1 février 2009

[Golias] La surenchère réintégriste continue : Seuls les conciles jusqu’à Vatican I … et la réhabilitation de Mgr Lefebvre en sus !

SOURCE - Golias - 1er février 2009

Dans un nouveau communiqué ce dimanche 1er février 2009, Mgr Fellay précise et corrige le précédent du 24 janvier dernier réagissant à la levée d’excommunication par le pape des quatre évêques intégristes. Nous en publions l’extrait principal :

Nous sommes prêts à écrire avec votre sang le credo, à signer le serment antimoderniste, la profession de foi de Pie V, nous acceptons et faisons nôtres tous les conciles jusqu’à Vatican I. Mais nous ne pouvons qu’émettre des réserves au sujet du concile Vatican II, qui s’est voulu un concile « différent » des autres (cf. les discours des papes Jean XXIII et Paul VI). En tout cela, nous avons la conviction de rester fidèles à la ligne de conduite tracé par notre fondateur, Mgr Lefebvre, dont nous espérons la prochaine réhabilitation… »
Puis nous publions presque littéralement le sermon de ce dimanche 1er février 2009 à St Nicolas du Chardonnet (messe chantée de 9 heures)
Jusqu’à Vatican I… et la réhabilitation de Mgr Lefbevre en sus !
« Est-ce que les évêques montent au créneau et faisant usage de leur pouvoir épiscopal pour mettre en garde contre les menaces qui pèsent sur la foi catholique, pour mettre en garde contre l’état laïciste, pas vraiment ? La tempête du Sud-ouest qui a eu lieu récemment est un petit évènement par rapport à l’ouragan provoqué par la levée de l’excommunication injustement faite contre nos évêques de la Tradition. On l’avait déjà vu avec le Motu proprio (en juillet 2007) qui contredisait 40 ans de persécution contre la Tradition. Ces mêmes évêques qui montent au créneau aujourd’hui s’était insurgés contre un retour en arrière au nom d’une liturgie qui serait porteuse d’une théologie incompatible avec le concile. Après nous avoir dit qu’il n’y avait pas de contradiction herméneutique (d’interprétation) dans la continuité des conciles.
Avant le concile Vatican II, on était dans l’Eglise catholique ou hors de l’Eglise catholique, c’était clair ! On nous accuse de ne pas accepter dans la Constitution conciliaire « Lumen Gentium » de Vatican II la séparation que celle-ci opère entre l’Eglise du Christ et l’Eglise catholique ; la perspective pour plus de démocratie dans l’Eglise catholique ; pour plus de responsabilité des laïcs, pour la liberté religieuse où chacun pourrait choisir la religion de son choix. Alors qu’il n’y en a qu’une vraie celle de l’Eglise catholique. La Tradition est alors accusée d’être porteuse d’une maladie qui ne la mettrait pas en phase avec la vie des hommes. Alors qu’avec le Concile de Trente, la messe est un sacrifice qui renouvele l’unique sacrifice du Christ pour les hommes.
 
On nous accuse de n’avoir rien compris, de nous arrêter au pape Pie XII, de ne pas accepter la liberté religieuse, Marc Sangnier (le catholicisme social), Luther, la séparation de l’Eglise et de l’Etat ; on nous accuse de ne pas accepter la liberté de conscience ni le refus fait aux Etats de promouvoir la religion comme l’indique (une autre constitution conciliaire de Vatican II) « Gandium et Spes ». Le pape Jean Paul II dans son acte d’excommunication indique que nous avons une représentation de la Tradition catholique incomplète.
 
Alors que, (par exemple), l’œcuménisme, au lieu d’être la mission de convertir les âmes à la foi catholique unique, est simplement le fait de pratiquer un rassemblement numérique des chrétiens.
 
Nous ne pouvons accepter les erreurs de Vatican II qui ont amené l’Eglise à la division. Ce n’est pas Mgr Lefebvre qui a introduit les nouveautés et la nouvelle messe, ce n’est pas nous qui avons abandonné l’esprit missionnaire. Le Parlement des religions, le laïcisme de la société empêchent le chemin vers le Ciel. Pourquoi nous demander d’être en accord avec les théories protestantes. On ne peut pas faire l’unité sur l’Erreur.
« On ne peut pas faire l’unité sur l’erreur »
Et même si on nous met sur le banc de la persécution, nous ne serons finalement que sur la voie du Christ. Il ne s’agit pas d’abandonner le bon combat. Jésus-Christ dirige toute chose. C’est la seule voie pour sortir l’Eglise catholique de la crise dans laquelle la tiédeur du clergé l’a mise. Il n’est pas question de nous soumettre à un pape qui voudrait nous forcer à accepter l’inacceptable. Cela pourrait que conduire à l’inanition spirituelle. Sans compter les mensonges et la trahison de certains prêtres qui n’ont plus la foi catholique et qu’on n’excommunie pas. Nous serons fidèles au pape s’il est fidèle à sa Mission. Et si par malheur, il était une contradiction avec Elle, nous serons alors obligés d’obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes.
Le pape Benoît XVI a fait ce geste (de levée d’excommunication) pour accomplir le service de l’Unité, non dans un sens de conversion, mais de rassemblement numérique dans l’indistinction. Le pape espère que son geste sera suivi par un ferme engagement de notre part sur le chemin nécessaire pour témoigner de notre pleine communion avec l’Eglise et le concile Vatican II.
 
Nous voulons témoigner de notre foi catholique authentique sans en exclure les vingt siècles précédents le concile Vatican II. Sans diviniser la papauté en la plaçant au dessus de notre Foi catholique. Pensons à Marie Reine. Les agitations des hommes ne peuvent rien contre Elle. Malheur à ceux qui entraverait son chemin… Ils ne seraient plus dans l’Eglise catholique ; ils défendraient des erreurs. Retrouvons les enseignements du pape Pie X. La récompense sera promise pour tous ceux qui sauront lutter jusqu’au bout. » Sans commentaire…

[Nicolas Senèze - La Croix] Intégriste, lefebvriste, traditionaliste : quel mot utiliser ?

SOURCE - Nicolas Senèze - La Croix- 1 février 2009

Plusieurs lecteurs et internautes m’ont interpellé : « Pourquoi utilisez-vous tout le temps le mot “intégriste” ? Nous sommes catholiques ! Pourquoi employer ce mot qui nous assimile à des fondamentalistes ou à des terroristes ? »

Quel mot utiliser alors ?

Lefebvriste ? Je l’emploie parfois, mais je dois reconnaître que le phénomène intégriste ne recouvre pas exactement les disciples de Mgr Lefebvre.

Traditionaliste ? Fidèle de la Tradition ? Ce serait alors sous-entendre que seule cette branche de l’Église serait fidèle à la Tradition. Les intégristes, au contraire, effectuent un tri très sélectif dans la Tradition de l’Église : « En fournissant une interprétation personnelle des textes du Magistère, vous feriez paradoxalement preuve de ce libéralisme que vous combattez si fortement », relevait le cardinal Ratzinger dans une lettre à Mgr Lefebvre, le 28 juillet 1987. À cause de ce relativisme, on ne peut donc pas non plus parler de fondamentalisme.

Reste donc intégriste. Mais encore faut-il savoir ce que signifie ce mot.

Il apparaît vers 1880 en Espagne pour désigner un parti politique fondé sous l’invocation du Syllabus de Pie IX qui condamne, in fine, l’idée selon laquelle le pape « peut et doit se réconcilier et transiger avec le progrès, le libéralisme et la civilisation moderne ». En France, il s’impose au début du XXeme siècle pour désigner ceux qui s’opposent au « progressisme » en matière d’exégèse biblique. Mais il ne s’agit pas ici d’un terme revendiqué : les opposants au « modernisme », condamné en 1907 par Pie X, préfèrent se référer à un « catholicisme intégral ».

Au fil des générations, ce catholicisme intégral va traverser plusieurs moments : Maurras et l’Action Française, Vichy et la Libération, la décolonisation et l’Algérie Française… Non que les intégristes soient tous maurassiens, vichystes ou nostalgiques de l’Algérie française : mais ils ont été plus ou moins influencés par ces courants que Mgr Lefebvre va réussir à rassembler dans un même combat : l’opposition à Vatican II.
Dans les années 1980, « intégriste » va servir pour désigner l’islam radical, puis les fondamentalistes protestants ou juifs. Un emploi abusif, comme le souligne l’historien Émile Poulat, grand spécialiste du catholicisme intégral, pour qui l’intégrisme est « un phénomène essentiellement catholique ».

Nicolas Senèze

[Koz - La Croix] Et si on faisait de la limonade ?

SOURCE - Koz - La Croix - 1 février 2009

Nous vivons une époque formidable. Des crises à la pelle. Crise économique, crise écologique, crise financière, crise immobilière. Autant d’occasions de redécouverte. Al Gore, en tournée mondiale, usait de deux images. Toujours utiles, les images. Dans des cas approchants, certains ont théorisé cela sous le terme de storytelling, comme si cela ne faisait pas déjà 2000 ans qu’on avait perçu l’intérêt de parler en paraboles. Al, lui, raconte qu’en chinois, crise et opportunité sont représentés par le même idéogramme. Manière de signifier que la crise est le moment opportun pour prendre des décisions. J’ai décidé de lui faire confiance. Pour moi, de toutes façons, le chinois, c’est de l’hébreu. Sous mon précédent billet, Stef m’interpellait : “les traditionalistes ont étudié en profondeur ce Concile et le connaissent bien, les catholiques dits “pro-conciliaires” peuvent-ils tous en dire autant ?“.
 
A son interpellation, je répondrai : probablement pas. Le grand peuple des catholiques fidèles à Rome connaît très mal le Concile Vatican II. Pour beaucoup, Vatican II n’est qu’une affaire de rite. Et je peux le dire avec assurance, puisque je parle notamment de moi. Ce n’est en effet que récemment que, cherchant des sources pour asseoir mes assertions, sur mon blog, je suis tombé sur des développements lumineux. Avec l’enthousiasme de celui qui découvre, il m’est arrivé plus d’une fois d’interpeller ma femme : “Tu imaginais toi, qu’ils disaient déjà ça dans Vatican II ?
 
Bon, je vous passe un petit laïus tout prêt de sociologie empirique : serait-il si étonnant que les intégristes connaissent mieux les actes du Concile que nous ? Vous, si vous vouliez faire un schisme, ne liriez-vous pas la doc avant ? Et puis, entre nous soit dit, mais à voix basse : est-on vraiment certain qu’ils les connaissent si bien, les actes du Concile ?
Quelle attitude adopter, alors ? Faut-il “accepter la discussion sur leur terrain“, comme le recommande Stef ? Oui, parce que le dialogue est une vertu catholique. Sous la réserve toutefois que Vatican II, c’est tout de même un peu notre terrain et qu’il ne s’agit pas de s’engager dans une confrontation quelconque. Comme le disait justement un connaisseur de ce milieu, pour certains d’entre eux, tout est combat, “combat mené tambour battant, avec ses manifestations de rue où la messe devient un acte revendicatif, et surtout sa littérature pamphlétaire plus que scolastique…“. Je n’ai pas envie de faire de ma foi un sujet de polémique, un sujet d’aigreur, d’accusations réciproques.
 
A dire vrai, je n’entends pas justifier de ma foi ou, à tout le moins, me justifier. Justifie-t-on du caractère vivant de la Tradition ? Justifie-t-on du dialogue judéo-chrétien ? Témoigner, en revanche… Témoigner aux yeux des intégristes, d’une part, mais surtout mettre à profit les circonstances présentes pour témoigner de notre foi aux yeux du monde. Tout ceci me fait penser à ce qu’avait mis en oeuvre l’Opus Dei face à la sortie en salles du Da Vinci Code : la tactique de la limonade. La tactique de la limonade ? “Transformer l’amertume du citron en boisson sucrée“.
 
Alors, redécouvrons les actes du Concile, redécouvrons ce que l’Eglise catholique a réaffirmé solennellement.
Redécouvrons le sens de la Tradition, grâce à Ecclesia Dei Adflicti :
“A la racine de cet acte schismatique, on trouve une notion incomplète et contradictoire de la Tradition. Incomplète parce qu’elle ne tient pas suffisamment compte du caractère vivant de la Tradition qui, comme l’a enseigné clairement le Concile Vatican II, «tire son origine des apôtres, se poursuit dans l’Eglise sous l’assistance de l’Esprit-Saint: en effet, la perception des choses aussi bien que des paroles transmises s’accroît, soit par la contemplation et l’étude des croyants qui les méditent en leur cœur, soit par l’intelligence intérieure qu’ils éprouvent des choses spirituelles, soit par la prédication de ceux qui, avec la succession épiscopale, reçurent un charisme certain de vérité».”
Redécouvrons la déclaration Nostra Aetate sur l’Eglise et les religions non chrétiennes, et le respect qu’elle a affirmé, à son plus haut niveau, pour les autres religions, quand on nous ressasse tellement que les religions sont des facteurs de guerre.
 
Redécouvrons, spécialement maintenant, ce que l’Eglise réunie en Concile, réprouvant tout antijudaïsme, a solennellement déclaré, en commençant par rappeler “le lien qui relie spirituellement le peuple du Nouveau Testament avec la lignée Abraham” :
“Encore que des autorités juives, avec leurs partisans, aient poussé à la mort du Christ, ce qui a été commis durant sa passion ne peut être imputé ni indistinctement à tous les Juifs vivant alors, ni aux Juifs de notre temps. S’il est vrai que l’Eglise est le nouveau peuple de Dieu, les Juifs ne doivent pas, pour autant, être présentés comme réprouvés par Dieu ni maudits, comme si cela découlait de la Sainte Ecriture. Que tous donc aient soin, dans la catéchèse et la prédication de la parole de Dieu, de n’enseigner quoi que ce soit qui ne soit conforme à la vérité de l’Evangile et à l’esprit du Christ. “
Redécouvrons Dignitatis Humanae, sur la liberté religieuse, qui affirme :
“que la personne humaine a droit à la liberté religieuse. Cette liberté consiste en ce que tous les hommes doivent être soustraits à toute contrainte de la part soit des individus, soit des groupes sociaux et de quelque pouvoir humain que ce soit, de telle sorte qu’en matière religieuse nul ne soit forcé d’agir contre sa conscience, ni empêché d’agir, dans de justes limites, selon sa conscience, en privé comme en public, seul ou associé à d’autres.”
“c’est par la médiation de sa conscience que l’homme perçoit les injonctions de la loi divine; c’est elle qu’il est tenu de suivre fidèlement en toutes ses activités pour parvenir à sa fin qui est Dieu. Il ne doit donc pas être contraint d’agir contre sa conscience. Mais il ne doit pas être empêché non plus d’agir selon sa conscience, surtout en matière religieuse.”
Redécouvrons ceci :
“comme la société civile a le droit de se protéger contre les abus qui pourraient naître sous prétexte de liberté religieuse, c’est surtout au pouvoir civil qu’il revient d’assurer cette protection; ce qui ne doit pas se faire arbitrairement et à l’injuste faveur d’un parti mais selon des normes juridiques, conformes à l’ordre moral objectif, requises par l’efficace sauvegarde des droits de tous les citoyens et de leur pacifique accord, et par un souci adéquat de cette authentique paix publique qui consiste dans une vie vécue en commun sur la base d’une vraie justice, ainsi que par le maintien, qui se doit, de la moralité publique. Tout cela fait fondamentalement partie du bien commun et entre dans la définition de l’ordre public.”
De tout ceci, je n’entends pas me justifier, mais en témoigner.
Koz




Lettre d’un fidèle au R.P. Lecareux, fondateur de la Fraternité de la Transfiguration
1er février 2009 - diffusé par resistance-catholique@hotmail.fr
Mon Révérend Père,
Dans votre homélie de ce dimanche, vous nous avez très justement invités à fouler au pied tout respect humain et toute hypocrisie. Aussi, le pécheur et simple laïc que je suis s’enhardit à vous écrire ces quelques propos inspirés, je le crois, par l’amour de Celui qui est Vérité.
Dans cette même homélie, vous avez également très justement opposé d’une part la foi de l’Église relativement à sa propre constitution divine (unité, sainteté, catholicité et apostolicité) et d’autre part le fléau de l’oecuménisme. Ce dernier consiste en une défiguration de l’Église, réduite à une espèce de communion dont la Vérité ne serait plus l’exclusif fondement. Pour les pères de l’oecuménisme acclimaté en milieu (autrefois) catholique, l’Église de Jésus-Christ subsiste dans l’Église catholique, de telle sorte que les communautés chrétiennes dissidentes participent elles aussi, à des degrés différents, de l’Église du Christ.
C’est ainsi que Josef Ratzinger, avant comme après avoir été qualifié du nom de « Benoît XVI », a pu affirmer à la fois d’une part que la véritable Église du Christ « subsistait pleinement uniquement dans l’Église catholique » et d’autre part que les communautés chrétiennes dissidentes ne pouvaient pas être que « non-Église ». Benoîte contradiction que voilà ? Non point. Le raisonnement est le suivant : l’Église du Christ subsiste pleinement uniquement dans l’Église catholique, parce que dans l’Église catholique seulement se trouvent toute la Vérité, tous les sacrements et la pleine unité hiérarchique ; mais dans la mesure où subsistent cette hiérarchie, ces sacrements et ces vérités, les communautés dissidentes participent - dans cette mesure même (c’est-à-dire imparfaitement) - à l’Église du Christ.
Une telle vision des choses n’est pas catholique. Dans son encyclique Mystici Corporis, Pie XII a nettement défini qu’il y a une adéquation exclusive entre l’Église du Christ et l’Église catholique. Or l’oecuménisme conciliaire prêche une adéquation inclusive.Concernant la prétendue « ecclésialité » des communautés dissidentes, le pape Pie IX a condamné à l’avance les théories de Josef Ratzinger : « Aucune de ces sociétés, ni toutes ensemble ne constituent en aucune façon et ne sont cette Église une et catholique que Notre-Seigneur a fondée et bâtie et qu’il a voulu créer. Et l’on ne peut dire non plus, en aucune façon que ces sociétés soient ni un membre, ni une partie de cette même Église, puisqu’elles sont visiblement séparées de l’unité catholique. » (Pie IX, Lettre apostolique Iam vos omnes, 13 septembre 1868)
Il existe donc, hier comme aujourd’hui, une très réelle « excommunication » entre la foi catholique attestée par les Souverains Pontifes et la nouvelle religion de l’actuel chargé de pouvoir de l’ « Église conciliaire ». Excommunication, au sens où la vérité et l’erreur, et pour tout dire la foi et l’hérésie, s’excommunient nécessairement l’une l’autre. Et précisément, l’hérésie en question consiste à nier que la Vérité porte excommunication de l’erreur.
Compte tenu de cette situation fondamentale, qu’on le veuille ou non, l’excommunication canonique consécutive aux sacres d’Écône revêtait une signification toute particulière. Elle venait, sur un autre plan, signifier également cette excommunication doctrinale entre la vérité catholique et l’hérésie conciliaire. Sauf conversion du conciliaire en chef, il n’y avait plus de réconciliation possible entre ce dernier et la résistance catholique… à moins que deux phénomènes ne se produisent.
Premier phénomène : ledit conciliaire en chef est assez habile pour maintenir en place son hérésie tout en levant l’excommunication canonique frappant les évêques d’Écône. Deuxième phénomène : les « chefs de file » de la résistance catholique en viennent à considérer cette « levée du décret d’excommunication » comme une grâce dont il faudrait se réjouir. À ce compte-là, ce n’est plus seulement l’excommunication canonique qui tombe, mais encore et surtout l’excommunication doctrinale entre foi catholique et oecuménisme qui de facto s’évanouit dans l’esprit des « chefs de file ». Et de ce point de vue, il me semble que la contradiction était elle aussi frontale entre votre homélie et votre commentaire relatif au décret du 21 janvier 2009. Je ne vous cache pas que si j’ai goûté l’homélie, je me trouve en désaccord profond avec votre commentaire.
Dans l’ « Église conciliaire » du théologien Josef Ratzinger, il y a place, dans la même communion, à la fois pour l’apostat Hans Küng et pour Mgr Bernard Fellay (qu’il avait très significativement reçus, l’un puis l’autre, dans la même période, peu de temps après son avènement). La chose est rendue possible parce que dans leur système l’Église n’est plus une communion (hiérarchique) fondée sur une Vérité exclusive. Il y a tout au contraire place pour des lectures contradictoires d’un dogme changeant : de même que la « messe de Luther » et le Saint Sacrifice de la Messe sont (prétendument) les deux formes d’un même rite, de même le « traditionalisme » sera tout au mieux la « High Church » de l’ « Église conciliaire ».
En nous réjouissant, en manifestant en quelque façon notre communion avec le conciliaire en chef, nous nous rallions de facto, quoi que nous pensions encore par ailleurs, à cette nouvelle et folle ecclésiologie. C’est l’étape du désarmement moral. Dans un premier temps, nous ne voyons plus dans la partie adverse un ennemi de notre foi. Au contraire, nous en venons à nous considérer comme ses obligés. Dans un deuxième temps, nous risquons d’acquiescer pas à pas, à la manière des « ralliés », à cette conception oecuméniste et pour tout dire anglicane de l’Église.
Dans l’état actuel des esprits, où manifestement Vatican II demeure à l’ordre du jour, ce que l’on appelle la « troisième étape », à savoir les discussions Rome – Menzingen, ne peut se conclure autrement que par un nouveau constat de rupture (ce que je souhaite) ou par un énième ralliement (tertium non datur). Dans le cas d’un ralliement (c’est comme cela que ça s’appelle, du moins quand on parle des autres), la partie adverse sera arrivée à ses fins, puisqu’elle aura en définitive réduit au silence la force d’opposition à Vatican II la plus visible. Dans le cas d’un nouveau constat de rupture entre Rome et Menzingen, les réjouis du 21 janvier 2009 risquent fort de ne guère apprécier la douche écossaise, mais trouveront bien quelque institut Ecclesia Dei pour les consoler. Ainsi donc, en jouant les généreuses, la partie adverse aura donc réussi une fois de plus à nous diviser.
Mon Révérend Père, le pécheur que je suis a souvent appris à ses dépens qu’avec le diable, on ne se contente pas de souper avec une longue cuillère ; avec le diable en effet, lorsque l’on est chrétien et que l’on entend le demeurer, on ne soupe pas du tout.
Veuillez recevoir, mon Révérend Père, l’expression de ma respectueuse considération et l’assurance de mes prières
In Christo Rege






De l’approbation à la colère, les catholiques de France restent divisés sur la levée de l'excommunication des évêques intégristes
01/02/2009 - la-croix.com
Dimanche 1er février, à la sortie des messes dominicales, les catholiques s’interrogeaient sur la décision de Benoît XVI de lever l’excommunication des quatre évêques intégristes.

Perplexes, inquiets, ouverts à la réconciliation, ou au contraire très en colère, les catholiques de France interrogés dimanche 1er février réagissent fort différemment à la décision prise par Benoît XVI de lever l’excommunication touchant quatre évêques intégristes. Avec un point commun, pourtant : la reconnaissance pleine et entière du concile Vatican II, qu’ils attendent désormais de la part des membres de la Fraternité Saint-Pie-X.
À Vertou, bourg rural au cœur du vignoble nantais, les fidèles sont perplexes. Pierre, 73 ans, se dit « personnellement en désaccord » avec la décision du pape : « Les intégristes se sont exclus eux-mêmes de l’Église. » Ancien enfant de chœur en Vendée, il ne voudrait pour rien au monde d’un retour en arrière. « J’ai connu la période d’avant Vatican II. Je servais la messe à 7 heures du matin. Le prêtre nous tournait le dos, parlait en latin et la majorité des fidèles ne comprenait rien. Aujourd’hui, c’est bien que l’Église soit au diapason de la société. »
Les propos négationnistes tenus par l’évêque Williamson sont venus ajouter à la confusion. « Cela donne du grain à moudre à ceux qui critiquent l’Église, déplorent Claude et Annick, jeunes retraités. On n’avait pas besoin de ça. » Pourtant, au-delà leurs réticences, certains fidèles sont prêts à imaginer une réconciliation.
"Pourquoi refuse-t-il toujours les divorcés au sein de l’Église ?"
À Lille, dans le quartier populaire de Wazemmes, les échos sont similaires. Thérèse, 75 ans, paroissienne à Saint-Pierre-Saint-Paul, se dit très choquée. « Cette décision refroidit les relations avec les juifs, alors qu’elles commençaient à s’améliorer, regrette-t-elle. Que l’on renoue avec des intégristes, je suis d’accord. Car l’excommunication était une blessure pour eux. Mais réintégrer un évêque qui tient des propos négationnistes, je ne peux pas l’accepter. » Isabelle, la cinquantaine, n’est pas trop surprise par la décision du pape : « Benoît XVI est un traditionaliste, juge-t-elle. On devait s’y attendre. » Elle dit n’être « pas dérangée » par cette ouverture vers les intégristes, mais elle met Benoît XVI au défi : « Si le pape veut accueillir tout le monde, pourquoi refuse-t-il toujours les divorcés au sein de l’Église ? »
À Toulouse, à Notre-Dame-de-la-Dalbade, paroisse récemment confiée à un prêtre de l’Opus Dei, Benoît, 42 ans, se déclare « ravi » de cette décision : « Le retour des intégristes ne doit pas être vécu comme un reniement de Vatican II, mais comme une ouverture à une richesse complémentaire. »
« Autour de moi, je vois les jeunes plutôt intéressés par la redécouverte de cette tradition », souligne-t-il. Colette, 52 ans, s’interroge, mais sans excès. « Je suivrai les choses avec vigilance, mais la profondeur de ma foi ne dépend pas de certains choix des autorités religieuses », souligne-t-elle.
Prudente satisfaction
À Saint-Nizier, dynamique paroisse de la presqu’île lyonnaise confiée à la communauté de l’Emmanuel, tout est question de génération. Rares sont les jeunes à se sentir concernés par une décision perçue comme « éloignée » de leurs préoccupations. Pour Philippe, consultant de 38 ans, « le message du Christ est de pardonner », même si « tout cela est ennuyeux pour nos rapports avec le peuple juif ». D’autres manifestent une prudente satisfaction. Charles, 58 ans, chef d’entreprise, aurait souhaité que le Vatican se fasse « plus pédagogue ». « Nous ne sommes qu’au début d’un long processus. Le pape ne donne pas raison au schisme. Ils devront accepter l’autorité du pape et le concile Vatican II », assure-t-il.
Pour Cyril, il ne s’agit là que de « petites divergences ». « Combien parmi nous sont capables d’expliquer ce qu’est Vatican II ? » demande ce cadre commercial, pour qui il est « plus important de montrer au monde extérieur que l’Église est unie et ouverte, et accepter les différences ».
Claire et Jean-Nicolas, septuagénaires « de la génération 68 », ne le suivent pas. « C’est une régression insensée, se désole Claire, car cela donne aux intégristes une valeur et une vérité. » « C’est un contre-témoignage, alors que l’on est déjà incapable d’adapter le message évangélique au monde d’aujourd’hui », renchérit son mari, pour qui l’affaire « sape l’autorité du pape ».
"C’est à eux désormais de reconnaître Vatican II"
À Bordeaux, à la sortie de l’église Saint-Pierre d’Ambarès confiée à la communauté de l’Emmanuel, l’heure est à l’apaisement, mais aussi à la vigilance. « Nous avons besoin de tout le monde, réagit Philippe, 43 ans. C’est un message fort d’unité d’une Église universelle qui se veut ouverte à tous. » Le P. Pierre Protot, le curé de la paroisse, approuve : « On ne peut que se réjouir de ce premier pas vers l’unité de tous les chrétiens. » « Ce n’est pas parce que l’excommunication est levée que tout est permis. C’est à eux désormais d’accepter le dialogue et de reconnaître Vatican II », prévient Édith, 60 ans.
En l’église Saint-Germain de Saint-Germain-en-Laye (Yvelines), Grégory, venu en famille, veut maintenant lire le texte de la Conférence des évêques pour se faire une opinion après « le choc » qu’il a ressenti de prime abord : « C’est une décision qui a une portée symbolique, je veux savoir exactement de quoi il s’agit. »
Pour Laurent, la décision reste insupportable. Entouré de sa famille qui l’approuve, il estime être suffisamment informé pour camper sur une position ferme : « Je n’ai pas envie qu’ils reviennent, Benoît XVI fait une grosse erreur. Je trouve cela inadmissible. »

Nicolas CÉSAR (à Bordeaux), Jean-Luc FERRÉ (à Toulouse), Florence PAGNEUX (à Vertou), Florence QUILLE (à Lille), Pascale TEISSIER (à Saint-Germain-en-Laye), Bénévent TOSSÉRI (à Saint-Nizier)






Réaction de Mgr Bernard Fellay sur les propos de Mgr Williamson dans "Famille chrétienne" : "Spirituellement, nous sommes des sémites"
01-02-2009 - la-croix.com
Mgr Bernard Fellay, a reçu "Famille Chrétienne" le 31 janvier dans sa Maison générale de Menzingen en Suisse. Il a notamment réagi aux accusations d’antisémitisme lancées contre la Fraternité Saint-Pie X. "Nous condamnons évidemment tout acte de mise à mort de l’innocent. C’est un crime qui crie contre le ciel ! D’autant plus quand il s’agit d’un peuple. Nous rejetons toute accusation d’antisémitisme. Totalement et absolument. Nous rejetons toute forme d’approbation de ce qui s’est passé sous Hitler. Cela est quelque chose d’abominable. Le christianisme pousse jusqu’à un degré suprême la charité. Saint Paul, parlant des Juifs, s’exclame : ‘je désirerais être anathème pour mes frères !’ (Rom. 9,3). Les juifs sont « nos frères aînés » dans le sens où nous avons quelque chose de commun, à savoir l’ancienne Alliance. Il est vrai que la reconnaissance de la venue du Messie nous sépare.
C’est très intéressant de voir que l’Eglise n’a pas attendu le Concile pour donner des lignes de conduite par rapport aux Juifs. Dès les années 30, même pendant la guerre, plusieurs textes de Rome donnent une position très juste : il faut réprouver les abominations du régime hitlérien ! « Spirituellement, nous sommes des sémites » avait dit le pape Pie XI. C’est une vérité qui vient de l’Ecriture sainte elle-même, ‘nous sommes des fils d’Abraham’ affirme encore saint Paul."


[Jean-Marie Guénois - Le Figaro] Williamson : le grand rabbin épargne Benoît XVI

SOURCE - Jean-Marie Guénois - Le Figaro - 1er février 2009

Installé hier à Paris dans ses fonctions, Gilles Bernheim a critiqué les propos «abjects» de l'évêque négationniste. 

Ne pas se tromper de cible. Hier, lors de sa cérémonie d'investiture officielle, le nouveau grand rabbin de France, Gilles Bernheim, a refusé tout amalgame entre l'Église catholique et « un évêque de la Fraternité Saint Pie X » dont il a qualifié les propos négationnistes d'« abjects ». Dans un discours très applaudi sous les voûtes de la grande synagogue de la Victoire à Paris, comble, il n'a pas hésité, malgré le contexte de cette polémique, à saluer la présence de « mon ami le cardinal Philippe Barbarin », archevêque de Lyon, effectivement assis derrière les autorités de la République, dont Michèle Alliot-Marie, ministre de l'Intérieur et des Cultes.
 
« Personne ne peut mésestimer les conséquences de la Shoah, a rappelé le grand rabbin qui remplace désormais Joseph Sitruk. La destruction des Juifs d'Europe (…) continuera à hanter pour toujours, toute conscience. L'injonction du travail de mémoire nous incombe à tous, Français juifs et non juifs, tous, citoyens du monde. (…) Nous voyons combien est difficile la tâche et combien elle est d'une terrible actualité quand nous entendons qu'un évêque de la Fraternité Saint Pie X tient des propos abjects. Qu'un autre évêque de la Fraternité ramène le négationnisme à des propos personnels et que de nombreux membres de la dite Fraternité regrettent toujours Vatican II et la déclaration “Nostra Aetate” sur les relations avec les autres religions. »
Le Pape «  troublé  »
Exhortant surtout la communauté juive à tisser une unité nouvelle pour « porter haut » le judaïsme en France, il a conclu le court passage consacré à cette affaire qui n'en finit pas de défrayer la chronique par un appel à « toujours plus de vigilance ». Hier, le porte-parole du gouvernement français, Luc Chatel, a en effet déclaré sur Radio J : « Le gouvernement ne peut condamner qu'avec la plus grande fermeté les propos qui ont été tenus par les membres de la Fraternité Saint Pie X. Ils sont inacceptables, abjects, intolérables. » À l'heure où manifestait, devant la Nonciature apostolique, un groupe de 70 personnes de B'nai Brith France, une ONG juive humaniste. Elles entendaient faire part de leur « émoi » sous les fenêtres du représentant du Pape.
 
Benoît XVI, « troublé » par cet épisode « très douloureux », selon ses proches, n'est toutefois pas revenu sur cette crise lors de la prière dominicale de l'angelus puisqu'il avait fermement condamné, mercredi, le négationnisme. Le cardinal Barbarin a en revanche estimé, samedi sur RTL, « tout à fait insuffisantes » les excuses présentées par Mgr Williamson, l'auteur des propos négationnistes, car elles ne comportent « aucune rétractation ».
 
Le rabbin David Rosen, conseiller du grand rabbinat d'Israël, a également observé que « le mal n'est pas encore complètement réparé » même après la mise au point de Benoît XVI et l'expression de sa « solidarité » avec les Juifs. Il attend des « excuses publiques » de la part de Mgr Williamson qui s'est contenté de faire part sur son site Internet des « regrets sincères » pour les « souffrances » que ses « remarques imprudentes » ont causé au Pape.
 
En dépit de la qualité des relations entre le cardinal Philippe Barbarin et le grand rabbin Gilles Bernheim, tangibles, hier à la synagogue de la Victoire à Paris où se trouvaient également plusieurs personnalités catholiques, le choc reste très rude pour les relations entre les deux religions. En Allemagne, par exemple, le Consistoire central des juifs a formellement suspendu son dialogue avec l'Église catholique.
 
Sans oublier la déchirure, toujours vive, au sein de l'Église. Le cardinal Re qui, par fonction, a signé le décret levant l'excommunication, n'a pas caché, samedi, que « le parcours vers une réconciliation totale demandera du temps ». Car la Fraternité Saint Pie X « doit encore montrer qu'elle accepte le concile » Vatican II.