15 mars 2000

[Abbé René de Reboul, fssp - Vivons dans la Justice et la Piété] Epilogue

SOURCE - Abbé René de Reboul, fssp - Bulletin "Vivons dans la Justice et la Piété" - mars 2000

Fraternité St-Pierre Maison Ste Odile 16, rue Francis Clerc 25000 Besançon 03 81 53 73 76 

“La Fraternité Sacerdotale Saint-Pierre a tenu une assemblée générale à Rome du 8 au 11 février 2000. Elle a été convoquée par le Saint-Siège à cause de certaines difficultés internes. A la Fin des quatre jours de discussion et de réflexion un accord a été trouvé comme base de réconciliation qui permettra une unité plus grande. ” (Communiqué de presse du Supérieur Général, M. l'Abbé J. BISIG ).
 
A notre retour, beaucoup nous ont interrogés sur le contenu de cet "accord". Il n'était pas possible d'en dire plus avant sa diffusion officielle. Voilà qui est apparemment fait. Vous trouverez sûrement ce texte dons le prochain "Tu es Petrus", une bonne occasion de vous abonner !
 
On peut donc ainsi en résumer les termes : la Fraternité Saint-Pierre reconnaît pleinement à ses prêtres la faculté d'user du nouvel "ordo missæ ", dans les conditions indiquées cet automne par le Cardinal MEDINA. Pergratum nobis est! L'exercice de ce "droit propre de tout prêtre de rite romain " ne saurait porter atteinte à l'unité de notre institut.
 
Cependant, et à l'exception de la messe chrismale du Jeudi-Saint, à cause de son caractère propre à signifier l'unité de l'Eglise, il a été demandé aux prêtres de la Fraternité de renoncer volontairement à ce droit de célébrer ou de concélébrer dans le nouveau rite, même de manière occasionnelle. C'est un engagement qui ne doit faire de difficulté pour personne du moment qu'il appartient à la Fraternité Saint-Pierre. Notre attachement à l'ancienne tradition demeure bien réel, ainsi que notre volonté de la faire connaître et estimer par une plus grand part de fidèles catholiques. La légitimité d'un tel engagement demande, bien sûr, à être reconnue par l'autorité romaine. Nous nous soumettrons, comme par le passé, à son jugement : C'est, à notre sens, la condition du vrai respect de l'esprit des fondateurs de notre Fraternité, pour lesquels, sans aucun doute l'attachement à Rome primait sur la conservation d'une liturgie, fut-elle sans équivalent. Cette conviction les avait conduits au choix de 1988.
 
Quant à la concélébration du Jeudi-saint, nous devons bien comprendre son enjeu. Nous avons beaucoup critiqué les abus de la liturgie moderne avec leurs conséquences néfastes pour la transmission de la foi. Mais nous oublions facilement les abus d'un autre genre dont l'ancienne liturgie a été le prétexte et qui ont conduit souvent à une prise distance avec l'autorité ecclésiastique voir à des situations plus préoccupantes. Que chacun répare là où il a péché. Ainsi, la concélébration est attendue de nous plus que de quiconque. De notre côté nous souhaitons vivement un assagissement de la nouvelle liturgie (il est clair que nous ne participerons pas à n'importe quelle cérémonie), afin qu'elle redevienne apte a véritable transmission de la foi.

Enfin, il restera les cas de force majeure. Ce sont des choses qui arrivent : "Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho, et il tomba au milieu de brigands qui après l'avoir dépouillé et roué de coups, s'en allèrent, le laissant à demi mort. Un prêtre vint à descendre par ce chemin-là ; il le vit et passa outre. Pareillement un lévite, survenant en ce lieu le vit et passa outre. Mais un samaritain qui était en voyage arriva près de lui, le vit et fut pris de pitié ... " (Luc 10/30 ss). On connaît les bonnes raisons qui disuadent ces hommes du temple de se tourner vers ce malheureux : leur rite, un très ancien rite pour le coup et très vénérable, leur défend de toucher un cadavre sous peine d'impureté et d'inaptitude à offrir ce jour le sacrifice (Lv 22/4). Ils ne veulent pas prendre ce "risque", quitte à laisser un homme mourir. Quant à notre samaritain, inobservant de ce genre de prescription par défaut congénital, il est accessible à un rite vraiment nouveau, celui de la charité. Que celui qui a des oreilles pour entendre qu'il entende. Nous sommes "Iiés" à la liturgie tridentine, mais il y des cas...!

Abbé René de Reboul
 
Mars 2000 - bulletin n°117

[Abbé Christan Bouchacourt, fsspx - Le Chardonnet] Plaidoyer pour une mère...

Abbé Christan Bouchacourt, fsspx - Le Chardonnet - mars 2000

Chaque vingt-cinq ans, depuis 1300, a lieu une Année Sainte dans l'Église au cours de laquelle les catholiques sont invités à la conversion, à retrouver la grâce de leur baptême, à purifier leur âme et à se libérer de l'esclavage du péché. Ce temps est aussi l'occasion d'approfondir les vérités de la foi, de s'approcher avec plus de profit des sacrements et de redécouvrir la splendeur de la liturgie.
 
Une année sainte ou jubilaire devrait être une période de réelle joie spirituelle mais il nous faut constater, hélas, que nous vivons un long chemin de croix. Les rassemblements inter-religieux, comme les célébrations œcuméniques à répétition, défigurent tous les jours un peu plus cette Église que nous aimons.
 
La sainteté même de l'Église va être bafouée le 12 mars prochain par la journée de repentance présidée par le pape. Le but d'une telle journée est de demander pardon pour des prétendues fautes que d'autres ont commis hier ou dans un passé lointain, sous-entendant par-là que l'Église en porterait la responsabilité ; ainsi les ennemis de notre religion exulteront et les catholiques n'en seront que plus humiliés. Nous ne pouvons admettre cela ! Pas plus qu'un enfant ne peut tolérer que sa mère soit salie ; nous ne tolérons pas que l'Église, notre Mère, soit ainsi flagellée non seulement par ses ennemis mais encore par ceux qui la gouvernent.
 
En effet, l'Église a reçu l'ordre du Christ de se répandre de par le monde "Allez enseigner toutes les nations..." Alors l'Évangile se répandit dans l'empire romain malgré les persécutions. Très rapidement, les premiers monastères furent érigés ; les bénédictins, par exemple, essaimèrent un peu partout en Occident ; les moines défrichèrent les forêts, apprirent aux populations à travailler la terre et instruisirent les enfants. Le paganisme, avec toutes ses monstruosités, recula. Une civilisation naissait : la chrétienté ! S'élevèrent alors des églises et des cathédrales construites bénévolement par les catholiques eux-mêmes après leur journée de travail. Beaucoup de grandes villes françaises ont pour origine un monastère. L'Église ouvrit un peu partout des dispensaires, des hôtels-Dieu, des hôpitaux gratuits pour les indigents et cela, bien avant l'existence de la Sécurité Sociale...
 
L'Église favorisa aussi le savoir, en ouvrant les grandes universités qui firent la gloire de la chrétienté, comme par exemple la Sorbonne à Paris et l'Université de Salamanque en Espagne. Elle voulut aussi être un instrument de paix. Voyant les hommes s'entre-tuer le pape Jean XV, en 990, lança l'idée de la Trêve de Dieu qui interdisait, sous peine d'excommunication, de faire la guerre pendant l'Avent et le Carême niais aussi du mercredi au lundi suivant, ce qui laisse peu de jours pour la guerre!
 
L'Église défendra ses lieux saints menacés par les musulmans. N'avait-elle pas raison de s'inquiéter lorsqu'elle lisait dans le Coran les citations suivantes ? : "Il n'y a point auprès de Dieu d'animaux plus vils que ceux qui ne croient point et restent infidèles" (sourate VIII, verset 57) ou encore "tuer les idolâtres partout où vous les trouverez, faites-les prisonniers, assiégez-les dans toutes les embuscades" (sourate IX, verset 5) ou enfin "admonestez vos femmes dont vous craignez l'infidélité ; reléguez-les dans des chambres à part et frappez-les" (sourate IX, verset 34).
 
Les états catholiques vont en effet commencer la conquête du continent américain. Doit-on les condamner pour avoir mis fin à la civilisation aztèque qui "offrait" 20 000 sacrifices humains par an, si ce n'est plus ? Peut-on leur reprocher d'avoir mis fin à la civilisation Inca qui enterrait leurs rois défunts avec quelques serviteurs et servantes, bien vivants, eux, sans compter le cannibalisme qu'elle pratiquait?
 
L'Église, au Moyen-Age, eut le souci de protéger l'ouvrier sans défense ; Le leader socialiste Louis BLANC le reconnaîtra dans son Histoire de la Révolution française. "Protéger les faibles était une des préoccupations les plus chères du législateur chrétien".
 
La Révolution française détruisit réorganisation sociale en interdisant, entre autre, les corporations. Les ouvriers furent alors exploités par la révolution industrielle et le capitalisme du XIXè siècle. De grands catholiques tels qu'Albert de MUN et René de LA TOUR du PIN déposèrent une proposition de loi interdisant de faire travailler avant 13 ans, les garçons, et 16 ans, les femmes, et limitant la journée à 11 heures de travail ; cette proposition fut repoussée par 8 voix dont 2 socialistes...!
 
Les patrons catholiques eurent le soin aussi de veiller sur les familles en lançant, dès 1916, les premières allocations familiales qui furent définitivement adoptées et généralisées par le régime de Vichy. Les congés payés étaient eux-mêmes en vigueur dans un très grand nombre d'entreprises dirigées par des patrons catholiques, et cela bien avant 1936. L'encyclique de Léon XIII, Rerum Novarum, avait donné un élan magnifique à la doctrine sociale. La liste des bienfaits de l'Église depuis 2 000 ans est considérable. Devant les attaques répétées contre notre religion, l'Église notre Mère ne devait-elle pas rappeler tous ces bienfaits à ses enfants et au monde ? Bien sûr elle est constituée d'hommes faillibles et pécheurs mais leurs fautes et leurs désordres ne peuvent et ne doivent pas lui être attribués mais à la nature humaine pécheresse.
 
Il me semble cependant, qu'à la place de cette lamentable repentance, on pourrait attendre un réel repentir : Celui de toutes les réformes engagées depuis le concile Vatican Il qui ont bouleversé de fond en comble l'Église. Beaucoup de ceux qui sont à l'origine de ces réformes sont encore vivants comme le sont les évêques qui cherchent à les imposer. Combien d'hommes et de femmes ont perdu la foi depuis 35 ans ! Combien de prêtres ont abandonné leur sacerdoce ! Combien de pauvres gens sont allés se réfugier dans les sectes parce qu'ils étaient désorientés par leurs pasteurs Là il me semble qu'il y aurait matière à demander pardon...
 
Gardons courage, nous sommes certains qu'un jour ce temps arrivera, la Vierge ne nous l'a-t-elle pas promis à Fatima : "A la fin, mon Coeur Immaculé triomphera".
 
Abbé Christian BOUCHACOURT