1 décembre 2007

[DICI] France : La messe traditionnelle sur le pavé d’Amiens

SOURCE - DICI - 1er décembre 2007

La chapelle du Bon Pasteur, dans la rue Daire à Amiens, était la propriété du Conseil régional, qui a décidé d’en changer l’affectation pour pouvoir la transformer en crèche. La communauté catholique traditionnelle qui assistait là, depuis 23 ans, à la messe tridentine fut obligée de s’en aller....

La chapelle du Bon Pasteur, dans la rue Daire à Amiens, était la propriété du Conseil régional, qui a décidé d’en changer l’affectation pour pouvoir la transformer en crèche. La communauté catholique traditionnelle qui assistait là, depuis 23 ans, à la messe tridentine fut obligée de s’en aller. Après une année de démarches vaines auprès des autorités locales (Municipalité d’Amiens, Conseils régional et général), après l’élaboration d’un projet avorté de rachat d’une chapelle privée, les fidèles s’adressent à l’évêque d’Amiens, Mgr Jean-Luc Bouilleret, pour solliciter de sa bienveillance la mise à disposition d’un édifice, à Amiens ou dans sa proche banlieue.
 
 Mais, le 16 septembre, une lettre de l’évêque leur oppose une fin de non-recevoir : « J’ai le regret de vous informer que nous ne pouvons mettre à votre disposition même temporaire une église affectée sous ma responsabilité ». Et malgré tous les contacts, malgré toutes les suppliques, sans même avoir accordé à la communauté la faveur d’une rencontre personnelle, Mgr Bouilleret a maintenu depuis ce jour sa décision : pas d’accueil, pas de mise à disposition, pas d’ouverture. Il faut que les fidèles d’Amiens assistent à la messe traditionnelle dans la rue.
 
Le 14 novembre, un communiqué de Mgr Bouilleret justifie son refus : « Le Motu Proprio Summorum Pontificum est destiné aux fidèles catholiques en communion avec le Saint Siège. (...)  Je tiens à poser une distinction entre traditionalistes et intégristes. (...) En suivant Mgr Lefebvre, les membres de la Fraternité Saint-Pie X se sont séparés de l’Eglise en 1988 à la suite d’un acte de désobéissance de ce prélat. Ils sont ainsi devenus intégristes ». - Le mot qui n’est pas prononcé est celui de « schismatique », parce que de fait l’évêque d’Amiens a autorisé une messe orthodoxe le 25 juin 2006 dans le choeur de sa cathédrale, de même qu’il a accueilli des musulmans sur le parvis de la même cathédrale pour divers événements.
 
 Le 25 novembre, nouveau communiqué : « Pour répondre à la demande du Pape Benoît XVI dans le Motu Proprio Summorum Pontificum (art. 5 § 1) une messe dominicale en latin selon l’Ordo Missae de 1962, missel de Jean XXIII, sera célébrée par un prêtre du diocèse d’Amiens. Pour l’année 2007, elle aura lieu le 1er et 3ème dimanche de l’Avent, les 2 et 16 décembre 2007, en l’église Saint Roch d’Amiens à 9 h. »  - Autrement dit : la Tradition en pointillé, une semaine sur deux, les dimanches impairs.
 
 Mgr Bouilleret semble ignorer l’esprit du Motu Proprio tel que le pape a pris la peine de l’exposer aux évêques dans sa lettre d’accompagnement : « (...) la raison positive qui est le motif qui me fait actualiser par ce Motu Proprio celui de 1988 : il s’agit de parvenir à une réconciliation interne au sein de l’Eglise. En regardant le passé, les divisions qui ont lacéré le corps du Christ au cours des siècles, on a continuellement l’impression qu’aux moments critiques où la division commençait à naître, les responsables de l’Eglise n’ont pas fait suffisamment pour conserver ou conquérir la réconciliation et l’unité ; on a l’impression que les omissions dans l’Eglise ont eu leur part de culpabilité dans le fait que ces divisions aient réussi à se consolider ». Et Benoît XVI de citer saint Paul : « Nous vous avons parlé en toute liberté, Corinthiens ; notre cœur s’est grand ouvert. Vous n’êtes pas à l’étroit chez nous ; c’est dans vos cœurs que vous êtes à l’étroit. Payez-nous donc de retour ; … ouvrez tout grand votre cœur, vous aussi !  (2Co 6,11-13). Paul le dit évidemment dans un autre contexte, mais son invitation peut et doit aussi nous toucher, précisément sur ce thème. Ouvrons généreusement notre cœur et laissons entrer tout ce à quoi la foi elle-même fait place ». Le Souverain Pontife invite les évêques à ouvrir leur cœur, et les traditionalistes voient les portes de toutes les églises d’Amiens fermées. Leur incompréhension est d’autant plus grande qu’il y a 350 églises non utilisées de façon régulière dans le diocèse.

Extraits de la presse locale

Le Courrier picard, 12 novembre - L’histoire du manteau de saint Martin ou comment offrir un église

L’abbé Jean-Luc Radier, numéro trois du district de la Fraternité Saint-Pie X, qui officiait ce dimanche, a pris la parole devant 700 fidèles pour rappeler le plus justement les faits. : « (...) Aujourd’hui, n’oublions pas qu’en ce dimanche 11 novembre, nous fêtons la Saint-Martin : ce militaire qui donna la moitié de son manteau à un pauvre. Nous sommes ce pauvre, et nous nous adressons au diocèse d’Amiens qui compte de nombreuses églises fermées, faute de prêtres.

Il faut savoir partager ; il faut aussi savoir donner, surtout lorsqu’on appartient à la même famille et que nous partageons les mêmes valeurs, celles de la religion catholique romaine.

J’ai, je l’avoue, du mal à comprendre que certains diocèses prêtent ou donnent leurs églises à d’autres religions chrétiennes, comme les coptes, les orthodoxes et les protestants, et que nous les traditionalistes, nous soyons exclus de ce partage...
 
Cela prouve que, malgré les directives de Rome, du pape, il existe encore dans l’Eglise de France des forces d’opposition à la tradition catholique. C’est un comble ! »
 
(Jacques Goffinon)

L’Union - l’Ardennais, 19 novembre 2007
 Après la pluie, le froid. Le climat amiennois n’est pas des plus tendres avec les catholiques traditionalistes qui se cherchent toujours une chapelle d’accueil, après avoir dû quitter leur lieu de culte du Bon Pasteur, rue Daire. Après avoir assuré leur messe dimanche dernier sur le parvis de l’église Saint-Germain, c’est cette fois sur le parvis de la cathédrale, hier à 10 heures, que près de 500 fidèles se sont retrouvés sous un froid de canard, le mercure pointant allègrement sous 0, pour l’office célébré par l’abbé Régis de Cacqueray, supérieur pour la France du district de la Fraternité Saint-Pie X.
Repli vers l’église Saint-Rémi ?
 « C’est une situation à laquelle on ne s’attendait pas, regrette l’abbé Régis de Cacqueray. Quand nous avons appris que le Conseil général nous demandait de quitter la chapelle dans laquelle nous étions depuis 23 ans, j’avais prévenu l’évêché pour que nous trouvions une solution. Quand nous avons appris en octobre que rien n’était prévu, nous nous sommes trouvés acculés, avec des messes à célébrer dans la rue. »
 
 Si le supérieur du district fait contre mauvaise fortune bon coeur, comme tous ses fidèles, il espère bien que la situation ne perdurera pas. « Nous avons approché les autorités politiques, mais c’est l’évêché qui est propriétaire des églises. Nous sommes des gens normaux, pas des excités, et beaucoup de personnes ne comprennent pas l’attitude de l’évêque. Mais je sais que des hautes autorités de l’Eglise ont ou vont se rapprocher de lui pour trouver une solution. » En effet, l’incompréhension enfle dans la ville, où les catholiques, moins nombreux à l’intérieur de la cathédrale que les traditionalistes dehors, ont fait savoir leur mécontentement, voire leur indignation.
 
Une solution devrait donc aboutir, et l’église Saint-Rémi, rue des Cordeliers, pourrait leur être attribuée.
 
Sans cela, ils célébreront une nouvelle fois la messe dehors, dimanche (25 novembre) à 10 heures, de nouveau devant l’église Saint Germain. (Jean-Marc Cavé)

Le Courrier picard, 19 novembre 2007 - Du chahut dans la cathédrale 

Pendant que les 500 catholiques traditionalistes assistaient à leur messe en latin sur le parvis de la cathédrale, plus de 120 fidèles de la paroisse du centre ville d’Amiens étaient présents à la grand’messe de 10 heures dans la cathédrale, ou plus précisément dans la chapelle d’hiver bien chauffée.

Au cours de son sermon, le prêtre qui avait expliqué ce qui se passait sur le parvis, a abordé le thème de l’œcuménisme et de la tolérance envers les autres religions. C’est à ce moment que plusieurs fidèles ont chahuté le prêtre pour lui demander pourquoi il parlait des autres religions et que le diocèse ne faisait rien pour « leurs frères qui partagent la même foi catholique ».
 
Le débat s’est continué hors de la cathédrale, et plusieurs personnes ont rejoint la messe tridentine.
 
Deux prêtres du diocèse d’Amiens nous ont fait savoir qu’ils ne partageaient pas la même position que leur évêque et qu’ils souhaitaient « qu’une église soit confiée au plus tôt aux catholiques fidèles à la tradition ».

 (Jacques Goffinon)

[Mgr Fellay, fsspx - Olivier Figueras - Présent] Entretien de Mgr Bernard Fellay à "Présent"

SOURCE - Mgr Fellay, fsspx - Olivier Figueras - Présent - 1er décembre 2007

Où en est le Motu proprio depuis le 14 septembre ?
- Les échos que j’en ai pour l’instant sont plutôt négatifs, certains évêques cherchant manifestement à en limiter l’application. Il y a là une certaine ironie, dans la mesure où ils agissent un peu comme si le Motu proprio créait un désordre parce qu’il n’y a plus désormais besoin de leur demander la permission de célébrer les sacrements selon le rite traditionnel. Il y a là une opposition objective avec la magnanimité dont le Pape a voulu faire preuve.
– Ce Motu proprio n’en demeure pas moins, selon vous, positif ?
- Effectivement, la cause de notre joie réside dans l’affirmation selon laquelle la messe de saint Pie V n’a jamais été abrogée. Ce qui comporte une foule d’implications. A commencer par le fait que, puisqu’elle a continué d’exister, elle a toujours été la loi universelle de l’Eglise. La réforme conciliaire n’a donc pas été capable de remplacer l’ancienne messe, même si, d’une certaine façon, elle a été mise au ban.
– Cela signifie-t-il donc que la crise est terminée ?
- Pas du tout ! Nous avons désormais la mission d’aider à réintroduire ce rite. Nombre de prêtres nous demandent de leur apprendre à la célébrer. Et leurs témoignages peuvent se résumer par ce propos d’un prélat romain : « Le prêtre ne peut pas trouver son identité dans la nouvelle messe. » Il y faudra, bien sûr, beaucoup de temps.
– N’y a-t-il pas un paradoxe d’affirmer, avec le ton d’une connivence affectueuse pour le Pape, que ce Motu proprio constitue un indéniable pas en avant, et que vous attendez beaucoup dans la suite, et de dire, dans le même temps, que cela sera long – sans doute sur plusieurs générations ?
- Non ! parce que, dans toute médaille, il y a deux faces. D’une part, la possibilité de remèdes pratiques immédiats ; de l’autre, la paix de l’Eglise par la résolution de la crise à sa racine qui est doctrinale. La situation présente est très contrastée. Pour que ce soit complet, il faut envisager les deux faces.
– Mais, selon l’interlocuteur, vous semblez présenter plutôt un aspect ou un autre…
- Il s’agit de voir où se trouve l’interlocuteur, de l’atteindre là où il est. Vis-à-vis de nos fidèles, j’essaye de donner la ligne juste, de corriger les erreurs. Mon souci, est de leur donner, et de leur faire garder, l’esprit catholique. C’est-à-dire un attachement sans faille à la foi, et, à un autre niveau, l’attachement à l’Eglise.
Mais vous avez affirmé, devant certains journalistes, attendre « beaucoup plus » du mouvement donné par le Pape depuis le Motu proprio.
– Lorsque je dis cela, j’envisage la possibilité, relativement prochaine, de trouver des remèdes pratiques. Mais, quand je dis aux fidèles qu’il y faudra sans doute plusieurs générations, je veux parler de la paix retrouvée dans l’Eglise par la solution de la crise doctrinale. Si on veut combiner les deux points, les deux faces de la médaille, cela signifie que les remèdes pratiques arriveront bien avant la fin de la crise.
 
Mais, même pour ce premier point, il faudra que les conditions nécessaires soient réunies. Il y a, bien sûr, la messe, telle que nous venons de la retrouver dans le Motu proprio. Le retrait du décret d’excommunication, qui ne semble guère poser de problème. Mais, tout d’abord, que l’on arrête de nous faire avaler du poison, en ce qui concerne la foi, le dogme. C’est toujours la première, la principale condition.

Propos recueillis par Olivier Figueras
Présent 5, rue d’Amboise 75002 Paris
date : 1/12/2007

[Aletheia n°116] Une encyclique dur l'Espérance - par Yves Chiron

Aletheia n°116 - 30 novembre 2007
UNE ENCYCLIQUE SUR L’ESPERANCE - par Yves Chiron 

Ce 30 novembre paraît la deuxième encyclique de Benoît XVI, Spe Salvi (« Sauvés dans l’espérance »). Après la Charité (Deus Caritas, 2006), c’est la seconde vertu théologale, l’Espérance, qui fait l’objet d’une encyclique. Viendra, plus tard, une troisième encyclique, consacrée à la Foi. Mais, déjà, dans cette encyclique sur l’Espérance, la Foi est centrale.
Le Souverain Pontife se souvient qu’il a été professeur et ce sont de denses « réflexions » (§ 30) qu’il livre aux chrétiens, plutôt qu’une simple méditation spirituelle. Il cite souvent l’Ecriture et, longuement, à plusieurs reprises, saint Augustin. Son encyclique est aussi une encyclique de combat contre le nominalisme de Luther, le subjectivisme de Kant, le matérialisme de Marx et la « dialectique négative » de l’Ecole de Francfort (Horkheimer et Adorno). Ernst Bloch et son « principe espérance » ne sont pas cités, mais, en creux, il est visé lui aussi par la réfutation menée par le pape.
La démonstration de Benoît XVI prend, dans sa première partie, le chemin d’une histoire intellectuelle, mais elle est vivifiée par la nouveauté de l’Evangile, qui n’est pas « uniquement une communication d’éléments que l’on peut connaître, mais une communication qui produit des faits et qui change la vie. »
Dans l’Antiquité, écrit le Pape, les dieux des païens « s’étaient révélés discutables et, de leurs mythes contradictoires, n’émanait aucune espérance » (§ 2). L’Evangile, par la Parole de Dieu et la vie du Christ, vient apporter l’Espérance radicale que la « vie ne finit pas dans le néant ».
L’Espérance chrétienne n’est pas « un message social révolutionnaire » (§ 4), elle est en liens étroits avec la Foi. Dans une page très forte, le Pape réaffirme le sens objectif de la foi. S’arrêtant sur la définition donnée dans la Lettre aux Hébreux (11,1) – « La foi est la substance [hypostasis en grec] des réalités à espérer ; la preuve [elenchos en grec] des réalités qu’on ne voit pas » – , et se référant à saint Thomas d’Aquin, Benoît XVI montre comment Luther est à l’origine d’une déviance essentielle dans la conception de ce qu’est la foi. Elle n’a plus un « sens objectif » (une « réalité présente en nous ») mais un « sens subjectif » (« une disposition du sujet »).
Au passage, le Pape épingle, poliment, la traduction œcuménique du Nouveau Testament en allemand qui traduit ainsi le passage en question de la Lettre aux Hébreux : « la foi consiste à être ferme en ce que l’on espère, à être convaincu de ce que l’on ne voit pas ». « En soi, cela n’est pas faux, écrit le pape, mais ce n’est pas cependant le sens du texte, parce que le terme grec utilisé (elenchos) n’a pas la valeur subjective de ”conviction”, mais la valeur objective de ”preuve”. »
Ce n’est pas une querelle sémantique mais un point nodal : « la foi est la substance de l’espérance » réaffirme le Pape (§ 10). Si elle ne s’appuie pas sur la foi, l’espérance prend des formes nouvelles, qui s’éloignent toujours plus du sens chrétien et qui, aussi, éloignent du mystère chrétien.
Avec Francis Bacon, à l’aube de l’époque moderne, la science devient porteuse de toutes les potentialités : « grâce à la synergie des sciences et des pratiques, s’ensuivront des découvertes totalement nouvelles et émergera un monde totalement nouveau, le règne de l’homme. ». Avec les Lumières, « raison et liberté semblent garantir par elles-mêmes, en vertu de leur unité intrinsèque, une nouvelle communauté humaine parfaite. » Au XIXe siècle, la foi dans le progrès devient la forme commune de l’espérance humaine, y compris dans ses aspects les plus naïfs.
De façon plus théorique, Karl Marx prétendra apporter « une politique pensée scientifiquement, qui sait reconnaître la structure de l’histoire et de la société » et promet une sorte de messianisme sécularisé. Benoît XVI montre l’ « erreur » la plus profonde  de Marx : « Il a oublié que l’homme demeure toujours homme. Il a oublié l’homme et il a oublié sa liberté. Il a oublié que la liberté demeure toujours liberté, même pour le mal. Il croyait que, une fois mis en place l’économie, tout aurait été mis en place. Sa véritable erreur est le matérialisme : en effet, l’homme n’est pas seulement le produit de conditions économiques, et il n’est pas possible de le guérir uniquement de l’extérieur, créant des conditions économiques favorables. »

Pour « une autocritique du christianisme moderne »

Benoît XVI n’est pas un subjectiviste kantien – comme l’en accuse une communication de colloque que, par charité et par respect, nous ne nommerons pas – , il n’est pas non plus « progressiste ». Pour lui, le progrès n’existe pas dans le domaine moral : « dans la connaissance croissante des structures de la matière et en relation avec les inventions toujours plus avancées, on note clairement une continuité du progrès vers une maîtrise toujours plus grande de la nature. À l’inverse, dans le domaine de la conscience éthique et de la décision morale, il n’y a pas de possibilité équivalente d’additionner, pour la simple raison que la liberté de l’homme est toujours nouvelle et qu’elle doit toujours prendre à nouveau ses décisions. »
Le Pape n’exempt pas le christianisme moderne d’errements au sujet de l’espérance. Les chrétiens, dit-il, « doivent apprendre de manière renouvelée en quoi consiste véritablement leur espérance, ce qu’ils ont à offrir au monde et ce que, à l’inverse, ils ne peuvent pas offrir. Il convient que, à l’autocritique de l’ère moderne, soit associée aussi une autocritique du christianisme moderne, qui doit toujours de nouveau apprendre à se comprendre lui-même à partir de ses propres racines. »
Ni la science, ni la raison, ni le progrès n’apportent de réponse satisfaisante à l’interrogation et à l’attente des hommes. Dire que le christianisme, seul, apporte des réponses satisfaisantes ne suffit pas. Benoît XVI rappelle que la foi n’est pas seulement une connaissance du salut mais « produit des faits et « change la vie ».
La deuxième partie de l’encyclique montre donc quels sont, aujourd’hui, les « lieux d’apprentissage et d’exercice de l’espérance ». Le premier est la prière. Benoît XVI évoque longuement le témoignage du cardinal Nguyên Van Thuan, qui a passé treize ans dans les prisons communistes vietnamiennes,  et qui a trouvé dans la prière la force d’espérer. Non pas seulement d’attendre sa libération, mais de se mettre à « l’écoute de Dieu ».
L’autre « lieu d’apprentissage et d’exercice de l’espérance » est l’acceptation de la souffrance. « Comme l’agir, la souffrance fait aussi partie de l’existence humaine. » Parce que, dit le Pape, dans une considération très traditionnelle qui risque de passer inaperçue : « Elle découle, d’une part, de notre finitude et, de l’autre, de la somme de fautes qui, au cours de l’histoire, s’est accumulée et qui encore aujourd’hui grandit sans cesse. »
Face à sa propre souffrance, le chrétien doit entrer dans une démarche d’acceptation et, face à la souffrance des autres, entrer dans une démarche de consolation, au sens étymologique latin (con-solatio) : « un être-avec dans la solitude, qui alors n’est plus solitude » dit bellement le pape (§ 38).
Le témoignage des martyrs est une autre forme d’espérance chrétienne : le don de soi-même est justifié par la « promesse » qui dépasse l’horizon terrestre. À l’exemple de Dieu, Vérité et amour, qui « a voulu souffrir pour nous et avec nous », le croyant peut être amené à placer « la vérité avant le bien-être, la carrière, la possession ».
Dans une dernière partie, Benoît XVI traite des fins dernières (le Christ comme Juge, le Purgatoire, l’Enfer), qui ont tant disparu de la prédication catholique. Je ne prétendrai pas résumer ici l’enseignement du Pape sur le sujet. Je citerai simplement ce fort passage : « Justice et grâce doivent toutes les deux être vues dans leur juste relation intérieure. La grâce n’exclut pas la justice. Elle ne change pas le tort en droit. […] À la fin, au banquet éternel, les méchants ne siégeront pas indistinctement à table à côté des victimes, comme si rien ne s’était passé. »

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Notes de lecture - par Yves Chiron
Max Barret, Mgr Lefebvre tout simplement…, La Taillanderie (384 rue des Frères-Lumière, 01400 Châtillon-sur-Chalaronne), 144 pages, 10 euros.
Le chauffeur de Jacques Chirac, Jean-Claude Laumond, a publié ses souvenirs sous le titre Vingt-cinq ans avec Lui (Ramsay, 2001). Après un quart de siècle au service du futur Président de la République, il avait été remercié de son poste en 1997 et il réglait ses comptes dans un livre où alternaient « petite et grande histoire, galipette et galéjades, vie privée et vie publique ».
Max Barret a été, sur une durée à peu près équivalente, avec d’autres, le chauffeur de Mgr Lefebvre. Il publie, lui aussi, les souvenirs, intimes, qu’il garde du fondateur d’Ecône. Loin du règlement de comptes, son livre relève plutôt de l’hagiographie, ou plutôt de ces fioretti qui, mis bout à bout, ne font pas un portrait mais qui ajoutent des touches d’humanité aux livres historiques déjà existants.
De nombreuses photographies et la reproduction de lettres manuscrites de Mgr Lefebvre viennent marquer du signe de l’authenticité ces souvenirs sans prétention et déférents.
L’évocation du P. Eugène de Villeurbanne, le courageux fondateur des « Capucins de tradition », ajoute à l’intérêt du livre.
 

Joachim Bouflet, Ces dix jours qui ont fait Medj’, Editions CLD (31 rue Mirabeau, 37000 Tours), 347 pages, 21 euros.
Joachim Bouflet, qui est un bon spécialiste des phénomènes extraordinaires de la vie mystique, consacre aux origines de Medjugorje un livre pointilleux et ravageur. Il établit, d’après des sources diverses, ce qui s’est vraiment passé à Medjugorje entre le mercredi 24 juin 1981, jour de la première manifestation supposée surnaturelle, et le vendredi 3 juillet 1981, jour annoncé, à l’époque, comme étant celui de la dernière apparition.
Pourquoi les supposées apparitions ont-elle duré ensuite, et jusqu’à aujourd’hui ? Pourquoi aussi, des six voyants du 1er jour, deux n’ont plus « vu » ensuite, tandis que deux autres n’ont « vu » qu’à partir du 2e jour ?
On sera d’accord avec le jugement final de l’auteur :
…les adolescents et l’enfant ont-ils vraiment vu quelque chose ? Et, dans l’affirmative, qu’ont-ils vu ? Etait-ce réellement la Vierge Marie ? Au terme d’enquêtes rigoureuses, les évêques successifs de Mostar ont exclu cette éventualité. Il est vrai qu’ils ont eu à se prononcer sur un ensemble qui dépasse largement ces dix jours puisque, contre toute vraisemblance, la Vierge Marie aurait continué d’apparaître après avoir annoncé la fin des apparitions pour le 3 juillet et, qu’à partir de cette date, les événements ont basculé dans un registre visionnaire fort suspect auquel tous les voyants ont adhéré ; ces apparitions après les apparitions orchestrées par les Franciscains de Medjugorje, sont émaillées d’invraisemblances et de mensonges qui rendent difficilement crédible l’hypothèse d’une authentique mariophanie dans les dix premiers jours, encore qu’il puisse s’agir de réelles apparitions mariales parasitées dès le début par un (une, des) faux voyants et totalement déviés par la suite. Peut-être sommes-nous là en présence d’un véritable gâchis imputable surtout à des intérêts personnels très terre à terre…