TradiNews

Actualité(s) du Traditionalisme Catholique

28 mai 2017

[Abbé Michel Simoulin, fsspx - Le Seignadou] On continue !

SOURCE - Le Seignadou - juin 2017


Pendant plus de 20 années, j’ai occupé des postes d’autorité: recteur, directeur, prieur-doyen, supérieur… Par la grâce de Dieu, depuis 2004 je suis en position de réaliser que je ne suis pas plus malin que les autres et de voir les choses avec plus de détachement. Quand on est supérieur, on risque facilement de croire qu’on a nécessairement raison, et, si l’on a un tempérament scrupuleux, pessimiste, méfiant, inquiet, susceptible, voire prétentieux ou arrogant – ce qui est un signe de médiocrité – , on peut même en venir à donner des leçons à ses propres supérieurs ! Et j’ai appris à redouter ce faux-pli intellectuel qui porte à considérer que tout autre supérieur est nécessairement dans l’erreur quand son jugement est différent !

Pourquoi vous confier cela ? Parce qu’il m’est arrivé de me tromper lorsque la crainte de me tromper (ou l’humilité) ne se mêlait pas à mes réflexions et à mes choix ! Je n’en suis pas spécialement fier mais cela m’a rendu peut-être plus prudent (à défaut d’humilité !) Mais ce retour en arrière m’a remis en mémoire certains souvenirs.

Je me souviens par exemple que, dans les débuts, Monseigneur encourageait ses prêtres à chercher des curés de paroisse disposés à les accueillir pour les mariages et recevoir les consentements, afin d’éviter les risques de contestation. Il nous est arrivé à tous de procéder ainsi, et nul n’y a trouvé à redire.

Ou encore, alors que j’étais tout jeune sous-diacre, j’avais accompagné Mgr Lefebvre aux obsèques de sa belle-sœur. Monseigneur avait hésité puis choisi d’assister à la messe (nouvelle) avant de donner l’absoute. Quelques jours plus tard, dans certains bulletins paraissait un article : Rallions-nous ! L’exemple vient d’en haut ! Née de l’église Conciliaire par Mgr Charrière, le 1er novembre 1970, dans le diocèse de Fribourg, la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X (FSSPX) retourne aujourd’hui à l’église Conciliaire !  Son fondateur, Mgr Marcel Lefebvre, donnait un bel exemple, le 30 juin 1980 en participant « activement » au rite Conciliaire... etc… Rien de nouveau sous le soleil !

Un autre souvenir plus récent est celui de certaines réflexions d’un vénérable correspondant, évoquant le thème trop connu de la communion à l’Eglise spirituelle, à la foi de l’Eglise sans nécessité de recours à la communion hiérarchique. C’est ce que les hétérodoxes de la fin du Moyen-Âge réclamaient et que le Concile de Constance a condamné en Jean Huss. Selon saint Thomas d’Aquin et ses meilleurs commentateurs, comme la nécessité n’a pas de loi, si le cas de nécessité se présente, la loi de l’Eglise n’empêche plus que le prêtre absolve même sacramentellement, dès lors qu’il a la puissance des clefs. C’est ce que l’on nomme la suppléance de l’Eglise : Ecclesia supplet. Mais quand nous parlons de l'Eglise, il s’agit de l’Eglise non séparée de sa tête visible. Cette suppléance de juridiction ne s’exerce que par la relation essentielle que tout ministre doit entretenir dans l'Eglise au moins avec le chef suprême.

Se dispenser du lien avec Pierre, vivre et agir comme s’il n’existait pas, reviendrait à se priver de ce pouvoir de suppléance.

Bref, je ne veux pas vous assommer avec mes souvenirs, mais ils font partie de la formation de mon esprit, sans doute limité et moins éclairé que d’autres… ce qui me préserve de vouloir donner des leçons à mes supérieurs.

Cela dit, j’observe que les actes de Jean-Paul II avec l’indult de 1984 et Benoit XVI avec le motu-proprio de 2007, qui avaient pour objet de reconnaître que la Messe Tridentine n’avait pas été abrogée et d’en permettre donc la célébration, souffraient d’un profond illogisme, en accordant la faculté de cette célébration à ceux qui ne contestent pas les doctrines du Concile Vatican II. Pourquoi illogisme ? Parce que la fidélité à la messe est intrinsèquement liée à la fidélité à la doctrine dont elle est l’expression et le rempart : Trente et sa Messe, ou Vatican II et sa messe. Le choix doit être total pour être cohérent. Et l’indult de 1984 était déjà incohérent : Qu’il soit bien clair que ces prêtres et ces fidèles n’ont rien à voir avec ceux qui mettent en doute la légitimité et la rectitude doctrinale du Missel Romain promulgué par le Pape Paul VI en 1970 et que leur position soit sans aucune ambiguïté et publiquement reconnue. C’est l’illogisme du fameux nullam partem, que ne démentira pas le motu-proprio de 2007. Si nous refusons le NOM, ce n’est pas parce qu’il est moins beau, ou pour une histoire de latin ou d’orientation, mais bien parce que, comme l’affirmait le Bref examen critique de 1969 : le nouvel ORDO MISSAE s'éloigne de façon impressionnante, dans l'ensemble comme dans le détail, de la théologie catholique de la Sainte Messe, telle qu'elle a été formulée à la XXème session du Concile de Trente, lequel, en fixant définitivement les "canons" du rite, éleva une barrière infranchissable contre toute hérésie qui pourrait porter atteinte l'intégrité du Mystère.[…] II est évident que le nouvel ORDO MISSAE renonce en fait à être l'expression de la doctrine que le Concile de Trente a définie comme étant de foi divine et catholique. Il n’est pas possible de séparer la Messe et la doctrine, et il est illogique de se contenter de la Messe sans combattre les doctrines qui la contredisent ! Certains s’en accommodent, je le sais, mais c’est une attitude boiteuse, qui ne fut pas celle de Mgr Lefebvre et n’est pas celle de la Fraternité. Alors, que Rome nous fasse quelques faveurs nous est agréable, mais cela ne peut pas nous satisfaire, et tant que Rome n’acceptera pas de nous donner une doctrine conforme à la Messe que nous célébrons, celle qui n’a jamais été abrogée, nous attendrons des heures plus favorables pour cesser notre résistance.

Quant à François, ses arguments sont différents, et ses actes sont d’une tout autre nature. En fait, il n’a pas d’arguments, et bouscule tout à son gré : doctrine, morale, droit canon, etc.  La situation est vraiment inédite et théologiquement absurde : « malgré la persistance objective, pour le moment, de la situation d’illégitimité dans laquelle se trouve la Fraternité Saint Pie X », il est reconnu que nous avons le droit de faire ce que nous faisons depuis quarante ans sans rien changer dans nos positions ! Bref, cela sous-entend, sans le dire, que l’état de l’Eglise est tel que nous pouvons administrer les sacrements validement ; c’est ce qui s’appelle l’état de nécessité, qui fonde la juridiction de suppléance !

Car le plus anormal est bien dans le fait que le pape n’a rien changé à ce que nous sommes : il ne nous a rien concédé, mais il dit aux fidèles que nos confessions sont valides (ce qui revient à admettre l’état de nécessité) et il dit à présent aux évêques qu’ils peuvent nous « concéder des permissions pour la célébration de mariages de fidèles qui suivent l’activité pastorale de la Fraternité ».

Pour faire cela, il n’invoque que son désir « d’éviter les débats de conscience chez les fidèles qui adhèrent à la FSSPX et les doutes sur la validité du sacrement de mariage, tout en facilitant le chemin vers la pleine régularisation institutionnelle ». Il s’agit donc d’une disposition en faveur des fidèles, et non d’un droit nouveau accordé à nos prêtres ! Ces actes ne sont en rien le fruit d’un accord quelconque entre Rome et la Fraternité, mais sont des actes unilatéraux, non sollicités ni obtenus par quelque manœuvre secrète. La Fraternité en a été informée comme tout le monde, par la presse ! Et leur raison d’être est clairement affirmée : il s’agit du bien des âmes, et non de la situation de la Fraternité ! Il est clair, et, en cela François est logique, qu’il espère que cela nous conduira à une régularisation institutionnelle, mais cela n’est pas inscrit dans les actes eux-mêmes.

Certains évêques, dont celui de Carcassonne et celui de Fréjus ont déjà suivi les indications de Rome en accordant à nos prêtres la faculté de célébrer les mariages, et je ne vois pas comment nous pourrions nous opposer à cela ! Pour demeurer purs de toute compromission, faudrait-il retourner son décret à notre évêque ? Dire à nos fidèles que nos confessions ne valent rien, puisque leur validité est admise par le Pape ?

Ne soyons pas idiots à force de vouloir être plus intelligents que les autres, et admettons que la situation est simplement absurde sans nous être défavorable : alors que nous sommes « hors-la-loi » nos sacrements sont reconnus valides et conformes au droit de l’Eglise ! Nous sommes toujours dans une situation d’illégitimité, mais compétents ! L’état de nécessité perdure et Rome n’y change rien mais déclare que ce que nous faisons en raison de cette nécessité correspond au droit de l’Eglise ! Certes, Rome souhaite que nous nous adressions aux évêques, et reconnaissions ainsi qu’il n’y a plus de nécessité, mais cela ne trompera personne : l’état de l’Eglise est chaque jour plus désastreux !

Tout cela a été clairement rappelé dans l’analyse du document faite par nos supérieurs le 8 avril 2017 : Cet état de grave nécessité dans l’Eglise n’a pas disparu. Il ne s’agit pas d’en nier la terrible réalité. […] Pour toutes ces raisons, les fidèles se trouvent dans une situation de nécessité qui leur permet de recourir aux prêtres de la Tradition. En vertu de la législation de l’Eglise, leur mariage est certainement valide. Qu’aujourd’hui le pape demande aux évêques de faciliter ce recours à la juridiction ordinaire, en assurant la régularité du témoin autorisé qu’est le prêtre recevant le consentement des époux, ne fait pas cesser cet état objectif de crise de l’Eglise.

Et nul doute que, dans l’hypothèse où l’Ordinaire refuserait et de désigner un prêtre délégué, et de « concéder directement les facultés nécessaires au prêtre de la Fraternité », celui-ci célébrerait validement en vertu de cet état de nécessité, tandis que l’évêque s’opposerait manifestement à la volonté du chef suprême de l’Eglise.

Que tous se rassurent donc : nous conservons toujours la possibilité de confesser et de célébrer nos mariages comme toujours, sans rien demander à l’ordinaire ou au curé du lieu, en raison de cet état de nécessité. Le texte n’impose aucune obligation, et se limite à offrir une possibilité. Libre à nous d’en user ou non.

Alors, comme disait Mgr Ducaud-Bourget : on continue, sans nous laisser troubler par les inquiets semeurs d’inquiétude et de méfiance ! N’oublions pas de prier avant de parler ou d’écrire, et de prier encore après l’avoir fait.

Par les mérites infinis du Très Saint Cœur de Jésus et du Cœur Immaculé de Marie, je vous demande la conversion des pauvres pécheurs que nous sommes.

27 mai 2017

[Anne Le Pape - Présent] "Tout peut arriver" : Entretien avec l’abbé Alain-Marc Nély

SOURCE - Présent - 27 mai 2017


L’abbé Nély est, depuis plus de dix ans, second Assistant de Mgr Fellay, Supérieur général de la Fraternité Saint-Pie X. Ses activités lui font parcourir le monde en des voyages parfois harassants, et ses pas le portent également souvent à Rome. 
— Monsieur l’abbé, vous que vos fonctions amènent à beaucoup voyager, pouvez-vous nous raconter des rencontres originales faites au cours de vos déplacements ?  
— Il y a, certes, des rencontres étonnantes dans les avions ou les aéroports. Le costume ecclésiastique que je porte permet à ceux que je croise de savoir à qui ils s’adressent. Il m’est arrivé quelquefois – je me souviens précisément de l’aéroport de Tokyo ou de celui de Zurich – de rencontrer des évêques, qui réagissent plus ou moins bien, ou des prêtres qui viennent me voir, ont envie de discuter, veulent connaître la Fraternité. Mais nous passons de l’aéroport au prieuré et du prieuré à l’aéroport dans des délais courts, qui ne laissent pas beaucoup de place aux entrevues inopinées. 

Une rencontre faite au cours de mon dernier voyage au Vanuatu, au mois de février, me revient à l’esprit. Nous venons d’ouvrir là-bas une mission dans un village et je voulais rencontrer l’évêque du lieu pour faire sa connaissance. J’arrive donc dans la cour de l’évêché avec l’abbé Bochkoltz, qui s’occupe du Vanuatu, de la Nouvelle-Calédonie et de la Nouvelle Zélande. J’aperçois un monsieur corpulent en maillot bleu, pieds nus dans des sandalettes. Je lui dis que je suis de la Fraternité Saint-Pie X et que j’aimerais rencontrer l’évêque. « Ah non ! Il n’a rien à faire avec vous, me répond-il, vous êtes hors de l’Eglise... » « Mais qui êtes-vous ? » lui dis-je alors. « Je suis l’évêque... » « Monseigneur, je suis désolé, je suis l’abbé Nély, deuxième Assistant, etc. » « Mais vous venez dans mon diocèse mettre la pagaille », me répond-il. « J’ai rencontré le Saint-Père il y a quelques jours, il a été beaucoup plus agréable que vous ! » lui ai-je rétorqué. Je lui montre une photo sur laquelle je suis avec le pape François. Changeant alors complètement d’attitude, il m’a dit à ce moment-là qu’il nous tolérait, et nous nous sommes quittés là-dessus. Je lui ai promis de lui envoyer un petit mot de Rome lors de mon prochain séjour... 
— A propos des conversations avec Rome, sentez-vous, après les avancées faites par le pape François (à propos des confessions, des mariages...), un changement d’attitude des évêques vis-à-vis de la Fraternité ? 
— Deux évêques en France ont transmis tout pouvoir pour les mariages à la Fraternité, Mgr Planet, évêque de Carcassonne, et Mgr Rey, évêque de Toulon. Un évêque en Nouvelle Zélande l’a fait également, et le nonce en Argentine a écrit à tous les évêques pour leur demander de laisser à la Fraternité les coudées franches. 
— Ne s’agit-il pas d’avancées importantes ? 
— Certes ! Nous sommes en train actuellement de rédiger un directoire pour expliquer la teneur de ce document et dans quelle mesure il nous revient de l’appliquer en respectant la volonté du Saint-Père. Je pense que cela prendra quelques mois pour que les choses soient claires dans l’esprit des prêtres et dans celui des fidèles, car il s’agit d’une situation relativement nouvelle. 
— Sans vous demander de révéler de secret, je ne peux pas ne pas vous poser la question : tous s’interrogent à propos d’une déclaration du pape vis-à-vis de la Fraternité... On parlait de Fatima le 13 mai dernier, on évoque désormais le 7 juillet, anniversaire du motu proprio libérant la messe traditionnelle. Cela repose-t-il sur un fondement solide ? 
— J’ai entendu parler de ces deux dates possibles. Je n’en vois pas les fondements. On a dit Fatima parce que le pape sait que les prêtres de la Fraternité sont très dévots à Fatima. Quant au 7 juillet, nous n’en savons rien non plus, mais tout peut arriver. Seulement, on ne voit pas pourquoi ces deux dates ont été émises à propos de cette déclaration. 
— La Fraternité ne cherche-t-elle pas à acquérir actuellement une maison au centre même de Rome, donc plus proche que le prieuré d’Albano, lui-même un peu excentré ? 
— Ce n’est pas nouveau puisque, quand j’ai été nommé supérieur d’Italie en 2004, une de mes priorités absolues était de trouver juste- ment un endroit à Rome, notamment une église plus visible que celle de la Via Urbana où nous célébrons la messe depuis maintenant à peu près trente ans, située entre Sainte- Marie-Majeure et Termini. Il s’agit d’un local aménagé qui ne peut contenir qu’une petite cinquantaine de personnes. En 2006, quand j’ai été élu deuxième Assistant, l’abbé Pagliarani est devenu Supérieur du District d’Italie, et il a continué à chercher. Ensuite l’abbé Petrucci, qui lui a succédé, a fait de même.

Actuellement, nous avons en vue trois ensembles immobiliers, qui pourraient chacun nous permettre de nous installer à Rome. La Maison généralice restera dans tous les cas à Menzingen, mais il serait bon d’avoir un pied- à-terre à Rome, une « procure » selon le nom coutumier, comme en ont d’ailleurs toutes les congrégations.

Ce que nous souhaitons, de plus, c’est d’avoir un institut, un centre universitaire, un lieu où l’on pourrait donner des conférences, l’équivalent de ce que l’on fait à Paris avec l’Institut Saint-Pie X.

Donc oui, nous cherchons à Rome un lieu où nous puissions avoir simultanément un pied-à-terre pour la Maison généralice, une belle église et des locaux universitaires. Prions pour que ce projet puisse se réaliser enfin ! 
— Les facilités données à la Fraternité par le pape pour les confessions et les mariages concernent-elles de la même façon les « congrégations amies » ? 
— En principe, ce qui touche la Fraternité Saint-Pie X regarde aussi les congrégations amies. C’est prévu dans l’ébauche de statuts de la prélature. Il est clair que la Fraternité n’est pas une entité séparée de ceux qui voudraient continuer à la suivre dans le combat actuel. 
— Voudriez-vous ajouter quelque chose pour les lecteurs de Présent... journal que vous avez vous-même vendu, je crois, dans le métro ? 
— Avec les fondateurs, oui, dont j’étais très proche, Bernard Antony, Max Champoiseau, au métro Opéra, je me souviens très bien ! Mais c’était alors le mensuel, avant la fondation du quotidien. J’ai bien connu aussi Jean Madiran... Ce sont des souvenirs qui restent profondément gravés dans ma mémoire.

J’encourage Présent, bien sûr, à continuer ce travail difficile qu’il mène, libre de toute servitude, et ses lecteurs à le soutenir activement. 

Propos recueillis par Anne Le Pape

26 mai 2017

[Abbé Lorans, fsspx - FSSPX Actualités] Contre « l’enfouissement », une procession en plein cœur de Paris

SOURCE - FSSPX Actualités - 26 mai 2017


Dans l’après-Concile, c’est une « pastorale de l’enfouissement » qui était en vigueur. Il s’agissait pour les prêtres d’être invisibles, et ils se mirent en civil. Il fallait que les fidèles se contentent d’assurer une simple « présence », un « témoignage » si discret qu’il en devenait incolore, inodore et insipide. On n’évangélisait plus, on dialoguait. On ne prêchait plus, on proposait.

Tel n’est pas l’esprit qui se manifestera le lundi de Pentecôte, à travers les rues de Paris. En début d’après-midi, les pèlerins de Chartres entreront en procession, depuis la Porte de l’Hippodrome jusqu’aux Invalides, en passant par le Trocadéro et la Tour Eiffel. Fatigués physiquement par cette marche de plus de 100 km, mais spirituellement réconfortés par ces trois jours de prière, ils retrouveront les accents enthousiastes du Lauda Sion Salvatorem, composé par saint Thomas d’Aquin :

« Sit laus plena, sit sonora, sit jucunda, sit decora mentis jubilatio. Que la louange soit pleine, qu’elle soit sonore, qu’elle soit joyeuse, qu’elle soit belle la jubilation de l’esprit ! »

Laisserons-nous ces milliers de pèlerins proclamer sans nous la gloire de Dieu ? Resterons-nous enfouis dans nos appartements, dans une torpeur confortable ? Non ! Tous ensemble sous le manteau de Notre-Dame de Fatima, à l’ombre de la cathédrale Saint-Louis des Invalides, nous dirons haut et fort que le Cœur immaculé est notre refuge inexpugnable en ces temps troublés. Nous nous réunirons tous pour manifester notre confiance inébranlable, car à la fin c’est bien ce Cœur qui triomphera !


Abbé Alain Lorans


[Marco Brunner - Le Temps] Au CHUV, les intégristes d'Ecône prient contre l’avortement

SOURCE - Le Temps - 26 mai 2017


Pour «réparer les crimes de l’avortement», la Fraternité Saint-Pie X utilise la chapelle du CHUV pour y dire des prières expiatoires. Depuis une dizaine d’années. Assurant qu’elle «tombe des nues», la direction de l’hôpital prend des mesures pour défendre le droit à l’interruption de grossesse

Cela se passe le 13 de chaque mois à 19h30 à la chapelle du CHUV, le centre hospitalier universitaire vaudois. Des croyants intégristes sont appelés à se rendre dans ce lieu de culte afin d’y prier «pour réparer les crimes de l’avortement». Ainsi que Le Temps l’a constaté, l’invitation figure dans le bulletin mensuel de la Fraternité Saint-Pie X, un courant plus familièrement connu sous le nom d’Ecône.

Il ressort de la même publication que, le samedi 13 mai, au moment même où le pape François célébrait à Fatima, au Portugal, le centenaire des apparitions de Marie, la Fraternité commémorait le miracle de son côté par une «messe votive» au CHUV.

Chapelle sans surveillance permanente

Le principal établissement hospitalier vaudois est-il donc devenu un lieu de présence privilégié pour le mouvement religieux conservateur? «Tout le monde ici tombe des nues», répond François Rouiller, responsable de l’aumônerie du CHUV, assurant tout ignorer de ces manifestations. «En soi, nous ne pouvons pas exclure que de telles prières aient pu avoir lieu, même sans notre accord», précise-t-il, car la chapelle n’est pas surveillée en permanence.

Propriété du CHUV, et donc de l’Etat de Vaud, la chapelle en question est un lieu œcuménique, dédié au soutien spirituel pour les patients et leurs familles. Elle est gérée par le service d’aumônerie de la cité hospitalière, pour lequel une vingtaine de théologiens, pasteurs et prêtres assurent une présence sept jours sur sept, en collaboration avec les Eglises protestantes et catholiques.
 François Rouiller insiste sur le fait qu’il n’existe aucun lien entre l’aumônerie, sa chapelle et la Fraternité. Il se demande du reste comment cette communauté a fait pour célébrer une messe votive sans accès à la sacristie.

«La vie doit être défendue»

Le jeune abbé Jean de Loÿe, 30 ans, responsable de la paroisse lausannoise de la Fraternité Saint-Pie X, confirme au Temps l’existence de ces prières. Non seulement elles ont lieu à la chapelle, mais elles se tiennent depuis au moins une dizaine d’années, affirme-t-il. «Il ne s’agit pas d’une manifestation revendicative. Mais la vie doit être défendue», explique-t-il.

L’abbé ne veut donner aucune précision sur le choix du CHUV pour ces prières. On peut toutefois imaginer que cet hôpital n’est pas choisi au hasard, étant l’un des sites où se pratiquent le plus d’avortements en Suisse romande. Selon les chiffres fournis par le CHUV, 757 interruptions de grossesse ont été effectuées en 2015 au Département femme-mère-enfant. Au niveau suisse, l’Office fédéral de la statistique a enregistré pour la même année 10 255 cas. Une légère baisse est constatée depuis quelques années, surtout parmi les jeunes femmes.

Une bénévole à l’œuvre ?

Une congrégation religieuse qui se flatte d’organiser des prières réparatrices au CHUV, une direction d’hôpital qui n’a rien vu, quelle est la réalité? Ce qui semble sûr, c’est qu’il n’y a jamais eu dans la chapelle de l’hôpital de rassemblement important de chrétiens traditionalistes. «La chapelle est un lieu apprécié par beaucoup d’employés de l’hôpital qui l’utilisent pour y faire de la méditation pendant les pauses, relève Pierre-François Leyvraz, le directeur général du CHUV. Elle est ouverte à toutes les croyances et nous ne voulons pas faire de la police.»

Tout en répétant n’avoir rien remarqué, les responsables de l’hôpital formulent l’hypothèse qu’une ancienne bénévole de l’hôpital pourrait être au centre de ces prières, qui ne réuniraient qu’un nombre très réduit de personnes. Le nom de cette bénévole apparaît en tout cas aussi dans le bulletin de la Fraternité.

Le CHUV réagit

Interrogé par Le Temps, le conseiller d’Etat Pierre-Yves Maillard, responsable politique du CHUV en tant que chef du Département de la santé et de l’action sociale (DSAS), indique que «si cette pratique est avérée, la direction du CHUV fera en sorte que ce lieu de recueillement propriété de l’Etat ne soit plus utilisé pour la diffusion de messages mettant en cause le droit à l’avortement».

Au CHUV, des mesures sont en effet annoncées. Le service de sécurité a reçu l’instruction de fermer la chapelle le 13 du mois entre 19h et 20h. De plus, une lettre sera envoyée ces prochains jours à la Fraternité Saint-Pie X pour lui signifier cette interdiction d’accès et lui demander de supprimer de son bulletin l’annonce des prières. «L’avortement est un droit. En tant que service de l’Etat nous défendons la loi et ne voulons pas du prosélytisme dans nos locaux», ajoute le directeur Pierre-François Leyvraz.

Un droit remis en cause

Le mouvement d’Ecône, présent à Lausanne depuis une trentaine d’années, a récemment créé la surprise avec son emménagement en février dans la chapelle de l’ancien Institut Mont-Olivet. L’interruption de grossesse est légalisée en Suisse depuis 2002, dans les douze premières semaines. Une légalisation que les milieux conservateurs n’ont pas acceptée et tentent de remettre en cause.

22 mai 2017

[Paix Liturgique] Avec le Cardinal Sarah, la liturgie est en de bonnes mains

SOURCE - Paix Liturgique - lettre 595 - 22 mai 2017

« Nous devons être reconnaissants au Pape François d’avoir placé un tel maître spirituel à la tête de la Congrégation qui est responsable de la célébration de la Liturgie dans l’Église. » Benoît XVI, Pape émérite
     
Touché par le dernier livre du cardinal Robert Sarah, La Force du silence (Fayard, 2016), le Pape émérite Benoît XVI a tenu à rédiger la préface à l'édition allemande qui sort chez fe-verlag à la fin du mois. La version anglaise de ce texte, qui fera désormais office de postface aux rééditions du livre dans les autres langues, a été diffusée la semaine dernière par le site de la revue conservatrice américaine First Things. Nous sommes heureux de publier cette semaine, la version française officielle de ce texte, préparée par les éditions Fayard, qui confirme, comme nous l'avions écrit dès le 3 décembre 2014 (voir notre lettre 467), l'excellence et la continuité du choix fait par le Pape François en matière liturgique.
     
Depuis que j’ai lu, dans les années 50, les épîtres de Saint Ignace d’Antioche, je suis resté particulièrement impressionné par un passage de sa Lettre aux Éphésiens : “Il est préférable de rester silencieux et d’être que de parler et de n’être pas. Il est beau d’enseigner si l’on fait que ce que l’on dit. Il n’y a qu’un seul Maître qui a dit et a fait, et les œuvres qu’il a faites dans le silence sont dignes du Père. Celui qui possède vraiment la Parole de Jésus peut entendre Son silence même, afin d’être parfait, afin d’œuvrer par Sa parole et être connu par le seul fait de rester dans le silence” (15, 1s.). 
Que signifie entendre le silence de Jésus et Le reconnaître à Son silence? Les Évangiles nous apprennent que Jésus a continuellement vécu les nuits, seul, “sur la montagne” à prier, en dialoguant avec Son Père. Nous savons que Son langage, Sa parole, provient de cette permanence dans le silence et que c’est seulement dans ce silence qu’elle pouvait donner du fruit. Il apparaît donc clairement que Sa parole ne peut être comprise de façon juste que si l’on pénètre dans Son silence même; on ne peut apprendre à l’écouter qu’en demeurant dans ce silence.
     
Certes, pour interpréter les paroles de Jésus, il est indispensable d’avoir une compétence historique qui nous apprend à comprendre le temps et le langage de Son époque. Mais, dans tous les cas, cela ne suffit pas pour saisir vraiment le message du Seigneur dans toute sa profondeur. Celui qui, de nos jours, lit les commentaires des Évangiles, devenus toujours plus volumineux, reste finalement déçu. Il apprend beaucoup de choses utiles sur le passé, et de nombreuses hypothèses, lesquelles ne facilitent en rien la compréhension du texte. À la fin, on a la sensation qu’il manque quelque chose d’essentiel à cette surabondance de mots : la nécessité d’entrer dans le silence de Jésus d’où sa Parole prend naissance. Si nous ne réussissons pas à entrer dans ce silence, nous n’écouterons Sa parole que de façon superficielle et, en conséquence, nous ne la comprendrons pas vraiment.
      
Toutes ces considérations ont de nouveau traversé mon âme à la lecture du nouveau livre du cardinal Robert Sarah. Il nous enseigne le silence : surtout à rester en silence avec Jésus, le vrai silence intérieur, et c’est justement ainsi qu’il nous aide à comprendre d’une façon nouvelle la parole du Seigneur. Naturellement, il ne nous parle que très peu ou pas de lui-même, mais, cependant, de temps en temps, il nous permet de jeter un regard sur sa vie intérieure. A Nicolas Diat qui lui demande : “Dans votre vie, vous est-il arrivé de penser que les mots deviennent trop ennuyeux, trop lourds, trop bruyants?”, il répond : “… Quand je prie et, dans ma vie intérieure, j’ai souvent ressenti l’exigence d’un silence plus profond et plus complet… Les jours passés dans le silence, dans la solitude et dans le jeûne absolu ont été d’une grande aide. Ils ont été une grâce incroyable, une lente purification, une rencontre personnelle avec Dieu… Les jours en silence, dans la solitude et le jeûne, avec la Parole de Dieu comme unique nourriture, permettent à l’homme d’orienter sa vie vers l’essentiel” (réponse n. 134, p. 156; édition française pp. 113-114). Dans ces lignes apparaît la source de vie du Cardinal qui confère à sa parole une profondeur intérieure. C’est là le fondement qui lui permet de reconnaître les dangers qui menacent de façon continuelle la vie spirituelle, et en particulier celle des prêtres et des évêques, touchant ainsi l’Église elle-même, dans laquelle, à la Parole, se substitue trop souvent un verbiage dans lequel se dissout la grandeur de la Parole. Je voudrais citer une seule phrase qui peut être à l’origine d’un examen de conscience pour tous les évêques : “Il peut arriver qu’un prêtre bon et pieux, une fois élevé à la dignité épiscopale, tombe rapidement dans la médiocrité et la préoccupation des choses temporelles. Succombant ainsi sous le poids des charges qui lui sont confiées, mû par le désir de plaire, préoccupé par son pouvoir, son autorité et les nécessités matérielles de sa fonction, il se délite peu à peu” (réponse n.15, p.19 ; édition française p. 39).
      
Le cardinal Sarah est un maître spirituel qui parle en se fondant sur une profonde intimité avec le Seigneur dans le silence; Par cette unité avec Lui, il a vraiment quelque chose à dire à chacun de nous.
      
Nous devons être reconnaissants au Pape François d’avoir placé un tel maître spirituel à la tête de la Congrégation qui est responsable de la célébration de la Liturgie dans l’Église. Pour la Liturgie, comme pour l’interprétation de l’Ecriture Sainte, il est nécessaire d’avoir une compétence spécifique. Il est également vrai que, dans le domaine de la liturgie, la connaissance du spécialiste peut, en fin de compte, ignorer l’essentiel, si elle n’est pas fondée sur l’union profonde et intérieure avec l’Église orante, qui apprend sans cesse de nouveau du Seigneur lui-même ce qu’est le culte. Avec le Cardinal, un maître du silence et de la prière intérieure, la Liturgie est en de bonnes mains.
     
Cité du Vatican, Semaine de Pâques 2017
Benoît XVI, Pape émérite