16 février 2017

[Peregrinus - Le Forum Catholique] Eglise conciliaire

SOURCE - Le Forum Catholique - 14 février 2017

Il me semble que cette expression d'Eglise conciliaire peut s'employer dans au moins trois sens différents.

1° Le premier sens est strictement chronologique et historique. L'Eglise conciliaire, ou post-conciliaire, est l'Eglise des années ou des décennies qui ont suivi l'événement conciliaire dont il est difficile de nier qu'il revêt une importance capitale. Il y a incontestablement à ce titre une Eglise conciliaire comme il y a une Eglise médiévale.
En ce sens, tous nous appartenons sans aucun doute à l'Eglise conciliaire.

2° Le deuxième sens est davantage sociologique et renvoie plutôt aux éléments qui, dans l'Eglise de l'époque considérée, entretiennent le plus fort rapport de conformité à cet événement conciliaire. 
L'Eglise conciliaire est alors l'Eglise en tant qu'elle correspond aux tendances identifiées comme conciliaires.
Il me semble que ce deuxième sens est lui aussi parfaitement justifié dans la mesure où il existe bel et bien des tendances, des pratiques, voire des mouvements organisés qui portent la marque du bouleversement consécutif au dernier Concile.
En ce sens, sont éminemment conciliaires le pontificat actuel ou le cardinal Kasper ; les traditionalistes quant à eux relèvent de l'Eglise conciliaire dans la mesure où ils entretiennent avec elle, sous des modalités diverses, un rapport d'opposition qui les rend, d'une manière originale, typiques de leur époque.

3° Le troisième sens est en quelque sorte théologique, il touche à la nature de l'Eglise, et il est certainement beaucoup plus difficilement acceptable : l'Eglise conciliaire serait l'Eglise nouvelle issue du dernier Concile, qui romprait à des titres divers avec l'Eglise catholique.
Ce troisième sens peut faire l'objet d'une interprétation progressiste et d'une interprétation traditionaliste : dans le premier cas, l'Eglise conciliaire est une sorte d'horizon d'attente, un projet à réaliser en "faisant Eglise", dans le second, l'Eglise conciliaire est un monstre qui tend dans les faits à se substituer à l'unique Eglise fondée par Jésus-Christ.
Il s'agit, dans un cas, de fonder une nouvelle Eglise, dans l'autre, de refuser à l'Eglise réelle sa qualité. 
Dans les deux cas, on tend à supprimer l'Eglise. 

C'est à cause de la troisième acception que l'usage de l'expression est devenu périlleux et risque de conduire à des malentendus et à des contresens. 
Mais il me semble également que ce n'est pas nécessairement à la lumière de ce troisième sens qu'il faut lire tous les usages qui ont pu en être fait de manière légitime pour refuser l'attitude d'une part considérable des membres de l'Eglise.

Peregrinus