paroisse où il était vicaire pour l’aumônerie d’un hôpital, don Riccardo Petroni avait obtenu des autorités civiles la permission de célébrer la messe traditionnelle en la chapelle du Palais Altemps, superbe musée de sculptures antiques situé entre le Tibre et la place Navone. Le lieu ne relevant pas de son autorité, le Cardinal-Vicaire n’avait pas pu s’y opposer.

4) Il convient sans doute de laisser du temps au temps pour juger de la solidité et de l’ampleur réelle du renouveau impulsé à Sainte-Marie in Vado par l’arrivée de la Familia Christi. Bien entendu, pour les derniers fidèles du sanctuaire, qui s’étaient habitués à leurs missionnaires venus de Tanzanie, le changement a été important. Alors que les jeunes prêtres italiens se font rares – les vocations y restent encore bien plus nombreuses qu’en France mais, en proportion, le vieillissement du clergé y est comparable –, voici tout d’un coup qu’en arrivent sept, accompagnés d’une dizaine de séminaristes. Jeunes, Romains – donc directs et volontiers gouailleurs dans leur approche – et, encore plus inattendu !, traditionnels... Comme le relève l’auteur de l’article, la nouveauté avait de quoi déboussoler même les fidèles les mieux disposés. Concrètement, comme toujours en matière de liturgie traditionnelle, une fois tombés les premiers préjugés, la greffe traditionnelle commence à prendre : la renaissance du sanctuaire, au rythme de la forme extraordinaire du rite romain, n’en est qu’à ses débuts. Nous aurons certainement l’occasion d’y revenir.
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(1) Évêque de Rome en titre, le Pape est représenté en pratique par un Cardinal-Vicaire, Depuis 2008, ce Vicaire est Mgr Agostino Vallini, intimement hostile à la diffusion de la messe traditionnelle en dehors de la paroisse personnelle. Il arrive en fin de mandat cette année.

30 mars 2017

[Confraternité Saint Pierre] "On reconnaîtra mes disciples à ce qu'ils s'aiment..."

SOURCE - Confraternité Saint Pierre - mars 2017

Chers amis membres de la Confraternité,

On reconnaîtra mes disciples à ce qu'ils s'aiment! Dans les premiers siècles de l'Eglise, les païens selon Tertullien disaient des chrétiens, voyez comme ils s'aiment! Pourrait-on toujours dire cela aujourd'hui au sein de nos familles ou de nos communautés? Cette charité entre frères qui devrait être notre signe de reconnaissance pourrait être une belle résolution de Carême, puisqu'il faut bien prendre des résolutions de Carême, dont l'une doit regarder la charité à l'égard du prochain.

Au soir de la vie, nous serons jugés sur l'amour. Saint Jean de la Croix.

N'y aurait-il pas dans notre entourage une personne avec laquelle nous avons un peu plus de mal? Une personne qui nous semble insupportable pour mille et une raisons, et que nous avons de fait étiquetée comme telle depuis un certain temps déjà? Une personne dont nous aimons dire du mal, ou à laquelle nous aimons dire du mal, ou que même peut-être, nous souhaitons voir faire le mal pour pouvoir justifier notre animosité? Et bien c'est cette personne (au bureau ou à la maison) que peut-être nous pouvons choisir comme résolution charitable de Carême.

Que faire concrètement? Tâcher de la regarder avec les yeux avec lesquels le Seigneur la regarde. Le Chrétien doit s'efforcer de reproduire en lui la vie du Christ, afin de pouvoir dire avec Saint Paul, ce n'est plus moi qui vit, c'est le Christ qui vit en moi. Nous pouvons aussi prendre la résolution de prier pour elle de tout notre coeur pendant quarante jours, le premier transformé sera certainement nous-mêmes.

Souvenons-nous que le Seigneur Jésus que nous contemplerons avec émotion le vendredi saint donnant sa vie pour nous sur la Croix, ce Seigneur a donné sa vie pour cette personne avec laquelle nous avons pourtant tant de mal. Il l'a aimée et Il nous demande à sa suite de l'aimer et de nous rappeler que nous serons servis avec la même mesure avec laquelle nous aurons servis les autres. Alors au travail et tâchons de mettre beaucoup de charité autour de nous. Sans en attendre aucun retour comme le Christ qui dans sa passion n'a pas connu beaucoup de compassion ni de gratitude.

La Messe mensuelle à vos intentions sera célébrée le 20 mars prochain, fête reportée de saint Joseph.

Bon et saint Carême!

Nouvelles de la Fraternité

Le site internet du District de France fait peau neuve. Allez vite le visiter!

Nouvel apostolat dans l'Ile des saints: après Cork, la Fraternité assure depuis le mois de janvier, toujours à partir la Maison générale de Fribourg, une messe mensuelle le dimanche à la Cathédrale de Waterford en Irlande.

Le 11 février, dix séminaristes étaient ordonnés sous-diacres à Denton par Mgr Thomas Paprocki, évêque de Springfield, Illinois. Une semaine plus tard, sept étaient ordonnés sous-diacres à Wigratzbad par Monseigneur Schneider que l'on ne présente plus; parmi eux, quatre Français, un Italien, un Polonais et un Brésilien.

Après les toutes premières ordinations sacerdotales en Angleterre annoncée pour le mois de juin, ce sera au tour du Nigéria d'avoir lui aussi son premier prêtre ordonné "au pays" le 15 août prochain; en résumé, il y aura donc cet été des ordinations sacerdotales aux Etats-Unis, en Angleterre, en Allemagne et au Nigéria. Seigneur donnez-nous de saints prêtres!

Avec beaucoup d'avance: le pèlerinage de rentrée du séminaire de Wigratzabd aura lieu le 16 septembre prochain à Paray le Monial. Préparez-vous à venir rendre avec nous hommage au Sacré-Coeur. Nous en reparlerons.

Vous trouverez ici la lettre du Chapelain général de la Confraternité, l'abbé Armand de Malleray, à l'occasion de notre dixième anniversaire.

Pour les membres Québécois de la Confraternité, nous recommandons deux conférences de Monsieur Jean Sévillia à Montréal les 10 et 11 mars prochain à Montréal.

Coup de coeur enfin pour l'aumône de Carême: pour les bretons et tous ceux qui aiment la Bretagne, vous êtes invités à soutenir le Collège Notre-Dame des Flots de Brest dont l'abbé Courtois, FSSP, est l'aumônier. Tous les dons seront les bienvenus.

Nous recherchons comme l'an dernier des familles de bonne volonté pouvant accueillir un séminariste étranger, germanophone ou anglophone la veille du pèlerinage de Chartres à Paris. Il y en aura cette année beaucoup.

[Abbé Alain Lorans, fsspx - DICI] Un précieux soutien pour la croisade du rosaire

SOURCE - Abbé Alain Lorans, fsspx - DICI - 30 mars 2017

Le 23 septembre 1979, à l’occasion de son jubilé sacerdotal à Paris, Mgr Marcel Lefebvre lançait une croisade : « Il nous faut faire une croisade appuyée précisément sur cette notion de sacrifice, afin de recréer la chrétienté, refaire une chrétienté telle que l’Eglise la désire, l’a toujours faite avec les mêmes principes, le même sacrifice de la messe, les mêmes sacrements, le même catéchisme, la même Ecriture sainte ».

Le 2 juillet 2016, au cours des ordinations sacerdotales au séminaire de Zaitzkofen, Mgr Bernard Fellay annonçait une nouvelle croisade du rosaire du 15 août 2016 au 22 août 2017, qui doit s’achever par un pèlerinage international à Fatima, les 19 et 20 août, pour célébrer le centenaire des apparitions de Notre Dame aux trois pastoureaux.

Aujourd’hui paraît Le rosaire avec Mgr Marcel Lefebvre de l’abbé Patrick Troadec, qui apporte un précieux soutien à cette croisade. Dans sa préface, Mgr Fellay écrit : « Durant la croisade du rosaire qui a débuté le 15 août 2016, je souhaite ardemment que la récitation fervente de votre chapelet réponde aux intentions indiquées par Notre Dame, à savoir un accroissement de dévotion à son Cœur Immaculé pour en assurer le triomphe, et la consécration de la Russie à ce même Cœur Immaculé. » Aux intentions données par la Très Sainte Vierge, le Supérieur général a ajouté une intention particulière, lui demandant sa protection maternelle sur la Fraternité Saint-Pie X et tous ses membres, ainsi que sur les communautés religieuses de la Tradition.

Comme un écho de l’exhortation de Mgr Lefebvre, en 1979 : « C’est vous, mes bien chers frères, vous qui êtes le sel de la terre, vous qui êtes la lumière du monde, vous auxquels Notre-Seigneur Jésus-Christ s’adresse en vous disant : ‘Ne perdez pas le fruit de mon Sang, n’abandonnez pas mon Calvaire, n’abandonnez pas mon Sacrifice’. Et la Vierge Marie, qui est tout près de la Croix, vous le dit aussi. Elle qui a le cœur transpercé, rempli de souffrances et de douleurs, également rempli de joie de s’unir au Sacrifice de son divin Fils, Elle vous le dit aussi : ‘Soyons chrétiens, soyons catholiques!’».

Abbé Alain Lorans

Le rosaire avec Mgr Marcel Lefebvre, Via Romana, 150 p., 9 €.

29 mars 2017

[Rome Reports] Cardinal Castrillon: Les Lefebvristes n'ont jamais été complètement schismatiques

SOURCE - Rome Reports - texte français de la vidéo - 29 mars 2017

[texte français de la vidéo] Le cardinal Darío Castrillón a été pendant près de 10 ans le médiateur du pape auprès des traditionalistes lefebvristes. C'est pourquoi il est heureux d'une possible solution au conflit existant.
Cardinal Dario Castrillon: «Nous avons toujours reconnu une chose: ils ne sont jamais tombés dans l'hérésie, ils ont eu des moments où ils étaient absents, mais techniquement ils n'ont jamais fait un schisme ou une hérésie complète. Une juridiction hors de la juridiction de l'Église, cela signifie que vous voulez vous séparer.»
Bien que le nom n'est pas correct, ils sont appelés «lefebvristes». Il s’agit de la Fraternité de Saint-Pie X, un mouvement traditionaliste fondé en 1970 par la voix critique la plus agressive contre le Concile Vatican II, l'archevêque français Marcel Lefebvre.

Invoquant une crise dans l'Église, il a sacré en 1988 quatre nouveaux évêques de son propre chef, malgré l'interdiction expresse de Jean-Paul II. Et donc, les nouveaux évêques et lui ont été automatiquement excommuniés.

En 2009, Benoît XVI a retiré l'excommunication, en geste de bonne volonté pour tenter de faciliter la réconciliation. Après l'année du Jubilé, le pape François leur permit ensuite de confesser valablement, dans l'Église.

À l'heure actuelle, ils rejettent certains principes du Concile Vatican II, tels que la liberté religieuse ou le dialogue inter-religieux, et en conséquence aussi quelques points du Magistère qui a suivi.

Le Cardinal Castrillón insiste sur le fait que la majorité des lefebvristes veulent une union totale avec l'Eglise. Il justifie certains de leurs points de vue comme étant dus à des interprétations et des mises en œuvre incorrectes de ce qui a été décidé au Concile Vatican II.
Cardinal Dario Castrillon: «Certains points manquaient de clarté. Beaucoup d'architectes d'un post-concile ont traité ces questions d'une manière qui n'était pas conforme au Concile, qui a en soi toute sa valeur. Ils ont fait des interprétations qui ne sont conformes ni au Concile ni au Magistère.»
Selon lui, la Fraternité de Saint-Pie X est active dans 63 pays et compte environ 600 prêtres et 200 séminaristes, qui s’occupent d’environ un demi-million de personnes. [fin du texte de la vidéo] 

27 mars 2017

[Bénédictins de l’Immaculée] 21 mars: l’érection canonique du monastère de Villatalla

« Accueillez-moi, Seigneur, selon
votre parole et je vivrai et je ne
serai pas confondu dans mon attente ».
(Rituel de profession)
SOURCE - Bénédictins de l’Immaculée - 27 mars 2017

Ce 21 mars, fête du trépas de notre bienheureux Père Saint Benoît: jour de grâce et de liesse à Villatalla. Dans une église comble, Mgr Gugliemo Borghetti vient ériger notre monastère en Institut de Vie Consacrée de droit diocésain au cours de la messe solennelle célébrée dans le rite traditionnel par l’ancien vicaire général de Mgr Oliveri, Mgr Giorgio Brancaleoni.

Étaient présents une quinzaine de prêtres du diocèse et plusieurs de diocèses voisins amis de la communauté. Monsieur le Maire avec son écharpe tricolore et le maréchal des carabiniers accompagné de son second représentaient les autorités officielles du pays. Nos voisins et nombreux fidèles, amis et oblats sont venus assister et s’unir de cœur et par la prière à la grâce de cette si belle et émouvante cérémonie au cours de laquelle le Père Jehan et Frère Antoine ont renouvelé leurs vœux solennels monastiques, tandis que Frère Marie promettait obéissance, conversion des mœurs (chasteté et pauvreté) et stabilité pour trois ans.

Dans son homélie, Mgr Borghetti a développé avec éloquence la définition du moine que donne Saint Benoît, « un chercheur de Dieu », de ce Dieu dont le moine a fait l’Absolu de toute sa vie. En voici un extrait dont on peut admirer la profondeur :

« L’étymologie du terme “moine“ signifie celui qui est “seul“. Alors on se demande légitimement: pourquoi l’Église Catholique devrait soutenir le choix de celui qui veut “demeurer seul “ ? Ne serait-il pas plus utile d’orienter les vocations vers une vie plus semblable à celle des paroisses, surtout aujourd’hui où les prêtres sont toujours moins nombreux ?

En réalité, à bien considérer la vie monastique, celle-ci a une importance particulière dans la vie de l’Église, comme l’a toujours souligné le magistère pétrinien. L’homme, par nature a une dimension religieuse qu’on ne peut supprimer et qui oriente son cœur à la recherche de l’Absolu, de Dieu dont il ressent plus ou moins clairement ou confusément l’insatiable besoin.

Quand au cours des évènements de la vie ce besoin affleure à la conscience, il fait de l’homme un chercheur de Dieu. Pour Saint Benoît cela est le signe fondamental et le critère d’une authentique vocation monastique. En milieu chrétien, cette recherche est devenue la « sequela Christi », c’est-à-dire « la voie qui mène à Dieu » dans l’écoute obéissante de sa Parole de grâce, de vérité et de vie.

Le moine n’est donc pas un homme seul mais un homme qui, à travers la solitude de son style de vie, met au centre de tout, Dieu créateur du ciel et de la terre, Dieu auteur de la grâce qui donne sens à la vie présente et future, à la vie qui continuera après le passage crucial de la mort et de la déchéance du corps mortel. La vie et la mort y sont assumées dans l’espérance du Royaume. C’est tout le sens de la fameuse vision que Saint Benoît eut quand il contempla le monde entier ramassé sous un unique rayon de lumière qui l’unissait à Dieu : c’est dans leur rapport intime avec Dieu que toutes les réalités d’ici-bas sont assumées et transfigurées.

C’est donc la recherche de Dieu qui définit le moine et constitue l’axe sur lequel repose sa vie de prière, de travail et d’exemple pour nous tous qui sommes dans le monde sans être du monde »

Après la liturgie solennelle et grandiose de la prière vient celle, tout autant sacrée de la liturgie de l’amitié autour d’un apéritif. Ce sont alors les agapes joyeuses où se retrouvent tous ceux qui se sont unis dans le silence ébloui d’une même communion sacrée.

[Commission Pontificale “Ecclesia Dei”] Lettre aux ordinaires des Conférences Episcopales concernées au sujet des permissions pour la célébration de mariages de fidèles de la Fraternité Saint Pie X

SOURCE - Commission Pontificale “Ecclesia Dei” - 27 mars 2017

Prot. : 61/2010

Éminence,
Excellence Révérendissime,

Comme vous le savez, différents types de rencontres et d’initiatives sont en cours depuis longtemps pour ramener la Fraternité sacerdotale Saint Pie X dans la pleine communion. Ainsi le Saint-Père a-t-il récemment décidé d’accorder à tous les prêtres de cet institut les pouvoirs de confesser validement les fidèles (Lettre Misericordia et misera, n. 12), de manière à assurer la validité et la licéité du sacrement qu’ils administrent et à ne pas laisser les personnes dans le doute.

Dans la même ligne pastorale, qui veut contribuer à rasséréner la conscience des fidèles, malgré la persistance objective, pour le moment, de la situation canonique d’illégitimité dans laquelle se trouve la Fraternité Saint Pie X, le Saint-Père, sur proposition de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi et de la Commission Ecclesia Dei, a décidé d’autoriser les Ordinaires du lieu à concéder aussi des permissions pour la célébration de mariages de fidèles qui suivent l’activité pastorale de la Fraternité, selon les modalités suivantes.

Dans la mesure du possible, la délégation de l’Ordinaire pour assister au mariage sera donnée à un prêtre du diocèse (ou du moins à un prêtre pleinement régulier) pour qu’il reçoive le consentement des parties dans le rite du Sacrement qui, dans la liturgie du Vetus ordo, a lieu au début de la Sainte Messe ; suivra alors la célébration de la Sainte Messe votive par un prêtre de la Fraternité.

En cas d’impossibilité ou s’il n’existe pas de prêtre du diocèse qui puisse recevoir le consentement des parties, l’Ordinaire peut concéder directement les facultés nécessaires au prêtre de la Fraternité qui célébrera aussi la Sainte Messe, en lui rappelant qu’il a le devoir de faire parvenir au plus vite à la Curie diocésaine la documentation qui atteste la célébration du Sacrement.

Certaine que, de cette façon aussi, on pourra éviter les débats de conscience chez les fidèles qui adhèrent à la FSSPX et les doutes sur la validité du sacrement de mariage, tout en facilitant le chemin vers la pleine régularisation institutionnelle, cette Congrégation sait qu’elle peut compter sur votre collaboration.

Au cours de l’audience du 24 mars 2017 accordée au Cardinal Président soussigné, le Souverain Pontife François a approuvé la présente Lettre et en a ordonné la publication.

Rome, au siège de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, 27 mars 2017.



Gerhard Card. Müller
Président

+ Guido Pozzo
Archevêque titulaire de Bagnoregio
Secrétaire

26 mars 2017

[Abbé Michel Simoulin, fsspx - Le Seignadou] Souvenir d'un pseudo-vicaire à St Nicolas du Chardonnet (1980-1983)

SOURCE - Abbé Michel Simoulin, fsspx - Le Seignadou - avril 2017

Je n’étais pas à la « prise » de St Nicolas du Chardonnet, le 27 février 1977. J’étais séminariste, et je me souviens fort bien des réactions diverses et contradictoires des séminaristes, et même des professeurs. Le directeur, vénérable sujet de la Confédération Helvétique, désapprouvait ce coup de force contraire à l’ordre et au respect des lois. Monseigneur était absent, et tout est rentré dans l’ordre avec son retour : heureux de l’évènement, il l’encourage et décide même d’apporter l’aide de la Fraternité ! C’est donc le district de France, l’abbé Aulagnier en tête, aidé par l’abbé Groche, qui s’investit aussitôt et aide avec enthousiasme ! Mgr Lefebvre lui-même se rend à St Nicolas dès le 22 mai suivant pour y confirmer une centaine d’enfants. Les séminaristes, lors de leurs congés, sont heureux d’apporter leur aide, et des prêtres y sont affectés dès leur ordination (abbé Claude Barthe, abbé Olivier de Blignières). Ils seront évacués peu après en raison de prises de position sédévacantistes. Nous arrivons ainsi à l’été 1980, avec la nomination de l’abbé Dominique Mihailovic à Saint-Nicolas, et de l’abbé Alain Lorans à l’Institut Saint Pie X. C’est alors que Monseigneur décide d’anticiper mon ordination au 20 septembre pour me nommer collaborateur de Mgr Ducaud-Bourget. (L’abbé Jean-Luc Veuillez nous y rejoindra en 1982). 

J’ai eu la grâce de narrer autrefois ces années à St Nicolas dans la revue Fideliter, mais le temps passé me permet un peu de recul, même si un peu de nostalgie vient teinter mon discours, non pas tant parce que "c’était le bon temps" – tous les temps sont bons ! – mais surtout parce que la plupart des figures évoquées et que j’ai aimées, dorment à présent au "lieu du rafraichissement, de la lumière et de la paix".

Après une arrivée en fanfare, je découvre donc une quasi-paroisse très originale, animée par beaucoup d’enthousiasme, mais livrée à beaucoup d’improvisations et autant de désordres ! C’était extraordinaire, mais tout était à régler, à ordonner, à nettoyer même, et Mgr Ducaud-Bourget me confia la charge redoutable de mettre un peu d’ordre. Je le fis, sans plaire à tous, ni aux messieurs doctement installés dans les stalles, ni à toutes les dames catéchistes, ni même parfois à notre cher monseigneur ! Il aimait tant que la foule chante le Pater avec le célébrant ! Sans doute ai-je usé parfois de trop de force, et ai-je commis des erreurs, mais ces trois années ont été très formatrices… 

Après une année de présence, j’avais tout fait, tout vu, tout entendu… même des obsèques un samedi-Saint, si je me souviens bien – même une extrême-onction dans la sacristie – même une pénitente me poursuivant dans le métro – même un crachat au visage sur le parvis – même une mécontente chassée de la sacristie par monseigneur l’obligeant à reculer jusqu’à la sortie en montant sur ses pieds et rythmant sa marche en avant de « mange » en réponse à cet autre mot qu’elle lui répétait en reculant et que je tairai ici – même cette famille fidèle aux vêpres dominicales et qui s’asseyait avec fracas dès qu’était entonné le Tu es Petrus – même la « motarde », ainsi nommée parce qu’elle circulait en pétrolette et assistait à la messe coiffée de son casque quand elle avait oublié sa mantille – même la « dame du Sacré-Cœur » qui squattait « sa » chapelle et la défendait contre les intrus à coup de parapluie, etc. 

Et tout ça faisait d’excellents chrétiens, comme le chantait Maurice ! Mais il y avait vraiment une ambiance peu banale… qui m’irritait parfois, hélas, et qui me ravissait souvent ! C’était vraiment une « paroisse vivante » !

Outre la Sainte Messe et les offices, les catéchismes, les confessions, les baptêmes, mariages et enterrements, les prédications, nous avons alors inauguré les prédications et les chemins de croix de carême, les concerts spirituels, les messes chantées du mercredi soir, dites messes des jeunes, avec le service liturgique assuré par la MJCF, et les premiers trémolos du Chœur Fra Angelico, etc.

Mais le plus précieux à ma mémoire, est le souvenir des prêtres et des fidèles que j’y ai connus. Mgr Ducaud-Bourget, d’abord, qui tenait à ce que personne ne touche au drapeau du pape présent dans le chœur ! Il ne voulait surtout pas être « curé » mais aimait bien baptiser l’abbé Aulagnier du titre de « co-curé » ! Il entonnait le Gloria de la messe royale de Du Mont avec une puissance décoiffante, alors qu’il semblait si frêle ! Il montait en chaire le dimanche pour commenter l’épitre et se trompait parfois de dimanche, mais c’était tellement prenant que personne ne s’en apercevait ! Et il avait aussi ce geste banal mais si amical de nous réunir le dimanche après les messes du matin pour un petit porto dominical ! « Les gens sérieux sont embêtants », aimait-il à nous dire, pour nous faire comprendre en douceur qu’il ne fallait surtout pas nous prendre au sérieux ! 

L’abbé Serralda venait rarement, trop occupé par la chapelle Ste Germaine. Mais nous avions alors une équipe régulière de prêtres anciens : Mgr Gillet, qui brandissait des pistolets en chaire lorsqu’il évoquait le Pape, l’abbé Juan et sa barbiche au vent, en continuel va-et-vient pour porter la communion aux malades, l’abbé Emmanuelli qui faisait la police à l’entrée le dimanche, et bloquait ainsi de son importante personne les entrées comme les sorties – c’est lui aussi qui clamait de sa voix de stentor dans la sacristie, lorsque quelqu’un tentait de calmer ses fréquentes colères : non monsieur, je ne suis pas en colère… je suis indigné ! – l’abbé Dinh Vin Son qui chantait en chaire l’Ave Maria en vietnamien, et même le cher et docte abbé des Graviers, assidu aux Vêpres dominicales mais qui n’entonnait que la troisième antienne, la seule dont il parvenait à retenir la mélodie.

Le personnage le plus pittoresque demeure quand même le bon Frère Gilles, incollable en liturgie depuis ses années à St Louis des Français, à Rome, dans la Fraternité Sacerdotale du Père Prévost, et d’un dévouement inlassable, malgré ses ronchonnements toujours agrémentés d’un gentil sourire un peu ébréché… Il était aidé parfois par le Fr. Edouard descendu de Suresnes… Mais sa (notre) terreur était quand même Sr Flodoberthe, qui trainait toujours avec elle une troupe d’enfants qu’elle catéchisait, et qu’il fallait baptiser sur-le-champ, ou confesser, ou communier sans attendre ! Et le pauvre frère n’avait jamais un prêtre sous la main (disait-il) ! 

Quand je vous disais que l’on ne s’ennuyait pas !

Il y avait aussi les bons et fidèles serviteurs : M. Ducaud, la famille Cagnon, de père en fils et petit-fils, Bernard Faribault, discret et efficace, le brave et solide Noureygat, ses amis de la garde et du « Père tranquille », M. de Milleville, le cher Lamy, M. et Mme Rota, et tant d’autres, sans oublier nos artistes : l’inoubliable Castafiore, MM. Sisung, Holiner et Avignon…(un moment épique entre tous : la grève de la chorale, assise en bloc au premier rang, les bras croisés et muette pendant la messe chantée du dimanche, pendant que je tentais de faire chanter les fidèles !) et Louis le Suisse, qui cachait tant de choses dans son réduit avec sa hallebarde ! Il y avait aussi celle dont je n’ai jamais su le nom, et que nous appelions Mlle de Saint-Cierge. Elle était un ange de silence et de douceur, et chaque jour, elle venait gratter et nettoyer les brûloirs où se consumaient les cierges offerts par les fidèles…d’où son amical surnom !

Quelques fidèles notables sont aussi à mentionner : Jean Madiran, avec qui j’ai eu une bien stupide querelle (péché de jeunesse) ; André Figueras (avec son épouse et ses fils), étonné d’apprendre que, pas plus que lui, je ne voyais Jésus dans l’Hostie ; Jean Dutourd, fidèle à accompagner son épouse à la messe du soir, qu’il passait à deviser fort élégamment dans la sacristie ; Jacques Dufilho, fidèle et discret, et son artiste de fille, Colette ; Michel Fromentoux, etc…

J’y ai aperçu parfois Jean-Marie Le Pen… entre autres lors d’une messe célébrée pour Béchir Gemayel, et à l’issue de laquelle il avait commenté le sermon sur les qualités d’un homme d’état chrétien : « On s’est bien fait eng… ! »

Mais je n’en finirais pas d’évoquer tant et tant de visages et d’âmes… tant de jeunes et de moins jeunes… ce brave homme, par exemple qui, septuagénaire, ne s’était jamais confessé et qui, après une belle, bonne et longue confession, est sorti rayonnant du confessionnal pour m’embrasser comme du bon pain… ou cet autre qui, heureux de s’être bien confessé, me dit qu’il voulait me faire un cadeau : une pensée qui lui était venue, à savoir que, lorsqu’il arriverait à la porte du ciel, sa richesse serait tout ce qu’il aurait donné… et tant d’autres que Notre-Dame du clergé n’a pas oubliés et qu’elle a gardés dans son cœur maternel !

Quand je vous disais que pendant ces trois années à Saint-Nicolas, j’en ai appris assez pour tenir toute une vie sans être surpris par rien ! Ce n’était pas une paroisse, et Mgr Ducaud-Bourget n’était pas curé… mais c’était mieux encore : c’était l’Église incarnée et vivante, parfois brouillonne mais toujours enthousiaste, pas cérébrale pour un sou et tellement chaleureuse, avec ses gloires et ses misères, ses grandeurs et ses faiblesses… l’Église telle que l’aimait Mgr Lefebvre et telle que je persiste à l’aimer, celle qui ne doit pas changer ! 

Abbé Michel Simoulin,
Heureux «pseudo-vicaire».

[Abbé Michel Simoulin, fsspx - Le Seignadou] "Nous avons évoqué déjà la belle figure de Sainte Maria Goretti..." (éditorial)

SOURCE - Abbé Michel Simoulin, fsspx - Le Seignadou - avril 2017

Nous avons évoqué déjà la belle figure de Sainte Maria Goretti. Elle nous donne, entre autres, une leçon sur laquelle nous pouvons méditer. Alors qu'elle se débat sous les coups d’Alessandro, elle lui dit: "Ne fais pas cela ! C'est un péché ! Tu iras en enfer!" Le lendemain, avant de lui donner l'hostie, le prêtre lui demande si elle pardonne à son agresseur comme Jésus a pardonné sur la croix à ses bourreaux. "Oui, pour l'amour de Jésus je pardonne. Je veux qu'il vienne lui aussi avec moi au Paradis. Que Dieu lui pardonne, car moi je lui ai déjà pardonné." Pas un instant, Maria ne considère sa propre souffrance ou le mal qu’il lui a fait, mais elle ne voit que cette pauvre âme qui risque d’aller en enfer et pour laquelle elle désire le paradis. 

Nous avons lu aussi, le mois dernier, l’histoire bouleversante de Laura Vicuña. Innocente et pure, elle s’évanouit de douleur lorsqu’elle apprend que sa maman est en état de péché mortel, et se trouve aux porte de l’enfer ! Pour la sauver, elle offre sa vie d’enfant, et à l’heure de vivre cette offrande, après avoir obtenu de sa maman la promesse de sa conversion, elle murmure avec un sourire : « Merci Jésus, merci Marie ! Maintenant je meurs contente ». Elle avait 12 ans et 9 mois. Ce qui me frappe le plus chez cette enfant, comme chez Maria Goretti, c’est le sens qu’elle avait du péché, et du malheur d’une âme en état de péché ! Elle aimait tellement sa mère que la pensée qu’elle puisse être éternellement malheureuse lui avait quasiment ôté la vie. Sans doute s’évanouir n’est pas mourir, mais ce fut chez elle l’effet d’une douleur intolérable. 

Comment ne pas penser encore à l’intervention de Notre-Dame à Fatima, pour demander aux enfants des prières et des sacrifices pour la conversion des pécheurs ? Elle ira jusqu’à leur montrer l’enfer pour les y encourager. La demande de la Vierge est encore de faire tout ce qui est possible pour « préserver les âmes du feu de l’enfer », comme elle l’exprime dans la belle prière qu’elle leur enseigne.

Je crains que nous n’ayons pas, quant à nous, la même crainte et la même douleur de l’âme devant le péché et ses conséquences dans l’âme du pécheur. Nous sommes trop pris par nos propres souffrances et le mal que nous subissons. Au mieux, nous pensons aux souffrances de Jésus-Christ victime des péchés des hommes, mais avons-nous de la douleur du danger mortel que courent les âmes en état de péché : mourir ainsi c’est l’enfer, c’est le malheur éternel ? Avons-nous un amour du prochain qui vit dans le sillage de l’amour du Cœur de Jésus pour tous les humains ?

Des saints ont eu cette douleur et ont dépensé toutes leurs forces, donné leur vie pour la conversion et le salut des pécheurs.

Et j’ose dire que si Jésus-Christ est mort sur la Croix, c’est par la douleur qui a brisé son cœur et mis fin à sa vie humaine, "la douleur qu’il éprouvait en voyant se condamner volontairement les âmes qui fouleraient aux pieds les peines intérieures de son cœur amoureux". Qu’on me pardonne l’audace de la formule, mais Jésus est mort à cause des damnés, à cause de la douleur devenue intolérable à ce cœur où tout n’était qu’amour, amour divin et douleur immense ! C’est là une douleur qu’il ne pouvait exprimer. Lorsque nous méditons la Passion, nous considérons les souffrances physiques, les douleurs morales de l’injustice et des humiliations, peut-être encore, comme le suppliera le Sacré-Cœur, les ingratitudes : « Voilà ce Cœur qui a tant aimé les hommes qu’il n’a rien épargné jusqu’à s’épuiser et se consommer pour leur témoigner son amour. Et pour reconnaissance je ne reçois de la plupart que des ingratitudes, par leurs irrévérences et leurs sacrilèges, et par les froideurs et les mépris qu’ils ont pour moi dans ce Sacrement d’amour. Mais ce qui m’est encore le plus sensible est que ce sont des cœurs qui me sont consacrés qui en usent ainsi ».

Mais la douleur la plus profonde est toujours inexprimable, et seuls peuvent la comprendre ceux qui savent aimer comme Jésus. Plus l’amour est vrai, plus la douleur est profonde du malheur de ceux que l’on aime, et c’est la souffrance éternelle des damnés qui a causé la mort de ce cœur où il y avait trop d’amour. Toute la passion extérieure de Jésus est comme une gigantesque marée visible d’un océan invisible, dit le P. Faber, car les souffrances de l’esprit dépassaient de beaucoup celles du corps. Cette agonie intérieure causée par la malice des péchés des hommes lui occasionnait une expiation plus terrible, plus douloureuse que toutes les atrocités avec lesquelles ses bourreaux tourmentèrent son corps très saint.

La douleur du Christ était en son cœur le fruit de nos souffrances auxquelles son amour voulait mettre fin, mais celles des damnés lui furent insupportables. Elles étaient en même temps l’effet de son amour tout-puissant mais tenu en échec par leurs refus volontaires d’être aimés. Il est mort à cause des damnés.

Mais son amour a été vainqueur puisqu’il est mort pour ses élus, par l’offrande d’un amour plus fort que toute douleur, un amour vainqueur de la mort elle-même. 

La charité ne connaît pas la défaite – et c’est pourquoi j’ose espérer que les élus seront beaucoup plus nombreux que les damnés ! – et les damnés eux-mêmes dans leur éternel malheur crient au monde des vivants que leur malheur est encore une manifestation de la puissance et de la victoire de l’amour. Relisons ces réflexions admirables du Père de Chivré sur l’espérance :
Le surnaturel nous enveloppe; n'y échappent que les libertés perverties jusqu'au refus d'être aimées plus qu'elles n’aiment leurs horreurs morales ; le désespoir est le seul acte humain d'où Dieu soit nécessairement absent puisqu'il consiste non seulement à ne plus Le posséder, mais à ne plus croire aux possibilités de Le posséder, alors que Lui, Dieu, a épuisé toutes les possibilités surnaturelles et naturelles de demeurer avec nous et en nous; c'est vraiment l'acte stupide par excellence puisque il est privé de toute grâce et de toute espérance de la grâce. 
L'Espérance! L'Espérance! La flamme dans la nuit, l'élan subit dans une santé défaillante, le sourire fleurissant sur les lèvres salées par les sanglots... L'Espérance, cette espèce de certitude qu'on est idiot d'avoir douté, cette prise de conscience immédiate et consistante que les réponses sont, que les solutions existent... L'Espérance, cette résurrection printanière de tout, dans le cœur parfumé de bonheur et dans l'intelligence secouée d'enthousiasme... L'Espérance, cette marche en avant avec tout un ravitaillement de mots, de cris, de chants, appropriés pour être davantage à la disposition de l'espoir comme la voile est à la disposition du vent. Ô mon Dieu ! Merci d'avoir créé l'Espérance sans laquelle je n'oserais pas marcher. 
Tout péché a sa grâce à lui, son secours à lui : remords, rougeur de honte, dégoût, une sanction, une conséquence qui fera réfléchir...
Toute malice a sa contrepartie vertueuse,
Toute tentation a son angle propice à la victoire,
Toute déficience a son utilisation réparatrice. 
Tout, absolument tout, est accessible à la grâce et la grâce n'aura peut-être d'égal que la stupeur du monde lorsqu'au dernier jour les plus grands adversaires de Dieu, les plus farouches s'apercevront que, sans le savoir, leur malice était au service de la Sagesse divine, laquelle en définitive aura le dernier mot. 
Dieu ne recule devant aucune ruse pour faire aboutir la Grâce, mais le malin le lui rend bien pour la tenir en échec et pourtant, qu'il est consolant et vrai de constater qu'Elle a en définitive le dernier mot ; jusque dans ses succès, le Mal a le dessous par rapport au plan de Dieu. La grande humiliation de Satan sera de s'apercevoir au dernier jour qu'il aura travaillé pour la gloire de Dieu. Dans ses attaques, ses ruses, ses haines, ses triomphes et ses rages, il aura fait éclore de superbes prières, de sanglants sacrifices, s'épanouir de généreuses réparations, naître d'audacieuses initiatives, réveiller des vertus et des repentirs ; lui, le maudit, il aura fait chanter l'Amour et il en sera furieux ; lui, le ténébreux entêté, il aura obtenu pour Dieu d'éblouissantes soumissions et d'éberluantes fidélités qui le feront frémir de honte lorsque les bénis le jugeront. 
"Pas un cheveu ne tombe de vos têtes sans la permission du Père", traduisez : la Grâce veille à tout et sur tous. Quelle compagnie dans les solitudes les plus apparemment irrémédiables ! 
Comme on comprend le cri d'enthousiasme de l'Eglise au matin du Samedi Saint "Felix culpa", heureuse faute puisque non seulement le bien existe, mais la malice est vaincue, ce qui est un bien nouveau que la vertu ne pouvait pas produire à elle seule. 
Heureuse faute sans laquelle l'homme n'aurait pas ajouté à sa couronne originelle les diamants de ses larmes, les rubis de ses expiations et les lumières de ses aveux.
C’est l’éternelle victoire de la vie sur la mort, que nous célébrerons avec éclat la nuit de Pâques. Tout est fini ?… non, tout commence ! Tout est perdu ? … non, tout est gagné : la vie triomphe, l’amour est vainqueur, et le ciel est ouvert à tous ceux qui ont cru en l’amour.

Ste Thérèse de l’Enfant Jésus l’avait bien compris, et surtout bien vécu, comme elle l’exprimait dans une de ses dernières lettres
Cher petit Frère, au moment de paraître devant le bon Dieu, je comprends plus que jamais qu'il n'y a qu'une chose nécessaire, c'est de travailler uniquement pour Lui et de ne rien faire pour soi ni pour les créatures. 
Jésus veut posséder complètement votre coeur, il veut que vous soyez un grand saint. Pour cela il vous faudra beaucoup souffrir, mais aussi une joie inondera votre âme quand vous serez arrivé au moment heureux de votre entrée dans l'Eternelle Vie !... Mon frère, tous vos amis du Ciel, je vais aller bientôt leur offrir votre amour, les prier de vous protéger. Je voudrais vous dire, mon cher petit Frère, mille choses que je comprends étant à la porte de l'éternité, mais je ne meurs pas, j'entre dans la vie et tout ce que je ne puis vous dire ici-bas, je vous le ferai comprendre du haut des Cieux... (LT 244 à l'abbé Bellière le 9 juin 1897)
Belle fête de la Résurrection de Notre-Seigneur et beau temps pascal à tous et toutes, sous le doux regard du Cœur Immaculé de sa mère devenue la nôtre.

25 mars 2017

[Mgr Williamson - Initiative St Marcel] Lent Déclin – I

SOURCE - Mgr Williamson - Initiative St Marcel - 25 mars 2017

Si je n’agirai pas – comme je pense – bien,
De mes bonnes pensées il ne restera rien !

Voici un témoignage (abrégé) venant des États-Unis. Il tape souvent dans le mille :—
On a voulu « changer l’image » de la Fraternité St Pie X. Résultat ? – elle n’est plus ce qu’elle était. Comme la Fraternité originale appartenait à l’Église catholique, ainsi la Néo-fraternité appartient à la Néo-église. Pour les anciens qui se souviennent de Vatican II, c’est du déjà vu, mais en pire, parce que cette fois-ci il n’y a même pas d’attaque directe contre la bonne doctrine, ni un Concile important, c’est par une transformation sociale que la révolution s’étend, lente et presque imperceptible. 
En effet, les apparences de la Tradition se maintiennent, mais le Mouvement de la Tradition se change en douceur, du dedans. Extérieurement et du point de vue matériel les choses paraissent mieux réussies que jamais, avec toujours plus d’argent et de bâtiments, mais intérieurement et spirituellement on observe une décadence, parce que la maladie du modernisme gagne imperceptiblement les gens. Et une variété de symptômes indiquent que c’est bien le même modernisme, par exemple les jeunes prêtres de la Fraternité aux visages béats, tout comme les « prêtres de la paix » comme le grand Cardinal Mindszenty les a nommés, dans les années 1960 et 1970. Mais à ceux-ci manque la masculinité des prêtres qui les ont précédés, comme elle manque à des laïcs importants dans l’éducation. 
Alors la Messe a beau être Traditionnelle, toute la culture autour est Novus Ordo. Les Traditionnalistes veulent préserver la Messe ancienne et les Sacrements et quelques-unes des bonnes mœurs du Catéchisme, mais en même temps ils veulent profiter de tout le reste que le monde moderne leur offre. Comme résultat on distingue à peine, en-dehors de la Messe et des Sacrements, entre les soi-disant Catholiques de la Tradition et leurs équivalents dans le monde moderne. Pour ce qui concerne le divorce, les annulations de mariage, les « filles-mères », etc., les statistiques sont pareilles. Si les Traditionnalistes veulent suivre le monde moderne, ils ne peuvent plus garder la religion ancienne. Il faut choisir. 
Ce qui se passe, c’est que le Mouvement de la Tradition s’ouvre actuellement au monde pour devenir normal et se faire accepter, et le processus de la modernisation avance, lentement mais sûrement. Il y a une nouvelle génération de jeunes au pouvoir, et ils font tout changer. Les anciens irréductibles qui désormais gênaient ont été remplacés, et la Tradition a une nouvelle image, jeune, souriante, aimable. Voilà 50 ans que l’Église officielle a eu sa mise à jour, la Fraternité y passe aujourd’hui. La vieille génération qui a mené tant de batailles pour tout préserver se fait remplacer maintenant par une nouvelle génération qui n’a jamais connu le Novus O rdo, ni ce qui était derrière, et qui n’a jamais eu à se battre pour quoi que ce soit. Les jeunes d’aujourd’hui peuvent bien avoir été élevés isolés dans une bulle de la Tradition, sans connaître grand- chose de la guerre d’hier, origine de celle d’aujourd’hui. Avant le Concile Bella Dodd a rendu un témoignage célèbre que les Communistes avaient infiltré l’Église. Pouvons-nous être sûrs que la même chose n’arrive pas actuellement au mouvement de la Tradition ? 
Cela devait arriver. N’étant ni infaillible ni indéfectible, la Fraternité passe maintenant par l’expérience d’il y a 50 ans de l’Église officielle – l’infiltration, le compromis, la désintégration et le même processus d’auto-démolition. Mgr. Lefebvre aurait remarqué tout de suite le changement radical, mais bon nombre des grenouilles dans la Fraternité n’ont même pas remarqué comment la température de l’eau monte. Monseigneur a « transmis ce qu’ il a reçu » mais la nouvelle génération comment peut-elle transmettre ce qu’elle ne reçoit plus ? C’est pour cela que nous entendons que la « réconciliation inévitable » est imminente. La Fraternité sera acceptée comme partie de la Néo-église, et inversement elle devra accepter la Néo-église. Elle ne sera plus qu’une des nombreuses chapelles latérales dans le Panthéon du Nouvel Ordre Mondial. Et quant à la « réconciliation », de quel côté des deux s’est-on rendu à l’autre ? L’Église Conciliaire est-elle devenue catholique ? Absolument pas !
Kyrie eleison.

[DICI] Le 25 mars 1991 s’éteignait Mgr Marcel Lefebvre…

SOURCE - DICI - 25 mars 2017

Mgr Marcel Lefebvre est né le 29 novembre 1905 à Tourcoing (Nord) et mort à Martigny (Valais) le 25 mars 1991. Archevêque catholique de Dakar et délégué apostolique pour l’Afrique française, il devient en 1962 évêque de Tulle puis Supérieur général de la Congrégation du Saint-Esprit. Grande figure de l’opposition au concile de Vatican II, il fonde en 1970 la Fraternité Saint-Pie-X dont la finalité est de préserver le sacerdoce catholique. Il décède le 25 mars 1991.

24 mars 2017

[Abbé Étienne de Blois, fsspx - Le Petit Eudiste] Conservateur = corrupteur

SOURCE - Abbé Étienne de Blois, fsspx - Le Petit Eudiste - mars 2017

«C'est une forme de modestie louable que de ne pas vouloir être excentrique…» Les conservateurs ont des qualités, on ne peut le nier. Ils ont celle d'un certain courage, puisqu'il leur faut sans cesse s'opposer aux progressistes. Mais nous ne voulons pas ici juger de leurs intentions, ni dire en quoi ils sont excusables. Nous voulons seulement manifester le danger que courent, et font courir, les conservateurs. Non pas ceux qui cherchent la vérité et qui s'arrêtent − un temps trompé − aux seules apparences de la vérité, mais les conservateurs qui tiennent à le rester.
      
«…Mais cette modestie est devenue impossible à pratiquer aujourd'hui!» Selon les faux-penseurs vrais-menteurs, le monde serait divisé en droite et gauche, conservateurs et progressistes. C'est faux. Le monde est divisé depuis le péché de Lucifer entre ceux qui acceptent l'autorité de Dieu et ceux qui la refusent. 
     
Ceux qui acceptent l'autorité divine sont appelés contre-révolutionnaires mais ils forment ce qui a pour vrai titre: la «Tradition». Les hommes de Tradition acceptent ce qui est transmis par les anciens parce que reçu de Dieu. Les révolutionnaires refusent toute transmission parce qu'ils refusent de recevoir une quelconque loi.
     
Ceux qui refusent l'autorité sont les révolutionnaires. Les progressistes sont de francs révolutionnaires : ils refusent la Tradition, et cherchent toujours et sans cesse du nouveau.
     
Les conservateurs ne sont pas de la Tradition : ils ne cherchent pas à transmettre ce qui est divin mais à conserver un pauvre état humain. Les conservateurs conservent un état présent. Le conservateur alimentaire maintient la viande dans un état intermédiaire entre la vie et la moisissure. L'apparence est appétissante, mais cache des principes morbides. L'homme conservateur souhaite maintenir le monde dans un état apparent plaisant… et dans un état réel de révolution. 
     
Objectivement le conservateur est, –bien souvent à son corps défendant–, un hypocrite révolutionnaire. Il conserve à la Révolution une apparence sortable. Il en est le meilleur allié, nolens volens.
     
Le conservateur est le meilleur ennemi de la Tradition. Le meilleur parce que le plus proche quant aux apparences. Combien sont trompés ? «C'est la même messe…» Oui, mais ce n'est pas la même doctrine! Les schismatiques aussi célèbrent la même messe. Le conservateur est ennemi de la Tradition parce que les principes du conservateur sont ceux du Révolutionnaire, la logique et l'honneur en moins. 
     
Pour réduire un homme de Tradition à un conservateur, le révolutionnaire adopte une tactique très habile en disant simplement : «Venez sous mon toit, je vous laisse libre». Le révolutionnaire baisse les armes, mais n'abandonne aucunement le terrain. De quelle liberté parlons-nous? Le révolutionnaire entend la liberté comme une indépendance de Dieu. Généreusement, il propose la liberté à la Tradition, la même liberté qu'il réclame pour toutes les erreurs, la liberté de Satan. Si l'homme de Tradition entre dans le cercle de la liberté révolutionnaire, il sort de l'adhésion à la vérité de Dieu, l'ayant réduite à une simple opinion humaine. Il gardera longtemps peut- être les apparences de la Tradition, mais il aura accepté dans son cœur le poison de la Révolution : c'est un conservateur de plus. 
     
Le conservateur a voulu sauver deux choses: les apparences et son honneur. Malheureusement l'honneur ne se conserve pas à la sauvette. Il demande à être servi avec noblesse, franchise et force. Le conservateur espère servir en restant sortable, en étant acceptable par ceux qu'il cherche à sauver. Faux honneur, vraie trahison : pour être accepté par le révolutionnaire, qui honni la Tradition, il a fallu cacher celle-ci. Belle noblesse, belle franchise, belle force! La Tradition est comme une plante : à l'ombre, elle crève, doucement, insensiblement. La Tradition transmet quelque chose. Cachée, coupée de sa source, elle n'est plus Tradition. La peau est restée, l'outre s'est vidée.
      
Le conservateur peut s'écrier: «Tout est sauf, fors l'honneur et la vérité!»

[Paix Liturgique] En Allemagne, Summorum Pontificum comme "source d'avenir"

SOURCE - Paix Liturgique - lettre 587 - 24 mars 2017

Du 29 mars au 1er avril, se tiendront à Herzogenrath, petit bourg situé au nord d'Aix-la-Chapelle, les 18èmes rencontres liturgiques de Cologne.

Paix liturgique y sera représentée et a demandé à l'abbé Guido Rodheudt, le coordinateur de ces journées, de nous les présenter. C'est un événement particulièrement important cette année car il est le premier à se pencher sur le bilan des 10 ans du motu proprio de Benoît XVI. Une communication adressée par le cardinal Sarah sera lue durant ces rencontres dont le principal conférencier sera Mgr Sample, archevêque de Portland, authentique pasteur d'âmes ouvert à l'une comme l'autre forme du rite romain (voir notamment nos lettres 404 et 570).

I – NOTRE ENTRETIEN AVEC L'ABBÉ RODHEUDT
1) Bonjour M. l'abbé, pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?
Abbé Rodheudt : Je suis né en 1964 à Aix-la-Chapelle. Je n'appartiens pas à la génération élevée dans la liturgie traditionnelle. J'ai étudié la philosophie et la théologie à Bonn et à Augsbourg avant d'être ordonné prêtre pour le diocèse d'Aix-la-Chapelle en 1989. Je me suis ensuite consacré à mon ministère en paroisse ainsi qu'à la rédaction et à la présentation de ma thèse de philosophie à l'université de Ratisbonne. Depuis 2000, je suis curé d'Herzogenrath. En 2001, en compagnie d'autres confrères, j'ai participé à la création d'un réseau de prêtres et de diacres désireux de se serrer les coudes face aux obstacles rencontrés au sein de l'institution ecclésiastique à cause de leur orthodoxie doctrinale et liturgique. Ce réseau rassemble près de 500 prêtres qui sont convaincus que l'évangélisation doit être conduite selon le Magistère et accompagnée par l'administration consciencieuse des sacrements. Depuis 2009, je suis l'aumônier et le co-organisateur des rencontres internationales de liturgie de Cologne. J'écris aussi régulièrement sur les questions liturgiques et culturelles pour différentes revues catholiques dont Vatican Magazin et Una Voce Korrespondenz.
2) Que représentent les rencontres liturgiques de Cologne ?
Abbé Rodheudt : Depuis bientôt 20 ans, nos journées s'efforcent d'illustrer et de préserver la solennité de la liturgie romaine et de valoriser son effet positif sur la vie de l'Église en général. Nées comme une initiative de prêtres et de laïcs de l'archevêché de Cologne, elles ont reçu le soutien d'une initiative similaire promue par un groupe de Hambourg et celui d'Una Voce Allemagne. Depuis 2009, ma paroisse, Sainte-Gertrude, accueille ces rencontres que je co-organise. Ce cadre paroissial stable leur a donné une certaine impulsion. Il ne s'agit pas d'une conférence pour initiés organisée dans un lieu isolé mais d'une activité parfaitement insérée dans la vie ordinaire d'une paroisse. Nous avons en moyenne 200 participants durant les 4 jours que dure cette conférence, dont une soixantaine de prêtres séduits par cette opportunité qui leur est offerte de nouer de nouveaux contacts et d'échanger sur de nombreux sujets. Comme il s'agit d'une conférence sur un thème donné et non d'une conférence thématique pour spécialistes, la variété des participants est grande. Il y a toujours un bel équilibre entre prêtres et laïcs, hommes et femmes, jeunes et anciens, théologiens et profanes. Au fil des ans, ces journées ont permis l'instauration d'un climat bénéfique à nos travaux ; un climat ouvert et favorable à la discussion, auquel a également contribué – grâce au motu proprio Summorum Pontificum – l'assurance de bénéficier de la célébration de la messe traditionnelle. C'était d'ailleurs le pari initial : sortir le trésor de la tradition liturgique du placard où il avait été remisé et lui faire une nouvelle place dans la vie quotidienne de l'Église. Il convient de saluer à ce propos le rôle joué par les évêques qui sont venus célébrer l'usus antiquiorparmi nous. Cette bonne ambiance incite souvent les participants à prendre date, dès la fin d'une édition, pour la suivante. Malheureusement, il y a encore des évêques et des diocèses qui ne font pas l'effort de s'intéresser à nos travaux et à l'esprit dans lequel ils se déroulent, de sorte que nous devons encore faire face à une certaine suspicion comme au préjugé de n'être mus que par la nostalgie.
3) Quel est le thème de cette année ? Qui sont les principaux invités ?
Abbé Rodheudt : Cette année, le titre de nos rencontres est « 10 ans de motu proprio Summorum Pontificum : une source d'avenir ». L'un des fondements de notre initiative est de voir le motu proprio non pas comme un simple geste de générosité envers les fidèles attachés à la liturgie traditionnelle mais comme une invitation à nous concentrer de nouveau sur ce qui constitue l'essence de la liturgie afin de le rendre fécond en vue du renouveau de la vie liturgique de l'Église. Notre principal invité cette année est Mgr Sample, archevêque de Portland, qui manifeste dans son diocèse une grande ouverture envers la messe traditionnelle. Un autre évêque américain sera parmi nous, Mgr Steven Lopes, qui vient du Texas et est à la tête de l'Ordinariat anglo-catholique de la Chaire-de-Saint-Pierre qui rassemble les anglicans d'Amérique du Nord revenus à la pleine communion avec Rome. Mgr Lopes interviendra au cours de la conférence et célébrera une messe pontificale selon le Missel de l'Ordinariat à Sainte-Gertrude le 30 mars.
   
Le RP Cassian Folsom OSB, ancien prieur des Bénédictins de Nursie, célébrera la messe d'ouverture et témoignera de l'expérience des conséquences des tremblements de terre qui ont détruit le monastère et la basilique Saint-Benoît. Nous aurons aussi parmi nous un prélat romain, Monseigneur Markus Graulich, ainsi que les Professeurs Peter Kwasniewski, lui aussi en provenance des États-Unis, et Helmut Hoping, enseignant de liturgie et de dogmatique à l'université de Fribourg-en-Brisgau. Il y aura aussi des communications en matière de musique et d'art sacrés mais aussi au sujet des Églises d'Orient. Le cardinal Sarah ayant dû annuler sa venue, pourtant confirmée par écrit précédemment, nous aurons une table ronde autour de Mgr Sample, des Professeurs Graulich et Kwasniewski, (USA) et de moi-même, au sujet de la "réforme de la réforme" de la liturgie romaine permise par le pape Benoît XVI. Nos journées se termineront le 1er avril à 10 heures avec une messe pontificale selon la forme extraordinaire du rite romain célébrée par Mgr Sample. En raison de travaux à Sainte-Gertrude, la cérémonie se tiendra dans le secteur hollandais de notre ville, à l'ancienne abbaye de Rolduc. Il y aura enfin un moment convivial pour conclure autour de l'écrivain Martin Mosebach qui rendra hommage pour l'occasion à Benoît XVI.
4) À propos du cardinal Sarah : son clair et courageux appel à célébrer ad Orientem est resté lettre morte. Est-ce selon vous le signe que la réforme de la réforme est enterrée ou bien au contraire une opportunité pour relancer la forme extraordinaire comme source de renouveau de la forme ordinaire ?
Abbé Rodheudt : Les raisons du peu d'empressement manifesté par le pape François pour répondre favorablement à la demande d'orienter versus Deum les prières communes de l'Église, en Orient comme en Occident, m'échappent. Par sa déclaration, le cardinal Sarah nous a simplement rappelé que si le concile Vatican II a permis la célébration versus populum, celle-ci n'est pas imposée et encore moins exclusive. Quant à l'expression de « réforme de la réforme », je ne sais pas si le Pape entend ou non l'abolir. Il ne s'agit en réalité que d'une formule introduite par son prédécesseur qui donne son sens à un moment de l'histoire de la théologie et de la liturgie. Il me semble légitime d'affirmer que le motu proprio Summorum Pontificum a permis la naissance d'un esprit qui tend au renouveau de la liturgie romaine et qui s'appuie sur les grands principes fondateurs de la tradition latine pour permettre une "réforme de la réforme". Par conséquent, il ne me semble pas possible (et certainement pas souhaitable) d'interdire telle ou telle idée ou telle ou telle formule en raison des intentions présumées de Benoît XVI.
Nous sommes heureux et reconnaissants que le cardinal Sarah nous ait adressé, nonobstant l'annulation de sa venue, une communication argumentée portant sur les 10 ans du motu proprio. Ce texte, qui sera lu aux participants, permettra d'une certaine manière au Préfet du Culte divin d'être présent parmi nous en nous faisant partager ses orientations. Surtout, et enfin, sa lectrure nous aidera à nous sentir soutenus dans notre conviction que la vie de l'Église ne peut être détachée de la sainteté de sa grande et ininterrompue tradition liturgique.
5) Vu d'Allemagne, quel bilan tirez-vous de ces dix ans de Summorum Pontificum ?
Abbé Rodheudt : Tout d'abord, Summorum Pontificum a représenté une grande libération. Il était profondément erroné de traiter la colonne vertébrale de la culture européenne comme une antiquité poussiéreuse. Parmi les prêtres et les laïcs, la libération de la praxis liturgique a donné lieu à une nouvelle conscience de ce que la liturgie et la sacralité représentent vraiment. Les jeunes prêtres et les séminaristes, en particulier, sont très désireux de connaître « l'ancienne messe » bien que ce soit parfois risqué pour eux quand leurs évêques se refusent à un dialogue auquel ils prétendent par ailleurs être particulièrement ouverts. Attention, cela ne signifie pas que ces jeunes ecclésiastiques ne considèrent que la liturgie traditionnelle mais que sa découverte les conduit à envisager la liturgie réformée avec plus de dignité et de responsabilité, surtout quand il s'agit de faire face aux options innombrables du nouveau Missel. Il est significatif, à cet égard, que les convertis comme les catholiques non pratiquants ou en recherche, choisissent souvent la liturgie traditionnelle, quand il leur est permis de la rencontrer, comme demeure. Ils ressentent intuitivement qu'elle repose sur quelque chose qui est à l'abri de l'influence de l'esprit des temps (« Zeitgeist » en langue originale) et de ses multiples déclinaisons. De ses origines, depuis saint Grégoire le Grand, et jusqu'à aujourd'hui, la tradition liturgique a toujours été imprégnée d'un esprit missionnaire. Et cela continuera. Toutes les tentatives d'étouffer cet esprit, au nom d'une idéologie ou d'une autre, failliront lamentablement, comme le béton ne parvient jamais à empêcher totalement l'herbe de trouver en fin de compte son chemin...

II – LES RÉFLEXIONS DE PAIX LITURGIQUE

1) Cette conférence, la première de l’année à se pencher sur les 10 ans du motu proprio de Benoît XVI, nous rappelle que l’Allemagne est « l'autre pays de la liturgie traditionnelle ». Tout d’abord, les deux principaux instituts traditionnels, la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X et la Fraternité sacerdotale Saint-Pierre, y ont un séminaire (Zaitzkofen pour la FSSPX et Wigratzbad pour la FSSP). Ensuite, de Romano Guardini (Italien de naissance mais ayant grandi et passé toute sa vie en Allemagne) à Klaus Gamber et Joseph Ratzinger, l’Église y a trouvé quelques-uns de ses plus grands liturgistes du XXème siècle. L’école liturgique allemande classique, profondément orientée vers le Seigneur, est toujours féconde, il suffit de penser aux travaux de Michael-Uwe Lang, prêtre allemand membre de l’Oratoire de Londres, ou, dans un registre plus profane, de Martin Mosebach par exemple. Enfin, c’est enfin un fidèle d’origine allemande, le docteur de Saventhem, qui a présidé à la fondation de la Fédération internationale Una Voce et qui, le premier, eut l’idée de recourir à l’outil des enquêtes d’opinion pour montrer que l’attachement des fidèles à la liturgie latine et grégorienne n’était pas limité à un petit cercle de nostalgiques.

2) Il est vrai que l’Allemagne avait été auparavant un des pays du Mouvement liturgique le plus en pointe, avec Dom Odon Casel, de l’abbaye bénédictine de Maria Laach, ou Monseigneur Johannes Wagner, animateur du Deutsches Liturgisches Institut (DLI), fondé sur le modèle du Centre de pastorale liturgique (CPL) français, etc. En Allemagne comme en France, le Mouvement liturgique a favorisé un solide attachement intellectuel à la liturgie romaine et, paradoxalement, préparé le terrain à l’émergence d’une résistance très forte aux bouleversements de la fin des années 60. En fait, le Mouvement liturgique a engendré à la fois la réforme conciliaire et l’opposition à cette réforme. C’est ce que Benoît XVI remarquait dans sa Lettre aux évêques du 7 juillet 2007 : « Il s’est vite avéré que beaucoup de personnes restaient fortement attachées à cet usage du rite romain, qui leur était devenu familier depuis l’enfance. Ceci s’est produit avant tout dans les pays où le Mouvement liturgique avait donné à de nombreuses de personnes une remarquable formation liturgique, ainsi qu’une familiarité profonde et intime avec la forme antérieure de la célébration liturgique. »

3) « En Allemagne, 44% des catholiques pratiquants assisteraient régulièrement à la messe traditionnellesi le motu proprio était appliqué ! » titrions-nous le 20 avril 2010 en présentant les résultats du sondage conduit en février 2010 pour notre compte par Harris Interactive auprès de 2611 personnes majeures résidant en Allemagne. Dans le détail, il apparaissait que 25% des pratiquants d’outre-Rhin assisteraient tous les dimanches à la forme extraordinaire du rite romain si elle était célébrée dans leur paroisse ; et que 19% le feraient, eux, une fois par mois (par comparaison, les résultats de la même enquête organisée le mois précédent à Paris indiquaient que "seulement" 33% des pratiquants locaux – 20% tous les dimanches et 13% une fois par mois - se rendraient au moins une fois par mois à une telle célébration).

4) Le Réseau des prêtres catholiques («Netzwerk katholischer Priester») dont nous parle l’abbé Rodheudt semble, à bien des égards, comparable à l’Opus sacerdotale française, dans la mesure où il rassemble des prêtres diocésains désireux de demeurer fidèles à la plénitude doctrinale et spirituelle du sacerdoce catholique. À la différence près, et importante, que sa naissance n’est pas contemporaine des bouleversements conciliaires mais bien plus récente puisqu’elle ne survient qu’en 1993, année des secondes rencontres inter-religieuses d’Assise mais aussi de l’encyclique Veritatis Splendor. Nous tenterons de profiter de notre présence à Herzogenrath pour mieux comprendre la genèse de cette initiative tout en sachant que, plus encore qu’en France, une grande partie de la hiérarchie ecclésiastique allemande était, et demeure, fortement hostile à toute forme de tradition liturgique comme doctrinale.