1 mars 2014

[Jean-François Mayer - orbis.info] Messe en latin et autres préférences liturgiques: à propos de l’enquête pastorale sur la pratique religieuse catholique à Fribourg

SOURCE - Jean-François Mayer - orbis.info - 1er mars 2014

Des messes avec chœur mixte, orgue et au moins certaines parties en latin: tel est le modèle qui semble rencontrer l’accueil le plus favorable parmi les catholiques pratiquants de Fribourg, toutes catégories d’âge confondues. selon les résultats d’une enquête pastorale. Celle-ci révèle aussi le vieillissement du milieu pratiquant (une véritable pyramide des âges inversées) et offre d’autres enseignements utiles pour la réflexion pastorale de l’Église catholique locale. Il vaut la peine de revenir sur l’aspect liturgique, pour essayer de mieux saisir ce que nous enseigne cette recherche à propos de l’évolution des sensibilités liturgiques dans une ville suisse de tradition catholique. Car l’intérêt d’une telle enquête dépasse sans doute le cadre local.

En publiant il y a quelques jours, sur le site Religioscope, un article résumant quelques aspects de l’enquête pastorale sur la pratique religieuse catholique dans le décanat de Fribourg (soit la ville du même nom et quelques localités limitrophes), je m’attendais à voir le passage sur les préférences liturgiques retenir particulièrement l’attention d’une partie de mes lecteurs. Ce sentiment a été confirmé par plusieurs réactions reçues. Je voudrais revenir birèvement ici sur cette partie de l’enquête, pour mieux saisir ce qu’elle révèle, et présenter aussi de façon plus détaillée les réponses recueillies. Je rappelle que l’enquête a été menée par Christophe Monnot, professeur de sociologie des religions à l’Université de Lausanne, et par l’abbé François-Xavier Amherdt, professeur de théologie pastorale à l’Université de Fribourg. Je rappelle aussi que le taux de réponses a été élevé: plus de 3.400 fidèles participant à une messe dans le décanat les 15 ou 16 juin 2013 ont répondu (de façon plus ou moins complète) sur un total estimé de 4.800 fidèles environ: les résultats de cette enquête, analysés avec rigueur par un sociologue accoutumé aux exigences de la recherche quantitative sur les dimensions religieuses, peuvent être considérés comme représentatifs. Représentatifs uniquement des pratiquants présents à l’église ce jour-là, bien sûr: à Fribourg comme ailleurs, le taux de pratique a fortement baissé, et la majorité des catholiques ne participent que rarement ou jamais à une messe.

Le questionnaire comportait vingt-trois questions. La dixième demandait: « Comment appréciez-vous les différents types de célébration? » Il ne s’agissait donc pas de savoir quel type de célébration les fidèles préféreraient, mais d’avoir leur avis sur différents types de célébration. Pour chaque question, cinq choix étaient offerts: « Apprécie beaucoup« , « Apprécie assez« , « Apprécie peu« , « N’apprécie pas« , « Ne sais pas«.

Parmi les fidèles qui se prononcent, les taux les plus élevés d’appréciation vont à la messe avec chœur mixte, la messe avec orgue et la messe avec latin (je vais revenir sur la formulation de cette question). La messe avec chorale de jeunes suit d’assez près. Tout au bas de l’échelle viennent les assemblées en l’absence de prêtre (ou « en attente de prêtre », comme le disait l’un des intervenants).

La question sur la messe en latin était en fait formulée de façon beaucoup plus précise: « Messe en latin (forme extraordinaire)« : donc, ce qu’on appelle aussi « rite tridentin » ou « messe de St Pie V », c’est-à-dire la pratique liturgique antérieure au concile Vatican II, dont le maintien fut l’un des étendards de la résistance de Mgr Marcel Lefebvre et de la Fraternité Saint Pie X aux réformes qui accompagnèrent le concile Vatican II. Sous la dénomination de « forme extraordinaire du rite romain », la célébration de cette messe autorisée aujourd’hui dans l’Eglise catholique romaine si existe localement une demande d’un nombre suffisant de fidèles. En ville de Fribourg, l’évêque, Mgr Charles Morerod, a confié en 2012 à la Fraternité sacerdotale Saint-Pierre, qui utilise la forme extraordinaire, la basilique Notre-Dame de Fribourg,la plus ancienne église de la ville, fraîchement rénovée et située dans le centre historique de la vile, à deux pas de la cathédrale Saint-Nicolas.

Le dépouillement des réponses reçues a surpris les chercheurs: 45,2 % des fidèles disent apprécier « beaucoup » la messe en latin (forme extraordinaire), 21,6 % l’apprécient « assez », 23,8 % ne savent ou n’ont pas répondu à cette question, tandis que seulement 6,8 % l’apprécient « peu » et 2,7 % ne l’apprécient pas.

Les enquêteurs ont conclu que les fidèles pratiquants avaient voulu en majorité exprimer ici un goût pour l’usage du latin dans la liturgie, sans comprendre pour la plupart ce qui est associé à la notion de « forme extraordinaire ». Cette interprétation est-elle correcte? Je pense que oui, au moins pour une partie des personnes ayant répondu à l’enquête; la notion (assez récente) de « forme extraordinaire » est loin d’être claire pour tous les catholiques de la ville (un certain nombre d’entre eux savent bel et bien de quoi il s’agit, mais il est impossible de savoir quel pourcentage ils représentent). Ce qui m’incite surtout à partager cette interprétation est le fait qu’une messe chantée dans la forme extraordinaire est célébrée chaque dimanche à 10h (et chaque jour de semaine à d’autres heures) dans une église centrale de la ville, aisément accessible par les transports publics: or, le jour de l’enquête, il y avait un peu moins de 100 fidèles dans cette église, révèlent les données de l’enquête. Un personne qui souhaite assister à une messe célébrée dans la « forme extraordinaire » peut le faire sans difficulté dans la ville de Fribourg.

Le résultat n’en reste pas moins intéressant, d’autant plus qu’il n’y a aucune différence entre les fidèles les plus jeunes et les plus âgés: une majorité d’entre eux déclarent apprécier « beaucoup » ou « assez » la messe célébrée en latin, ou en tout cas une messe avec des parties en latin. Ce qui apparaît dans l’enquête est qu’une messe assez « classique », si l’on peut dire, recueille le plus large agrément. Une grande majorité des fidèles se sentent à l’aise dans le cadre d’une célébration avec chœur mixte, orgue et au moins certains chants ou prière en latin. D’autre part, même si la notion de « forme extraordinaire » n’est pas toujours clairement comprise, rien n’indique une réaction de refus de ce type de célébration, au vu du très faible pourcentage d’appréciations négatives.

Pour une bonne compréhension de ces résultats et de ce qu’ils révèlent sur la sensibilité religieuse contemporaine des catholiques pratiquants de Fribourg, il faut cependant examiner aussi les autres réponses.

Ainsi l’une des autres questions sur les préférences liturgiques était « Messe avec musique d’aujourd’hui (guitare)« , cet instrument étant pris comme un exemple pour suggérer au lecteur à quel type de messe associer le concept de « musique d’aujourd’hui ». Le taux est plus faible que pour le latin, mais avec des différences selon les classes d’âge (les plus jeunes y sont plus ouverts que les plus âgés): 30,8 % apprécient « beaucoup », 23,3 % « assez », 11,4 % » peu », et 9,8 % « pas », tandis que 24,8 % ne répondent pas ou ne savent pas.

Pour les « messes des familles (avec enfants)« , les résultats sont assez voisins: 33,1 % apprécient « beaucoup », 23,2 % « assez », 10,4 % « peu », 5,9 % « pas ».

Pour les « messes avec un animateur« , résultats moyens: 27,9 % apprécient « beaucoup », 27,7 % « assez », 11,8 % « peu et 6,5 % « pas du tout ». Mais les « messes animées par le prêtre seul » ont un résultat encore un peu plus faible: 23,3 % « beaucoup », 29,9 % « assez », 17,8 % « peu » et 6,3 % « pas ».

En lisant ces résultats, après les modèles très consensuels évoqués tout d’abord, je suis frappé de constater que l’enthousiasme est moins élevé pour certains autres types de célébration, mais que le taux de rejet n’est pas spectaculaire: s’il est difficile de savoir ce que penseraient ceux qui n’ont pas donné de réponse (pourcentage assez important à chaque fois), les fidèles semblent en grande partie accepter plusieurs modèles de célébration, mais avec des préférences plus affirmées pour les options qui se trouvent en tête.

Il y a en revanche des types de célébration qui ne suscitent pas l’enthousiasme. Une surprise, au vu de la fréquentation plus forte de ces messes, est le manque de goût des pratiquants pour l’option « Messe de fête (messe de minuit, première communion, etc.)« : 12,7 % disent apprécier « beaucoup », 15,3 % « assez », 15,8 % « peu » et 23,2 % « pas ». Comment expliquer ce résultat? Selon les chercheurs qui ont mené l’enquête, les fidèles pratiquants réguliers voient lors de ces messes une « invasion » de free riders — des personnes venant rarement dans les églises, sauf à ces occasions festives, et peu familières avec l’action liturgique. Les pratiquants fidèles ne retrouvent probablement pas lors de telles messes l’atmosphère de piété qu’ils recherchent.

Notons aussi une appréciation mitigée pour les célébrations œcuméniques, même s’il faut noter que celles-ci ne sont pas fréquentes en ville de Fribourg (ce qui explique un pourcentage élevé de personnes sans opinion).

Surtout, les résultats montrent le très faible attrait pour des célébrations en l’absence de prêtre (« Liturgie de la Parole (sans prêtre)« ): 4 % apprécient « beaucoup », 10,1 % « assez », 18,8 % « peu » et 26,8 % « pas » (de telles célébrations ne se rencontrent guère en ville de Fribourg, où le densité de l’offre liturgique reste importante, ce qui explique à nouveau le taux élevé de personnes sans réponse ou sans opinion). Ce constat encouragera certainement, face au manque de prêtres qui pourrait se faire sentir un jour, à regrouper des célébrations plutôt qu’à développer des cérémonies de ce genre.

La réflexion qui me vient, en lisant attentivement les résultats de cette enquête, confirme ce que j’observe dans d’autres domaines de la vie catholique: dans le domaine liturgique, l’attitude d’une grande partie des fidèles semble assez différente de celle qui marquait les débats dans les années 1960 et 1970. La question n’est plus d’être « pour » ou « contre » les réformes liturgiques, sauf dans certains milieux particulièrement sensibles à ces questions. Les résultats de l’enquête suggèrent que la tendance semble plutôt à l’acceptation de la coexistence de plusieurs modèles liturgiques: beaucoup ne voient pas d’inconvénient à s’adapter selon les circonstances. Cependant, des modèles plutôt « classiques » de célébration, avec des références familières, se révèlent les plus « rassembleurs » pour la majorité des pratiquants réguliers (sans exclusive cependant, si j’interprète bien ce que semblent indiquer ces résultats).

En y réfléchissant, cela est compréhensible, même si des enquêtes plus fines seraient nécessaires pour mieux cerner différents profils: le fidèle qui fait l’effort de se rendre régulièrement à la messe attend que la célébration présente justement les caractéristiques usuelles d’une messe, avec des repères stables ainsi qu’un type de célébration favorisant prière et piété. D’autres attentes s’y ajoutent: ainsi, les réponses à une autre question du sondage mettent en lumière l’importance primordiale qu’une forte majorité des fidèles apporte à la qualité de l’homélie lors d’une célébration.

[Mgr Williamson] D'abord, la Vérité

SOURCE - Mgr Williamson - 1er mars 2014

De nombreuses objections doivent exister à l’argument présenté dans les récents numéros de ce « Commentaire », selon lequel la Vérité Divine est antérieure à ses hérauts humains, et alors la faillibilité des Papes n’a pas besoin de nous préoccuper outre mesure, car la vraie Foi est derrière eux, au-delà et au-dessus d’eux. Mais voici l’objection classique : La Vérité en elle-même peut être au-dessus d’eux, mais pour nous êtres humains elle vient seulement à travers eux -- « la Foi vient, en effet, de ce que l’on entend » (Rom. X, 17). C’est ainsi que Notre Seigneur a confié à Pierre (c’est-à-dire aux Papes) la charge de confirmer dans la Foi ses frères (Luc. XXII, 31-32). Et donc pour nous autr es Catholiques les hérauts sont antérieurs à la Vérité puisque nous ne la recevons que par eux. Plus encore, l’Esprit Saint les guide (Jn. XVI, 13), et alors comment, pauvre moi, puis-je déterminer si ou quand l’Esprit Saint ne le fait plus ?

Dans l’Ecriture aussi se trouve la réponse. Saint Paul écrit à un troupeau que lui-même a instruit dans la Foi : « Mais, même si nous-même, ou un Ange du ciel vous prêchions un Evangile différent de celui que nous vous avons annoncé, qu’il soit anathème ». Et cette affirmation est si importante que Sain Paul la répète immédiatement : « Je l’ai déjà dit, et maintenant je le dis de nouveau : Si quelqu’un vous prêche un Evangile différent de celui que vous avez reçu, qu’il soit anathème » (Gal. I, 8-9).

Mais un Galate aurait pu objecter : « Pourquoi devons-nous croire en l’Évangile de ta première visite en Galatie et pas en un Evangile éventuellement différent lors d’une seconde visite ? Saint Paul donne tout de suite une première raison : «Parce que je vous fais savoir, frères, que l’Evangile prêché par moi n’est pas de l’homme. Car je ne l’ai reçu ni appris d’aucun homme, mais par révélation de Jésus- Christ » (Gal. I, 11-12). Et Saint Paul confirme ceci en racontant le peu de contact qu’il a eu avant le début de sa prédication avec ceux qui auraient pu le lui enseigner – les autres Apôtres – (Gal. I, 15-19). Ce fait était facilement vérifiable par les Galates, et St Paul va jusqu’à jurer aux Galates qu’il ne ment pas (Gal. I, 20 ). La deuxième raison, il la donne peu après : les miracles et les œuvres de l’Esprit Saint (Gal. III, 2-5) dont les Galates eux-mêmes avaient été témoins comme résultat direct de la prédication de Paul lors de sa première visite.

Ainsi, Paul prouve que Dieu non seulement lui a appris, mais aussi a confirmé aux Galates, l’Évangile de cette première visite, en sorte que s’ils désiraient sauver leur âme, ils seraient non seulement capables mais encore obligés de discerner par eux-mêmes la contradiction entre cet Évangile et n’importe quel autre. Et n’importe (Gal. I, 8) si le prédicateur de l’Evangile différent était un ange ou Paul lui-même – ou un Pape ! -- les Galates auraient même dans ce cas le devoir d’en rester au premier Evangile de Paul. La Vérité avait été présentée devant leurs yeux (Gal. III, 1), et les Galates l’avaient reconnue et acceptée (Gal. III, 3), tout comme on reconnaît que 2 + 2 = 4. Ainsi elle avait priorité sur n’importe quel prédicateur qui la contredirait par la suite, quelle que fût l’autorité pour enseigner que celui-ci pût sembler avoir (Gal. I, 9).

Ainsi Monseigneur Lefebvre disait-il que pendant les 19 siècles entre Saint Paul et Vatican II, l’Eglise avait prêché exactement le même Évangile, provenant de Dieu et constamment confirmé par Dieu. En tant que révélé par Dieu, cet Évangile est la Révélation ; en tant que transmis par les hommes d’Église, il est la Tradition ; en tant qu’enseigné avec autorité par l’Église, il est son Magistère Ordinaire et Extraordinaire. Entre cet Evangile et Vatican II la contradiction est évidente, donc nous devons accepter et croire en la Tradition si nous désirons sauver nos âmes, quelles que soient les apparentes autorités de l’Eglise qui disent le contraire. Que Dieu nous y aide. Mais comment alors la propre Fraternité de Monseigneur Lefebvre, la Fraternité Saint Pie X, peut-elle cherch er officiellement à se soumettre aux autorités de Vatican II comme elle le fait actuellement ?

Kyrie eleison.

Galates I, 8-9 est un texte classique pour prouver la priorité de la Vérité sur l’autorité, c’est-à dire de la Tradition catholique sur la Rome d’aujourd’hui.