30 mars 2013

[Mgr Williamson - Commentaire Eleison] Samedi Saint

SOURCE - Mgr Williamson - Commentaire Eleison - 30 mars 2013

Le Samedi Saint dans la vie de Notre Seigneur fut ce jour qui sépara sa terrible mort sur la croix de sa glorieuse Résurrection, le jour où son corps humain, sans vie car séparé de son âme humaine, reposa dans l’obscurité du tombeau, invisible à l’œil de l’homme. Les ennemis de Notre Seigneur paraissaient l’avoir vaincu avec tant de succès que le Dieu Incarné se trouvait dans une éclipse totale, et seule la foi de Notre Dame demeurait inébranlable – c’est elle qui devait soutenir le courage de tous ceux qui avaient suivi son Fils, car même les plus fidèles d’entre eux avaient sombré dans le découragement et se sentaient perdus.

Or, étant le Corps Mystique du Christ, l’Église catholique suit parallèlement le cours de la vie de Son corps physique. Donc au cours de ses 2000 ans d’histoire l’Église a toujours été persécutée par les ennemis du Christ, et en de nombreuses parties du monde il y a eu des moments où elle a été virtuellement effacée. Cependant s’est-elle jamais tant approchée d’une éclipse totale comme elle semble le faire aujourd’hui ? Dieu a constitué son Eglise en monarchie dont c’est le Pape qui doit garantir l’unité, et nous venons de voir le Pape se démettre de sa fonction, en partie sans doute parce que lui-même, conditionné par la façon de penser démocratique, n’a jamais pleinement cru en son propre office suprême. Retirant la tiare papale de son blason, et signant lui-même toujours comme “Evêque de Rome”, quelles qu’aient pu être ses intentions quand il démissionna au mois de février, il a sûrement contribué, humainement parlant, à miner l’institution divine de la papauté.

Par cette démission de Benoît XVI et par le conclave qui lui a fait suite, il est certain que les ennemis du Christ auront fait tout leur possible pour détruire la papauté. Par un juste châtiment de Dieu pour l’apostasie universelle de notre époque, ils ont reçu de Lui un grand pouvoir sur son Église. Depuis des siècles ils s’acharnent à s’emparer du Vatican, et ils s’y sont maintenant incrustés. Sans la moindre intention de satisfaire les exigences d’une petite Fraternité pieuse, ils en sont à démonter l’Église pierre par pierre, ainsi qu’Anne Catherine Emmerich l’a vu dans une vision il ya 200 ans. Humainement parlant, les fidèles de Notre Seigneur ne peuvent avoir aujourd’hui pas plus d’espoir qu’ils n’en avaient lors du premier Samedi Saint.

Mais pas plus que Notre Seigneur Lui-même son Église catholique n’est-elle une affaire purement humaine. En 1846 Notre Dame de La Salette parla en ces termes de la situation de notre époque : « Les justes souffriront beaucoup. Leurs prières, leur pénitence et leurs larmes monteront jusqu’au ciel, et tout le Peuple de Dieu implorera pardon et miséricorde et demandera mon aide et mon intercession. Alors Jésus-Christ par un acte de Sa justice et de Sa grande miséricorde commandera à Ses Anges que tous Ses ennemis soient mis à mort. Tout à coup les persécuteurs de l’Église de Jésus-Christ et tous les hommes adonnés au péché périront et la terre deviendra comme un désert. Alors se fera la paix, la réconciliation de Dieu avec les hommes ; Jésus-Christ sera servi, adoré et glorifié; la charité fleurira partout. ...L’Evangile sera prêché partout ... et les hommes vivront dans la crainte de Dieu. »

Autrement dit, sans aucun doute Dieu relèvera son Église de sa détresse actuelle. Lorsque cette éclipse deviendra encore plus sombre, comme elle est sûre de le faire, accrochons-nous plus que jamais à la Mère de Dieu, et prenons la résolution de ne pas l’attrister par notre manque de foi, comme l’ont fait les apôtres et les disciples de Notre Seigneur lors du premier Samedi Saint. Engageons-nous à réjouir son Cœur Immaculé par notre foi inébranlable en son Divin Fils et en son unique véritable Église.

Kyrie Eleison

28 mars 2013

[Abbé Patrick Girouard, fsspx - La Sapinière] Déclaration aux membres de la Fraternité St-Pie X, aux communautés amies et aux fidèles de la Tradition.

SOURCE - Abbé Patrick Girouard, fsspx - La Sapinière - 28 mars 2013

Le Jeudi Saint, 28 mars 2013

Très chers frères et sœurs dans le Christ Roi,

En ce jour où la Sainte Église commémore de grandiose façon l’institution du Saint Sacrifice de la Messe et du sacrement de l’Ordre, je profite de l’occasion pour vous faire part de ma décision de me placer en dehors de la structure officielle de la Fraternité. Mon intention n’est ni de la quitter, ni de la vilipender. Elle est en effet victime d’une entreprise qui vise à la ramener sous le pouvoir de l’Église Conciliaire, malgré les avertissements répétés de son fondateur, S.E. Mgr Marcel Lefebvre.

Suite à mes sermons et interventions contre un ralliement, mon supérieur de district, M. l’abbé Jürgen Wegner, m’a transféré du Prieuré de Langley (près de Vancouver) au siège du district (St-Césaire, près de Montréal), avec l’intention avouée de me « surveiller étroitement ». Il m’a d’ailleurs déclaré que je ne pourrais plus critiquer les supérieurs. Dans sa lettre aux prêtres Canadiens au sujet de sa décision, il s’en est pris non seulement à mes déclarations publiques, mais aussi à mes conversations et courriels privés, échangés avec des fidèles. Il est donc clair qu’on m’offrait, en échange de mon silence en public et en privé, de me garder au sein de la Fraternité, et donc d’assurer ma sécurité matérielle. Ceci ne serait ni plus ni moins qu’une forme de prostitution spirituelle. Or je n’ai qu’une âme, et je veux la sauver. Je ne puis le faire en acceptant ce marché car, comme le dit le proverbe: « Qui ne dit mot, consent ». C’est donc, en gros, pourquoi je me vois dans l’obligation morale de refuser ce transfert. C’est pour moi la seule façon de continuer à travailler pour réaliser le vrai but de la Fraternité, qui n’est pas de convertir la Rome moderniste, mais bien de préserver et transmettre la vraie Messe et le vrai Sacerdoce. Je me suis donc placé entre les mains de la Providence, convaincu que Notre Seigneur saura bien prendre soin de son prêtre.

Beaucoup a déjà été écrit sur le sujet d’un accord « purement pratique » avec Rome. Il me suffira de dire que j’endosse pleinement les déclarations et les études d’autres collègues qui se sont opposés à cette nouvelle orientation de la Fraternité. Je ne les répéterai donc pas ici. Je me permettrai cependant de vous faire part de quelques réflexions personnelles sur trois aspects de la crise de la Fraternité:
  1. Les autorités de la Fraternité veulent justifier l’abandon de la résolution du Chapitre Général de 2006 (« Pas d’accord pratique sans conversion de Rome ») en disant que la situation n’est pas la même aujourd’hui. On voudrait nous faire croire que beaucoup de nouveaux évêques, de prêtres, et de séminaristes, ne s’intéressent plus à Vatican II et préfèrent la Messe et la théologie traditionnelles. Or on est incapable de produire une étude sérieuse et indépendante qui en ferait la preuve. On ne nous en demande pas moins d’accepter ce que Mgr Lefebvre qualifiait d’ « Opération Suicide ». Le Chapitre Général de 2012, loin de corriger le tir, n’a fait qu’envelopper de « conditions » cosmétiques ce changement de cap. La seule condition qui importait, la conversion de Rome, a en effet été abandonnée. De plus, ce Chapitre fut l’occasion d’un renversement du rapport de forces entre les évêques: Du 7 avril 2012, où nous avions, d’un côté, trois évêques contre un accord « pratique » et, de l’autre, un Mgr Fellay isolé, on s’est retrouvé, le 14 juillet suivant, avec trois évêques en faveur d’un tel accord, contre un Mgr Williamson ostracisé, qui avait d’ailleurs été exclu du dit Chapitre. La déclaration finale au sujet de l’unité retrouvée signalait en fait la fin de la récréation pour tous les « réfractaires ». Désormais, à partir du 15 juillet 2012, toute opposition vis-à-vis d’un accord purement pratique, toute critique des autorités de la Fraternité sur ce sujet, devenait un crime contre la Fraternité elle-même. C’était instituer la loi du silence. On connaît la suite. Cette loi du silence est si forte que Menzingen ne se donne même pas la peine de répondre aux arguments et aux accusations; on se contente de diaboliser les opposants comme n’étant que de vulgaires rebelles aux menées subversives! Exit S.E. Mgr Williamson, et une bonne vingtaine de prêtres!
     
  2. Les documents secrets de S.E. Mgr Fellay (lettre du 14 avril 2012 aux trois autres évêques; Préambule du lendemain même), qui ont été publiés bien malgré lui, nous ont permis de comprendre jusqu’à quel point des rapports fréquents avec la Rome actuelle sont dangereux. Si de tels contacts ont pu changer, avant même la signature d’un accord, le Supérieur Général, ses Assistants, et, par ricochet, les autres Supérieurs Majeurs, qu’adviendrait-il des simples prêtres et des fidèles lorsqu’on serait officiellement, légalement, en permanence, sous la coupe des autorités romaines? On n’a qu’à voir jusqu’à quel point Menzingen persécute déjà ceux qui s’opposent à cette nouvelle orientation, alors que nous jouissons encore d’une certaine indépendance vis-à-vis de Rome, pour comprendre jusqu’où on ira une fois sous l’autorité de cette Église Conciliaire!
     
  3. Recemment, on a aussi voulu nous faire accepter la théorie selon laquelle l’expression « Église Conciliaire » ne signifierait pas une institution distincte de l’Église Catholique, mais plutôt une « tendance » au sein de celle-ci (Voir DICI, étude de m. l’abbé Gleize). La conséquence logique de cette théorie serait donc que le mouvement traditionnaliste devrait retourner dans la structure officielle de l’Église, afin de combattre, de l’intérieur, la « tendance » conciliaire et ainsi faire triompher la Tradition. C’est pourquoi on entend souvent les autorités de la Fraternité dire qu’il faut « aider l’Église Catholique à se réapproprier sa Tradition ». Or, d’une part, l’Église Catholique, sans sa Tradition, ne pourrait exister; elle ne serait plus l’Église Catholique. Et, d’autre part, on ne peut plus parler de « tendance », dès lors que les idées libérales et maçonniques de Vatican II se trouvent « institutionalisées » par des réformes couvrant tous les aspects de la vie de l’Église: Liturgie, Catéchisme, Rituel, Bible, Tribunaux ecclésiastiques, Enseignement Supérieur, Magistère, et, surtout, le Droit Canon. Nous faisons donc face à une structure, à une institution, différente de l’Église Catholique. Si ce n’était le cas, nous en serions membres! Or ce n’est pas nous qui avons quitté l’Église Catholique, ce sont eux, même s’ils ont réussi à prendre les commandes de la structure officielle. En ce qui concerne la place du Pape dans tout cela, il faut bien convenir qu’il y a là un mystère, un mystère d’iniquité. Il n’en demeure pas moins que nous sommes en présence de deux institutions distinctes: L’Église Catholique, fondée par Notre-Seigneur, et l’Église Conciliaire, dont l’instigateur fut, à n’en pas douter, Lucifer.
Ce ne sont là que trois petites réflexions, mais je crois qu’elles peuvent éclairer un peu certaines facettes du débat. Maintenant que je suis devenu totalement libre de parler, vous pouvez compter, chers frères et sœurs dans le Christ Roi, sur ma contribution régulière aux sites Internet du mouvement grandissant d’opposition au Ralliement, mouvement qui mérite bien le nom, je pense, de Résistance Catholique.

Priez pour votre serviteur, comme je prie pour vous.

Abbé Patrick Girouard, FSSPX

[Mgr Williamson] Lettre ouverte aux prêtres de la Fraternité sacerdotale Saint Pie X

Mgr Williamson au monastère de
Santa Cruz, jeudi saint 2013
SOURCE - Mgr Williamson - 28 mars 2013

Chers révérends Pères,

La récente publication de la Déclaration doctrinale, adressée par le Conseil général de la Fraternité Saint-Pie X aux autorités de l'Eglise de Rome le 15 avril de l'année dernière, confirme nos pires craintes. Nous avons attendu presque un an pour savoir ce qu'elle contient. Cela prouve une fois pour toutes que les Supérieurs actuels de la Fraternité Saint-Pie X veulent conduire celle-ci loin de l'orientation définie pour elle par Mgr Lefebvre, et vers les idées et les idéaux du Concile Vatican II.

Si occupés que vous soyez par votre ministère quotidien, cela doit vous préoccuper parce que cela signifie que les âmes confiées à vos soins, sont amenées, par votre intermédiaire, sous l'autorité de supérieurs désirant les conduire, ainsi que vous-mêmes, vers et même au coeur de l'apostasie des temps modernes. Nous rappelons que ce sont les supérieurs qui font les sujets et que cela ne fonctionne pas dans le sens contraire. N'avons-nous pas observé de bons prêtres de la fraternité, l'un après l'autre abandonner la combat de la foi comme nous savons que Mgr Lefebvre l'a mené et se mettre à suivre au contraire le courant, le courant très fort et très différent qui vient depuis maintenant quelques années de la tête de la Fraternité Saint Pie X ?

Une analyse détaillée confirme le danger de chacun des dix paragraphes de la Déclaration, comme il est indiqué brièvement ci-dessous :

I. La fidélité promise à « l'Église catholique » et au « Pontife romain » peut facilement être mal orientée aujourd'hui vers l'Église conciliaire en tant que telle, et envers les pontifes conciliaires. Des distinctions sont nécessaires pour éviter toute confusion.

II. L'acceptation des enseignements du Magistère, conformément à Lumen Gentium n ° 25 peut être facilement comprise, particulièrement lorsqu'elle est en relation avec la Profession de foi de Rome de 1989 mentionnée en note de la Déclaration, comme exigeant l'acceptation des doctrines de Vatican II.

III. L'acceptation de l'enseignement du Concile Vatican II sur le Collège des Évêques tel qu'il figure dans Lumen Gentium, chapitre III, est, en dépit de la "Praevia Nota", une étape importante vers l'acceptation de la collégialité conciliaire et la démocratisation de l'Eglise.

III, 2. La reconnaissance du Magistère comme seul interprète authentique de la Révélation fait courir à la Tradition un risque grave de la soumettre au Concile, surtout quand toute interprétation de rupture entre les deux est automatiquement rejetée (cf. III, 5).

III, 3 La définition de la Tradition comme "transmission vivante de la Révélation" est hautement ambiguë, et son ambiguïté ne fait qu'être confirmée par des mots vagues sur l'Église, et par la citation tout aussi ambiguë de Dei Verbum n°8, qui suit.

III, 4 La proposition affirmant que Vatican II "éclaire" la tradition en "l'approfondissant" et en la rendant plus "explicite", est tout à fait hégélienne (depuis quand les contraires s'expliquent-ils et ne s'excluent-ils pas l'un l'autre ?), et elle risque de falsifier la Tradition en la déformant pour qu'elle s'adapte aux multiples erreurs du Concile.

III, 5 L'affirmation selon laquelle les nouveautés de Vatican II doivent être interprétées à la lumière de la Tradition, mais qu'aucune interprétation impliquant une rupture entre les deux n'est acceptable, est de la folie ([cela revient à dire:] Toutes les chemises doivent être bleues, mais toute chemise qui n'est pas une chemise bleue doit être tenue pour bleue !). Cette folie n'est autre que "l'herméneutique de la continuité" de Benoît XVI.

III, 6 Donner crédit aux nouveautés de Vatican II en les présentant comme étant un sujet légitime de débat théologique est gravement sous-estimer leur nocivité. Elles ne sont bonnes qu'à être condamnées.

III, 7 Le jugement selon lequel les rites sacramentels nouveaux ont été promulgués légitimement est gravement trompeur. Le Novus Ordo Missae, particulièrement, est bien trop dangereux pour le bien commun de l'Église pour qu'il soit une vraie loi.

III, 8 La "promesse de respecter" comme loi de l'Église le Nouveau Code de Droit Canonique est la promesse de respecter un certain nombre de supposées lois directement contraires à la doctrine de l'Église.

Révérends Pères, celui qui étudie ces dix paragraphes dans le texte original ne peut que conclure que leur auteur ou les auteurs ont renoncé à la lutte de Mgr Lefebvre pour la Tradition, et qu'ils se sont ralliés, en esprit, à Vatican II. Voulez-vous vous-même et votre troupeau être façonnés par ces Supérieurs?

Qu'il ne soit pas dit non plus que les deux premiers et les trois derniers des dix paragraphes sont largement tirés du propre protocole de Mgr Lefebvre du 5 mai 1988, de sorte que la Déclaration lui est fidèle. Il est bien connu que le 6 mai, il a rejeté ce protocole parce qu'il a reconnu lui-même qu'il faisait trop de concessions pour que la Fraternité soit en mesure de continuer à défendre la Tradition.

Une autre erreur est de dire que le danger est passé parce que la Déclaration a été "retirée" par le Supérieur général. La Déclaration est le fruit empoisonné de ce qui est devenu un état d'esprit libéral au sommet de la Fraternité, et cet état d'esprit n'a pas été reconnu, et encore moins rétracté.

Une troisième idée fausse est de dire que, puisque aucun accord n'a été signé avec les apostats de Rome, alors il n'y a plus de problème. Le problème est moins l'accord que le désir de tout accord qui accorde une reconnaissance officielle à la Fraternité, et ce désir est toujours bien là. A la suite du monde moderne et de l'Eglise conciliaire, les supérieurs de la Fraternité semblent avoir perdu leur attachement à la primauté de la vérité, particulièrement la vérité catholique.

Révérends Pères, "ce qui ne peut être guéri doit être enduré." Les dirigeants aveugles sont un châtiment de Dieu. Cependant, le moins que vous puissiez faire vis-à-vis de cette déclaration désastreuse est de l'étudier par vous-mêmes avec tout ce qui l'a précédée, sinon vous perdrez votre Fraternité sans vous en rendre compte, tout comme la masse des catholiques ont perdu leur Eglise avec Vatican II, et ne l'ont pas compris. Puis, après avoir clairement vu la catastrophe dans votre esprit, vous devez dire la vérité à votre troupeau de la Fraternité, à savoir le danger dans lequel vos supérieurs mettent leur foi et par là leur salut éternel.

A nous tous, membres de cette Fraternité que Mgr Lefebvre a faite forteresse mondiale de la foi, le Seigneur est en train de poser la question de Jean, VI, 67: "Voulez-vous aussi me quitter ?"

A tous et à chacun j'envoie volontiers ma bénédiction épiscopale. Votre serviteur dans le Christ,

+ Richard Williamson, Nova Friburgo, Jeudi Saint, 2013

27 mars 2013

[Abbé François Chazal] L'illusion libérale

SOURCE - Abbé François Chazal - version française par "Vias tuas Domine" - 27 mars 2013

Maasin, le 27 mars 2013.

Cher abbé Laisney,

Comme vous avez aidé notre cause dans le passé, j'ai été surpris de voir votre dernière attaque contre notre petite (un évêque, 50 prêtres ---en incluant les 6 nouveaux du mois de mars --- 3 monastères, un carmel en Allemagne ) résistance à la FSSPX réconciliaire que l'abbé Couture a recommandée lui-même en chaire. C'est un signe que le libéralisme se répand avec la bénédiction des autorités.

Je vous remercie de vous être contenté de 3 pages de sophismes qui sont un bon résumé des faussetés que l'on nous jette à la figure.
SOPHISME n°1 CE SERAIT BIEN D'ÊTRE RÉGULARISÉ MAINTENANT
Vous commencez par dire que nous n'avons pas réussi à démontrer que Mgr Fellay est dans l'erreur... Bien, mais prouvez-le !

Nous citons surtout ses propres paroles ou ses écrits. Si l'on dit que la déclaration du 15 avril est une calomnie vous serez le premier à penser que la déclaration du 15 avril est un faux. Le double langage de Menzigen est un processus en progression et bien documenté, basé sur l'idée que Vatican II et la nouvelle messe peuvent être améliorés et qu'on ne peut pas demander au Nouvel Ordo de les condamner. (interview du 15 février à Nouvelles de France).

La régularisation est comme un cure-dents, indifférente, ce qui revient à dire que je peux piquer l'oeil de ma petite soeur avec. Un prêtre n'a pas à être régularisé par Robespierre mais par le bon pape Pie VI. Mais non, vous dites que nous devons être en règle parce que la loi c'est l'ordre. "order!!!" dit le modérateur du parlement anglais. Malheureusement le nouvel ordo n'est un ordre que de nom. C'est le désordre, la désorientation diabolique, comme le dit Soeur Lucie de Fatima et Mgr Lefebvre nous a dit que "se soumettre au mal par obéissance est un péché"... Au jour du jugement, Dieu [ne nous demandera pas] si nous avons obéi à des autorités infidèles (9 août 1986).

Pourquoi ne donnez-vous pas aux fidèles la suite de la définition de la loi ? C'est injuste. Une loi est une ordonnance de la raison donnée par le responsable du groupe pour le bien commun de la communauté.

Est-il raisonnable d'être en règle avec les démolisseurs de l'Église ? Qu'est-il arrivé au bien commun de Campos, de l'Institut du Bon Pasteur, de l'Institut du Christ-Roi, de la Fraternité Saint Pierre ?

Quand la Foi est en danger le Droit Canon met en règle ceux qui refusent de nager avec les requins. Donc... on a besoin d'un autre sophisme.
SOPHISME n°2 LES NOUVEAUX PAPES SONT MAUVAIS ET LIBÉRAUX MAIS NON HÉRÉTIQUES.
Pour être en communion avec les requins, on doit prouver que ce sont sont des requins charitables, nous acceptant comme nous sommes, nous, leur proie, tandis que nous faisons clairement la distinction entre ce qui est bon en eux de ce qui est un peu cruel.

Là encore, vous auriez dû nous dire, à nous les lecteurs ignorants, en quoi consiste le donatisme (une hérésie rigoriste : les gens en état de péché doivent être évités en tout et ne peuvent administrer de sacrements valides.)

Mais non, nous parlons volontiers aux libéraux, à ceux du Nouvel Ordo et aux non-catholiques et ils sont même bienvenus à nos messes ; mais nous condamnons leurs manières d'agir erronées. C'est ce que nous faisons et je crois que c'est catholique. Faisant partie d'un club de pécheurs, tout en essayant, avec la grâce de Dieu, de nous en dégager, invitant les pécheurs, même les libéraux, je ne vois pas en quoi vous nous comparez aux donatistes... A moins que votre estomac refuse de digérer que nous appelions les choses par leur nom. Tous les pécheurs ne sont pas des hérétiques mais les hérétiques sont d'une espèce particulière et dangereuse que nous devons éviter (dois-je le prouver ?).

D'après vous, la meilleure façon de ne pas voir des hérétiques c'est de ne pas voir les hérésies, comme par exemple d'empêcher de publier en anglais le livre de Mgr Tissier qui se vend bien en France et qui prouve que Benoît XVI est un hérétique. J'aurais dû y penser : si nous voulons une meilleure Rome tout ce que nous devons faire c'est de dire que ces choses ne sont pas des super-hérésies et attirer l'attention sur les gestes "traditionnels" de Benoît XVI en évitant soigneusement de dire qu'il a béni un centre islamique, qu'il a nommé un franc-maçon à l'Académie pontificale des sciences, qu'il a récité les Vêpres avec les Protestants à St Paul hors les murs, qu'il a préparé la béatification de Paul VI etc... La plupart de ces informations ne se trouvent pas sur DICI ou sur SSPX.org mais on doit les chercher péniblement ailleurs.

Donc comment pouvez-vous dire que vous résistez au libéralisme quand vous refusez d'exposer les hérésies (chose plus grave) ? Comment le Chapitre général peut-il réclamer de garder la liberté de réfuter les erreurs quand, même avant d'être régularisé, tout ce que nous constatons c'est un silence assourdissant autour des scandales de la papauté actuelle.
SOPHISME N°3 : LES NOUVEAUX PAPES NE SONT PAS SI LIBÉRAUX.
Si Si No No appelait le Cardinal Ratzinger "un Préfet de la Congrégation de la Foi sans la Foi ". Tous ceux qui ont étudié ses écrits arrivent à la même conclusion. Il n'est pas libéral au même degré que Dupanloup et Montalembert. Mais réjouissons-nous, nous avons maintenant le pape François. Désespérant de ne rien trouver sur DICI ou sspx.org, j'ai suivi sa messe inaugurale sur Youtube... C'était la nouvelle religion : des femmes faisant la lecture, la communion aux pro-avortements Joe Biden et Nancy Pelosi, les représentants des fausses religions près de l'autel, du côté de l'Évangile, l'anneau de Paul VI, la prière au tombeau de saint Pierre avec le Patriarche schismatique, des vêtements novus ordo, des abus liturgiques de toutes sortes, un sermon gauchiste, l'allégeance d'une poignée de cardinaux debout etc. Je ne parle pas des autres aspects de ce pape jésuite, il y en a beaucoup et bien plus importants que ceux que nous rapporte l'abbé Bouchacourt.

Même si vous pouvez compter que beaucoup de fidèles ne vérifieront pas les faits, je pense que le pape François va vous rendre plus difficile la tâche de prouver que Rome a changé... excepté pour le pire. Si vous persévérez dans cet aveuglement libéral, un peu moindre peut-être que les autres degrés de libéralisme, attendez-vous à ce que la crise continue dans la FSSPX. Voulez-vous vraiment que d'autres prêtres nous rejoignent ?

Si j'étais Mgr Fellay, j'admettrais humblement que "j'ai mal présenté la situation et l'ampleur de l'hérésie à Rome " ou que "ça va de mal en pis à Rome, nous la dénonçons et nous excluons tout accord avec elle ". Mais nous n'avons aucun signe de cela. Dieu vous aide à voir les choses avec ce nouveau pape qui est bien moins dangereux pour nous car il est moins ambigu. L'étiquette correspond au contenu de la bouteille ; alors qu'avec Benoît XVI on avait même les jolis souliers rouges.
SOPHISME N°4 : ON DOIT REJOINDRE L'ÉGLISE VISIBLE.
Votre paragraphe suivant est un peu complexe et j'admets que les arguments de l'Anglicanisme sont un peu poussés. Mais il demeure que votre raisonnement, qui est une reprise de l'infâme lettre du 14 avril de Mgr Fellay, correspond au raisonnement fallacieux de Dom Gérard pour abandonner Mgr Lefebvre en 1988. Comme vous le citez brillamment plus loin, une nouvelle Eglise "s'est clairement manifestée" après Vatican II. Ce que nous avons est un complet enchevêtrement de vérités et d'erreurs, avec des bons qui ont la Foi et des membres pourris. Dans un tel mélange où on distingue mal le blé de l'ivraie que faisons-nous ? Allons-nous au champ ? Non ! Dieu sait comment il démêlera tout, en son temps.

En attendant, nous devons rester attachés autant que possible à l'Église Catholique visible, en priant et en reconnaissant Pape(s) et évêques, en faisant preuve de courtoisie envers les prêtres du Nouvel Ordo de nos localités, en obtenant parfois la permission de nous servir des belles églises et en nous abstenant de dire que tous les gens du Nouvel Ordo sont mauvais.

Mais pour vous, libéraux, comme pour les Galates insensés de jadis, c'est, selon le mot de Mgr Williamson, le salut par la bouillie. Vous voulez être mêlés canoniquement à cette bouillie inextricable et chewingumesque. Vous n'avez rien appris des expériences passées et le fait que la situation à Rome est pire ( pape François, Müller, Kasper, Bertone, etc..) ne change pas votre raisonnement. Bonne chance ! Vous ferez partie du parlement des religions avant d'être piétinés comme les Rédemptoristes de Papa Stronsay [ndlr :nom de l'île où habitent les Rédemptoristes]. Il y a plus important dans la vie que d'avoir des papiers en règle. Nous pleurons amèrement parce que l'humanité a perdu ses moyens visibles de salut, parce que l'Église visible, ayant perdu son identité missionnaire à Vatican II, des âmes innombrables tombent comme des flocons de neige en enfer.

Non, monsieur l'abbé, nous aimons l'Église visible plus que vous ne le pensez. Enseigner la foi à toutes les nations comme Notre-Seigneur l'a demandé, c'est faire un acte de visibilité qui ne se retrouve plus dans l'Eglise [conciliaire].

C'est bien triste de vous voir suivre les fausses propositions de Mgr de Noia.
SOPHISME N°5 : MGR FELLAY LUTTE CONTRE VATICAN II.
Comment pouvez-vous concilier ce que vous dites ensuite avec la déclaration que fit Mgr Lefebvre en juin 1976 : "Dans la mesure où le Pape, les évêques, prêtres et fidèles, adhèrent à cette nouvelle Eglise, ils se séparent de l'Eglise catholique." Au cours des mois même pendant lesquels vous affirmez qu'il était fidèle, Mgr Fellay écrivait soigneusement son préambule doctrinal qui pourrait être le manifeste doctrinal de tout autre mouvement de la mouvance Ecclesia Dei. Etonnamment, le pape ne put l'accepter, pour des raisons politiques que nous ne connaissons pas encore ; ou parce qu'il n'avait pas confiance d'attraper ainsi toute la FSSPX.

S'il l'avait accepté, nous reconnaîtrions maintenant Vatican II, la validité et la légitimité de la nouvelle messe, la validité de tous les sacrements du Nouvel Ordo, même les sacrements douteux de confirmation et de l'ordre. Nous serions en accord la profession de foi de 1989 qui comprend la soumission à Vatican II et nous suivrions le magistère actuel, selon les termes de Lumen Gentium 25. Nous devrions dire que que la liberté religieuse est réconciliable avec la Tradition (quoique difficilement). Nous ferions nôtre le Droit Canon, sans même mentionner l'ancien code que Mgr Lefebvre nous demandait de suivre.

C'est une liquidation complète et selon le frère du pape, Benoît XVI fut bien peiné de n'avoir pas réussi à nous acheter.

Mais le 14 juillet, le Chapitre Général a déployé une grande affiche : A VENDRE !

Regardez les déclarations inquiétantes du passé, les entrevues, spécialement celle de CNS, la lettre du 14 avril, les six conditions, les paroles des deux assistants, et la cause est entendue : Mgr Fellay combat peut-être Vatican II... avec le ¼ de son énergie.
SOPHISME N°6 : ROME SE RAPPROCHE DE LA TRADITION
L'élection triomphale et l'installation de François 1er confirme parfaitement que ce "réel effort" de Rome pour retourner à la Tradition n'était qu'une phase de la Révolution. On a souvent besoin de reculer pour mieux sauter. Apprendrez-vous les leçons du pape François et serez-vous plus prudents ? Considérant le silence des sites officiels de la FSSPX, je crains que non. Mais cela peut donner plus de temps aux bons prêtres anti-libéraux qui font encore partie de la Fraternité officielle (et ils sont nombreux), pour ouvrir les yeux, si vous pensez encore à vous faire reconnaître par la nouvelle Rome moderniste triomphante. Nous avons aussi besoin de plus de temps pour préparer le bateau de secours ; je crois aussi que le pape François retiendra Mgr Fellay, du moins je l'espère.
SOPHISME N°7 : C'EST MIEUX DE GUÉRIR QUE DE PRÉVENIR LA MALADIE.
Vous voulez que nous attendions l'arrivée de la nouvelle messe, de Vatican II, et de tout ses attirails dans nos chapelles pour réagir. Vous voulez que nous nous laissions duper encore une fois et que nous soyons obligés de nager vers un autre bateau une fois seulement qu'il aura coulé à pic. Mais, monsieur l'abbé, nous avons été dupés une fois, et de façon magistrale, par le Concile. Nous avons étudié en détail le processus et nous avons constaté que le même processus a été employé envers ceux qui ont abandonné le combat auprès de Mgr Lefebvre. Voulez-vous vraiment que nous soyons encore dupés ? Avant d'agir, il nous faudrait attendre l'acceptation officielle de Vatican II, enveloppée qu'elle est dans un langage à double sens et accompagnée d'un pédalage en arrière apparent.

Mais c'est précisément ce langage ambigu qui nous stimule à l'action, de peur que les âmes simples se laissent tromper.

Notre tâche est difficile et à vos yeux elle est déplacée mais nous devons nous assurer qu'il restera un groupe assez important de résistants quand la réconciliation que vous désirez tant se fera.

Votre détermination à retourner à l'Eglise officielle du Nouvel Ordo nourrit à son tour notre propre détermination.
SOPHISME N°8 : PRIEZ, PAYEZ ET OBÉISSEZ.
Votre dernier paragraphe s'adresse directement à Mgr Williamson, chef actuel de la résistance.

Je ne sais pas, monsieur l'abbé, si vous réalisez que l'obéissance est votre arme principale exactement comme le Novus Ordo fait vis-à-vis de la FSSPX ; et les 50 que nous sommes constatent avec tristesse que c'est la seule réponse offerte à nos problèmes doctrinaux.

Alors on peut comprendre la perplexité de Mgr Williamson à vouloir créer un lien étroit d'obéissance puisque c'est la deuxième fois qu'on se fait imposer l'obéissance pour nous faire désobéir à Dieu.

Certains parmi nous aimeraient constituer une organisation, une armée, un peu comme les premiers Jésuites, mais Son Excellence ne favorise pas l'idée et n'accepterait pas d'en faire partie, ni de diriger un séminaire. Nos fidèles par ailleurs aspirent à la sécurité d'un corps organisé de prêtres ; ils veulent des combattants unis dans un réseau mondial. Alors, que faisons-nous ? Devinez ? Nous obéissons à Mgr Williamson confiants que la nécessité d'une "armée mariale" émergera graduellement des liens de la charité qui existent entre nous, de la nécessité de pourvoir aux sacrements et à cette aide sacerdotale dont les familles ont besoin. Des chefs régionaux émergent déjà comme l'abbé Pfeiffer en Amérique du Nord, Dom Thomas en Amérique du Sud, l'abbé Pinaud, je pense, en France. L'abbé Ringrose est un bon chef dans son domaine et l'abbé Ortiz travaille joyeusement avec lui. J'envoie déjà le double de mes documents canoniques à Notre-Dame du Mont Carmel.

Remarquez qu'on a prophétisé qu'il y aurait "de la zizanie", "qu'on ne tiendrait pas ensemble". Les faits le démentent : nous avons des contacts et nous nous entraidons mutuellement doctrinalement, financièrement et spirituellement. Non, ce n'est pas le chaos parmi nous. Nous sommes une organisation naissante en voie de développement.
 
Nos concurrents voudraient nous voir prendre des décisions hâtives mais pour le moment nous ne sommes que des prêtres rejetés par la FSSPX et nous essayons de survivre au choc. Nos serments et nos promesses nous les observons dans la douleur, sans logis depuis un an. Nous n'avons rien en banque.
 
Après cet abus de confiance de la part des autorités il est également difficile pour les fidèles de s'orienter, (l'autorité devrait parfois essayer de gagner la confiance de ses sujets). Certains fidèles sont frappés d'ostracisme, d'autres ne peuvent plus supporter le libéralisme de certains prêtres locaux... et doivent se contenter des rares visites d'un missionnaire qui couvre un vaste territoire. Mais il y a les chanceux de Vienne en Virginie, de Los Angeles (abbé Perez), de Floride, du Brésil etc...
 
Ne vous faites pas de soucis, monsieur l'abbé, si nous n'avons pas encore un cadre selon vos désirs, un cadre bien défini, c'est afin de réfléchir à une meilleure structure. Pensez-y, deux périodes de 12 ans, pour un supérieur général... C'est un quart de siècle !
 
Pour finir sur une note gaie parlons du zèle amer. Plusieurs questions se présentent : Qui a quitté le repas plein d'amertume avant la fin parce qu'il ne pouvait plus retenir sa colère et a répété l'expérience ailleurs ? Qui nous a refusé l'absolution ? Qui dit aux petits villageois que nous étions schismatiques ? Qui veut que nous mangions dans la bibliothèque et que nous disions la messe dans nos chambres ? Qui refuse nous parler, même pour tester son argumentation en privé ? Qui nous a dit que c'était illégal pour nous d'aller dans les chapelles et les propriétés de la FSSPX ? Qui excommunie des fidèles aux Etats-Unis et en Italie ? Qui a dit à Dom Cyprien de jeter dehors Dom Raphael ?

Non, monsieur l'abbé, je ne vous refuserai pas l'absolution parce que vous vous faites illusion et je ne refuserai pas de vous offrir une bière que j'aime (la Guinness amère, je l'avoue). Venez n'importe quand à ma table ou venez passer un moment devant une glace. Je ne pense pas que vous irez en enfer pour cela. On pourrait même partager un peu de whisky au prieuré de Singapour car il reste encore quelques bonnes bouteilles dans la FSSPX.
 
Sans vouloir vous mettre en bière, je vous lève ma bière amère et vous souhaite bien d'être aussi peu amer que moi.
 
In Iesu et Maria.
 
François Chazal +

26 mars 2013

[Chiesa (blog)] Journal du Vatican / L'étrange affaire du "cardinal à moitié"

SOURCE - Chiesa (blog) - 26 mars 2013

Il s'agit de Lorenzo Baldisseri, le secrétaire du conclave. À peine élu, le pape François lui a placé sur la tête sa propre calotte de cardinal. Afin d'obéir aux traditions ? Non. Lors des dix conclaves précédents, cela n'a été fait qu'une seule fois

CITÉ DU VATICAN, le 26 mars 2013 – Si l’on veut trouver le premier geste surprenant de ce pontificat, il faut remonter jusqu’à la fin du conclave, jusqu’aux minutes qui ont immédiatement suivi l’élection du pape François.

Tout de suite après son élection, qui a eu lieu à sept heures du soir le mercredi 13 mars, Jorge Mario Bergoglio a retiré sa calotte rouge de cardinal et l’a placée sur la tête du secrétaire du conclave, l'archevêque Lorenzo Baldisseri.

Ce geste a été accompli à la Chapelle Sixtine, sous les yeux de tous les cardinaux électeurs, qui l’ont applaudi.

À ce moment-là, bon nombre de cardinaux ont pensé que Baldisseri était devenu canoniquement cardinal à l’instant même. Et certains d’entre eux ont continué à le penser pendant plusieurs jours. Notamment parce que – comme l’a fait remarquer le quotidien "La Stampa" – lorsque le nouveau pape est apparu dans la loggia de la basilique Saint-Pierre pour donner sa première bénédiction "urbi et orbi", Baldisseri, qui se tenait derrière lui, portait une calotte qui était indiscutablement de couleur rouge pourpre.

On a aussi pu lire dans "La Stampa" que cette initiative avait été suggérée au pape François par "l’un des cérémoniaires âgés présents à ce moment-là dans la Chapelle Sixtine", qui la lui a présentée comme une "antique tradition".

Mais ce n’est pas tout. "La Stampa" a également rapporté que "le lendemain de l'élection, Baldisseri s’est présenté, portant encore la calotte rouge avec ses habits violets d’évêque, à la messe concélébrée par le nouveau pape à la Chapelle Sixtine et il a demandé à être admis, lui aussi, parmi les cardinaux. Les cérémoniaires n’avaient pas prévu sa présence, mais Baldisseri, fort de la calotte rouge qu’il avait reçue la veille, a insisté pour participer. Et, en fin de compte, après quelques éclaircissements, il a obtenu l’autorisation de concélébrer avec les autres cardinaux".

Le 19 mars, Baldisseri figurait également parmi les prélats qui concélébraient la messe de début de ministère du nouvel évêque de Rome. Mais, cette fois, la tête du secrétaire du conclave était de nouveau coiffée d’une calotte violette de simple évêque.

Le quotidien "La Repubblica" a, pour sa part, retrouvé l’enregistrement d’une interview qui a été réalisée par  la section de langue portugaise de Radio Vatican et dans laquelle Baldisseri raconte les faits de la manière suivante :

"À la fin du conclave, le Saint-Père a reçu des cardinaux, à la Chapelle Sixtine, une déclaration d’obéissance. Moi aussi, en tant que secrétaire du conclave, j’ai été appelé à accomplir cet acte d’obéissance et de salutation envers le Saint-Père. Lorsque je me suis trouvé devant lui, je me suis agenouillé. C’est à ce moment-là que le pape m’a mis une main sur la tête avant d’y placer sa calotte rouge de cardinal. J’ai ressenti une très grande émotion... Cela signifie que le secrétaire du collège des cardinaux, qui, de fait, est également le secrétaire du conclave, est ou sera cardinal. Le pape m’a ensuite dit : 'Tu es cardinal à moitié".

Certes – a ajouté Baldisseri – la véritable création cardinalice n’a pas encore eu lieu "parce qu’elle demande un consistoire officiel convoqué par le Saint-Père et ensuite la publication. Mais ici tout le monde sait que mon nom figure sur la liste".

Cette histoire étonnante, avant de se retrouver dans les journaux italiens, avait déjà rebondi jusqu’au Brésil. À tel point que, au lendemain de l’élection du pape François, le père Federico Lombardi lui-même, “porte-parole” du Vatican, avait démenti à une journaliste latino-américaine que Baldisseri ait déjà été créé cardinal : "Il n’apparaît pas que le nombre d’électeurs ait changé", avait-il déclaré.

*

Mais quels sont les précédents de ce qui a été présenté au pape François comme une "antique tradition" qu’il fallait respecter ?

En réalité, si l’on examine les conclaves qui ont eu lieu au siècle dernier, ce qui est qualifié de "tradition" se réduit à un seul cas isolé, qui a eu lieu en 1958.

Dans ce cas-là, Jean XXIII, pape plutôt désinvolte en matière de nominations épiscopales et cardinalices, remit, à peine élu, sa calotte de couleur pourpre au secrétaire du conclave, Mgr Alberto di Jorio, âgé de 74 ans. Cela se passait le 28 octobre et, en effet, lors du premier consistoire tenu par le pape Angelo Giuseppe Roncalli, qui fut célébré le 15 décembre suivant, cet ecclésiastique romain, qui allait devenir par la suite président de l’IOR, reçut la barrette.

Mais, en ce qui concerne tous les autres conclaves (neuf) qui ont eu lieu entre 1903 et 2005, on n’a pas le souvenir d’un pontife à peine élu posant sa calotte sur la tête du prélat ou de l’évêque qui remplissait la fonction de secrétaire.

Et ce n’est pas tout. Dans certains cas, les ecclésiastiques en question ont dû attendre au moins un second consistoire pour recevoir la pourpre.

Mais procédons par ordre chronologique.

Le 4 août 1903, Pie X est élu pape. Le secrétaire du conclave est le jeune archevêque anglo-espagnol Rafael Merry del Val, 38 ans, qui a été appelé par les cardinaux à exercer cette fonction de manière provisoire le 21 juillet, parce que le poste était vacant à la mort de Léon XIII, survenue le jour précédent. Le pape Sarto le nomme pro-secrétaire d’état le jour même de son élection et le crée cardinal trois mois plus tard, lors de son premier consistoire qui a lieu le 9 novembre suivant. Rappelons que Merry del Val quittera la secrétairerie d’état pour devenir préfet du Saint-Office en 1914, à l’arrivée de Benoît XV, et qu’il mourra, à l’âge de 65 ans, en 1930.

Le 3 septembre 1914, c’est en effet Benoît XV qui est élu. Le secrétaire du conclave est l’archevêque Tommaso Pio Boggiani, âgé de 51 ans, originaire de Boscomarengo en Piémont, dominicain comme son illustre concitoyen, le pape saint Pie V. Boggiani n’est pas créé cardinal immédiatement. En effet Benoît XV lui accorde la pourpre non pas lors de son premier consistoire, qui a lieu le 6 décembre 1915, mais au second, célébré le 4 décembre 1916, c’est-à-dire plus de deux ans après le conclave qui l’avait élu. Boggiani sera pendant quelques années archevêque de Gênes et mourra en 1942 à 79 ans, après avoir participé en tant que cardinal à deux conclaves.

Le 6 février 1922, Pie XI est élu. Le secrétaire du conclave est Mgr Luigi Sincero, 52 ans. Il est également originaire du Piémont, plus précisément de Trino Vercellese, et lui aussi devra attendre un tour pour parvenir au cardinalat. En effet le pape Achille Ratti lui remet la barrette non pas à l’occasion de son premier consistoire, tenu le 11 décembre 1922, mais lors du deuxième, célébré le 23 mai 1923, quinze mois après le conclave qui l’a élu. Placé à la tête de la congrégation pour les Églises orientales, Sincero sera consacré évêque en 1929 et il mourra en 1936, à l’âge de 66 ans.

Le 1er mars 1939, Pie XII est élu. Le secrétaire du conclave est Mgr Vincenzo Santoro, âgé de 53 ans, originaire d’Ascoli Satriano, dans la province de Foggia (qui fait partie de la région des Pouilles), qui était à l’époque le siège d’un diocèse. Mais il meurt à Rome le 21 mai 1943, avant d’avoir pu éventuellement recevoir la pourpre. En effet, le pape Eugenio Pacelli ne célèbrera son premier consistoire qu’après la seconde guerre mondiale, le 18 février 1946.

Le 28 octobre 1958, Jean XXIII est élu. C’est à cette occasion qu’eut lieu l’épisode raconté ci-dessus à propos de Mgr di Jorio, qui reçut la barrette deux mois après le conclave. Sacré évêque en 1962, di Jorio mourra en 1979, à l’âge vénérable de 95 ans.

Le 21 juin 1963, Paul VI est élu. Le secrétaire du conclave est l’archevêque sicilien Francesco Carpino, âgé de 58 ans. Le pape Montini le crée cardinal non pas à son premier consistoire, célébré le 22 février 1965 mais lors du deuxième, tenu le 26 juin 1967, quatre ans après le conclave au cours duquel il a été élu. Carpino sera, pendant une brève période, archevêque de Palerme et il mourra en 1993 à l’âge de 88 ans, après avoir participé aux deux conclaves de 1978.

Le 26 août 1978, Jean-Paul Ier est élu et, le 16 octobre de la même année, Jean-Paul II. Dans un cas comme dans l’autre, le secrétaire du conclave est l’archevêque Ernesto Civardi, âgé de 72 ans, originaire de Fossarmato, dans la province de Pavie, en Lombardie. Le pape Karol Wojtyla le crée cardinal lors de son premier consistoire, tenu le 30 juin 1979, huit mois après le conclave qui l’a élu. Civardi mourra en 1989 à 83 ans.

Le 19 avril 2005, Benoît XVI est élu. Le secrétaire du conclave est l’archevêque Francesco Monterisi, âgé de 71 ans, originaire de Barletta, dans les Pouilles. Le pape Joseph Ratzinger le fait cardinal non pas lors de son premier consistoire, le 24 mai 2006, ni au deuxième, le 24 novembre 2007, mais au troisième, le 20 novembre 2010, après l’avoir nommé, l’année précédente, à l’âge de 75 ans, archiprêtre de Saint-Paul-hors-les-Murs, poste que Monterisi a conservé jusqu’au mois de novembre dernier.

Voilà pour les secrétaires des conclaves du siècle dernier. Mais, au cours des cinquante dernières années, il y a également eu des secrétaires du collège cardinalice, fonction qui est distincte - tout en lui étant liée, au moins pendant cette période - de celle de secrétaire, ou "assesseur" comme l’on disait autrefois, de la congrégation pour les évêques, l’ancienne "consistoriale". Et tous ont reçu, tôt ou tard, la pourpre.

C’est le cas, si l’on remonte le temps, de Manuel Monteiro de Castro, secrétaire de la congrégation pour les évêques entre 2009 et 2012, créé cardinal en 2012 ; de Monterisi, déjà cité, secrétaire de 1998 à 2009, créé cardinal en 2010 ; de Jorge Maria Mejia, secrétaire entre 1994 et 1998, créé cardinal en 2001 ; de Justin Francis Rigali, secrétaire de 1990 à 1994, créé cardinal en 2003 ; de Giovanni Battista Re, secrétaire entre 1987 et 1990, créé cardinal en 2001 ; de Lucas Moreira Neves, secrétaire de 1979 à 1987, créé cardinal en 1988 ; de Civardi, déjà cité, secrétaire entre 1967 et 1979, créé cardinal en 1979 ; de Carpino, déjà cité, assesseur de 1961 à 1967, créé cardinal en 1967 ; de Giuseppe Antonio Ferretto, assesseur entre 1950 et 1961, créé cardinal en 1961.

Mais si l’on remonte encore davantage dans le temps, il faut dire que les assesseurs de la "consistoriale" ne sont pas tous parvenus à la dignité cardinalice, notamment ceux qui sont morts avant d’avoir pu éventuellement la recevoir. Mgr Santoro n’a pas reçu la pourpre pendant le pontificat de Pie XII, comme on l’a déjà rappelé, mais l’ecclésiastique qui lui a succédé à ce poste, Benedetto Renzoni, mort en charge en 1950, ne l’a pas obtenue non plus. Il en a été de même pour l’archevêque Vincenzo Sardi, assesseur de 1916 à 1920 et mort, lui aussi, “durante munere”. En revanche furent nommés cardinaux Scipione Tecchi, assesseur de 1908 à 1914, date à laquelle il obtint la pourpre, et le carme Raffaello Carlo Rossi, assesseur de 1923 à 1930, date à laquelle il reçut la barrette en devenant secrétaire (l'équivalent des préfets d’aujourd’hui) du même dicastère.

*

L’archevêque Lorenzo Baldisseri – pour en revenir au bénéficiaire du geste du pape François – est âgé de 72 ans et demi. Toscan, originaire de Barga, une ville de la province de Lucques et du diocèse de Pise, il a été nommé par Benoît XVI secrétaire de la congrégation pour les évêques le 11 janvier 2012 et secrétaire du collège des cardinaux le 7 mars suivant.

Pianiste passionné, il a été précédemment nonce au Brésil (2002-2012), en Inde (1999-2002), au Paraguay (1995-1999) et en Haïti (1992-1995). Il était arrivé dans cette île en 1991, en tant que chargé d’affaires, pour remplacer le nonce Giuseppe Leanza qui avait dû quitter le pays après avoir été malmené par les partisans violents du président de l'époque, l'ancien prêtre salésien Jean-Bertrand Aristide.

Encore avant cela, Baldisseri a travaillé dans les représentations pontificales au Guatemala, au Japon, au Brésil, au Paraguay, en France et au Zimbabwe. À l’Académie Pontificale Ecclésiastique, où sont formés les diplomates du Vatican, il a eu comme condisciples, entre autres, l’actuel cardinal Leonardo Sandri et les actuels nonces en Allemagne (Jean-Claude Périsset), aux États-Unis (Carlo Maria Vigano) et en Turquie (Antonio Lucibello).

Qu’il soit nommé cardinal lors du premier consistoire à venir, comme ce fut le cas pour di Jorio, nommé par Jean XXIII, on peut le prévoir, si l’on tient compte du geste du pape François.

Mais que Baldisseri devienne également secrétaire d’état, comme Merry del Val sous le pontificat de Pie X, voilà qui paraît moins probable. Étant toutefois bien entendu que l’actuel pontificat semble être né sous le signe de l’imprévisibilité. À tous points de vue.

[Paix Liturgique] A Notre-Dame de Paris, ça cloche toujours!

SOURCE - Paix Liturgique - Lettre 380 - 26 mars 2013

Elles ont donc sonné !

Avant de s’envoler pour Rome cette semaine, les nouvelles cloches de Notre-Dame ont donc sonné ce samedi de la Passion et rendu à la cathédrale de Paris ses sonorités d’Ancien Régime. Ce bel événement laisse malheureusement un goût amer à de nombreuses personnes intéressées aussi bien au devenir des anciennes cloches qu’à la procédure d’attribution des nouvelles. Et la raison de cette amertume tient essentiellement à l’attitude fermée manifestée avec les uns comme avec les autres par le recteur de la cathédrale, Mgr Patrick Jacquin.

En ce qui concerne les anciennes cloches, nous vous présentons cette semaine le dernier communiqué de la Sainte-Croix de Riaumont. En ce qui concerne la procédure d’attribution des nouvelles, nous publions des extraits du communiqué publié le 27 décembre 2012 par Anne Paccard, des fonderies Paccard.

Si nous nous intéressons à cette affaire c’est parce qu’elle confirme le triste penchant des autorités ecclésiastiques parisiennes à préférer le mépris au dialogue comme l’ont appris à leurs dépens les demandeurs de la forme extraordinaire du rite romain depuis 2007.
I – COMMUNIQUÉ N°4 DE L’ASSOCIATION SAINTE-CROIX DE RIAUMONT
Longue vie aux cloches de Notre-Dame ! (1er mars 2013)

Tout est prêt au Village de Riaumont, en vertu de la proposition d’attribution officiellement faite en sa faveur le 07 juillet dernier par la DRAC, pour les recevoir avec piété et leur assurer encore une longue vie. Pendant ce temps, l’Association du 850ème anniversaire de la cathédrale, en la personne de son président, Mgr Jacquin, poursuit sa politique d’obstruction illégitime à ce projet, et persiste à notre égard dans un refus de dialogue obstiné. Nous le regrettons vivement.

Grâce à notre action en justice de novembre dernier, et à notre assignation du 05 décembre, le processus scandaleux de destruction des anciennes cloches a été stoppé. Le lot n°6 de l’appel d’offres signé par la fonderie Cornille-Havard, qui prévoyait la récupération du métal des anciennes cloches en vue de la fabrication d’une série de clochettes vendues aux touristes, est définitivement abandonné. C’est une première victoire.

Mais le recteur persiste à annoncer que les cloches, de trop mauvaise qualité pour sonner, seront exposées dans un musée ou dans un square.

Cette navrante stratégie appelle quelques remarques :
Le recteur cherche manifestement à faire avaliser sa propre décision par la DRAC. La réunion qu’il annonçait fébrilement pour janvier puis pour début février n’a pas eu lieu. Il est tout à l’honneur de la DRAC de ne pas couvrir de son autorité la condamnation définitive des anciennes cloches au silence.

En effet, depuis novembre, date de notre intervention judiciaire, la DRAC, seule décisionnaire légitime de l’attribution d’un bien patrimoine de l’État, n’a pas repris la parole à ce sujet. Sa dernière prise de position date de juillet 2012 et concerne l’attribution des cloches à Sainte-Croix de Riaumont, projet qui n’a jamais été officiellement remis en question.

L’idée de traiter ces cloches comme objets d’exposition est, certes, infiniment préférable à leur destruction… mais elle ne se justifierait que si les cloches en question étaient réellement incapables de sonner !

Or cette thèse partout répétée depuis des mois par le recteur est une contre-vérité flagrante, comme en attestent les rapports de deux campanologues reconnus.

Il est maintenant clairement établi que l’actuel projet du recteur est moins motivé par le respect du patrimoine que par le besoin impérieux qu’il ressent de réduire définitivement ces cloches au silence.

Car à Paris, la fable des cloches-qu’on-devait-impérativement-changer fait sourire beaucoup de monde. Comme le laissait entendre Le Parisien dès le 27 décembre 2012 : « Il ne manquerait plus pour ajouter une vraie fausse note au jubilé des 850 ans de Notre-Dame que les cloches accusées de sonner faux à Paris ne se mettent à sonner juste dans le Pas-de-Calais ! »
II – LE TÉMOIGNAGE DE LA FONDERIE PACCARD
Entreprise familiale savoyarde depuis plus de 300 ans, réputée pour son excellence – elle est l’auteur, l’an dernier, de la refonte à l’identique du bourdon Jeanne d’Arc de la cathédrale d’Orléans –, la fonderie Paccard a concouru à l’appel d’offres pour les cloches de Notre-Dame et n’a pas apprécié les conditions dans lesquelles celui-ci s’est déroulé.

Voici quelques extraits de l’article publié sur cette affaire le 27 décembre 2012 par Anne Paccard, qui dirige le Musée Paccard.
***
“ La Fonderie PACCARD a effectivement fait partie des entreprises sélectionnées pour répondre à l’appel d’offres privé lancé en octobre 2011 pour le remplacement des 4 cloches de la Tour Nord – cloches du XIXe siècle, offertes par Napoléon III et de piètre qualité musicale – et la restitution du bourdon Marie de la Tour Sud, détruit pendant la Révolution Française à l’instar de toutes les cloches de Notre-Dame de Paris – à l’exception du remarquable bourdon Emmanuel fondu par Florentin Le Gay sous Louis XIV.

“ Au total, cinq entreprises ont été sélectionnées pour répondre à cet appel d’offres : deux installateurs campanaires (la Société Bodet et la Société Mamias) et trois fondeurs de cloches (la Fonderie hollandaise Eijbouts, la fonderie normande Cornille-Havard et la Fonderie Paccard).

“ C’est par la presse, dans le journal de 20h du lundi 20 février 2012, que nous avons appris, après deux mois d’attente et sans aucune explication, que notre confrère normand était l’attributaire du marché.

“ La déception était grande mais elle n’était rien à côté de la stupéfaction qui nous frappait le lendemain en découvrant, toujours dans la presse et " entre les lignes ", que la réalisation du bourdon Marie – la cloche du siècle par son importance historique et patrimoniale – serait réalisée par le fondeur hollandais !

“ Comment devions-nous interpréter ce choix ? Quel camouflet pour notre entreprise ! Notre première réaction fut l’abattement. Puis nous avons cherché à comprendre les raisons de cet échec en prenant contact par téléphone et par courrier avec le maître d’œuvre et le maître d’ouvrage. Nous demandions deux choses : une réponse écrite nous expliquant les raisons pour lesquelles nous n’avions pas été retenus et la restitution de nos dossiers de réponse, compte tenu du haut degré d’investissement personnel qu’ils représentaient et de la présence d’esquisses de l’artiste André Brasilier – qui nous a fait l’honneur de nous accompagner dans la réalisation du projet décoratif.

“ Nous n’avons, à ce jour encore et malgré nos nombreuses demandes, reçu aucune réponse. Toutes nos lettres sont restées absolument sans réponse…

“ Que vont devenir les anciennes cloches de 1856 ? On peut lire ici ou là qu’il n’a jamais été question que ces cloches soient détruites ou que leur destruction n’a été qu’une hypothèse rapidement évacuée. Ceci est absolument faux, ainsi que le démontre le cahier des charges communiqué aux candidats en octobre 2011 (Lot 6 – Travaux préliminaires & cloches souvenir). L’offre des candidats fondeurs a d’ailleurs été évaluée, entre autre, sur leur capacité à casser et à refondre en plus de 100 000 clochettes les anciennes cloches de Notre-Dame.

“ Le dossier des cloches de Notre-Dame est manifestement un dossier opaque – comme le montre encore l’actualité de ces dernières semaines.

“ Le choix du maître d’œuvre de scinder le lot cloches en deux et, qui plus est, de confier la réalisation du bourdon Marie à la fonderie hollandaise Eijbouts constitue un non-sens et une véritable insulte au savoir-faire français. Aujourd’hui, nous sommes heureux de ne pas être associés à ce non-sens et soulagés de ne pas avoir à travailler pour une association dont les pratiques ne nous inspirent guère de respect.

“ Ainsi que nous l’avons exprimé dans nos différents courriers restés sans réponse, nous continuerons, par tous les moyens légaux à notre disposition, à chercher des réponses à nos demandes légitimes : des explications sur les raisons pour lesquelles nous n’avons pas été retenus, et la restitution de nos dossiers de réponse contenant les esquisses d’André Brasilier. Il en va de l’honneur de notre entreprise et du respect dû aux personnes. Il est d’ailleurs extrêmement malheureux et tout à fait déplorable que de tels comportements soient le fait d’ecclésiastiques… En tant que chrétiens, nous en sommes d’autant plus navrés ! “
III – LES RÉFLEXIONS DE PAIX LITURGIQUE
1) Les mots de Riaumont et ceux de la fonderie Paccard concordent :
« politique d’obstruction illégitime à ce projet » ; « refus de dialogue obstiné » ; « une contre-vérité flagrante » ; « Toutes nos lettres sont restées absolument sans réponse… » ; « un dossier opaque » ; « Il est d’ailleurs extrêmement malheureux et tout à fait déplorable que de tels comportements soient le fait d’ecclésiastiques… En tant que chrétiens, nous en sommes d’autant plus navrés ! »

Force est de constater que ceux qui se penchent sérieusement sur le dossier des cloches de Notre-Dame – quoiqu'aux motivations et aux univers bien différents – arrivent exactement aux mêmes conclusions. Bien curieuse coïncidence.

2) Opacité, inexactitudes, pour ne pas dire d'avantage (en prétendant par exemple que les anciennes cloches n'avaient jamais été destinées à la destruction en dépit de preuves contraires écrites), voilà des procédés qui n'honorent guère leurs auteurs.

S'agissant du silence méprisant opposé au village d'enfants de Riaumont, on ne s'en étonne hélas même plus, le traitement des catholiques attachés à la forme extraordinaire du rite romain en fidèles de seconde catégorie étant une vieille habitude dans bon nombre de diocèses de France et en particulier à Paris.

Les fidèles et les prêtres attachés à la liturgie traditionnelle dans la capitale ne seront donc pas surpris, eux qui, depuis le Motu Proprio de 2007, ont pu mesurer que le mur d’indifférence que leur oppose l’archidiocèse depuis la fin des années 60 (souvenons-nous pour simple exemple des oukases du cardinal Marty que subissait déjà en son temps Mgr Ducaud-Bourget) est toujours de mise.

Moins habituel en revanche est le mépris affiché des autorités de Notre Dame envers une entreprise française renommée, déçue de ne pas avoir pu participer à un projet prestigieux dans des conditions " opaques " et de le voir confié à une entreprise étrangère. Il faut croire que le complexe de supériorité d'un certain clergé parisien n'est pas qu'un mythe.

3) Sans doute les autorités de Notre-Dame de Paris, habituées à ce qu'il faut bien appeler la résignation patiente du peuple Summorum Pontificum de Paris pensaient elles qu'elles pourraient passer en force et faire ses " petites affaires " dans son coin. C'était mal connaître le courage et la ténacité de la communauté de Riaumont dévouée à l'éducation de la jeunesse. Qu'elle en soit ici publiquement remerciée !

4) Pour finir, nous formons le voeu que les fidèles de Paris attachés à la forme extraordinaire du rite romain sauront s'inspirer de cette bien triste affaire et qu'ils diront eux aussi : « nous continuerons, par tous les moyens légaux à notre disposition, à chercher des réponses à nos demandes légitimes ». Il existe des moyens canoniques, nous en reparlerons... à moins que l'approche de la sainte fête de Pâques ne mette le clergé concerné dans de meilleures dispositions.

5) Pour apporter votre soutien à Riaumont et sauver les cloches de Notre-Dame : http://riaumont.net/

25 mars 2013

[DICI] Il y a 22 ans s’éteignait Mgr Marcel Lefebvre…

SOURCE - DICI - 25 mars 2013

Mgr Marcel Lefebvre est né le 29 novembre 1905 à Tourcoing (Nord) et mort à Martigny (Valais) le 25 mars 1991. Archevêque catholique de Dakar et délégué apostolique pour l’Afrique française, il devient en 1962 évêque de Tulle puis Supérieur général de la Congrégation du Saint-Esprit. Grande figure de l’opposition au concile de Vatican II, il fonde en 1970 la Fraternité Saint-Pie-X dont la finalité est de préserver le sacerdoce catholique. Il décède le 25 mars 19

23 mars 2013

[SPO] Mgr Haas célèbrera la Messe chrismale traditionnelle

SOURCE - SPO - 23 mars 2013

C’est une très encourageante information que l’on découvre sur le site de la Confraternité Saint-Pierre (merci à M. J. pour ce signalement). Je vous la laisse découvrir…
Nouvelle intéressante et importante pour les fidèles attachés à la forme extraordinaire: dans quelques jours, Mgr Wolfgang Haas, archevêque du diocèse de Vaduz, célèbrera la Messe chrismale en présence de son clergé dans cette forme extraordinaire.

Cette longue et impressionnante cérémonie (douze prêtres en chasuble, sept diacres et sept sous-diacres revêtus des ornements sacrés participent à la consécration des saintes huiles) accomplie dans la forme extraordinaire est un évènement significatif.

Mgr Haas est sans aucun doute le premier évêque diocésain dans le monde à faire ainsi depuis probablement plus de quarante ans (hormis le cas du diocèse de Campos dans les années 70 au Brésil). Les séminaristes du Séminaire Saint-Pierre [Wigratzbad] se rendront à Vaduz le Jeudi Saint pour assurer le service de l’autel. Notre Supérieur général [abbé John Berg] sera également présent.

[Credidimus Caritati] Mgr Lefebvre : supportez-vous mutuellement

SOURCE - Credidimus Caritati  - 23 mars 2013

Le 8 juin 1975, Mgr Lefebvre prévenait ses séminaristes : « Supportez-vous mutuellement ». La Fraternité, en perpétuelle tension, tantôt se rapprochant de Rome, tantôt s’en écartant, pouvait apparaître comme une barque ballotée par la houle. Quelques jours plus tard, la FSSPX allait être supprimée canoniquement par l’évêque de Fribourg, suscitant un mouvement de contestation interne et des vagues de départs, d’un côté, puis de l’autre. Mais le fondateur montre bien qu’il est dangereux de se laisser gagner par l’animosité. Il l’indique. Dans une communauté relativement importante – aujourd’hui elle l’est dix fois, vingt fois plus ! – imaginer que tout le monde puisse penser la même chose en tous points est un leurre. Certains brandiront la foi ? Dans ces contextes enflammés, Mgr Lefebvre parle de charité.
« Et puis, je pense qu’il faut en plus de pratiquer la charité vis-à-vis de Dieu, donc l’amour de Dieu, il faut se mettre davantage dans cette ambiance de l’amour de Dieu, et aussi pratiquer l’amour du prochain. Et là, je voudrais insister auprès des uns et des autres. Je ne fais pas d’allusion personnelle... Mais je pense que là aussi il y a certainement un effort à faire pour ne pas se laisser aller à des ressentiments, à des critiques, à une espèce d’orgueil personnel aussi : croyant peut-être être seul à avoir la vérité, seul à avoir la vraie manière de penser, de concevoir, de ce qu’il faut penser actuellement, de ce qu’il faut penser de notre Saint Père le Pape, des évêques, des cardinaux, de l’Église, de tout cela. Alors chacun risque de se faire là un peu son propre juge et de ne plus croire qu’à ce qu’il pense, de ne pas chercher même à connaître ce que la Fraternité, ce que les responsables de la Fraternité et du séminaire pensent.
« Et trop facilement, j’ai l’impression qu’il y en a qui s’égarent : un certain nombre qui s’écartent dans un sens je dirais de rigidité, de dureté, d’aigreur contre les personnes, et d’autres qui seraient tentés au contraire de ne pas suffisamment prendre conscience de la crise que subit l’Église et de ne pas en rechercher véritablement les causes. On peut tomber dans les deux excès ! Alors fatalement il y aura toujours dans un groupe comme le vôtre, assez important comme le vôtre, eh bien il y aura toujours forcément quelques tendances, quelques tendances vers une position plus dure, plus agressive vis-à-vis des autorités, des autorités romaines, des autorités de l’Église et d’autres qui auront une attitude, je dirais peut-être plus débonnaire, enfin moins agressive et moins dure, qui trouveront que c’est exagéré, qu’il ne faut pas parler d’une manière méprisante, qu’il ne faut pas parler d’une manière trop dure enfin, et trop agressive.»

« Alors il faudrait quand même que les uns et les autres sachent se supporter mutuellement parce vous n’arriverez jamais à faire que tout le monde pense et parle exactement de la même manière, que personne, qu’aucune parole ne sorte de tout le séminaire qui ne puisse être critiquée ou critiquable. Enfin c’est impossible, c’est impensable, vous ne trouverez jamais dans une communauté de dix personnes la même manière de parler des événements, des personnes ; c’est fatal ! Alors si vous ne pouvez pas vous supporter mutuellement… » « Que vous en parliez, c’est normal qu’on parle des choses présentes… Encore qu’il ne faut pas n’avoir plus que cela en tête, comme s’il n’y avait que cela, comme s’il n’y avait plus rien d’autre, comme si par exemple vous ne pouviez plus parler même de vos études, de choses spirituelles, de choses que vous avez lues, de vos lectures, enfin de choses qui ne sont pas toujours, qui ne vous mettent pas toujours dans une espèce de rancœur et de guerre, en quelque sorte intime, contre ceux qui nous font souffrir, contre ceux qui nous frappent. Il faut quand même laisser quelque fois ces choses-là de côté, laisser ces choses-là à Dieu. Et puis ma foi, qu’est-ce que vous voulez ? Priez justement et puis restez dans la paix et dans le calme, sinon vous n’avez plus la paix intérieure non plus : toujours en tension, dans un état de tension ! Alors cet état de tension finit par se faire sentir dans la communauté aussi, et alors s’il y a un état de tension dans la communauté avec tant soit peu la fatigue d’un trimestre, les examens qui viennent et tout cela, alors l’ambiance devient un peu pénible, ce n’est plus une ambiance vraiment fraternelle, paisible, sereine et charitable n’est-ce pas!»

« Il ne faut pas vous laisser aller à des mouvements primo-primi qui font sortir des phrases auxquelles, au fond, vous ne tenez pas, qui ne sont pas vraiment ce que vous pensez véritablement. Mais une fois que c’est sorti, c’est répété, c’est dit, c’est commenté, c’est : « untel a dit ceci, l’autre a dit cela, comment peut-il dire une chose pareille ? Comment peut-on dire une chose comme celle-là ? » Alors celui-là est considéré évidemment comme un progressiste, celui-là est considéré comme un intégriste 150%. Je pense que dans toutes ces choses-là, il faut savoir quand même avoir un peu de fair-play, savoir supporter les choses.»

[Présent - Abbé Claude Barthe - Olivier Figueras] Une analyse sur l’élection du pape François

SOURCE - Présent - Abbé Claude Barthe - Olivier Figueras - 23 mars 2013

— L’élection du premier pape du nom de François est vécue comme un grand changement. Est-ce aussi votre avis ?
— Fondamentalement, non. Malheureusement, non. Je veux dire que le contexte de cette élection est celui d’une crise, sans aucun précédent dans l’histoire de l’Église, de la foi, de la transmission de la foi, de la catéchèse, crise qui ne cesse de croître. Elle est liée à un démantèlement de la liturgie romaine qui la reflète et l’accentue. Elle se propage en outre par une sécularisation (et un effacement) du clergé et des religieux, et une perte étonnante chez tous du sens du péché, qui banalise en somme la sécularisation du point de vue moral. On parlait jadis de croyants non pratiquants. Or, aujourd’hui, en France et dans un certain nombre de pays d’Occident, la pratique devient résiduelle et, en outre, les pratiquants qui restent sont bien loin d’être tous des croyants. Dans le reste du monde, notamment dans des pays où le nombre des prêtres est important voire croissant, la montée de l’hétérodoxie et de l’absence de formation théologique est plus qu’angoissante. Cette tempête qui secoue l’Église au sein de l’ultra-modernité et d’un monde agressivement sécularisé réduit considérablement l’événement de l’élection pontificale du 13 mars, par ailleurs important. Mais la réalité massive reste inchangée : la barque prend eau de toute part, pour citer le pape précédent.
— Qui est le pape François ?
— Il est né en 1936 en Argentine d’une famille d’émigrés italiens (il a 76 ans, c’est-à-dire à quelques mois près l’âge auquel a été élu le pape Jean XXIII). Il est entré chez les jésuites, a été provincial de son ordre en Argentine, de 1973 à 1979. Jean-Paul II l’a nommé évêque auxiliaire de Buenos Aires en 1992, puis coadjuteur (avec droit de succession) en 1997. Il devint archevêque de la capitale d’Argentine en 1998, cardinal en 2001, et véritable chef de l’Eglise d’Argentine.

Mais j’imagine que c’est son profil ecclésiastique que vous me demandez. Formellement, c’est un pur produit du moule ignacien, en tout cas du moule ignacien côté supérieurs. Le nouveau pape est un homme d’une très forte personnalité, ayant un sens puissant de l’autorité. On a déjà comparé sa personnalité à celle de Pie XI, mais pour ma part, je le comparerais plutôt au cardinal Benelli, qui a dominé longtemps la Curie de Paul VI.

Jésuite très fidèle à ses devoirs, c’est un ascète, qui se lève aux aurores, fait chaque jour une heure d’oraison. Ayant une très grande puissance de travail, une mémoire étonnante, une intelligence souple, il a une remarquable capacité de contrôle direct de ce qu’il régit (il n’a pratiquement jamais eu de secrétaire particulier). Ceci dit, il est plus ardu de gouverner l’Eglise universelle que l’Eglise d’Argentine, surtout à 76 ans, vivant depuis l’âge de 21 ans avec pratiquement un seul poumon et étant tout de même réellement fatigué depuis quelques années. Quant à redresser une situation ecclésiale, qui aujourd’hui le peut ? Le pape François quitte un diocèse, celui de Buenos Aires, affligé d’une grave crise des vocations et miné par la sécularisation, à l’image de tant de diocèses dans des terres qui furent jadis de chrétienté.

C’est un intellectuel, un homme cultivé, et qui sait éminemment vulgariser : il s’efforce de parler avec une grande simplicité ; il s’obligeait même, en Argentine, à des expressions argotiques. Ses attaques répétées contre le consumérisme, contre une religion diluée sont très roboratives. Cela revient aussi à dire qu’il sait parfaitement communiquer, sauf que son caractère abrupt peut lui jouer des tours. Il attache la plus grande attention aux nominations qu’il fait, ainsi qu’il l’a prouvé aux postes de responsabilité qu’il a exercés, comme provincial des jésuites et comme primat d’Argentine, « faiseur » des évêques de ce pays. Son importance morale s’est encore accrue après 2005, puisqu’on a rapidement appris qu’il avait bénéficié, lors du conclave qui a élu Joseph Ratzinger, de toutes les voix d’« opposition » au doyen du Sacré-Collège d’alors. En Argentine, il était considéré comme le presque pape, celui qui l’aurait été si, en face de lui, ne s’était trouvé le Préfet de l’ex-Saint-Office. Autant dire aussi que, sauf l’intensité de la vie spirituelle, sa personnalité est très différente de celle du pape précédent.
— C’est donc un « progressiste » ?
— Non ! Le cardinal Bergoglio ne ressemblait pas à l’autre cardinal jésuite de très forte personnalité, le cardinal Martini, qu’on a donné comme papable jusqu’à ce qu’il soit atteint de la maladie de Parkinson. De même qu’il fallait bien comprendre que le pape Ratzinger n’était pas un « traditionaliste », mais un homme de « centre droit » – pardonnez-moi ces appellations bien sûr inadéquates mais qui ont l’avantage de la rapidité – très attentif à toutes sortes de revendications traditionnelles qu’il faisait siennes en partie, notamment du point de vue liturgique, il faut bien entendre que le nouveau pape n’est pas un « progressiste ».

Pour cela il faut faire un détour par son profil politique et social. L’Argentine est un pays qui a été marqué par un phénomène politique très spécifique, le péronisme, dont je ne sais si on peut le faire entrer purement et simplement dans la catégorie des populismes, tant l’éventail des sensibilités des partisans de Juan Perón, qui allait du fascisme à une gauche très avancée, était grand. Jorge Mario Bergoglio était un péroniste engagé de centre droit, un catho-péroniste si vous voulez. Il a été membre depuis la fin des années 1960 (c’est-à-dire à peu près à la date de son ordination) d’une organisation péroniste dite OUTG (Organisation Unique du Transfert Générationnel), qui ne s’engageait pas dans la lutte armée, mais qui se consacrait à la formation de jeunes cadres de ce mouvement extrêmement social, quoique radicalement hostile au marxisme. Fin 1974, alors qu’il était provincial des jésuites depuis un an, il confia le contrôle de l’Université jésuite del Savaldor (du Saint-Sauveur) à d’anciens membres de cette organisation, qui venait d’être dissoute. On reproche souvent à Jorge Mario Bergoglio son appui à la junte militaire qui écarta Isabel Perón en 1976. Il faut comprendre qu’il a été de ceux qui ont voulu préserver l’héritage social du péronisme. La reformulation qu’il opéra ensuite de son parcours dans un livre d’entretien fameux, El Jesuita, publié en 2010, est évidemment une œuvre de circonstance, mais elle n’est pas fausse dans l’insistance qu’il y déploie pour affirmer que sa ligne a toujours été le souci des pauvres, l’organisation en leur faveur des structures sociales et l’évangélisation en ce sens.
— Il semble avoir été très mal perçu par les gouvernants argentins actuels, qui pourraient bien être à l’origine de la reprise des accusations sur sa collaboration avec le régime de Videla.
— En fait, son attitude très critique vis-à-vis du gouvernement « bourgeois » des Kirchner a porté tout à la fois sur la faiblesse de la politique sociale et sur la remise en cause du fondement catholique de l’Argentine (voir par exemple son livre : Ponerse la patria al hombro, Prendre la patrie sur les épaules, 2004), avec des prises de position bien connues contre l’avortement et le mariage homosexuel. Sa défense de la morale de la famille et de la vie a été très décidée. Pourrait-on rêver aussi d’une remise à l’honneur d’Humanae vitae, encyclique assez oubliée aujourd’hui, et d’une catéchèse dénonçant la contraception ? Ses déclarations sur la vie en Argentine ont été plus nationales-catholiques, si l’on veut, que celles des évêques français, mais aussi plus timides quant à la présence dans les manifestations. A la limite, on pourrait soutenir que le cardinal de Buenos Aires était devenu en Argentine une puissance d’inspiration politique alternative de centre gauche.

Ainsi, en tout ce parcours, on pourrait dire qu’il est passé du centre droit du péronisme au centre gauche du personnel ecclésiastique, où le situent son élection « manquée » de 2005 et ses propos dans El Jesuita. Le tout expliquant son attitude plus que réservée vis-à-vis de la théologie de la libération, et par le fait vis-à-vis de la tendance des jésuites qui, sous le généralat du P. Arrupe (1965-1985), a soutenu peu ou prou cette théologie. De même que celle-ci acceptait le marxisme, sauf l’athéisme, Jorge Mario Bergoglio n’acceptait de la théologie de la libération que « l’option préférentielle pour les pauvres ». Jorge Mario Bergoglio participa à la lutte menée par Jean-Paul II et par le cardinal Ratzinger contre cette théologie en tant que marxisante (avec deux instructions de la Congrégation pour la Doctrine de la foi sur ce thème, de 1984 et 1986). Il devint évêque lors du basculement de tendance de l’épiscopat d’Amérique Latine, grâce à une politique de nominations épiscopales qui fut scellée par la conférence générale de l’épiscopat latino-américain de Saint-Domingue en 1992. Ainsi Jorge Mario Bergoglio se rapprocha-t-il de prélats plus conservateurs que lui, qui ont œuvré contre cette théologie en Argentine, Angelo Sodano, nonce au Chili, et Leonardo Sandri, nonce au Venezuela puis au Mexique. Ceux-ci sont ensuite devenus des personnages-clés de la Curie wojtylienne, et tout récemment des acteurs décisifs de son élévation au trône de Pierre.

Pour répondre d’une autre manière à votre précédente question, on pourrait dire que l’élection de Jorge Mario Bergoglio au Souverain Pontificat est semblable à ce qu’eût été l’élection d’André Vingt-Trois, mais avec des affinités plus « libérales » que celles du cardinal de Paris, comme la proximité du nouveau pape avec le cardinal Hummes, qui fut archevêque de São Paulo et un temps Préfet de la Congrégation pour le Clergé, ou avec le cardinal Kasper.
— Pourrait-on dire alors qu’il est « conciliaire » ?
— Encore faudrait-il préciser, car l’éventail des conciliaires est pour le coup encore plus large que n’était celui des péronistes.

Conciliaire, et peut-être même ultra-conciliaire, le nouveau pape l’est en matière d’œcuménisme et de rapports avec les religions non-chrétiennes, en tout cas avec le judaïsme. Il s’intéresse beaucoup à la collégialité à tous les niveaux. Pour le reste, les nouveautés ne l’intéressent guère. Il n’est, par exemple, aucunement tenté par les exégèses bibliques néo-bultmanniennes ou par les ecclésiologies hétérodoxes de certains de ses confrères jésuites. Il en est d’ailleurs préservé par son mode de fonctionnement théologique très simple. Sa théologie est spirituelle et pratique. C’est peut-être d’ailleurs ici que va apparaître une difficulté : c’est une banalité de dire que le dernier concile a produit, à certains égards, un énorme séisme théologique, un quelque chose d’assez indéfinissable qu’il faut défendre activement, ou au moins assumer, ou bien « interpréter », ou encore dépasser. Les deux dernières hypothèses semblant exclues pour lui, les deux premières impliquent, au niveau de responsabilité auquel il accède, de pouvoir « tenir la route ».

Bien évidemment, le nouveau pape répondra à un désir de réactivation de la collégialité épiscopale réclamée par toute une part de l’épiscopat. Mais c’est un des paradoxes de cette élection, comme le faisait remarquer Jean-Pierre Denis, de La Vie : les cardinaux ont voulu à la fois une réforme de la Curie – ce qui veut dire concrètement une reprise en main par un gouvernement fort – et davantage de décentralisation. C’est un peu contradictoire. A mon avis, l’anarchie intrinsèque à la situation postconciliaire se chargera de contrebalancer ce que l’autorité romaine, fût-elle « conciliaire », voudra avoir de trop fort.
— Et la liturgie ? Et le Motu Proprio ? Et la Fraternité Saint-Pie-X ?
— Il faut voir. Il est plus qu’évident que le nouveau pape a une sensibilité liturgique toute différente de celle du pape précédent. Avant l’ouverture du conclave, dans les derniers jours, j’ai suivi avec attention un journal italien intitulé Il Fatto Quottidiano, qui a in extremis tiré à vue sur le papable dauphin de Benoît XVI, Angelo Scola, archevêque de Milan. En outre, ce journal a publié un article sur le thème : « Les cardinaux ne veulent surtout pas d’un pape lefebvriste. » Il faut entendre cet adjectif à l’italienne : favorable à un « retour » liturgique. Autrement dit, la « réforme de la réforme » venant d’en haut, celle du pape, va être remisée. Reste la « réforme de la réforme » venant de la base, dynamisée par les célébrations de messes traditionnelles, qu’on peut entraver, mais qu’il est impossible d’étouffer, comme on pouvait le faire dans les « années de plomb ».

De plus, le nouveau pape est un politique intelligent, pragmatique dans ses alliances, complexe, secret, et qui aime surprendre. La messe d’intronisation le prouve. Comme au reste il n’a pas, pour l’instant, d’opposition sérieuse sur sa droite (c’est une des leçons de ce surprenant conclave : le ratzinguérisme pur jus, qui avait déjà montré une grande faiblesse, s’y est comme évaporé), il peut se permettre des gestes en direction du monde traditionnel au sens large : celui des prêtres identitaires, des communautés conservatrices, monde qui pèse en Italie, en France, aux Etats-Unis et ailleurs. Peut-il sentir le décalage entre les hauts responsables ecclésiastiques et l’attente de ce qu’on a appelé le « nouveau catholicisme » ?

Il est notoire que l’archevêque de Buenos Aires a appliqué Summorum Pontificum en Argentine comme l’ont « appliqué » la majorité des évêques français… Il suffirait d’ailleurs de laisser les choses en l’état, pour que le caractère théoriquement contraignant du Motu Proprio s’enfonce dans un profond sommeil. Mais il y a les jeunes prêtres, les vocations d’esprit traditionnel, les communautés Ecclesia Dei, l’attente de toute une part des fidèles de paroisses, bref un ensemble d’ingrédients avec lesquels le pape François, qui les connaît mal, va probablement composer, sans doute par personnes interposées.

La FSSPX ? Sa passivité pour négocier et s’installer « dedans » depuis juin dernier la sert peut-être, mais dessert lourdement l’Eglise aujourd’hui. Quoi qu’il en soit, le temps des interminables atermoiements est sûrement terminé. Vous me direz que, si les excommunications retombent, cela changera peu de chose. Que la FSSPX soit « dehors » quand les prêtres révoltés autrichiens sont « dedans » enlève tout effet aux sanctions. D’autant que, comme la « réforme de la réforme » d’en bas, si je puis dire, l’intégration de la FSSPX dans une société ecclésiale toujours plus faible peut aussi se faire à la base.

Mes prospectives sont prudentes, comme vous le voyez.
— Peut-être, en revanche, avez-vous des lumières sur la manière dont s’est produite cette élection qui a pris tout le monde au dépourvu ?
— Personne ne l’avait prévue chez les analystes et commentateurs. Alors que s’est-il passé ? Si l’on en croit les gazettes les mieux renseignées et si l’on recueille les confidences indirectes des cardinaux il semble que, dès le premier scrutin, les partisans du cardinal Scola, le candidat qui avait le meilleur CV parmi les papables de la continuité ratzinguérienne, ont constaté qu’il était bien en deçà des quelque quarante voix de départ qu’ils espéraient. Se sont-ils reportés sur le cardinal Erdo, de Budapest ? On le saura bien vite. Mais en revanche, il s’est révélé que les promoteurs curiaux d’une candidature « de changement », entre autres les cardinaux Sodano, Sandri, Re, la « vieille Curie », comme on dit, alliés au cardinal Bertone, avaient troqué la candidature du cardinal Scherer de São Paulo pour celle bien plus efficiente du cardinal Bergoglio et ont été rejoints, entre autres, par les cardinaux américains. Le secret avait été soigneusement gardé. Le coup de théâtre a quelques similitudes avec celui d’octobre 1962, aux premiers jours de Vatican II. De même qu’à l’époque, la Curie pacellienne s’est effondrée comme un soufflé, de même huit ans de « restauration » ratzinguérienne. En tout cas, dans le Sacré Collège. Notez bien qu’un certain nombre de promoteurs de l’élection du nouveau pape savent pertinemment qu’il ne sera pas leur instrument. Ils font penser au prince Salina, du Guépard, qui sauve ce qui peut l’être des acquis en faisant la part du feu : « Pour que tout reste comme avant, il faut que tout change. »

Tout change ? Vrai ou faux, cela a été ressenti, vécu, et expliqué comme cela sur le champ, notamment par les médias, qui ne relèvent dans les choses d’Eglise que ce qui leur convient. Pour continuer à filer la métaphore avec Vatican II, on pourrait dire que, de même qu’il y a eu le Concile et « l’esprit du Concile », qui a amplifié le mouvement novateur, on risque de voir le pape François et « l’esprit du pape François », qui va chercher à amplifier l’évolution.
— Alors êtes-vous optimiste ou pessimiste ?
— Je n’ai à être ni l’un ni l’autre, comme si je me plaçais en surplomb. Bien entendu je ne cache pas que je regrette le fait que l’époque précédente semble se refermer comme une parenthèse. Mais je ne crois nullement qu’on en revient aux années les plus « conciliaires », du point de vue liturgique, de l’esprit du clergé, etc. Et puis, une fois encore, la « purification », celle des comptes de l’IOR, la banque vaticane, ou celle de rocambolesques histoires de fuites, n’est pas le vrai problème. Le vrai problème, colossal, est celui de la situation du catholicisme, cinquante ans après Vatican II : elle est catastrophique. Et donc, même si tous les évêques du monde abandonnaient voiture et chauffeur et prenaient qui le métro, qui le vélo, cela n’y changerait rien.

Mais au fond, la victime de ce qui vient d’arriver pourrait bien être « l’herméneutique de continuité ». Or, on peut observer que la tentative à laquelle a présidé Joseph Ratzinger depuis L’Entretien sur la Foi, de 1985, tout en permettant de profondes remises en cause très prometteuses, avait aussi l’inconvénient de provoquer des blocages sur une ligne conservatrice. Eh bien, désormais, nous nous retrouvons devant le Concile, tel qu’en lui-même. Nous nous retrouvons devant la réforme liturgique, avec ou sans « abus » peu importe, sans voile, devant la réforme liturgique toute nue. Et la vraie discussion peut continuer sur les points qui font difficulté, posément certes, mais directement. Vous voyez, une fois encore, on va me reprocher d’être trop optimiste...

Propos recueillis par Olivier Figueras - Article extrait du n° 7819 du Samedi 23 mars 2013

[Abbé Hubert Bizard, fssp] "Le Bon Dieu sera meilleur juge que nous..."

SOURCE - confraternite.fr - Abbé Hubert Bizard, fssp - avril (publié fin mars) 2013

Bien chers membres de la Confraternité Saint-Pierre,

Nous avons depuis quelques jours maintenant un nouveau Pape et notre première réaction doit être de rendre grâces à Dieu.
 
Le Pape, nous le savons tous par notre petit catéchisme, c’est le Vicaire de Jésus-Christ sur terre. C’est encore celui auquel Notre-Seigneur a dit, pais mes brebis, et duquel il a dit, j’ai prié pour que ta foi ne défaille pas.
 
Née dans un contexte douloureux (été 1988), la Fraternité sacerdotale Saint-Pierre professe une fidélité absolue au Pontife romain, et nos constitutions rappellent que, comme il est spécifié dans le droit canon, chacun de ses membres est tenu d’obéir au pontife suprême comme à son Supérieur le plus élevé.
 
Pour le reste, c'est-à-dire la personnalité du Pape François et sa manière de respecter ou non "l’étiquette", les vêtements plus ou moins antiques qu’il revêtira pour célébrer les saints mystères ou les mots qu’il adressera aux journalistes, certains seront enthousiastes et d’autres probablement le seront beaucoup moins. Le Bon Dieu sera meilleur juge que nous et tâchons pour notre part de garder toujours humblement la charité dans nos jugements et paroles.
 
Notre devoir vis-à-vis du Saint-Père -comme pour tout catholique- est de prier pour lui et d’avoir envers lui un profond respect surnaturel quant à sa fonction. Notre regard doit être un regard de foi. C’est certainement la chose la plus utile que nous puissions accomplir pour l’aider dans sa charge. Soyons toujours des instruments d’unité.

Dans un tout autre domaine, il a été décidé par notre Supérieur général, en accord avec le Chapelain général de la Confraternité, de donner la possibilité de solenniser la réception des nouveaux membres dans la Confraternité Saint-Pierre. Comment ? Par une petite cérémonie qui aura lieu chaque année après la messe du dimanche suivant le 18 octobre (date de l’établissement de notre institut en société de droit Pontifical) dans chacune des chapelles de la FSSP.
 
Cette petite cérémonie (pour les membres qui le désirent et qui ont été reçus dans l’année précédente) sera très simple et consistera probablement –la forme exacte pour être honnête reste encore à fixer- en la récitation de la prière de la Confraternité au banc de communion accompagnée d’une bénédiction donnée par le prêtre. Cette réception officielle n’est pas de soi obligatoire, mais elle sera pour ceux qui le désirent une belle manifestation du lien existant désormais entre les nouveaux membres et les prêtres de la FSSP.
 
Donc, pour les membres « récents » qui souhaiteraient participer à cette cérémonie l’année prochaine, il vous suffira alors de contacter le prêtre de votre « apostolat » et de lui dire que vous êtes depuis moins d’un an membre de la Confraternité. Il fera le reste !

Nouvelle intéressante et importante pour les fidèles attachés à la forme extraordinaire: dans quelques jours, Monseigneur Haas, archevêque du diocèse de Vaduz, célèbrera la Messe chrismale en présence de son clergé dans cette forme extraordinaire.
 
Cette longue et impressionnante cérémonie (douze prêtres en chasuble, sept diacres et sept sous-diacres revêtus des ornements sacrés participent à la consécration des saintes huiles) accomplie dans la forme extraordinaire est un évènement significatif.
 
Monseigneur Haas est sans aucun doute le premier évêque diocésain dans le monde à faire ainsi depuis probablement plus de quarante ans (hormis le cas du diocèse de Campos dans les années 70 au Brésil). Les séminaristes du Séminaire Saint-Pierre se rendront à Vaduz le jeudi-saint pour assurer le service de l’autel. Notre Supérieur général sera également présent.

L’intention de prières particulière du mois d’avril prochain sera celle de notre Pape François. Prenons-là de tout notre coeur. Dominus conservet eum et vivificet eum.

Le projet de chapitre de la Confraternité au pèlerinage de Chartres dont je vous avais parlé le mois dernier ne verra pas le jour cette année. Trop peu de personnes se sont manifestées et nous risquerions d’être un bien trop petit chapitre.

Je vous souhaite à tous une très belle semaine sainte et de saintes fêtes de Pâques.
Je célèbrerai la Messe du lundi de Pâques (1er avril) à vos intentions.

Abbé Hubert Bizard