11 décembre 1975

[Mgr Mamie] Mise au point

SOURCE - Mgr Mamie - 11 décembre 1975

Dans une Lettre aux amis et bienfaiteurs de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X (n° 9, datée de la fête de saint Pie X 1975 – lettre largement diffusée), Mgr Lefebvre écrit : « Le moment me semble venu de porter à votre connaissance les derniers événements concernant Écône, et l’attitude qu’en conscience, devant Dieu, nous croyons devoir prendre en ces graves circonstances
  
Dans cette même lettre, il dit ceci: «C’est parce que nous estimons que toute notre foi est en danger par les réformes et les orientations post conciliaires que nous avons le devoir de désobéir et de garder les traditions. C’est le plus grand service que nous pouvons rendre à l’Église catholique, au Successeur de Pierre, au salut des âmes et de notre âme, que de refuser l’Église réformée et libérale, car nous croyons en Notre Seigneur Jésus-Christ, fils de Dieu fait homme, ni n’est ni libéral, ni réformable».
  
La Télévision suisse, dans une émission du 6 novembre dernier, a présenté une émission sur l’intégrisme. Une très large place a été faite aux initiatives liturgiques placées sous le patronage de messes célébrées selon le rite de saint Pie V.
  
Le journal Le Monde, dans son numéro du 27 novembre, donne quelques informations sur le même sujet et publie en particulier la lettre du Supérieur général de la Congrégation du Saint-Esprit qui désavoue publiquement les positions de Mgr Lefebvre.
Le journal La Croix, dans son numéro du 27 novembre, sous le titre «Mgr Lefebvre refuse l’obéissance à Paul VI», informe lui aussi ses lecteurs.
En accord avec la Conférence des évêques suisses, nous avons tenu, pour notre part, publier les lettres qui constituent ce nouveau dossier. Quelques commentaires sont nécessaires.
  1. II est surprenant que Mgr Lefebvre n’ait pas répondu à la première lettre si claire et si paternelle du Souverain Pontife.

  2. II a donc été nécessaire que le Pape écrive de sa main une nouvelle lettre pour que Mgr Lefebvre reconnaisse l’authenticité de la première.

  3. Dans sa réponse, Mgr Lefebvre exprime son « attachement sans réserve au Saint-Siège et au Vicaire du Christ ».

  4. Cependant, entre cette affirmation et la poursuite de l’activité du séminaire d’Écône, la fondation de nouveaux Instituts, certaines prises de position contre le IIe Concile du Vatican et la lettre aux amis et bienfaiteurs que nous venons de citer, il y a, à mes yeux, contradiction, puisqu’on y invite au « devoir de désobéir ».
C’est avec une grande tristesse que nous donnons ces informations. Nous avons tant espéré que Mgr Lefebvre accepterait les demandes du Souverain Pontife. Il est plus urgent que jamais d’intensifier nos prières pour que fidèles, prêtres et évêques restent attachés par leurs actes au Successeur de Pierre, car sans attachement et soumission au Pape il n’y a plus d’Église catholique.
Nous rappelons :
  • a) Ce qu’écrivait S. S. le Pape Paul VI à Mgr Lefebvre (lettre du 29 juin 1975) : « Certes, des problèmes d’un tout autre ordre nous préoccupent également. La superficialité de certaines lectures des documents conciliaires, des initiatives individuelles ou collectives relevant parfois davantage du libre-arbitre que de l’adhésion confiante à l’enseignement de l’Ecriture et de la Tradition, des démarches pour lesquelles la foi sert arbitrairement de caution, nous les connaissons, nous en souffrons et nous nous efforçons d’y remédier pour notre part, à temps et à contretemps. Mais comment s’en prévaloir pour s’autoriser à des excès gravement préjudiciables ? Telle n’est pas la voie, puisqu’elle emprunte en définitive un itinéraire comparable à celui qui est dénoncé… »

  • b) Ce que nous a écrit S. Em, le cardinal Jean Villot, secrétaire d’État (lettre du 27 octobre 1975) : « La vigilance en matière doctrinale et liturgique, la clairvoyance dans le discernement des réformes à mettre en oeuvre, la patience et le tact dans la conduite du Peuple de Dieu, le souci des vocations sacerdotales et d’une préparation exigeante aux taches du ministère, tout cela est sans nul doute le témoignage le plus efficace qu’un Pasteur puisse donner. »

  • c) Ce que nous avons écrit (le 7 juin dernier) : « Nous demeurons cependant tristes (mais confiants), parce que nous avons dû dire publiquement des dissensions dans la famille des enfants de Dieu et des fils de l’Église. Nous aurions aimé résoudre nos problèmes entre nous, dans la discrétion et le silence. Nous n’y sommes pas parvenus. Prions beaucoup, afin que la paix et la confiance reviennent. »Que Dieu nous donne de rester fidèles à la vérité dans une constante charité.

15 novembre 1975

[Congrégation du Saint-Esprit] Le Supérieur général et son Conseil à tous les membres de la Congrégation

SOURCE - 15 novembre 1975

Le Supérieur général et son Conseil à tous les membres de la Congrégation

Chers confrères,

Plusieurs d’entre vous nous ont posé des questions au sujet de Mgr Marcel Lefebvre, de ses œuvres et de ses options. Nous comprenons aisément vos préoccupations, compte tenu des fonctions qu’il a exercées autrefois.

Loin de nous de vouloir ajouter, par ces mises au point, aux souffrances présentes de Mgr Lefebvre, Aussi voudrions-nous vous exhorter en tout premier lieu à prier pour lui. Nous ne pouvons oublier le bien accompli dans le passé.

Malgré cela, nous avons le devoir de préciser les points suivants :
  1. Mgr Lefebvre a fondé ses œuvres indépendamment de la Congrégation.
  2. La Congrégation a toujours été et reste entièrement étrangère aux évolutions et aux options des fondations de Mgr Lefebvre.
  3. Fidèles au Concile Vatican II et à l’autorité de Paul VI, les membres de la Congrégation ne peuvent qu’être en désaccord avec les prises de position de Mgr Lefebvre.
  4. Étant donné que la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X et les fondations qui en dépendent n’ont plus d’existence juridique depuis les mesures prises en mai dernier par les autorités compétentes de l’Église, le Supérieur général et les autres Supérieurs majeurs de la Congrégation refusent à tout confrère l’autorisation de rejoindre ces œuvres. Un membre de la Congrégation qui passerait outre à cette interdiction le ferait de sa propre initiative, avec toutes les conséquences qui en découlent selon le droit et nos Constitutions.
En outre, toutes ces mises au point s’imposent à nous, du fait que les décisions, orientations et options de nos Chapitres généraux de 1968-1969 et de 1974 engagent résolument la Congrégation dans le renouveau voulu par Vatican Il pour l’Église, la Mission et toute notre vie de Spiritains.

27 octobre 1975

Lettre du cardinal Villot aux Conférences Episcopales - 27 octobre 1975
Mis en ligne par http://fsspx.org [NOTE DE FSSPX.ORG: Cette lettre du cardinal Villot, secrétaire d’Etat, est adressée sous le numéro 290 499/94 à tous les présidents des conférences épiscopales.]
Éminence,

Excellence,

Le 6 mai dernier, Mgr Pierre Mamie, évêque de Lausanne, Genève et Fribourg, agissant avec le plein accord du Saint-Siège, retirait l’approbation canonique à la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X dirigée par Mgr Marcel Lefebvre, ancien archevêque-évêque de Tulle. Les fondations de cette Fraternité, et notamment le séminaire d’Écône, perdaient du même coup le droit à l’existence. Ainsi se trouvait tranchée, du point de vue juridique, une affaire particulièrement complexe et douloureuse.

Où en est-on à six mois de distance ? Mgr Lefebvre n’a pas encore accepté, dans les faits, la décision de l’autorité compétente. Ses activités se poursuivent, ses projets tendent à se concrétiser en divers pays, ses écrits et ses propos continuent d’abuser un certain nombre de fidèles désorientés. On prétend, ici ou là, que le Saint-Père s’est laissé entraîner, ou que le déroulement de la procédure a été entaché de vices de forme. On invoque la fidélité à l’Église d’hier pour se démarquer de l’Église d’aujourd’hui, comme si l’Église du Seigneur pouvait changer de nature ou de forme.

Considérant le dommage causé au peuple chrétien par la prolongation d’une telle situation, et seulement après avoir usé de toutes les ressources de la charité, le Souverain Pontife a donc disposé que les informations suivantes, qui devraient contribuer à lever les derniers doutes soient communiquées à toutes les Conférences épiscopales.

La Fraternité sacerdotale Saint-Pie X fut érigée le 1er novembre 1970 par Mgr François Charrière, alors évêque de Lausanne, Genève et Fribourg. Pieuse Union diocésaine, elle était destinée, dans l’esprit de Monseigneur Lefebvre, à se muer par la suite en une société de vie commune sans vœux. Jusqu’à sa reconnaissance comme telle — reconnaissance qui n’est d’ailleurs pas intervenue —, elle demeurait par conséquent soumise à la juridiction de l’évêque de Fribourg et à la vigilance des diocèses dans lesquels elle exerçait ses activités. Ceci conformément au droit.

Il se révéla cependant assez rapidement que les responsables refusaient tout contrôle des instances légitimes, restant sourds à leurs monitions, persévérant envers et contre tout dans la ligne choisie : l’opposition systématique au concile Vatican II et à la réforme post-conciliaire. Il n’était pas acceptable que des candidats au sacerdoce soient formés en réaction contre l’Église vivante, contre le pape, contre les évêques, contre les prêtres avec lesquels ils seraient appelés à collaborer. Il devenait urgent d’aider les vocations qui avaient été ainsi orientées. Enfin il apparaissait nécessaire de remédier au trouble croissant dans plusieurs diocèses de Suisse et d’autres nations.

Vu la gravité de la matière et dans le souci que 1’enquête fût menée indépendamment de toute passion, le Saint-Père institua donc une Commission cardinalice composée de trois membres : le cardinal Gabriel-Marie Garrone, préfet de la Congrégation pour l’Éducation catholique, président ; le cardinal John Wright, préfet de la Congrégation pour le Clergé ; et le cardinal Arturo Tabera, préfet de la Congrégation pour les Religieux et les Instituts séculiers. Cette Commission reçut pour tâche d’abord de réunir les informations les plus étendues et de procéder à un examen de tous les aspects du problème ; ensuite de proposer ses conclusions au Souverain Pontife.

La première phase des travaux dura environ un an. C’est dire que l’on procéda sans aucune hâte, au contraire de certaines allégations, et que l’on prit le temps exigé par une réflexion approfondie. De très nombreux témoignages furent recueillis. Une Visite apostolique de la Fraternité fut effectuée à Écône (11-13 novembre 1974) par Mgr Albert Deschamps, recteur émérite de l’université de Louvain et secrétaire de la Commission pontificale biblique, assisté de Mgr Guillaume Onclin, à titre de conseiller canonique. Mgr Mamie et Mgr Adam, évêque de Sion (diocèse d’Écône), furent entendus à plusieurs reprises, et Mgr Lefebvre fut convoqué par deux fois à Rome, en février et en mars 1975. Le pape lui-même était fréquemment et scrupuleusement tenu au courant du déroulement de l’enquête et de ses résultats, comme il devait le confirmer au cours de l’été à Mgr Lefebvre (cf. les deux Lettres pontificales dont il sera question plus loin).

La seconde phase aboutit à la décision que l’on sait, décision rendue publique sur ordre de Sa Sainteté communiqué à la Commission cardinalice, et décision sans appel puisque chacun de ses points fut approuvé « in forma specifica » par l’Autorité suprême.

Je ne m’étendrai pas davantage sur l’historique des événements. Si vous l’estimiez utile, vous pourriez en effet demander des précisions au représentant pontifical dans votre pays. Il a reçu pour instruction de vous les fournir en cas de besoin.

Il est donc clair maintenant que la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X a cessé d’exister, que ceux qui s’en réclament encore ne peuvent prétendre — à plus forte raison — échapper à la juridiction des Ordinaires diocésains, enfin que ces mêmes Ordinaires sont gravement invités à ne pas accorder, d’incardination dans leur diocèse aux jeunes qui déclareraient s’engager au service de la « Fraternité ».

Il me reste à vous présenter les documents ci-joints, deux lettres adressées par le Saint-Père à Mgr Lefebvre, et une réponse de ce dernier. Leur divulgation eût été déplacée jusqu’ici : l’Évangile enseigne que la correction fraternelle doit d’abord se tenter dans la discrétion. C’est aussi la raison pour laquelle le Saint-Siège s’est abstenu de toute polémique depuis l’origine de cette affaire et n’a jamais cherché à réagir aux insinuations, manipulations mensongères de faits, accusations personnelles abondamment répandues dans la presse. Mais vient parfois un moment où le silence ne peut plus être conservé et où il faut que l’Église sache (cf. Mt 18, 15-17).

La première lettre, datée du 29 juin 1975, a été portée à Écône le 8 juillet. Elle n’a jamais reçu de réponse. Vous y lirez, comme dans la seconde (8 septembre), la douleur du Père commun et l’espérance qui l’habite toujours, même si aucun signe de réelle bonne volonté ne lui a encore été donnée. Vous verrez que son désir le plus cher est d’accueillir son Frère dans l’épiscopat, lorsqu’il se sera soumis.

La lettre de Mgr Lefebvre constitue certes un témoignage de dévotion personnelle à l’égard du Pontife, mais rien malheureusement n’autorise à penser que l’auteur soit résolu à obéir. Elle ne peut donc pas être considérée à elle seule comme une réponse satisfaisante.

Éminence, Excellence, si les circonstances font que le problème vous touche d’une manière ou d’une autre, vous aurez à cœur, en cette Année Sainte, de travailler pour la paix et la réconciliation. L’heure n’est pas à la polémique, elle est plutôt à la charité et à l’examen de conscience. Les excès appellent souvent d’autres excès. La vigilance en matière doctrinale et liturgique, la clairvoyance dans le discernement des réformes à mettre en œuvre, la patience et le tact dans la conduite du peuple de Dieu, le souci des vocations sacerdotales et d’une préparation exigeante aux tâches du ministère, tout cela est sans nul doute le témoignage le plus efficace qu’un pasteur puisse donner.

Je suis certain que vous comprendrez cet appel et, avec vous, je souhaite que l’unité des membres de l’Église resplendisse davantage demain.

Croyez à mes sentiments fidèlement et cordialement dévoués.

J. card. Villot.

4 octobre 1975

[Mgr Lefebvre] Sermon Salle Wagram, à Paris, lors des confirmations

SOURCE -  Mgr Lefebvre, fsspx - 4 octobre 1975

Bien chers parents,

Permettez-moi de vous adresser à vous aussi quelques mots d'encouragement. Vous savez mieux que vos enfants, qui manquent encore d'expérience, les difficultés que connaît l'Église, et c'est parce que vous en êtes conscients que vous voulez réagir contre cette désagrégation interne de l'Église, que vous voulez maintenir votre Foi - cette Foi dont je viens de parler à vos enfants - que vous voulez continuer à la professer et que vous faites des sacrifices pour elle. Malgré, en effet, les difficultés que cela peut représenter, vous venez conduire vos enfants, là où vous savez qu'ils recevront une véritable instruction chrétienne, là où ils recevront de véritables sacrements, là où ils assisteront au véritable Sacrifice de la Messe. Et cela ne va pas sans sacrifices de votre part, sacrifices non seulement matériels, non seulement physiques, mais sacrifices moraux parce que, je le sais et vous le savez tous, ce Sacrifice, cette profession de notre Foi nous divisent, tandis que nous devrions rester 'unis' dans la même Profession de Foi, dans la volonté de recevoir de vrais Sacrements et d'assister à l'unique vrai Sacrifice de la Messe. Et cependant, l'Église, qui pendant des siècles ne s'est jamais posé une seule question là-dessus, la voilà aujourd'hui divisée depuis ses plus hautes instances jusqu'au moindre des fidèles sur des sujets sur lesquels elle n'avait jamais eu d'hésitation pendant tout le cours de son existence. Et cette division à l'intérieur de l'Église n'épargne personne, ni les familles, ni les états, quelqu'incroyable, quelqu'invraisemblable que cela puisse être d'hésiter sur la nature du Saint Sacrifice de la Messe.

Comment peut-on, en effet, hésiter entre une Messe qui est un véritable Sacrifice, et une messe qui est en définitive un culte protestant, un repas, une communion, une eucharistie, une cène comme le disait déjà Luther ? Comment peut-on hésiter sur les Sacrements que l'on reçoit ? C'est ce que j'ai répondu au Cardinal Marty qui me reprochait de venir donner le Sacrement de Confirmation à vos enfants. Je lui ai dit les parents ont le droit de savoir d'une manière certaine, que leurs enfants reçoivent véritablement la grâce du Sacrement de Confirmation, ils en ont le droit". Or actuellement, la manière dont on confère le Sacrement de Confirmation peut donner naissance à de véritables doutes sur sa validité. Si par exemple, comme il arrive à des prêtres délégués de le faire, l'on dit : " Je te signe du signe de la Croix et reçois le Saint Esprit", le Sacrement est invalide. Une telle formule, en effet, ne signifie pas la grâce sacramentelle. Tous les Sacrements donnent le Saint Esprit. La formule sacramentelle doit signifier la grâce sacramentelle, comme, par exemple, dans le Baptême où la formule " Je te baptise au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit" signifie que le baptisé est lavé de la tâche originelle et devient enfant de Dieu. De même dans le Sacrement de Confirmation, puisque la grâce en est le sceau du Saint Esprit, il faut que cela se traduise dans la formule et donc, dire : "reçois l'Esprit Saint", ne suffit pas. Cette formule ne signifie pas la grâce de la Confirmation et est, par le fait, invalide. C'est pourquoi, j'ai écrit au Cardinal Archevêque de Paris qu'étant donné les doutes qui pesaient sur la validité du Sacrement, j'estimais de mon devoir de répondre à la demande des parents devenir donner à leurs enfants un sacrement de confirmation qui, pour n'être peut-être pas licite, n'en est pas moins certainement valide. Je sais que l'on me dira qu'en agissant ainsi, je désobéis à la loi de l'Église.

Mais qu'est-ce qu'une loi ? Une loi est faite pour la vie. La loi du Droit Canon est faite pour nous aider à vivre de la grâce. Si l'on s'en sert pour diminuer, voire éteindre en nous cette vie surnaturelle, cette loi est, par le fait même, caduque et nous ne devons pas la suivre. On ne peut pas se servir de la loi pour la mort comme c'est le cas de la loi sur l'avortement. Cette loi est " contradictoire ", si je puis ainsi parler, puisque faite pour tuer, tandis que Dieu nous donne la loi pour vivre. Il en est de même dans le domaine spirituel. La loi du Droit Canon est faite pour nous faire vivre spirituellement et nous conduire ainsi à la Vie Éternelle. Si l'on emploie cette loi pour nous empêcher d'y arriver, pour faire avorter en quelque sorte notre vie spirituelle, nous sommes alors obligés de désobéir, exactement de la même façon que nous sommes obligés de désobéir à la loi de l'avortement.

Hélas, je le mesure bien, tout ceci est très grave et ceux qui détournent la loi de son but font une chose très grave. Aussi, devons-nous prier de tout notre coeur pour que cette crise de l'Église que l'on dénature, que l'on désagrège, que l'on détruit, cesse enfin, et que l'Église redevienne ce qu'elle était autrefois et qu'ainsi le désir que nous avons de la servir retrouve son objet. Certes, l'Église ne peut pas périr. Et elle est vivante, puisque vous êtes là. Voilà l'Église vivante, puisque vous êtes là. Voilà l'Église vivante, elle continue et - cela est admirable - il en est de même dans tous les pays du monde, comme je peux m'en rendre compte dans mes nombreux voyages. Le Corps Mystique de Notre Seigneur réagit contre les forces de mort que l'on veut lui inoculer, partout il y a une résistance à cette désagrégation de l'Église. Réjouissons-nous donc et demandons à Dieu de continuer de répandre sur les fidèles qui veulent garder la foi la force de son Esprit-Saint.

Et c'est pourquoi je continue mon séminaire. Parce que vous avez besoin de prêtres. Je sais qu'on n'hésitera pas à employer la loi pour essayer de détruire mon séminaire, mais cela est une oeuvre de mort dirigée contre une maison qui forme de bons prêtres, de saints prêtres comme l'Église les a toujours formés. "Vous-mêmes, clercs qui condamnez mon séminaire, vous avez été formés de cette façon, vous avez fait votre séminaire comme je l'ai fait, comme le refais actuellement auprès de mes séminaristes. Pourquoi voulez-vous faire disparaître ce qui vous a fait prêtres vous-mêmes ? Pourquoi renier la formation que vous avez reçue ? Pourquoi condamner ce qui vous a fait prêtres ? " Et pourtant, aussi invraisemblable et inconcevable que cela puisse paraître, nous sommes devant ces faits. Aussi, aux adjurations qui me sont faites de mettre tous mes séminaristes à la porte, je réponds : " Non, je ne veux pas tuer ce qui doit être l'avenir de l'Église, ce qui doit permettre à l'Église de continuer à vivre.

Je dois dire que, grâce à Dieu, à part les quelques séminaristes qui nous ont quitté avant la fin de l'année scolaire dernière, aucun n'a quitté Ecône pendant les vacances, bien que, non sans peine pourtant, nous eussions pensé que, pendant les vacances, la pression des parents, ou même de prêtres amis les aurait détournés. Eh bien, tous sont rentrés et cela a été pour nous une grande consolation de voir que tous ces jeunes gens se rendaient compte de la valeur de vérité de la formation qui leur est donnée pour les préparer au Sacerdoce.

Et aujourd'hui même, à l'heure où je vous parle, il doit y avoir à Ecône 25 nouveaux séminaristes qui vont faire leur retraite de préparation au Séminaire dans le courant de la semaine prochaine. Vous comprendrez, j'en suis sûr, que je compte sur vos prières pour ces jeunes séminaristes qui ont beaucoup de courage de venir ainsi, malgré les événements, malgré les pressions, de venir malgré tout recevoir cette formation. Puissent-ils devenir de vrais et de saints prêtres! C'est là, en effet, je le dis et je le répète, c'est là notre seul but. Nous ne faisons pas un séminaire de commando, ni pour détruire les autres séminaires, ni pour lutter contre les Évêques. Cela n'est pas vrai. Nous faisons un séminaire pour former des prêtres, de vrais prêtres, de saints prêtres, afin qu'un jour le Pape et les Évêques puissent s'appuyer sur eux, car ils n'auront plus qu'eux qui auront la vraie Foi, qui sauront ce qu'est le Sacrifice de la Messe pour lequel ils sont prêtres, qui sauront ce que sont les Sacrements, et les administrer validement. Voilà ce que doit être le véritable séminaire d'Ecône. Je vous remercie à l'avance de vos prières pour lui et demande à Dieu de vous bénir ainsi que toutes vos familles.

Je remercie enfin Monseigneur Ducaud-Bourget et je le félicite, le cher Monseigneur est comme le commandant d'un navire battu par la tempête et par les flots incessants qui essaient de le réduire à néant, mais il tient ferme le gouvernail, et c'est pour ceux qui le voient, pour ceux qui le savent, un immense encouragement. Je demande à Dieu de lui garder encore une longue vie à lui et à tous les prêtres qui l'entourent.

24 septembre 1975

[Mgr Lefebvre] Réponse à Paul VI

SOURCE - Mgr Lefebvre - 24 septembre 1975

Très Saint-Père,
Si ma réponse à la lettre de Votre Sainteté est tardive, c’est qu’il me répugnait de faire un acte public qui aurait pu faire penser que j’avais la prétention de traiter d’égal à égal vis-à-vis du Successeur de Pierre.

Par contre, je m’empresse, sur les conseils de la Nonciature, d’écrire ces quelques lignes à Votre Sainteté pour lui exprimer mon attachement sans réserve au Saint-Siège et au Vicaire du Christ. Je regrette vivement qu’on ait pu mettre en doute mes sentiments à cet égard et que certaines de mes expressions aient été mal interprétées.

C’est à son Vicaire que Jésus-Christ a confié la charge de confirmer ses frères dans la foi et qu’il demande de veiller à ce que chaque évêque garde fidèlement le dépôt, selon les paroles de saint Paul à Timothée.

C’est cette conviction qui me guide et m’a toujours guidé dans toute ma vie sacerdotale et apostolique. C’est cette foi que je m’efforce, avec le secours de Dieu, d’inoculer à la jeunesse qui se prépare au sacerdoce.

Cette foi est l’âme du catholicisme, affirmée par les Évangiles : « Sur cette pierre, je fonderai mon Église. »

Je renouvelle de tout cœur ma dévotion envers le Successeur de Pierre, « Maître de vérité » pour toute l’Église « columna et firmamentum Veritatis ».

9 septembre 1975

[Mgr Lefèbvre, fsspx] Conférence à Vienne

Mgr Lefèbvre, fsspx - 9 septembre 1975

LA CRISE DE L'ÉGLISE
Ce n'est pas pour autre chose, en effet, je pense, que vous êtes ici, dans le désir de mesurer d'une manière plus parfaite l'ampleur de cette crise terrible qui nous fait beaucoup de peine et qui nous déchire intérieurement. Nous voudrions tant que l'Église soit florissante, qu'il n'y ait pas de divisions en son sein, mais une unité parfaite comme autrefois. Nous étions si heureux alors d'être, en quelque sorte, sans problèmes, et de voir l'Église croître toujours davantage. Personnellement, j'ai pu assister à la croissance de l'Église d'une manière absolument admirable en Afrique. Lorsque j'étais délégué apostolique, en effet, entre 1948 et 1959, j'ai eu l'occasion de visiter tous les pays d'Afrique. Pendant ces onze ans, j'ai traversé l'Afrique entière, visitant les diocèses au nom du Saint Père, à qui je venais ensuite rendre compte de mes visites. C'était un émerveillement pour moi de voir la croissance de l'Église. Que s'est-il donc passé dans notre Église, pour qu'une Église qui était en plein essor, en pleine croissance se trouve tout à coup aux prises avec un drame considérable ? Actuellement, j'ai l'occasion de me rendre dans tous les pays d'Europe, en Australie, aux États-Unis, en Amérique du Sud. Partout, dans tous que les contacts que j'ai, les échos sont les mêmes ; l'Église est divisée, les catholiques sont inquiets, les prêtres ne savent plus que penser de la situation. Les évêques même constatent ces difficultés dans leurs diocèses : paroisses divisées, diocèses divisés, manque de vocations, séminaires vides : congrégations religieuses qui ne se recrutent plus. Tout cela jette l'Église du monde entier dans une angoisse vraiment profonde, et lorsque l'on va à Rome, on a les mêmes échos. Lorsqu'on a l'occasion de rencontrer des cardinaux, des personnalités, c'est toujours la même inquiétude, chacun se demande quand va se terminer enfin cette crise et ce que l'on peut faire pour y mettre un terme. Il y a donc un problème qui se pose depuis - disons-le franchement - depuis le Concile, depuis cet événement. Sans doute il y avait déjà des préparations à cette crise bien avant le Concile, cela est certain. Le péché originel d'abord et puis toutes les suites du péché originel. Mais il y a eu tout de même à ce moment là un événement qui a provoqué dans l'Église un choc, une crise vraiment douloureuse.
LA NAISSANCE D'ECONE.
Comment à l'occasion de cette crise et aussitôt après le Concile, me suis-je trouvé personnellement au coeur même - si je puis ainsi dire - de ce drame, c'est ce que je voudrais vous expliquer. En 1968, alors que je n'étais plus Supérieur Général de la Congrégation du Saint Esprit, ayant donné ma démission, des séminaristes sont venus me trouver, envoyé par des prêtres, par leurs parents, par des amis, me demandant avec insistance de leur trouver un moyen d'être éduqués en vrais prêtres, bref de leur donner une véritable formation sacerdotale. Il me fallait donc trouver un séminaire. J'ai cru en trouver un dans le Séminaire Français de Rome. J'y ai envoyé quelques séminaristes. Malheureusement, au bout d'un an ou deux, les évêques, poussés par les professeurs mêmes du séminaire, ont refusé ces séminaristes parce qu'ils gardaient leur soutane, récitaient le chapelet, se réunissaient à la chapelle et manifestaient ainsi une certaine division dans le séminaire en étant plus réguliers que les autres aux exercices de piété. Ce fut considéré comme une sorte de rébellion et on les a refusés aux Ordinations. Il m'a donc fallu chercher une autre solution pour ces séminaristes. Certains sont allés se mettre sous la protection du Cardinal Siri de Gênes. Pour ma part, j'ai cherché en Europe une Université qui fût encore assez traditionnelle pour qu'ils puissent y recevoir une bonne formation théologique et philosophique. Je me suis adressé à Fribourg, car je connaissais Mgr Charrière. Lorsque j'étais archevêque de Dakar, en effet, il était venu y passer quinze jours. C'est pourquoi je me suis dit : l'Université de Fribourg est encore bonne, il y a là de bons professeurs, je connais Mgr Charrière, c'est probablement là que j'aurais le plus de facilité à trouver un endroit pour mettre mes séminaristes. Je suis allé à Fribourg et me suis rendu chez Mgr Charrière. Les choses se sont arrangées, j'ai loué des chambres chez les Salésiens. Un an après, j'ai acheté une maison à Fribourg et, la même année, je m'installai à Ecône avec onze nouveaux séminaristes. Puis ce furent vingt deux, puis trente, puis quarante nouveaux séminaristes qui sont arrivés dans les années suivantes. Je me suis ainsi trouvé pris - si j'ose dire. Non par ma propre volonté, jamais je n'ai eu l'intention bien arrêtée à l'avance d'agir ainsi, jamais je ne me suis dit : je vais faire un séminaire, je le ferai de telle manière, je le ferai à tel endroit. Pas du tout. Ce sont vraiment les circonstances qui m'ont comme forcé à faire ce séminaire. Je me suis senti poussé par tous ces séminaristes qui venaient. Je ne pouvais plus même me dégager de cet engrenage dans lequel j'étais pris, alors que j'aurais pu prendre tout simplement ma retraite, étant déjà âgé, après de nombreuses années d'Afrique Et voilà comment Ecône est né. Agréé par l'autorité ecclésiastique, agréé par Mgr Charrière, agréé par Mgr Adam. Comment, me direz-vous, dans ces conditions, Ecône s'est-il trouvé au centre de la crise, avec des oppositions, des attaques incroyables?
L'OPPOSITION PERSONNELLE DE L'EPISCOPAT FRANCAIS.
Et d'abord, d'où sont-elles venues surtout ? De France. Pourtant mon séminaire est international, puisqu'il s'y trouve des Américains, des Australiens, des Anglais, des Belges, des Allemands, des Suisses, des Italiens. Mais évidemment, la majorité est française et les évêques français avaient déjà depuis longtemps une opposition à ma propre personne, parce que au Concile, je ne les avais pas suivis. Je puis bien le dire, en effet, je n'ai pas suivi dans mes interventions au Concile l'Assemblée épiscopale française. Ils avaient leurs réunions au cours desquelles on donnait exactement le texte des interventions qu'il fallait faire : Vous, Monseigneur Untel, vous voudrez bien faire une intervention sur tel sujet, tel théologien vous rédigera votre texte, vous n'aurez qu'à le dire. Je n'ai pas voulu être pris dans ce système, et, étant très libre, n'ayant pas eu l'habitude de me trouver dans l'assemblée française, bien que j'ai été pendant quelque temps évêque de Tulle, donc d'un diocèse de France, j'ai agi seul, en dehors de l'assemblée. Et cela, on ne me l'a pas pardonné, d'avoir, moi, un évêque français, pris dans le Concile des positions contraires à celle de l'assemblée française. À la vérité, ce n'était pas contre l'assemblée française que je prenais ces positions qui ne concordaient pas avec les siennes, mais parce que j'estimais devoir les prendre. Dès ce moment-là, j'ai commencé à être très mal vu par l'assemblée épiscopale française, à tel point que je passais pour ultra-traditionaliste, il faut bien le dire, parce que ma position était traditionnelle et contre cet esprit de nouveauté qui me semblait très dangereux. Et donc, lorsque les évêques français ont vu que j'avais un séminaire florissant, où de nombreux séminaristes se rendaient, ils ont eu peur. Ils se sont dit : voilà des séminaristes qui, une fois prêtres, viendront porter en France les idées traditionnelles de Mgr Lefebvre, et de cela, nous ne voulons pas. Nous ne voulons pas dans nos diocèses de prêtres traditionnels qui diviseront nos diocèses, qui ne seront pas dans le courant, qui s'opposeront aux autres prêtres, que sais-je ? Il y a donc eu immédiatement une opposition de la part des évêques de France. Et elle n'a fait que croître à mesure que mon séminaire grandissait, qu'ils apprenaient que je construisais des bâtiments, que le nombre des séminaristes passait de vingt à quarante, à soixante, à quatre-vingt, à cent. Ce n'était plus possible. Je devenais un gêneur à mon séminaire aussi. C'est alors quels ont fait pression à Rome, sur le Cardinal Villot, français comme eux, qui les connaissait bien et qui est un ami pour eux, et sur le Cardinal Garonne également français, pour faire supprimer mon séminaire, en disant : nous ne voulons pas de ce séminaire, il faut le supprimer. Voilà ce que l'on peut appeler la raison historique de cette opposition, opposition qui se fait au nom de l'opposition que mon séminaire représente vis-à-vis du courant actuel et, disons-le, des réformes conciliaires, du Concile lui-même.
L'ÉGLISE CONDAMNE LE LIBERALISME.
Cette opposition, il faut la situer dans l'Histoire de l'Église. Pourquoi cette opposition entre des évêques et d'autres évêques ? Je ne suis pas seul, en effet, beaucoup ont combattu avec moi dans le Concile. Nous étions 250 dans ce groupement qu'on a appelé le "Coetus Internationalis Patrum", (groupement International des Pères), qui avait une tendance traditionnelle et qui défendait la tradition contre peut-être 200 ou 250 pères qui, eux, étaient organisés pour défendre les thèses libérales. Or, vous le savez, je n'ai pas besoin de refaire devant vous l'Histoire de l'Église depuis deux siècles, vous la connaissez suffisamment, surtout vous qui désirez mieux la connaître la situation de l'Église, les Papes ont écrit des Encycliques sur ce sujet. Lisez-les ou relisez-les tous ces documents que les Papes nous ont donnés depuis le Concile de Trente jusqu'à l'Encyclique " Humani Generis " du Pape Pie XII. Que ce soit dans la Bulle " Auctorem Fidei " qui condamne le Concile de Pistoie, dans l'Encyclique " Quanta Cura " et le Syllabus de Pie IX, dans l'Encyclique " Immortale Dei " de Léon XIII, ou dans les actes de Saint Pie X, condamnant le "Sillon" et le Modernisme, tous les Papes ont condamné les thèses du libéralisme. Et s'ils l'ont fait, c'est parce qu'ils voyaient dans ces thèses, des thèses directement opposées à la foi de l'Église. Ce n'était pas seulement une condamnation de points secondaires, mais de thèses qui s'opposaient à Notre Seigneur Jésus-Christ, qui détruisaient le surnaturel, car le libéralisme détruit le surnaturel et nous fait tomber dans le naturalisme qu'ont condamné tous les Papes. Eh bien, ces thèses Libérales, condamnées et recondamnées ont toujours trouvé des catholiques pour les défendre. Même des évêques se sont opposés à ces documents pontificaux.
INFLUENCES DU LIBERALISME SUR LE CONCILE.
Et au Concile, ces thèses ont trouvé des défenseurs dans l'organisation des cardinaux des bords du Rhin, comme on les a appelés, c'est-à-dire les cardinaux de Hollande, d'Allemagne, de Belgique, de France et d'Autriche - certes l'Autriche est un peu loin du Rhin, mais elle le touche bien un peu quand même. Ces cardinaux se voyaient régulièrement et leur organisation n'était autre que l'IDOC. L'ID0C était une organisation qui existait pendant le Concile, qui avait une foule de secrétaires, des bureaux, un argent considérable venant des Conférences épiscopales, surtout hollandaise et allemande qui, très riches, finançaient tout ce secrétariat. Tous les jours pendant le Concile, nous recevions des feuilles et des feuilles de documents de l'ID0C. Tous les Pères en recevaient, nous en trouvions tous les matins dans nos boîtes aux lettres. Et puis, ils ont organisé des conférences avec des théologiens et ils avaient leurs propres experts, une véritable organisation. Ainsi vous le voyez, le groupe qui défendait les thèses libérales était organisé d'une manière incroyable, tandis que les autres Pères qui étaient venus de leurs diocèses, sans penser un instant qu'il y aurait pu y avoir une organisation de ce genre pour les conditionner en quelque sorte, se sont trouvés démunis, complètement démunis. On pensait que tout simplement la majorité des Pères allait défendre les thèses traditionnelles et qu'on n'allait pas se mettre à défendre les thèses condamnées parles Papes pendant des siècles. Et bien, malheureusement, je suis personnellement persuadé que cette organisation a réussi à triompher dans le Concile, et cela dès le début du Concile, dès les premiers jours. Le Concile, en effet, n'était pas commencé depuis huit jours, que les membres de cette organisation en détenaient déjà dans leurs mains toutes les clefs. Ils les ont tenues par les Commissions, ayant obtenu de revoir le nom de tous les membres des commissions. Ils se sont alors opposés aux noms qui étaient proposés à l'assentiment des Pères. Proposés et non pas imposés, par le cardinal Ottaviani qui avait donné les noms de ceux qui faisaient partie des commissions pré-conciliaires, seulement pour informer les Pères, et non pour imposer ces noms. Néanmoins le cardinal Liénart s'est immédiatement levé et a dit : " Nous protestons, c'est inadmissible, on veut nous imposer des listes, on veut nous imposer des noms, nous voulons avoir notre liberté, c'est aux Conférences épiscopales à désigner les noms des commissions ". Bref, toute une histoire invraisemblable. Mais l'organisation avait déjà préparé des listes qui furent aussitôt distribuées à tous les Pères dans leurs boîtes aux lettres. Et vingt-quatre heures après, il fallait voter. Personne n'avait eu le temps de préparer des listes internationales. Seul ce groupe en avait. Ce sont évidemment ces listes là qui sont passées. Ils avaient ainsi dans leurs mains les deux tiers des membres des commissions, de ceux qui rédigeraient les schémas. Puis, deuxième victoire - vous pouvez lire cela dans le livre du P. Wiltgen "The Rhine flows into the Tiber", (" Le Rhin coule dans le Tibre") -, deuxième victoire de ces libéraux, lorsqu'ils ont réussi à faire éliminer tous les schémas préparatoires. Tout le travail de préparation, auquel j'ai moi-même participé comme membre de la commission centrale, tout ce. que nous avions fait pendant deux ans et demi, tout ceci était rejeté et nous n'avions plus de schémas entre les mains. Il a donc fallu en faire refaire de nouveaux par les commissions. Et ainsi ces commissions nommées par eux refirent les schémas selon leur esprit, selon l'esprit libéral. Ce sont des choses qu'il faut savoir, qu'on ne peut pas ne pas savoir, si l'on veut se rendre compte comment tout cela à pu arriver, comment toute cette influence libérale a pu dominer l'Église, et la domine encore actuellement. Je vous dis ces choses pour vous expliquer comment le Concile a été soumis à cette influence libérale. Il faut également savoir que dans les sous-commissions pouvaient être nommées des personnes qui n'étaient pas désignées comme experts. Certes, il y avait des experts parmi les membres des sous-commissions, mais les commissions pouvaient nommer dans les sous-commissions des membres qui n'étaient pas experts. C'est ainsi que nous avons eu dans les sous-commissions des théologiens comme Schillebeckx, Rahner, Küng, Congar, Murphy des États-Unis, Leclerc de Louvain, Davis de Lancaster. Tous ces messieurs-là, dont les uns sont maintenant mariés, les autres de véritables hérétiques, étaient dans les sous-commissions. Ce sont eux qui ont rédigé les schémas. De la sorte, nous avons eu des schémas complètement soumis à cette influence. Et des schémas qui étaient équivoques. Schillebeckx lui-même a écrit "nous savons très bien ce que nous faisons en mettant des phrases équivoques dans les schémas du Concile. Nous en tirerons les conséquences après le Concile". Voilà ce que disait Schillebeckx qui était un des membres des sous-commissions. Il faut savoir ces choses-là pour se rendre compte de l'influence libérale qui a pesé sur le Concile. Car il est impossible de changer complètement un schéma qui vous est donné. On peut changer des phrases, ajouter quelques paragraphes, modifier quelques mots, on ne peut pas en changer complètement l'esprit à moins de le rejeter et de le refaire. Or la plupart du temps, nous n'avions pas le temps de changer les schémas, d'autant que la première question que l'on nous posait était : "Êtes-vous d'accord pour prendre comme sujet de discussion ce schéma qui est dans vos mains ?"Alors l'on répondait "sujet de discussion... si nous le rejetons, il va encore falloir attendre...". Les Pères étaient souvent fatigués de leur situation assez pénible dans les hôtels, ne désiraient pas que le Concile durât indéfiniment, aussi ne voulaient-ils pas rejeter tout le temps les schémas et disaient ils : " ... donc acceptons-le comme sujet de discussion". Mais aussitôt qu'on l'avait accepté comme sujet de discussion, l'on ne pouvait plus en changer les thèmes fondamentaux, mais seulement y apporter des modifications accidentelles. Si l'on voulait faire une intervention contre un point fondamental, l'on se voyait répondre - " Ah ! pardon, vous l'avez accepté comme thème de discussion, et par conséquent vous en avez accepté les idées fondamentales. Maintenant, il s'agit évidemment de savoir sous quelle forme il faut les présenter, s'il faut ajouter un paragraphe, modifier la présentation, mais non pas en changer les thèmes fondamentaux". Nous nous trouvions donc dans l'impossibilité de modifier profondément ces schémas. Et c'est ainsi que les idées de collégialité, d'oecuménisme, de liberté et quantité d'autres idées équivoques se sont trouvées exprimées dans ces schémas. Et l'équivoque était telle parfois qu'il a fallu, pour le schéma sur l'Église, insérer une note explicative qui précisât les rapports qui existent entre les évêques, le collège des évêques et le Pape, entre le collège épiscopal et le collège apostolique. Il n'est pas pensable dans un Concile de 2350 évêques d'introduire des phrases équivoques. C'est pourquoi, nous-mêmes, une douzaine d'évêques, nous avons écrit au Saint Père pour le supplier de faire attention aux équivoques qui se trouvaient dans le Concile. Nous n'avons pas eu de réponse, mais au moins le Saint Père a-t-il été averti. Ce sont ces choses qu'il faut comprendre pour se rendre compte du poids de l'influence libérale sur le Concile. Et, il faut l'ajouter, après le Concile ceux qui ont reçu et qui exercent maintenant la responsabilité des dicastères sont ceux qui les avaient attaqués le plus violemment pendant le Concile. Le cardinal Garonne, par exemple, avait violemment attaqué dans une de ses interventions, le dicastère des études et des universités. Je me souviens encore de la stupeur qu'avait causée cette intervention, et de l'ahurissement du cardinal Antoniutti, qui était présent, et de son secrétaire, Mgr Staffa, aujourd'hui cardinal, devant ces attaques contre leur dicastère. Eh bien, c'est le cardinal Garonne qui est actuellement à la tête de ce dicastère. Ce sont là tout de même des choses significatives. Actuellement, ceux qui ont les dicastères en mains sont les mêmes qui ont lutté dans le Concile pour faire passer les idées libérales. Il ne faut pas s'étonner dès lors qu'ils appliquent les décisions du Concile avec cet esprit libéral, et que nous nous trouvions dans une situation incroyable de désordre dans l'Église, d' "autodémolition de l'Église ", comme l'a dit notre Saint Père le Pape. Ces idées libérales sont corrosives par elles-mêmes, elles détruisent tout ce qu'elles touchent, si l'on peut dire, elles détruisent tout ce qu'elles font.
CE QU'EST LE LIBERALISME.
Le libéralisme, si vous le voulez, peut se définir en deux mots - car je ne puis en faire une étude complète devant vous -, en deux mots, c'est-à-dire apporter la libération, libérer l'homme. Le libérer de quoi ? de la Vérité qui lui est imposée du dehors. L'homme doit se faire lui-même sa vérité et juger lui-même de sa vérité. Donc chacun possède sa vérité, chaque époque possède sa vérité. Elle se fait à l'intérieur de la conscience de chaque homme. L'homme dispose ainsi de sa vérité qui ne lui est plus imposée du dehors, car cela est contraire à sa dignité, à son caractère d'homme adulte, d'homme moderne, d'homme libéral. Il se libère de la Vérité parce qu'il y voit une contrainte. Au contraire, si la Vérité existe et qu'elle s'impose à nous, nous devons nous y soumettre. Si l'Église est la seule Vérité, nous devons nous soumettre à l'Église. Mais on ne veut plus de Vérité qui s'impose. Deuxième libération, libération des dogmes de la foi, On ne veut pas se voir imposer des dogmes tout faits, une Révélation toute faite qui nous est proposée. On ne veut pas d'un Credo qui nous soit imposé, de sacrements qui nous soient imposés, et d'un Sacrifice de la Messe qui nous soit imposé. Tout cela n'est pas possible. L'homme moderne ne peut pas accepter des dogmes qui lui soient imposés. Il faut qu'il les critique par sa raison, qu'il les soumette à sa raison, à la science, à sa propre conscience. Par conséquent ces dogmes doivent être, eux aussi, soumis à une évolution selon les temps et la conscience que l'on en prend. Et ainsi, tout est soumis à l'homme, l'homme devient le maître de tout, le Dieu. Troisième libération, libération de la loi. L'on ne veut pas admettre de loi. La loi limite nécessairement la liberté, oblige à se conduire selon une certaine orientation. Or cela est inadmissible, inadmissible ! En effet, c'est 1 'homme qui se fait sa propre loi, il a une conscience, il doit donc se faire sa loi et on ne peut lui en imposer une. S'il estime qu'une loi sociale qui lui est imposée lui est nécessaire, il l'admet ; s'il estime qu'elle ne lui convient pas, il ne l'admet pas C'est ce qui se passe dans nos pays et même dans l'Église. Regardez les lois, le droit canon, ou du moins ce qu'il en reste. Chacun en fait ce qu'il veut. Que ce soient les rubriques liturgiques, les programmes des catéchismes, les règlements des séminaires, chacun en fait ce qu'il veut. Car tel est bien le principe du libéralisme : chacun se fait sa loi. Et ce principe corrosif s'oppose directement à Dieu. Qui, en effet, nous impose la Vérité ? La Révélation n'est pas autre chose que Notre Seigneur Jésus-Christ. Et notre Seigneur est la loi. Il est le Verbe, la loi de Dieu, la loi de charité qu'Il nous impose. C'est pourquoi l'on peut dire que le libéral attaque directement Dieu et Notre Seigneur Jésus-Christ. Cela est très grave, excessivement grave. Sans doute, les catholiques libéraux n'ont pas cette intention ni ce désir, mais par le fait qu'ils mettent ces principes en pratique, ils luttent contre Dieu et Notre Seigneur, même s'ils n'en ont pas l'intention théorique. Et d'ailleurs, ces hommes-là vivent constamment dans la contradiction, ainsi que le remarquait le cardinal Billot en définissant le catholique libéral comme l'homme qui vit dans l'incohérence. Le catholique libéral, en effet, proclame bien la thèse de l'Église, mais dans la pratique, dans l'hypothèse, il prend l'opinion publique et son opinion personnelle pour loi. En conséquence de ces principes, il n'y a pas pour le libéral, en politique comme dans l'Église, d'ennemis à gauche. Il n'y a que des ennemis à droite. Le catholique libéral est un sectaire, disait déjà Louis Veuillot. Il ne peut pas supporter ceux qui maintiennent la Vérité, ceux qui maintiennent les dogmes, ceux qui maintiennent la loi. Il ne peut pas les supporter car ils sont pour lui un reproche continuel.
UN SEUL ENNEMI POUR LE LIBERALISME : LA TRADITION
Mes chers amis, mesdames et messieurs, tout le problème d'Ecône est là. Les libéraux qui sont installés actuellement à Rome, qui dominent dans l'Église, qui, on peut bien le dire, occupent l'Église et en tiennent les postes les plus importants, ces libéraux sont prêts à faire toutes les compromissions possibles à gauche, avec les protestants, avec les bouddhistes, les pentecôtistes, les communistes. Ils n'y font aucune difficulté, du moment que c'est à gauche. Mais avec ceux qui maintiennent la tradition et les dogmes, ceux qui maintiennent la Sainte Messe et les Sacrements, ils ne veulent rien entendre. C'est pourquoi, il ne faut pas nous dire, comme quelquefois certains de nos amis traditionalistes : " mais vous devriez faire une petite concession. Pas grand'chose, mais une partie de la nouvelle messe, par exemple. Et vous seriez très bien vu à Rome, vous recevriez peut-être le chapeau de cardinal". Cela nous ne le pouvons pas, car nous nous trouvons devant une idéologie. Et la meilleure preuve qu'ils n'accepteraient pas ces concessions-là, c'est leur acharnement contre ceux qui ont simplement une attitude traditionnelle. Prenez, par exemple, ce qui s'est passé à Fribourg il y a quinze jours. On y a voulu déplacer l'abbé Noël, curé depuis 25 ans d'une paroisse du bas-Fribourg. Et pourtant, ce prêtre dit la nouvelle messe et il ne s'est jamais opposé à son évêque, ni au Concile, ni au Pape, ni à quoi que ce soit, mais il a une allure traditionnelle, il porte la soutane, il fait réciter le chapelet dans son église, il va visiter ses malades, il confesse à longueur de journées, il n'a pas tourné son autel à l'envers, bref il a gardé certaines traditions ; et donc il faut le faire partir. Cela a fait un scandale. Tous ses paroissiens se sont ligués autour de lui. Six cents d'entre eux se sont rendus à l'évêché, remettre une pétition pour empêcher le déplacement de ce curé qui n'a que soixante ans, en rappelant tout le bien qu'il a fait dans la paroisse. Mais non, il a une attitude traditionnelle, cela suffit pour le déplacer. Pas d'ennemis à gauche, des ennemis à droite. Tous ceux qui veulent maintenir tant soit peu de la tradition, qui ont simplement une allure traditionnelle, sont indésirables. C'est inutile, dans ces conditions, de nous dire qu'il suffit de faire une petite concession et que tout ira bien. Cela n'est pas vrai. C'est se faire illusion totale sur la nature de ces libéraux. Nous le voyons à chaque instant. Un Séminaire de Paray-le-Monial est allé se réfugier dans le diocèse de Cortone, avec l'approbation du Cardinal Siri. Dans ce Séminaire, on prend toute la nouvelle liturgie en langue vernaculaire, les séminaristes y sont très libres et il y a la télévision. Mais, il y a tout de même une discipline de piété et une attitude extérieure de tradition - les séminaristes reçoivent la soutane - certains la portent, d'autres non - Eh bien, on a fermé le séminaire et mis à la porte les 30 séminaristes. Qu'on ne vienne donc pas nous dire qu'il ne s'agit que d'une petite affaire, que l'on en veut à Ecône parce que nous ne prenons pas la nouvelle liturgie et que, si nous la prenions, tout irait bien. Cela n'est pas vrai, cela n'est pas vrai, les choses sont beaucoup plus graves que cela. Je viens de vous expliquer qu'il s'agit d'une histoire qui a plusieurs siècles. Il s'agit de la lutte séculaire entre les papes, entre la Vérité de l'Église et ceux qui veulent marier l'Église avec le monde, avec la Révolution, qui veulent marier la Vérité avec l'erreur, le bien avec le mal. Voilà le libéral, qui n'a de cesse que l'Église finisse par accepter le monde tel qu'il est. Non pas le corriger, non pas le convertir, mais l'accepter tel qu'il est. Eh bien, cela Dieu, Notre Seigneur ne le veulent pas. Notre Seigneur veut qu'on se convertisse à l'Église et non que l'Église se convertisse au monde.
LE LIBERALISME DANS LES REFORMES POSTCONCILIAIRES.
Or c'est cela qui s'est passé dans le Concile, c'est l'Église qui s'est convertie au monde, et non le monde à l'Église. Cette idée d'aggiornamento de l'Église, de Concile pastoral, a été comme une obsession pendant le Concile. Les Pères se demandaient que faire pour être plus près du monde, plus à l'écoute du monde, davantage reçus par lui, pour qu'il se montre plus favorable à l'Église. Des évêques disaient : "Jetons nos croix d'or, jetons nos anneaux, que le pape enlève sa tiare, descende de sa sedia gestatoria. Vivons comme des pauvres. Soyons à l'écoute du monde. Acceptons-en toutes les misères, qu'on élargisse les lois du mariage, les lois de la morale, qu'on supprime les commandements de l'Église - c'est ce qui a été demandé par Maximos IV ! - qu'on supprime les commandements de l'Église, chacun fera ce qu'il veut, ira à la messe si cela lui plaît, une fois par mois ou une fois tous les deux mois, cela suffit bien... ". En un mot, libéraliser, libéraliser, libéraliser. Voilà l'atmosphère qui a régné dans les Conciles et dans les réformes postconciliaires. Je pourrais vous raconter - mais je ne veux pas abuser de votre patience ce qui m'est arrivé comme Supérieur Général de la Congrégation des Pères du St Esprit, lors du Chapitre Général extraordinaire. J'étais Supérieur Général depuis 1962 et jusqu'en 1974. Le Chapitre a eu lieu en 1968. J'avais donc encore six ans de Supériorat. Eh bien, Mgr Moro, secrétaire de la Congrégation des Religieux, en l'absence du Cardinal Antoniutti qui était en voyage en Amérique du Sud, m'a déclaré : "Laissez vos capitulants faire ce qu'ils veulent. Depuis le Concile, vous comprenez, il faut que ce soit la base qui commande, il faut que vos membres du Chapitre Général s'organisent entre eux et nomment eux-mêmes quel qu'un pour présider le Chapitre. Car il n'est plus nécessaire que ce soit le Supérieur Général qui le préside. Vous feriez mieux d'aller vous promener en Amérique. " Voilà ce que l'on m'a dit : "Vous feriez bien de faire un voyage en Amérique ". Et cela, alors que j'étais encore Supérieur Général pour six ans. Comment voulez-vous qu'une Congrégation subsiste dans ces conditions ? Et Mgr Moro de renchérir : " Laissez y faire, laissez faire. Depuis le Concile, vous comprenez, e est aux capitulants à prendre leurs responsabilités ". De fait, les capitulants ont nommé une équipe de trois membres pour présider le Chapitre et cela a été la révolution totale dans notre Congrégation. Lorsque j'ai vu cela j'ai dit que je n'accepterais pas de continuer d'assumer une charge dans ces conditions et que puisque le Saint Siège ne soutenait plus les Supérieurs Généraux, qu'il n'y avait plus de droit canon, de Constitutions, je donnais ma démission. Elle a été acceptée aussitôt. A ce moment, il y avait encore 5200 membres dans notre Congrégation, aujourd'hui, il y en a moins de 4000. Voilà le résultat ! La ruine pure et simple de notre Congrégation. Si j'ai donné ma démission, c'est que je ne voulais pas que l'histoire pût dire que c'était Mgr Lefebvre qui avait ruiné la Congrégation. Voilà donc un exemple, mais, direz-vous : "Ce n'est qu'un cas particulier, qui n'est arrivé qu'à vous ". Pas du tout. L'on m'a cité le cas du Supérieur Général des Rédemptoristes qui est allé se promener en Amérique pendant son Chapitre Général extraordinaire. On avait donc donné ce conseil à un autre. C'était donc une consigne qui était donnée par la Congrégation des Religieux ! Par l'instance la plus haute au point de vue des religieux. Vous imaginez aisément ce qui peut rester des Congrégations religieuses avec de tels principes de gouvernement.
FIDELES GARDIENS DE LA TRADITION, NOUS SOMMES LES MEILLEURS SERVITEURS DU PAPE.
Voilà donc les raisons pour lesquelles nous n'admettons pas de compromissions pour Ecône. On pourra nous dire ce que l'on voudra, nous n'acceptons pas d'abandonner la tradition de l'Église. Nous n'acceptons pas de nous séparer de tous les papes qui ont parlé depuis le Concile de Trente et avec le Concile de Trente. Nous préférons être avec les papes de quatre siècles, que d'être avec la curie romaine actuelle qui veut des nouveautés, les fait toutes et tend ainsi à nous rendre protestants et modernistes. Cela nous ne le voulons pas, et nous sommes persuadés qu'en agissant ainsi, nous sommes avec le Pape. Le pape ne peut pas être contre la tradition. C'est impossible. Qu'est-ce qu'un pape, en effet ? Pie IX nous le dit dans son Encyclique " Pastor Aeternus " : " Le Saint Esprit n'a pas été promis aux Successeurs de Pierre pour leur permettre de publier, d'après ses révélations, une doctrine nouvelle, mais de garder strictement et d'exposer fidèlement avec son assistance les révélations transmises par les apôtres, c'est-à-dire le dépôt de la foi". Telle est la mission du pape : garder fidèlement le dépôt et le transmettre aussi fidèlement. Bien sûr, certaines expressions peuvent changer, encore qu'il faille conserver les expressions définies par les Conciles ou employées dans les Professions de Foi, comme par exemple l'expression "un seul Dieu en trois Personnes". Ces expressions définies ont en effet un sens tellement précis qu'on ne peut les changer sans risquer de changer la substance de notre foi, dont l'expression rend nécessaires des paroles précises et fixes. C'est aussi le cas du terme de " transsubstantiation " pour la sainte Eucharistie que l'Église a défini une fois pour toutes. Nous ne pouvons pas dire aujourd'hui "Nous ne savons plus ce qu'est la substance, avec les découvertes de la science moderne, on ne peut plus parler de transsubstantiation". Cela est faux, absolument faux. On n'a pas le droit de changer ces choses-là qui sont définitives. C'est pourquoi nous refusons les nouveautés. Et nous sommes persuadés d'être avec le Saint Père en gardant la tradition, d'être ses meilleurs serviteurs, même si éventuellement nous devrions apparaître en opposition avec lui, à cause des tendances libérales de son entourage auxquelles, il faut bien le dire, son enfance, son adolescence passée en milieu libéral l'ont rendu peut-être plus sensible qu'un autre pape. Cette influence libérale qui a pesé sur le Saint Père dans sa jeunesse est connue de tous et, d'après un article à mon sens très bien composé, il aurait à cette époque animé un petit journal de gauche, intitulé " La Fronde ". C'est un petit fait évidemment, mais qui montre cependant quelle était déjà la tendance du Pape Paul VI. Et l'on comprend très bien alors qu'un tel pape puisse être davantage influencé par des tendances libérales. C'est normal. Et ce n'est pas impossible. Dieu n'a pas déclaré que toute parole sortant de la bouche du Saint Père serait infaillible, ni que tous les papes seraient des saints, sans qu'aucune de leurs actions fût mauvaise. Cela n'est pas vrai, l'Histoire nous l'enseigne. On a peut-être trop insisté sur l'infaillibilité pontificale depuis le Concile Vatican I. Il est vrai que nous avons eu des papes extraordinaires et qu'ainsi s'est répandue dans le peuple fidèle et même chez les clercs, la croyance que toute parole sortant de la bouche du Saint Père était infaillible. Mais cela n'est pas vrai. Il y a des conditions exactes de l'infaillibilité qui ont été définies, selon que le pape parle " ex cathedra " ou seulement dans son magistère ordinaire. L'on comprend très bien ainsi qu'un concile qui est pastoral, qui veut réaliser un " aggiornamento ", qu'un concile qui ne se veut pas dogmatique - le Pape l'a encore rappelé explicitement il y a un mois : "ce concile est un concile non-dogmatique", eh bien, l'on comprend très bien que toutes les paroles d'un tel concile ne soient pas infaillibles. Il faut savoir faire des distinctions. Ce concile ne se présente pas comme les autres. Tous les autres conciles ont été faits pour lutter contre une erreur et préciser la vérité de l'Église. Celui-ci, non. Le Pape Jean XXIII l'a déclaré sans ambages "Nous ne voulons définir. aucune nouvelle vérité, par conséquent nous ne voulons pas faire un concile dogmatique, nous voulons faire un concile pastoral". Par le fait même il écartait, si je puis dire, ce charisme de l'infaillibilité qui est nécessaire lorsque le Pape définit quelque chose. C'est pourquoi, je crois personnellement que nous pouvons juger ce concile et même le critiquer, dans le bon sens du terme, C'est-à-dire examiner chaque schéma pour voir quelles en sont les phrases absolument conformes à la tradition et celles qui sont nouvelles. Pour ces dernières, nous avons le droit de les passer au Crible de la Tradition. De la Tradition, et non de notre propre jugement comme on nous le reproche. On nous dit que c'est nous qui jugeons, mais il n'en est rien. On nous dit : "Vous vous opposez au Pape, aux évêques, au Concile"". Mais non. Nous comparons simplement ce que les papes ont dit et ce que le Concile dit. S'il y a des choses qui apparaissent contradictoires, il faut absolument conformer le Concile à la Tradition. On ne peut pas faire autrement.
ECONE CONTINUE POUR L'ÉGLISE ET POUR LE PAPE.
Voilà donc notre position. Et nous continuons. Bien sûr, nous aurons peut-être des réprobations, mais personnellement, je pense que nous ne pouvons pas dilapider les vocations sacerdotales aujourd'hui. Je dirais que c'est comme si on voulait nous faire piétiner des reliques. Si l'on me disait aujourd'hui : "Vous allez piétiner des reliques ", je répondrai : "Non, je préfère mourir plutôt que de piétiner des reliques. " Eh bien, les vocations sacerdotales sont pour moi comme des reliques, des reliques de bonnes vocations, de saintes vocations, dés reliques de saints prêtres. L'Église n'a presque plus de vrais séminaires, c'est-à-dire selon les lois que l'Église a toujours appliquées pour la formation des prêtres. J'ai visité le Brésil, l'Argentine, la Colombie, l'Amérique du Nord. J'ai visité les séminaires, j'ai rencontré leurs évêques. Tous le disent Nous n'avons plus de vocations ". Et il faut voir les séminaristes qui restent dans les séminaires qui existent encore - cheveux longs, guitares. Des jeunes gens qui se demandent pourquoi ils sont là. Et l'on voudrait que je ferme mon séminaire qui réunit de tous les horizons du monde les quelques bonnes vocations qui restent, que je jette à la rue mes séminaristes. Je réponds : Non - Pour l'Église et pour le Pape, pour l'honneur de Dieu et de Notre Seigneur, je veux garder et continuer à former ces vocations. Et je suis persuadé que le Bon Dieu est avec nous. Il n'est pas possible qu'il ne bénisse pas notre oeuvre. Il l'a bénie visiblement en nous donnant tout ce que nous désirions et cela c'est un signe que, malgré tout, notre oeuvre rendra service à l'Église. J'en suis sûr, après la tourmente qui secoue actuellement l'Église, on reconnaîtra le bien fondé de notre oeuvre. Mgr Adam lui-même, l'évêque de Sion et donc du séminaire me disait il y a huit jours, au cours d'un déjeuner : Il Monseigneur, il faut que votre séminaire continue. Je lui ai répondu : "Monseigneur, c'est vous-même qui l'avez supprimé, et vous voulez qu'il continue ! que puis je faire ? " - "Il faut qu'il continue ! Il le faut. Continuez comme Séminaire International. Nous pouvons peut-être le faire reconnaître par Rome, je pourrai peut-être le reconnaître moi-même. Mais vous ferez quelques modifications". - " Attention, je veux savoir ce que vous me demanderez, car je ne ferai pas n'importe quoi. En tous cas, si vous voulez que mon séminaire continue, je le veux aussi ". Voyez l'incohérence. Le même Mgr Adam déclare à la Télévision que le séminaire d'Ecône est une secte et puis il me demande de continuer. Je n'y comprends plus rien. Mais ce dont je suis persuadé, c'est que Dieu veut que ce séminaire continue, et c'est pourquoi nous sommes décidés à continuer.
GARDONS LA FOI.
Je vous remercie à l'avance des prières que vous pourrez faire pour nous et de la générosité que vous avez déjà eue et que vous aurez encore pour nous. Et j'espère qu'un jour, si le Bon Dieu le permet, il y aura des vocations qui viennent d'Autriche à Ecône. Vous savez que nous avons ouvert une maison à Weissbad près d'Appenzell et non loin du lac de Constance, pour les séminaristes de langue allemande. Nous avons déjà un prêtre autrichien dans ce séminaire et j'espère qu'un jour nous y aurons des séminaristes autrichiens. Je vous demande de le dire autour de vous pour que des jeunes gens puissent venir nous rejoindre. J'ajoute que je souhaite que beaucoup de personnes fassent partie de cette association mariale de St Pie X et acquièrent ainsi une piété profonde et une grande dévotion envers Saint Pie X, le dernier pape qui est saint, et qui a tellement lutté contre toutes ces erreurs dont je vous ai parlé. Confions-nous à lui.
 
Enfin je vous recommande le catéchisme du Cardinal Gasparri, qui a été réédité récemment dans une traduction du Dr Steinhart et que j'ai préfacé. Gardez ce catéchisme précieusement. Enseignez-le à vos enfants. Lisez-le afin de conserver la foi. La foi, en effet, est le don le plus précieux que nous ayons. Au jour de votre Baptême, le prêtre a demandé à vos parrains et marraines : " que vous apporte la foi ?", et ils ont répondu : "La vie éternelle ". Si donc la foi nous apporte la vie éternelle, nous ne devons pas avoir de bien plus précieux, et être prêt à mourir, à donner jusqu'à la dernière goutte de notre sang plutôt que d'abandonner notre foi catholique.

8 septembre 1975

[Vatican] Lettre manuscrite de Paul VI à Mgr Lefebvre du 8 septembre 1975

SOURCE - Paul VI - 8 septembre 1975

A notre frère dans l'épiscopat, Marcel LEFEBVRE, ancien archevêque de TULLE.

La conscience de la mission que le Seigneur nous a confiée nous a conduit, le 29 juin dernier, à vous adresser une exhortation, pressante et fraternelle à la fois. Depuis cette date, nous attendons chaque jour un signe de votre part, exprimant votre soumission — mieux que cela: votre attachement et votre fidélité sans réserve — au Vicaire du Christ. Rien n'est encore venu. Il semble que vous n'ayez renoncé à aucune de vos activités et que vous formiez, même, de nouveaux projets.

Peut-être estimez-vous que vos intentions sont mal comprises? Peut-être croyez-vous le Pape mal informé, ou objet de pressions?

Cher Frère, votre attitude est si grave à nos yeux que — nous vous le répétons — nous l'avons nous-même attentivement examinée, dans toutes ses composantes, avec le souci premier du bien de l'Eglise et une particulière attention aux personnes. La décision que nous vous avons confirmée par notre précédente lettre, c'est après mûre réflexion et devant le Seigneur que nous l'avons prise.

Il est temps, désormais, que vous vous prononciez clairement. Malgré la peine que nous éprouverions à rendre publiques nos interventions, nous ne pourrions plus tarder à le faire si vous ne nous déclarez bientôt votre entière soumission.

De grâce, ne nous contraignez pas à une telle mesure, ni à sanctionner ensuite un refus d'obéissance.

Priez l'Esprit-Saint, cher Frère, il vous montrera les renoncements nécessaires et vous aidera à rentrer dans la voie d'une pleine communion avec l'Eglise et avec le Successeur de Pierre. Nous-même, l'invoquons sur vous, en vous redisant notre affection et notre affliction.

Du Vatican, le 8 septembre 1975.

PAULUS PP. VI.

29 juin 1975

Lettre de Paul VI à Mgr Lefebvre - 29 juin 1975
Mis en ligne par http://fsspx.org
Cher Frère, c’est avec peine que Nous vous écrivons aujourd’hui. Avec peine, car Nous devinons le déchirement intérieur d’un homme qui voit l’anéantissement de ses espoirs, la ruine de l’œuvre qu’il croit avoir entreprise pour la bonne cause. Avec peine, car Nous pensons au désarroi des jeunes qui vous ont suivi, pleins d’ardeur, et qui découvrent maintenant l’impasse. Mais notre peine est plus vive de constater que la décision de l’autorité compétente, — pourtant formulée très clairement est tout à fait justifiée, il faut le dire, par votre refus de modifier votre opposition publique et persistante au concile œcuménique Vatican II, aux réformes post-conciliaires et aux orientations qui engagent le pape lui-même, — que cette décision prête encore à discussion jusqu’à vous conduire à rechercher une quelconque possibilité juridique de l’infirmer.

Bien qu’une mise au point ne soit, à strictement parler, pas nécessaire, Nous jugeons cependant opportun de vous confirmer que Nous avons tenu à être personnellement informé de tout le déroulement de l’enquête concernant la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X, et cela depuis le commencement. La Commission cardinalice que Nous avons instituée Nous a régulièrement et scrupuleusement rendu compte de son travail. Enfin, les conclusions qu’elle Nous a proposées, Nous les avons faites nôtres toutes et chacune, et Nous avons personnellement ordonné leur entrée en vigueur immédiate.

Aussi, cher Frère, c’est au nom de la vénération pour le successeur de Pierre que vous professez dans votre lettre du 31 mai, plus que cela, c’est au nom de l’obéissance au Vicaire du Christ, que Nous vous demandons un acte public de soumission, afin de réparer ce que vos écrits, vos propos, votre attitude ont d’offensant à l’égard de l’Église et de son Magistère. Un tel acte implique nécessairement, entre autres, l’acceptation des mesures prises à l’égard de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X, avec toutes leurs conséquences pratiques. Nous supplions Dieu afin qu’il vous éclaire et vous conduise à agir ainsi, malgré vos réticences du moment. Et Nous faisons appel à votre sens des responsabilités épiscopales pour reconnaître le bien qui en résulterait pour l’Église.

Certes, des problèmes d’un tout autre ordre Nous préoccupent également. La superficialité de certaines lectures des documents conciliaires, des initiatives individuelles ou collectives relevant parfois davantage du libre arbitre que de l’adhésion confiante à l’enseignement de l’Écriture et de la Tradition, des démarches pour lesquelles la foi sert arbitrairement de caution, Nous les connaissons, Nous en souffrons et Nous nous efforçons d’y remédier pour notre part, à temps comme à contretemps. Mais comment s’en prévaloir pour s’autoriser à des excès gravement préjudiciables ? Telle n’est pas la bonne voie, puisqu’elle emprunte en définitive un itinéraire comparable à celui qui est dénoncé. Que signifie un membre qui veut agir seul, indépendamment du Corps auquel il appartient ?

Vous laissez invoquer en votre faveur le cas de saint Athanase. Il est vrai que ce grand évêque demeura pratiquement seul à défendre la vraie foi, dans les contradictions qui lui venaient de toute part. Mais, précisément, il s’agissait de la défense de la foi du récent concile de Nicée. Le concile fut la norme qui inspira sa fidélité, comme du reste chez saint Ambroise. Comment aujourd’hui quelqu’un pourrait-il se comparer à saint Athanase, en osant combattre un concile comme le deuxième concile du Vatican, qui ne fait pas moins autorité, qui est même sous certains aspects plus important encore que celui de Nicée ?

Nous vous exhortons donc à méditer la monition que Nous vous faisons avec fermeté et en vertu de notre Autorité apostolique. Votre aîné dans la foi, celui qui a reçu mission de confirmer ses frères, vous l’adresse le cœur empli d’espérance. Il voudrait déjà pouvoir se réjouir d’être compris, entendu et obéi. Il attend avec impatience le jour où il aura le bonheur de vous ouvrir ses bras, pour manifester une communion retrouvée, lorsque vous aurez répondu aux exigences qu’il vient de formuler. Il confie à présent cette intention au Seigneur, qui ne rejette nulle prière.

In veritate et caritate

Paulus P. P. VI.

30 mai 1975

[Mgr Lefebvre, fsspx] Déclaration après la suppression de la Fraternité Saint-Pie-X

SOURCE - Mgr Lefebvre, fsspx - 30 mai 1975

Il convient de rappeler qu'avant cette procédure et depuis la fondation de la Fraternité et de son séminaire et surtout son succès auprès des jeunes et sa réputation mondiale, des campagnes de presse étaient déclenchées, contenant des calomnies odieuses comme celle de « Séminaire sauvage », retenue par l'Episcopat français suivi de l'Episcopat suisse, alors que l'évêque de Fribourg savait parfaitement qu'il n'en était rien.

Il était évident que des démarches étaient faites alors auprès de Rome pour notre suppression. Or, le 9 novembre, une lettre de la nonciature de Berne nous annonçait qu'une Commission désignée par le Pape et composée des trois cardinaux préfets des congrégations intéressées : Religieux, Education catholique, Clergé, nous envoyait deux visiteurs apostoliques : S. Exc. Mgr Descamps et Mgr Onclin.

Le lundi 11 novembre à 9 heures du matin les deux visiteurs se présentèrent. Durant trois jours ils interrogèrent dix professeurs, vingt élèves sur les 104 et moi-même. Ils sont partis le 13 novembre à 18 heures sans qu'aucun protocole de visite n'ait été signé. Nous n'avons jamais eu la moindre connaissance de la relation qu'ils ont faite.

Persuadé que cette visite était le premier pas accompli en vue de notre suppression, désirée depuis longtemps par tous les progressistes, et constatant que les visiteurs venaient avec le désir de nous aligner sur les changements opérés dans l'Eglise depuis le Concile je décidai de préciser ma pensée devant le Séminaire.

Je ne pouvais adhérer à cette Rome que représentaient des visiteurs apostoliques qui se permettaient de trouver normale et fatale l'ordination de gens mariés, qui n'admettent pas une vérité immuable, qui émettent des doutes sur la manière traditionnelle de concevoir la Résurrection de Notre-Seigneur.

C'est là l'origine de ma déclaration, il est vrai, rédigée dans un sentiment d'indignation, sans doute excessive.

Deux mois et demi ont passé sans aucune nouvelle. Le 30 janvier 1975, j'étais invité par lettre signée par les membres de la Commission à venir à Rome « m'entretenir » avec eux « des points qui laissent quelque perplexité ».

Répondant à cette invitation, je me suis rendu le 13 février 1975 à la congrégation de l'Education catholique. Leurs Eminences lescardinaux Garrone, Wright et Tabera accompagnés d'un secrétaire m'ont invité à prendre place avec eux autour d'une table de conférence, S. Em. le cardinal Garrone m'a demandé si je ne voyais pas d'inconvénient à ce que la conversation soit enregistrée et le secrétaire a installé le magnétophone.

Après m'avoir dit la bonne impression recueillie par les visiteurs apostoliques, il n'a plus été question ni le 13 février, ni le 3 mars de la Fraternité et du séminaire. Il n'a été question que de ma déclaration du 21 novembre 1974 faite à la suite de la visite apostolique.

Avec véhémence, le cardinal Garrone m'a reproché cette déclaration, allant jusqu'à me traiter de « fou », me disant que « je me faisais Athanase » et cela pendant vingt-cinq minutes. Le cardinal Tabera renchérit, me disant que « ce que vous faites est pire que ce que font tous les progressistes », que « j'avais rompu la communion avec l'Eglise », etc.

Me trouvais-je devant des interlocuteurs ? ou plutôt des juges ? Quelle était la compétence de cette Commission ? On m'affirmait seulement qu'elle était mandatée par le Saint-Père et que c'est lui qui jugerait. Il était clair que tout était jugé.

J'ai essayé en vain de formuler des arguments, des explications qui indiquaient le sens exact de ma déclaration. J'affirmais que je respectais et respecterai toujours le Pape et les évêques, mais qu'il ne me paraissait pas évident que critiquer certains textes du Concile et les réformes qui s'en sont suivies équivalait à une rupture avec l'Eglise, que je m'efforçais de déterminer les causes profondes de la crise que subit l'Eglise et que toute mon action prouvait mon désir de construire l'Eglise et non de la détruire. Mais aucun argument n'était pris en considération. Le cardinal Garrone m'affirmait que la cause de la crise se situait dans les moyens de communication sociale.

A la fin de la séance du 13 février, comme à la fin de celle du 3 mars, j'ai eu l'impression d'avoir été trompé: on m'invitait pour un entretien et en fait j'avais à faire à un tribunal décidé à me condamner. Rien n'a été fait pour m'aider à un compromis ou à une solution amiable. Aucun écrit ne m'a été donné pour préciser les accusations, aucune monition écrite. Seul l'argument d'autorité accompagné de menaces et d'invectives m'a été présenté pendant cinq heures d'entretien.

A la suite de la deuxième séance, j'ai demandé la copie de l'enregistrement. Le cardinal Garrone m'a répondu qu'il était bien juste que j'aie une copie, que c'était mon droit et en fit part à son secrétaire. J'envoyais le soir même une personne munie des appareils nécessaires. Mais le secrétaire affirme qu'il ne s'agissait que d'une transcription. J'allais moi-même le lendemain demander cette copie. Le secrétaire se rendit alors chez le cardinal et revint me dire que c'était bien d'une transcription qu'il s'agissait. Elle m'était promise pour le lendemain soir. Pour m'assurer qu'elle était prête, je téléphonai le lendemain matin. Le secrétaire me dit alors qu'il n'était pas question de donner une transcription mais que je pouvais venir la voir de 17 h à 20 h. Devant de tels procédés, je me suis abstenu.

Ainsi donc, après ce simulacre de procès fait d'une visite soi-disant favorable avec de légères réserves et de deux entretiens qui n'ont porté que sur ma déclaration pour la condamner totalement sans réserve, sans nuances, sans examen concret et sans qu'il me soit remis le moindre écrit, je recevais coup sur coup une lettre de S. Exc. Mgr Mamie supprimant la Fraternité et le séminaire avec l'approbation de la Commission cardinalice, puis une lettre de la Commission confirmant la lettre de Mgr Mamie sans que soit formulée une accusation formelle et précise sur des propositions données. Et la décision, dit Mgr Mamie, est « immédiatement exécutive ».

Je devais donc immédiatement renvoyer du séminaire 104 séminaristes, 13 professeurs et le personnel, et cela deux mois avant la fin de l'année scolaire ! Il suffit d'écrire ces choses pour deviner ce que peuvent penser les personnes qui ont encore un peu de sens commun et d'honnêteté. Nous étions au 8 mai de l'année de la réconciliation !

Le Saint-Père a-t-il vraiment eu connaissance de ces choses ? Nous avons peine à le croire.

+Mgr Marcel Lefebvre

6 mai 1975

Lettre de Mgr Mamie à Mgr Lefebvre - 6 mai 1975
Mis en ligne par http://fsspx.org
ÉVÊCHÉ DE LAUSANNE
GENÈVE ET FRIBOURG

Monseigneur,

Mgr François Charrière, mon prédécesseur, avait signé, le 1er novembre 1970, le décret d’érection de la Fraternité Sacerdotale internationale Saint-Pie X, au titre de Pia Unio, avec siège à Fribourg, approuvant et confirmant les statuts de ladite Fraternité.

Après de longs mois de prières et de réflexions, après avoir tant souhaité maintenir entre nous une communion fraternelle, après vous avoir entendu et écrit plus d’une fois (pensez entre autres à notre dernière conversation, ouverte et loyale, où vous m’avez clairement dit que vous n’acceptiez pas certaines déclarations conciliaires ; je vous rappelais aussi alors votre refus en ce qui concerne la célébration de la sainte messe selon le rite établi par S.S. Paul VI ; je vous disais enfin que votre attitude et vos actes me posaient une grave question de conscience en ce qui regardait l’appui canonique de l’évêque de Lausanne, Genève et Fribourg à votre institut), j’en arrive à la conclusion douloureuse, mais qui me paraît nécessaire aujourd’hui :

Je vous informe donc que je retire les actes et les concessions effectués par mon prédécesseur en ce qui regarde la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X, particulièrement le décret d’érection du 1er novembre 1970.

Vous recevrez ces jours-ci ou vous avez déjà reçu une lettre du Saint-Siège, plus précisément de la Commission cardinalice ad hoc. C’est donc en plein accord avec le Saint-Siège, en particulier conformément à une réponse que j’ai reçue du cardinal Arturo Tabera, préfet de la S. Congrégation pour les Religieux et les Instituts séculiers, que je prends cette décision.

En date du 21 novembre 1974, vous avez publié et signé un texte qui commence par ces mots : « Nous adhérons de tout cœur, de toute notre âme à la Rome catholique... »

Cette déclaration a été pour moi la confirmation que je ne pouvais plus, en conscience, soutenir votre Fraternité.

Vous vous opposez si manifestement au IIe concile du Vatican et à la personne et aux actes du successeur de Pierre, Sa Sainteté le pape Paul VI, vous avez si souvent dit et écrit que vous aviez l’appui de l’évêque de Fribourg, que je ne puis plus admettre que l’autorité de l’évêque de Lausanne, Genève et Fribourg demeure le fondement canonique de vos institutions. J’ai conscience aussi que cette décision met en cause tout ce qui est prévu dans les statuts de la Fraternité Saint-Pie X.

Cette décision est immédiatement effective et j’en informe, par le même courrier, les instances romaines compétentes (S. Congrégation pour les Religieux, S. Congrégation pour l’Éducation catholique et S. Congrégation pour le Clergé), ainsi que S. E. Mgr Ambrogio Marchioni, nonce apostolique en Suisse, et Mgr Nestor Adam, président de la Conférence des évêques suisses.

Quant à nous, nous continuons de demander aux fidèles comme aux prêtres catholiques d’accepter et d’appliquer toutes les orientations et décisions du IIe concile du Vatican, tous les enseignements de Jean XXIII et de Paul VI, toutes les directives des secrétariats institués par le Concile, y compris dans la liturgie nouvelle. Cela nous l’avons fait et nous le ferons encore, même aux jours les plus difficiles et avec la grâce de Dieu, parce que, pour nous, c’est là le seul chemin pour « édifier » l’Église.

C’est donc avec une grande tristesse, Monseigneur, que je vous assure de ma fidèle prière et de mes sentiments très fraternels, dans l’attachement au Christ-Jésus, à son Église et à celui qui a reçu le pouvoir divin de confirmer ses frères, le Souverain Pontife, successeur de Pierre.

+ Pierre Mamie,

évêque de Lausanne, Genève et Fribourg.
Lettre des Cardinaux Garrone et Wright - 6 mai 1975
Mis en ligne par http://fsspx.org
Sacra Congregazione
per l’Educazione Cattolica
Il cardinale prefetto

Prot. N. 70/72


Rome, le 6 mai 1975.


Excellence,

C’est au nom de la Commission cardinalice et par mandat exprès du Saint-Père que nous vous écrivons.

Nous vous restons très reconnaissants du climat fraternel dans lequel ont pu se dérouler nos récents entretiens, sans que les divergences de nos jugements aient jamais compromis entre nous une communion profonde et sereine. Mais cela ne fait que nous rendre plus douloureuse l’apparente irréductibilité de vos vues, avec les conséquences qui ne peuvent manquer d’en découler.

C’est autour de votre Déclaration publique, dans la revue Itinéraires, que notre échange s’est principalement engagé et poursuivi. Il ne pouvait en être autrement puisque nous trouvions là explicité tout ce que le Visiteur à Écône n’avait pu éclaircir et nous invitait à dégager dans une conversation avec vous.

Or une telle Déclaration nous apparaissait en tous points inacceptable. Il est impossible de concilier la plupart des affirmations contenues dans ce document avec une fidélité authentique à l’Église, à celui qui en a la charge et au Concile où la pensée et la volonté de l’Église se sont exprimées. Il est inadmissible que chacun soit invité à subordonner à son propre jugement les directives venant du pape pour s’y soumettre ou s’y dérober : c’est là proprement le langage traditionnel des sectes qui en appellent aux papes d’hier pour se soustraire à l’obéissance au pape d’aujourd’hui.

Tout le long de nos conversations notre vœu était de vous amener, Excellence, à reconnaître le bien-fondé de telles objections et à revenir sur vos propres affirmations. Cela, nous avez-vous dit, vous était impossible : « Si je devais modifier ce texte, disiez-vous, j’écrirais les mêmes choses. »

En ces conditions, la Commission ne pouvait que remettre au Saint-Père ses conclusions absolument unanimes et le dossier complet de cette affaire pour qu’il puisse juger lui-même. C’est avec l’entière approbation de Sa Sainteté que nous vous faisons part des décisions suivantes :

1) « Une lettre sera envoyée à Mgr Mamie, lui reconnaissant le droit de retirer l’approbation donnée par son prédécesseur à la Fraternité et à ses Statuts. » C’est chose faite par lettre de Son Éminence le cardinal Tabera, préfet de la S. Congrégation pour les Religieux.

2) Une fois supprimée la Fraternité, celle-ci « n’ayant plus d’appui juridique, ses fondations, et notamment le séminaire d’Écône, perdent du même coup le droit à l’existence ».

3) II est évident — nous sommes invités à le notifier clairement — « qu’aucun appui ne pourra être donné à Mgr Lefebvre tant que les idées contenues dans le Manifeste du 21 novembre 1974 resteront la loi de son action ».

Nous ne vous communiquons pas ces décisions, Excellence, sans une profonde tristesse. Nous savons avec quelle généreuse persévérance vous avez travaillé, le bien qui s’est accompli ainsi. Nous devinons dans quelle situation cruelle vous allez vous trouver. Mais nous sommes sûrs que tous ceux qui auront lu ou voudront lire votre Déclaration, et qui voudront bien ne pas soupçonner gratuitement aux décisions prises d’autres motifs que cette Déclaration elle-même, se rendront à l’évidence que les choses ne pouvaient pas se résoudre autrement, étant donné votre refus de retirer ce texte : aucune institution d’Église, aucune formation au sacerdoce ne peuvent se bâtir sur un tel fondement.

Nous souhaitons, Excellence, que le Seigneur vous donne la lumière et vous fasse trouver la voie conforme à Sa volonté, dans la confiance à Celui à qui nous devons comme évêques une sincère et effective obéissance.

Pour nous, nous ne pouvons que vous dire notre attachement fraternel, et vous assurer de notre prière.

Gabriel Marie card. Garrone,
Préfet de la S.C. pour l’Éducation Catholique
Président de la Commission Cardinalice
John cardinal Wright,

Cette lettre est communiquée à S.E. Mgr Mamie et à S.E. Mgr Adam.

5 mai 1975

[Jacques Chancel - Radioscopie] Abbé Louis Coache

SOURCE - Jacques Chancel - Radioscopie - Abbé Louis Coache - 5 mai 1975

25 avril 1975

Lettre du cardinal Tabera à Mgr Mamie - 25 avril 1975
Mis en ligne par http://fsspx.org
Excellence,

Votre rapport du 24 janvier dernier concernant la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X a retenu toute la profonde attention de la Sacrée Congrégation pour les Religieux et les Instituts Séculiers qui en a apprécié la lucidité et le réalisme apostolique.

En ce qui concerne la compétence de cette Sacrée Congrégation, Votre Excellence sait qu’elle possède l’autorité nécessaire pour retirer les actes et les concessions effectués par son prédécesseur.

Toutefois, étant donné les conclusions obtenues par la Commission cardinalice spéciale, instituée ad hoc, non seulement la S. Congrégation exprime son plein accord pour la suppression de la « Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X », érigée par votre prédécesseur, mais elle vous invite encore à procéder sans retard à une mesure si douloureuse, devenue néanmoins indispensable.

Il m’est agréable, en cette circonstance pénible, de vous exprimer la gratitude de la Sacrée Congrégation et la mienne propre pour votre précieuse collaboration au service du Seigneur et de son Église, me redisant en même temps,

de Votre Excellence
le très dévoué dans le Christ.

Arturo card. Tabera, préfet.

+ Augustin Mayer, secrétaire.