1 septembre 2012

[Bertrand Tribout / Salency] Communiqué relatif à la messe traditionnelle de Salency (Oise)

Bertrand Tribout - Salency - 1er septembre 2012

Salency, le 1er septembre 2012

Chers Amis,

Je regrette de devoir annoncer à tous ceux qui pourraient être concernés, que la célébration de la messe (en forme extraordinaire, est-il besoin de le dire ?) qui était assurée depuis 2005, chaque dimanche et fêtes à 9h30 en l’église Saint Médard de Salency (Oise) près de Noyon, est dorénavant suspendue.

En effet, le Révérend Père Dom Matthieu Wallut, o.s.b., en charge de notre clocher depuis 2001, est transféré à dater du 1er septembre 2012, par décision de S.E. Monseigneur Jacques Benoît-Gonnin, Evêque de Beauvais, Noyon et Senlis, à Compiègne pour célébrer l’usus antiquior à la Chapelle Saint Lazare, jusqu’ici desservie par le R.P. Laurent-Marie, s.j.m., de l’abbaye d’Ourscamp, lui-même appelé au prieuré alsacien de sa congrégation.

Je vous laisse imaginer le désarroi dans lequel se trouve notre petite Communauté Saint Médard qui, outre la messe, bénéficiait d’une véritable vie paroissiale !

Bien entendu, nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir – avec l’aide de Dieu – pour faire perdurer les bienfaits grandissants de cette messe grégorienne, tant il est vrai que depuis quelques mois, nous avons vu son assistance augmenter très sensiblement, par la présence toujours plus nombreuse de paroissiens, découvrant ou retrouvant avec bonheur les richesses de la forme traditionnelle du rite romain.

Merci à tous ceux qui auront une petite pensée pour nous dans leurs prières.

Bertrand TRIBOUT

[Mgr Williamson, fsspx - Commentaire Eleison] Six Conditions

SOURCE - Mgr Williamson, fsspx - Commentaire Eleison - 1er septembre 2012

Dans une lettre officielle du 18 Juillet aux Supérieurs de District de la Fraternité Saint Pie X, son Secrétaire Général révèle les six «Conditions» pour un quelconque accord futur entre la FSPX et Rome. Elles sont le fruit de discussions parfois intenses entre les 39 capitulants du Chapitre Général de la FSPX du mois de juillet. Assurément elles témoignent d’une faiblesse alarmante de la part des chefs de la Fraternité pris dans leur ensemble.
 
La première « condition sine qua non» est la liberté accordée à la Fraternité d’enseigner la vérité immuable de la Tradition catholique, et de critiquer les responsables des erreurs du modernisme, du libéralisme et du Vatican II. Très bien. Mais, observez à quel point la vision du Chapitre a changé par rapport à celle de Monseigneur Lefebvre. Ce n’est plus : «Rome doit se convertir parce que la Vérité est absolue». Désormais c’est seulement: «La Fraternité SPX demande la liberté pour elle-même de dire la Vérité». Au lieu d’attaquer la trahison du Concile, désormais la Fraternité demande aux traîtres la permission de dire la Vérité ! Quelle déchéance, en principe!
 
La deuxième condition exige l’usage exclusif de la liturgie de 1962. Encore une fois, très bien, puisque la liturgie de 1962 ne trahit pas la Foi, comme le fait la liturgie Conciliaire imposée par Rome depuis 1969. Mais ne voyons-nous pas, maintenant même, comment Rome se prépare à imposer aux Congrégations «Traditionnelles» qui se sont soumises à son autorité, un Missel de l’«enrichissement mutuel», qui mélange la Messe Traditionnelle et la Nouvelle Messe ? Une fois soumise à Rome, pourquoi donc la Fraternité SPX devrait-elle être mieux «protégée» que ces autres Congrégations?
 
La troisième condition exige la garantie d’au moins un évêque. La question-clef est ici: Qui le choisira? Lecteurs, dans le texte d’un quelconque futur «accord» avec Rome, allez directement au paragraphe qui traite de la nomination des évêques. En 1988 Rome proposait que l’Archevêque présentât un choix de trois candidats pour qu’ils en choisissent un. Rome rejeta alors les trois. Mais quand donc les catholiques vont-ils comprendre? Ils doivent se battre et se battre encore dans cette guerre titanique entre la Religion de Dieu et la religion de l’homme.
 
La quatrième condition souhaite que la Fraternité dispose de ses propres tribunaux de première instance. Mais si un tribunal supérieur, quel qu’il soit, est celui de l’Eglise officielle, et qu’il peut rejeter les décisions des tribunaux inférieurs, quelle décision catholique d’un tribunal de la Fraternité pourra-t-elle avoir encore la moindre force?
 
La cinquième condition souhaite l’exemption des maisons de la Fraternité du contrôle des évêques diocésains. Incroyable! Voilà presque 40 ans que la Fraternité n’a cessé de lutter pour sauver la Foi en en protégeant la pratique véritable contre l’interférence des évêques conciliaires locaux, et maintenant voici que le Chapitre Général se contente de ne faire que désirer l’indépendance vis-à-vis de ces mêmes évêques? La Fraternité n’est plus ce qu’elle était, chers lecteurs. Elle se trouve, dirait-on, entre les mains de personnes bien différentes de Mgr. Lefebvre!
 
La sixième et dernière condition souhaite qu’une commission soit établie à Rome pour protéger la Tradition, avec une forte représentation de la Tradition, mais «dépendant du Pape». Dépendant du Pape? Mais, les Papes Conciliaires n’ont-ils pas été des champions du Conciliarisme? Ou bien, serait-ce que le Concile a cessé d’être un problème?
 
En conclusion, ces six conditions sont bien graves. A moins que le quartier général de la Fraternité ne sorte de son rêve de paix avec la Rome Conciliaire tel qu’il ressort de ces conditions, il semble bien que le dernier bastion mondial de la Tradition catholique risque de se rendre aux ennemis de la Foi. L’époque des bastions serait-elle révolue? Mes amis, préparez-vous à lutter pour la Foi depuis l’intérieur même de vos foyers. De vos foyers faites des bastions!

Kyrie eleison.

[SPO] De l’opportunité de nommer des évêques spécialisés dans la forme extraordinaire

SOURCE - SPO - 1 septembre 2012

Nous avons évoqué hier, à la fin d’un article, la nécessité d’évêque motu proprio (Summorum Pontificum). Nous reproduisons ici un extrait d’une contribution de l’abbé Claude Barthe, publiée avec une série d’autres dans le livre Enquête sur la Messe traditionnelle (La Nef, 1998), sous la direction de Christophe Geffroy et Philippe Maxence, à l’occasion des 10 ans du Motu Proprio Ecclesia Dei. Dans un prochain article, nous publierons un autre texte, du même auteur, datant de 2007. Et par la suite, nous développerons ce thème dont l’acuité, aujourd’hui, nous paraît s’intensifier, et nous expliquerons pourquoi.

Le raisonnement est simple et de bon sens :

1°/ l’expérience prouve que, si la messe traditionnelle est faite pour être dite par tous les prêtres, elle appelle tout naturellement des prêtres spécialisés dans sa célébration ;

2°/ de même, les messes et les prêtres traditionnels peuvent être célébrées et ordonnés par tous les évêques de l’Église, mais ces messes et ces prêtres appellent tout naturellement des évêques spécialisés dans la célébration de ces messes et l’ordination de prêtres pour cette messe.

Il ne s’agit donc nullement de parler de droit à des évêques spécialisés, mais de convenance très forte (de congruence diraient les théologiens) de l’existence de ces évêques.

Un thème déjà abordé en 1988, dans un autre contexte, par l’abbé Barthe, mais qui mérite d’être relu aujourd’hui :
« ….Messe, prêtres … Si l’on remonte encore dans la chaîne des causes, il est nécessaire que des évêques veuillent ordonner de tels prêtres pour que la pérennité concrète de la célébration traditionnelle soit assurée. Certains le font au coup par coup. Le point crucial des négociations de 1988, y compris dans le fait qu’elles aient eu lieu, était d’abord la question des évêques St Pie V: c’est l’annonce de consécrations épiscopales par Mgr Lefebvre qui a été déterminante pour la conclusion du protocole et c’est la réalisation autonome de ces consécrations qui a provoqué la publication du Motu Proprio Ecclesia Dei. On peut dire d’ailleurs que cette pression épiscopale d’origine perdure en quelque sorte dans l’existence concurrentielle de la Fraternité St-Pie-X pourvue d’évêques, alors que les diverses communautés en lien avec la commission instituée par le Motu Proprio Ecclesia Dei n’en sont pas pourvues.

Car à la différence du Motu Proprio Ecclesia Dei, le protocole envisageait aussi la création d’une situation tout à fait extraordinaire en annonçant la nomination d’un évêque St Pie V: c’était l’ébauche d’un véritable rite saint Pie V au côté du rite de Paul VI, coexistence inouïe dans l’histoire en ce qu’elle n’aurait pas été fondée sur des contextes régionaux distincts, mais sur le refus d’une réforme.

Messe, prêtres, mais pas évêques. Si la voie du protocole d’accord (juridiquement caduc, mais qui conserve une espèce d’existence virtuelle) et la voie du Motu Proprio Ecclesia Dei me paraissent insatisfaisantes en ce qu’elles ne prennent pas directement et expressément en compte le lien entre la lex orandi et la lex credendi (le problème de fond n’étant pas à mon sens celui de la conservation de la messe tridentine, mais celui de la remise en cause de la messe pauline en raison de ses défectuosités intrinsèques), elles ont l’avantage – outre celui prépondérant d’empêcher le jeu de la prescription à l’égard du rite traditionnel – de mettre en évidence le lien entre l’épiscopat, la transmission du sacerdoce et la forme de la célébration. Ce lien est d’ailleurs dans la nature des choses.

Quel est donc l’avenir de la célébration anté-conciliaire? Il faut le dire clairement: en dernière analyse, cet avenir dépend d’évêques qui la prendront ou ne la prendront pas pleinement en charge. Plus fondamentalement, c’est la résolution de la crise liturgique qui dépend de cette prise en charge. Pour le dire autrement: la critique non seulement théorique, comme celle du cardinal Ratzinger, mais aussi pratique – les deux aspects étant inséparables en cette matière – de la réforme liturgique de 1969 n’a d’avenir que si elle devient le fait d’évêques. A plus forte raison si l’on veut bien admettre que le problème liturgique né de cette réforme est en lien direct avec celui de la traduction de Vatican II dont elle est, après tout, le signe principal et quotidien. »

[Abbé Régis de Cacqueray, fsspx - Fideliter] Editorial: Au sujet de la Tradition

SOURCE - Abbé Régis de Cacqueray, fsspx  - Fideliter (n°209) - Septembre-octobre 2012

Dans son motu proprioEcclesia Dei adflicta du2 juillet 1988, qui fit suite aux sacres de nos quatre évêques par Mgr Marcel Lefebvre, le pape Jean-Paul II écrivait :
« À la racine de cet acte schismatique, on trouve une notion incomplète et contradictoire de la Tradition. Incomplète parce qu'elle ne tient pas suffisamment compte du caractère vivant de la Tradition qui, comme l'a enseigné le concile Vatican II, "tire son origine des apôtres, se poursuit dans l'Église sous l'assistance de l'Esprit-Saint : en effet la perception des choses aussi bien que des paroles transmises s'accroît, soit par la contemplation et l'étude des croyants qui les méditent, en leur coeur, soit par l'intelligence intérieure qu'ils éprouvent des choses spirituelles, soit par la prédication de ceux, qui, avec la succession épiscopale, reçurent un charisme certain de vérité." Mais c'est surtout une notion de la Tradition qui s'oppose au magistère universel de l'Église, lequel appartient à l'évêque de Rome et au corps des évêques, qui est contradictoire. Personne ne peut rester fidèle à la Tradition en rompant le lien ecclésial avec celui à qui le Christ, en la personne de Pierre, a confié le ministère de l'unité dans son Église.»
À en croire cette grave accusation de Jean-Paul II, le fond de la divergence entre la Rome conciliaire et Mgr Lefebvre porterait donc sur la notion de « Tradition », puisque le fondateur de la Fraternité n'aurait eu qu'une compréhension « incomplète et contradictoire » de celle-ci, incomplète parce qu'elle n'aurait pas suffisamment pris en compte « le caractère vivant de la Tradition » et contradictoire parce qu'elle serait opposée « au magistère universel de l'Église ».
 
La remarque du pape défunt n'est d'ailleurs pas sans rappeler les très vives querelles qui se produisirent pendant le Concile entre théologiens novateurs et prélats traditionnels sur cette même question de la Tradition. Et, de nouveau, les discussions doctrinales de 2009-2011 entre Rome et la Fraternité sont venues confirmer à quel point cette question était décisive. 
 
Si, de son côté, la Rome conciliaire estime notre notion de la Tradition incomplète et contradictoire, nous pensons, quant à nous, que le Concile a en réalité imposé une nouvelle conception faussée de la Tradition sous l'influence de l'école de Tubingue et sous l'impulsion de théologiens comme les pères Congar et Rahner. Certes, la constitution conciliaire Dei Verbum, qui traite de ce sujet, n'avance que d'une manière feutrée. Elle procède par des glissements ou des formules à double sens qui ne furent pas remarqués par la plupart des pères du Concile. Mais ils furent habilement disséminés pour que l'on puisse, après le Concile, s'appuyer dessus et promouvoir une tout autre idée, évolutionniste, de la Tradition. 
 
Parmi les chausse-trappes ou les imprécisions volontaires dont fourmille cette constitution conciliaire, contentons-nous de relever l'introduction de l'expression de « Tradition vivante » qui va ensuite très souvent être reprise et exploitée dans les actes du Magistère post-conciliaire. Que l'on ne pense pas que ce soit nous qui majorions son importance puisque le reproche de Jean- Paul II à Mgr Lefebvre a consisté précisément à lui dire que sa conception de la Tradition était incomplète au motif qu'il ne prenait pas suffisamment en compte son « caractère vivant ». Et c'est même là que se trouve à ses yeux « la racine de cet acte schismatique » ! 
 
Dans la réalité de ce qui a suivi le Concile, tout l'intérêt qu'avaient les novateurs d'introduire cette expression de « Tradition vivante » s'est manifesté au grand jour. On n'a plus considéré la Tradition comme étant le dépôt des vérités, reçu de Dieu par révélation, constitué par les apôtres à la fois oralement et par écrit et clos avec la mort du dernier d'entre eux. Le caractère objectif de la Tradition a été mis de côté au profit d'un sens nouveau et vague à souhait.
« ... La Tradition n'est pas une transmission de choses ou de paroles, une collection de choses mortes ; la Tradition est le fleuve vivant qui nous relie aux origines, le fleuve vivant dans lequel les origines sont toujours présentes. Le grand fleuve qui nous conduit aux portes de l'éternité... » (Benoît XVI dans son allocution du 26 avril 2006). [NDLR de LPL : Benoît XVI, « La communion dans le temps : la Tradition », Allocution du 26 avril 2006, dans L'Osservatore romano n° 18 du 2 mai 2006, p. 12.]
Si la « Tradition vivante » dont parle le Concile est à double sens (faiblesse étonnante pour une expression qui se veut magistérielle), le post-Concile ne laisse plus guère aujourd'hui de moyens à qui voudrait tirer cette expression dans un sens orthodoxe. La réalité qu'elle recouvre ne désigne pas l'immutabilité objective du sens des vérités révélées, qui demeure à travers leur formulation rendue plus précise. Le nouveau magistère de Vatican II conçoit la Tradition sous un angle subjectif : la Tradition vivante représente, sur le plan collectif du peuple de Dieu, la continuité des expériences. Elle est, nous dit le souverain pontife régnant :
« ...la communion des fidèles autour des pasteurs légitimes au cours de l'histoire, une communion que l'Esprit-Saint alimente en assurant la liaison entre l'expérience de la foi apostolique, vécue dans la communauté originelle des disciples, et l'expérience actuelle du Christ dans son Église... » (Benoît XVI, ibidem)
La Tradition n'est plus l'enseignement de la vérité révélée ; elle est la communication d'une expérience. Et par expérience, il est clair que l'on doit entendre autre chose que l'adhésion intellectuelle à une vérité, qui définit comme telle la foi. On trouve d'ailleurs déjà avant Vatican II (avec la nouvelle théologie condamnée par Pie XII dans Humani generis) une confusion entre la foi et l'expérience mystique des dons du Saint-Esprit, elle-même mal distinguée de l'expérience religieuse naturelle. De là au « sens religieux surgissant des profondeurs », dont parlait si volontiers Jean-Paul II (cf. Le Signe de contradiction), il n'y a pas très loin.
Cette nouvelle conception de la Tradition repose sur des présupposés difficilement acceptables : qui le niera ? Et nous nous y opposons parce que cette conception est nouvelle, et se distancie profondément de celle qui fut toujours crue et prêchée dans l'Église catholique.
 
Abbé Régis de Cacqueray +, Supérieur du District de France

[Abbé Philippe Laguérie, ibp] M. l’abbé Daniel Joly

SOURCE - Abbé Philippe Laguérie, ibp - 1er septembre 2012

J’ai appris avec stupeur, hier matin, par M. l’abbé R.S. Fournié ( !) et non point d’un prêtre de la Fraternité Saint Pie X, le décès de mon ami Daniel Joly, prêtre de la ladite Frat.

Excusez-moi, je suis toujours sous le choc. Et je mesure combien j’étais attaché à cette figure, tout sauf conventionnelle, de prêtre catholique.

Rien ne prédestinait ce banlieusard de Sarcelles ou de Garges-lès-Gonesse (Plutôt) à devenir prêtre de Jésus-Christ…sauf la Providence. Il avait mieux connu les « Sex Pistols » et les trafics de drogue que le Nouveau-Testament. Comme « les copains d’abord » du radeau de la grand’ marre, l’Evangile, il l’avait pas lu.

Sa conversion : mystère de Dieu, comme toujours. Son entrée dans les ordres, sur fond de stoïcisme mal compris (Il admirait les répliques de Diogène à Alexandre, quoiqu’il déplorât les mœurs grecques de l’un comme de l’autre) autre mystère. Mais c’était l’époque de Mgr Lefebvre où la Fraternité admettait les différences, pourvu qu’on eût la Foi chevillée au corps. Et il l’avait, notre Daniel !

Il débarque à Châteauroux en 1981, envoyé par l’abbé Aulagnier, dans ce qu’on appelait alors pompeusement le « pré-séminaire », sous la direction de notre cher abbé Laurençon, qui donnera quand même des abbés Barrère, Joly, Boulet et quelques autres. Stoïcien convaincu, disais-je. Au cours d’une partie de foot sur terrain détrempé et boueux, le ballon pèse une tonne. Je lui casse d’un seul coup, sur Penalty, le radius et le cubitus, sous les applaudissements de ce goal héroïque qui sauve son équipe. Il dit ne pas avoir mal et finit le match sans broncher, en sueur, une heure de rang, une petite grimace de douleur dès qu’on tourne la tête…En arrêtant d’autres buts de son bras intacte.

Il devient prêtre et dans quelle émotion. Le jour de son ordination, un certain 29 juin 1988, il fait une syncope entre les deux impositions de mains, celle qui fait les prêtres et celle qui donne les pouvoirs d’absoudre. Quand il se réveille, au « Te Deum », Mgr Lefebvre se déplace personnellement jusqu’à lui, crossé et mitré, pour parfaire son jeune prêtre dans l’ordre sacerdotal. Il reste fier, mais son cœur fond, avec son stoïcisme.

Il m’a bien aidé à Paris, à la tête de l’école Saint Bernard. Son admiration oscille entre les deux prêtres qu’il croit les plus stoïciens du monde : l’abbé de Jorna et moi-même. Je ne suis pas le moins du monde stoïcien, mais il le croit parce que je détiens l’autorité. Comme si Marc-Aurèle avait été plus stoïcien qu’Epictète ! Je suis plutôt effaré à la pensée qu’on ait pu lire les « Pensées pour moi-même » ou « Le Manuel » chez les premiers cénobites chrétiens…

Il ne passera qu’un an à Bordeaux, prieur de Sainte-Marie. C’y est mon prédécesseur néanmoins. Quand je célèbre dans ma chapelle privée de Solignac, je pense chaque fois à lui, en élevant les yeux, au « Te Igitur », vers le magnifique crucifix qu’il m’offre en quittant Bordeaux. A-t-il jamais su qu’en proposant mon nom pour le remplacer à Bordeaux, il allait changer bien des destinées…Sainte Colombe, Saint Eloi, le Bon-Pasteur et tous ses jeunes prêtres… ?

Bon, il m’a traité, par la suite, de « Grand Rabbin de Bordeaux » dans les colonnes de la feuille de choux de la salle Wagram où il est affecté en 1998. Qu’importe ! Il n’en pensait pas un mot (Et comment le faire croire !). Il avait cru que je pouvais colporter des calomnies sur son compte dont un autre s’était chargé…Le chef a toujours tort, c’est connu. On s’est expliqué, on a fait la paix et, maintenant qu’il est mort, je suis en paix.

Ce n’est pas la peine de lui supposer quelque vice caché pour expliquer sa mort prématurée (54 ans), sales petits bourgeois de Versailles ou de Neuilly. Il n’était pas des vôtres, c’est tout. Sa fidélité au sacerdoce est bien plus héroïque que la vôtre, ne vous déplaise ! La chasteté, on l’apprend pas dans les rues de Garges-Lès-Gonesse, comme vos parents nous l’on apprise ici ou là, sans mérite de notre part, eunuques de naissance. Il a usé sa santé à la conserver et il a bien dû s’apercevoir très vite que le stoïcisme, là, ne sert de rien, au contraire ! Passer de Diogène le Cynique à Jésus de Nazareth, il y faut bien une vie, non ? Passer de la zone à l’autel, ça coute combien, posez-vous la question !

Il ne s’est point assis, au début, pour en mesurer le prix, soit. Mais cette tour, il l’a bâtie, non plus à la force du mépris des autres mais au prix de la patience envers soi qui sauve nos âmes. C’est plus la tour de Pise que les « Twin towers » mais celles-là ne sont plus quand celle-ci tient toujours…Et puis, hier comme aujourd’hui, c’est autrement beau.

Merci à Mgr Fellay de se déplacer personnellement, lundi à Flavigny, pour ses obsèques. En retraite annuelle, je redirai la messe pour lui.

Vous avez bien compris sur quelles tombes j’irais cracher, si une idée aussi dégradante pouvait m’assaillir… Merci, Boris Vian !