1 juillet 2014

[Paix Liturgique] Les ordinations en France en 2014

SOURCE - Paix Liturgique - Lettre 446 - 1er juillet 2014
Comme chaque année, avant le 29 juin, fête de saint Pierre et saint Paul, qui est devenu un jour traditionnel d’ordinations sacerdotales, la Conférence des évêques de France (CEF) publie ses chiffres en ce domaine. Le 25 juin, un communiqué signé du porte-parole de la CEF, Mgr Bernard Podvin, a donc révélé que 82 ordinations de prêtres diocésains auraient lieu cette année. Le texte indique aussi que sont attendues une soixantaine d'ordinations dans les congrégations religieuses et les sociétés ou associations cléricales. Soit un total de 140 ordinations en France cette année. La grande nouveauté, et c'est un bon signe, c'est qu’une partie des ordinations dans les communautés Ecclesia Dei sont décomptées parmi les ordinations religieuses.
A) LES ORDINATIONS POUR LES DIOCÈSES DE FRANCE
Le type de dénombrement retenu par la CEF peut toujours être discuté dans le détail – ainsi, parmi les prêtres diocésains, la CEF compte 2 prêtres ordonnés pour les Missions étrangères de Paris, alors qu'ils seront envoyés en Asie ; en revanche, elle n’inclut pas, mais pourrait le faire, les 4 prêtres ordonnés pour la Communauté Saint-Martin, qui seront affectés à des ministères diocésains – mais il reste juste dans son indication générale. 

Si l'on s’en tient au chiffre de 82 ordinations pour les diocèses, on constate qu’il est malheureusement très faible. Sur les dix dernières années, c'est le pire résultat après celui de 2006 :

– 82 en 2014
– 92 en 2013
– 97 en 2012
– 109 en 2011
– 96 en 2010
– 89 en 2009
– 98 en 2008
– 101 en 2007
– 68 en 2006
– 98 en 2005

Soit une moyenne de 93 ordinations diocésaines par an pour toute la France sur dix ans.

76 séminaristes seulement seront ordonnés diacres cette année pour les diocèses de France, en vue de la prêtrise, et deviendront prêtres l’an prochain. Ce n'est pas une surprise, le renouvellement ne se fait plus, hélas, depuis longtemps dans les diocèses. Le 6 juin 2014, une enquête de La Croix prévoyait qu'il n'y aurait plus que 4257 prêtres en exercice en 2024, contre 5806 aujourd'hui, soit une chute de plus du quart des effectifs. Cette enquête révélait d’ailleurs au passage que le nombre des séminaristes français a été révisé à la baisse : il n’est que de 664 séminaristes selon le quotidien officieux des évêques, au lieu de 770 selon un chiffre donné en avril de cette année par la CEF, chiffre ayant laissé croire que la baisse connaissait un palier. Selon les premières estimations, la rentrée de septembre 2014 ne devrait guère inverser la tendance, preuve que l'effet François ne se fait pas (encore ?) sentir sur les vocations. 
B) LES ORDINATIONS DE PRÊTRES POUR LA FORME EXTRAORDINAIRE
Pour la première fois, et c'est une première à saluer, la CEF inclut donc dans ses chiffres certains instituts Ecclesia Dei, à savoir : les Chanoines réguliers de la Mère de Dieu (1 prêtre), la Fraternité Sacerdotale Saint-Pierre (4 prêtres) et l’Institut du Bon Pasteur (3 prêtres). 

Ce décompte est subjectif car il n’inclut que les ordinations ayant lieu en France (n’apparaît pas l’Institut du Christ-Roi Souverain Prêtre qui fait ordonner cette semaine à Florence 4 prêtres français, lesquels devraient exercer majoritairement leur apostolat dans notre pays). En outre, il prend en compte l’ensemble des ordinations de ces instituts, alors que certains de ces nouveaux prêtres sont étrangers et devraient avoir un ministère à l’étranger.

Pour notre part, dans nos enquêtes sur les ordinations de prêtres pour la forme extraordinaire, afin d’établir des comparaisons qui soient justes entre les deux formes du rite, nous ne comptabilisons que les nouveaux prêtres français ordonnés dans la forme extraordinaire, soit qu’ils appartiennent à des diocèses, soit qu’ils relèvent de communautés Ecclesia Dei dont le ministère est assimilable à un ministère diocésain, c'est-à-dire que nous ne comptons pas les prêtres ordonnés dans les communautés proprement religieuses (bénédictins, chanoines de la Mère de Dieu, religieux de Saint-Vincent-Ferrier, etc.).

Les ordinations dans la forme extraordinaire, pour la France, en 2014 sont donc : 

– 11 prêtres « Ecclesia dei et alii » (FSSP : 3, Missionnaires de la Miséricorde divine : 2 ; IBP : 1, ICRSP : 4, diocèses : 1),
– 7 prêtres pour la FSSPX, assimilables à des prêtres diocésains.

Soit un total de 18 prêtres.
C) COMPARAISON ENTRE LES DEUX FORMES
Au cours des cinq dernières années, la proportion entre les deux catégories de prêtres français ordonnés s’établit donc ainsi :

– en 2014, 82 % pour la forme ordinaire et 18 % pour la forme extraordinaire (18 prêtres sur un total de 100)
– en 2013, 88 % pour la forme ordinaire et 12 % pour la forme extraordinaire (12 prêtres sur un total de 104)
– en 2012, 83 % pour la forme ordinaire et 17 % pour la forme extraordinaire (20 prêtres sur un total de 117)
– en 2011, 86 % pour la forme ordinaire et 14 % pour la forme extraordinaire (18 prêtres sur un total de 137)
– en 2010, 86 % pour la forme ordinaire et 14 % pour la forme extraordinaire (16 prêtres sur un total de 112).

Sur les cinq dernières années, 84 prêtres « extraordinaires » ont donc été ordonnés pour un totale de 570 prêtres à vocation diocésaine, soit 14,7 %.

Les chiffres des ordinations étant faibles, quelques unités en plus ou moins font varier les proportions. Il faut noter, d’autre part, que la baisse des ordinations dans la forme ordinaire produit mathématiquement une hausse de la proportion des ordinations dans la forme extraordinaire puisque le chiffre des ordinations dans la forme extraordinaire est stable. Dans les faits, quasiment 15 % des nouveaux prêtres français sont « engendrés » par à peine 4 % des catholiques pratiquants – c’est-à-dire ceux qui ont accès chaque dimanche à la liturgie traditionnelle. On ne peut que penser que ces chiffres seraient nettement supérieurs si la forme extraordinaire du rite romain était plus généreusement accueillie et célébrée dans les paroisses…

Prions pour que l'inclusion des communautés traditionnelles dans le décompte fait par Mgr Podvin, porte-parole de la conférence épiscopale, soit annonciatrice d'une vraie paix et d'une authentique réconciliation, si attendues par une très large majorité de fidèles, toutes sensibilités confondues, et notamment par les plus jeunes générations de catholiques qui ont fait le succès des manifestations pour la défense de la famille. Prions pour que, désormais, les prêtres ordonnés selon (et pour !) la forme extraordinaire soient tenus comme des prêtres « ordinaires » à qui confier naturellement et avec bienveillance des apostolats respectueux de leur identité sacerdotale. Et, en premier lieu, qu'il soit fait recours à eux pour satisfaire les besoins urgents de célébration selon la forme extraordinaire auxquels on ne répond pas au prétexte... qu'il n'y aurait pas de prêtres disponibles pour les satisfaire!

Nous pensons en particulier aux villes comme Cognac, Saint-Germain-en-Laye ou Vaucresson où, malgré une demande ancrée, structurée, représentative et respectueuse, les familles de demandeurs sont méprisées ; et à la situation incroyable des villes comme Rambouillet où, bien que l'existence d'une communauté nombreuse, stable et pacifique est absolument avérée depuis fort longtemps, on continue encore à les limiter à une seule messe mensuelle ou bientôt, plus généreusement, à 13 célébrations par an !
----------
Communiqué de Mgr Bernard Podvin, porte-parole des évêques de France
Paris, le mercredi 25 juin 2014
ÉGLISE EN FRANCE : Les ordinations de prêtres 2014 
Comme chaque année, à proximité de la fête des Saints Pierre et Paul, Apôtres (29 juin), des ordinations de prêtres diocésains ont eu ou auront lieu dans un bon nombre de diocèses. Les informations dont dispose la Conférence des évêques de France pour l’année 2014 indiquent actuellement 82 ordinations de prêtres diocésains, dont 6 pour la Communauté de l’Emmanuel, 3 pour le Chemin Néocatéchuménal, 2 pour les Missions Etrangères de Paris… 
Des ordinations de prêtres diocésains ont déjà été célébrées précédemment en janvier pour Gap (1) et en mai pour Fréjus-Toulon (2). En juin, il y a eu des ordinations diocésaines, le dimanche 15 juin pour Nancy (1), Nanterre (2), Strasbourg (2), le samedi 21 juin pour la Mission de France (1) et le diocèse aux Armées (1), ainsi que le dimanche 22 juin pour Annecy (2), Arras (1), Avignon (1), Beauvais (1), Marseille (1), Meaux (1), Nantes (3), Quimper (1), Reims (1), Vannes (2). 
Les prochaines ordinations de prêtres diocésains seront célébrées : 
Le samedi 28 juin : Lyon (3), Nice (1), Paris (7). 
Le dimanche 29 juin : Aix et Arles (1), Albi (2), Belfort-Montbéliard (1), Belley-Ars (1), Bordeaux (2), Bourges (1), Châlons en Champagne (1), Clermont (1), Créteil (3), Dijon (1), Fréjus-Toulon (3), Grenoble (1), Le Havre (1), Le Mans (2), Lille (2), Luçon (1), Metz (1), Montpellier (1), Orléans (4), Perpignan (1), Pontoise (1), Rennes (1), Saint-Etienne (1), Séez (1), Toulouse (2), Valence (2), Versailles (7). 
Et de plus, le vendredi 15 août : Saint-Denis de la Réunion (1). 
Notons aussi qu’en cette période d’ordinations, 76 séminaristes – qui deviendront prêtres l’an prochain – sont également ordonnés diacres en vue de la prêtrise, s’engageant dès maintenant au célibat et devenant « incardinés » à leur diocèse. 
Il faut également évoquer la soixantaine de religieux au sein de congrégations ou de membres de sociétés ou d’associations cléricales, ordonnés prêtres et qui exerceront leur ministère en France. On peut citer, par exemple : Assomptionnistes (2), Bénédictins (5), Carme (1), Carmes Déchaux (4), Chanoines réguliers de la Mère de Dieu (1), Cisterciens (4), Communauté Saint-Martin (4), Congrégation Saint-Jean (3), Dominicains (8), Famille Missionnaire de Notre-Dame (2), Fraternité Sacerdotale Saint-Pierre (4), Institut du Bon Pasteur (3), Institut du Chemin Neuf (4), Jésuites (4), Prémontrés (2), Société Jean-Marie Vianney (1), Société des prêtres de Saint-Jacques (2) … 
Il y aura donc environ 140 ordinations de prêtres diocésains et religieux en France sur l’année 2014. « Les ouvriers sont trop peu nombreux ». Il faut prier à cette intention. En communion avec le Pape François et leurs évêques, les catholiques redisent à leurs prêtres et séminaristes, en ces temps de fête, l’assurance de leur estime et de leur prière.

[Regina Magazine / via Notions Romaines] L’embarras des vocations : la communauté bénédictine de Silverstream. Partie I

SOURCE - Regina Magazine - version française par Notions Romaines - 1 juillet 2014

[Article du Regina Magazine, traduit avec permission. Nous avons divisé l’entrevue en trois parties. La première partie se concentre sur la fondation et l'orientation de la communauté.]

Dom Mark Kirby, 62 ans, est né et a grandi au Connecticut. Aujourd’hui, il est le Père prieur d’un monastère bénédictin récemment fondé à Stamullen en Irlande. Le monastère de Notre-Dame du Cénacle a un problème fantastique de vocations : ils ont trop de jeunes moines (en plus des jeunes hommes intéressés) pour leurs maigres moyens. Voici leur histoire :
Q. Dom Kirby, dites-nous comment a commencé le prieuré de SilverStream?
Le germe du prieuré de Silverstream fut semé dans mon cœur en 2004-2005. Ayant été profondément touché par la lettre apostolique Mane nobiscum Domine de saint Jean Paul II, je résolus de vivre le mystère du Très Saint-Sacrement et de prêcher ce mystère tous les jours durant cette année là.
Q. Dites-nous comment Notre Seigneur vous a-t-il appelé à cette vocation à l’intérieur d’une vocation?
Je compris alors que Notre Seigneur m’appellait à une «vocation à l’intérieur d’une vocation»; non seulement la poursuite de la vie bénédictine traditionnelle, mais aussi l’adoration du Très Saint-Sacrement et ce dans un esprit de réparation et d’intercession pour la sanctification des prêtres. Un indult du Saint-Siège me dispensa de mes obligations envers l’abbaye où je fis ma profession et me permis de renouveler mes vœux, selon la Règle de saint Benoît, aux mains de Son Excellence, Mgr Edward J. Slattery de Tulsa [ndlr : Oklahoma, É.-U.].

Une série de circonstances providentielles mena notre communauté embryonnaire de Tulsa au comté de Meath en Irlande, là où nous trouvâmes notre propriété et nos bâtiments.
Q . Comment avez-vous trouvé votre prieuré dans le comté de Meath?
Nous avons fait une neuvaine à sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus et de la Sainte-Face et nous avons prié le bienheureux Columba Marmion. En arrivant à SilverStream, je découvris, accroché au-dessus du placard penderie, un document en latin attestant de la dédicace de la petite église et de son autel à sainte Thérèse.

Le 19 octobre 2011, je rencontrai Son Excellence, Mgr Michael Smith, évêque de Meath et lui dévoila notre projet. Il nous accueilla gracieusement dans le diocèse de Meath. Ainsi, avec la bénédiction paternelle de Mgr Slattery, Dom Benedict Andersen et moi-même partîmes pour l’Île des Saints et des Érudits [ndlr : expression anglaise pour désigner l’Irlande : «Isle of Saints and Scholars»] pour y implanter la vie bénédictine traditionnelle à SilverStream, une vie dévouée aux formes traditionnelles de la Sainte Liturgie célébrée en latin et avec du chant grégorien.
Q. Quelle est l’orientation particulière de votre communauté bénédictine?
Comme tous les moines bénédictins, nous ouvrons les Saintes Écritures quotidiennement lors de la lectio divina pour découvrir, brillant à chaque page, le visage adorable du Christ. Cet accent particulier sur la contenance radieuse de Jésus, à la fois révélée et dissimulée dans l’Eucharistie, est ancré dans l’expression inventée par saint Jean Paul II dans l’encyclique Ecclesia de Eucharistia, dans laquelle il enjoignit les fidèles à passer du temps devant «la face eucharistique du Christ». Après les Écritures, comme tous les bénédictins, nous nous référons aux Pères du désert, et aux anciennes traditions monastiques orientales et occidentales.
Q. Avez-vous été influencé par l’exemple et les écrits de quelqu’un d’autre que saint Benoît?
Nous prenons à cœur les enseignements de Mère Mectilde du Saint-Sacrement (Catherine de Bar, 1614-1698) à propos de l’adoration du Très Saint-Sacrement dans un esprit de réparation. Mère Mectilde est considérée comme la «Thérèse d’Avila» de l’Ordre bénédictin. Le Père abbé italien Celestino Maria Colombo, osb (1874-1935) croyait passionnément en ce charisme mectildien et espérait le voir fleurir chez les moines de l’Ordre. Nous accordons aussi une place privilégiée aux écrits du bénédictin le plus illustre d’Irlande, le bienheureux Columba Marmion.

[Les deuxième et troisième parties se concentrent respectivement sur la vie au monastère Notre-Dame du Cénacle et son heureux «problème» de vocations ainsi que de la grande communauté du monastère (les oblats notamment).]